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Du soulagement sur les retraites à l'inquiétude sur la croissance
par Yves de Kerdrel

Autour de Nicolas Sarkozy, le principal sujet aujourd'hui, ce n'est plus l'accueil fait à la réforme des retraites, mais les perspectives d'une croissance qui s'étiole de jour en jour. Le Président français devrait discrètement tirer la sonnette d'alarme lors du G 20 de Toronto en fin de semaine.
20/06/2010 - 10:21 Temps Lecture 5 mn.
A L'Elysée on attend une forte mobilisation pour la journée d'action syndicale du 24 juin. Toutes les remontées en provenance, tant des partenaires sociaux que des préfets laissent envisager un mouvement syndical plutôt dur jeudi prochain, notamment dans les transports et la fonction publique. C'est-ce qui a amené Raymond Soubie, l'éternel pacificateur de l'Elysée à appeler Eric Woerth vendredi pour laisser la porte ouverte à d'éventuels aménagements sur son projet de réforme des retraites, sans fixer de date butoir. Histoire de désamorcer un peu la mobilisation. Malgré tout si l'ambiance est à faire profil bas à l'Elysée, comme à Matignon, on considère que cette partie-là est désormais gagnée. Le sondage réalisé avant le passage d'Eric Woerth au 20 heures de TF1 témoigne d'une forte adhésion des français. Et si certains, à l'UMP, regrettent une mauvaise communication sur la question des " carrières longues ", globalement la question des retraites est considérée comme réglée. Quant aux problèmes liés à l'intrusion du couple Woerth dans l'affaire Betttencourt, on considère en haut lieu que cela ne devrait pas avoir de conséquence. En revanche, il est vrai que cette affaire est suivie de très près à l'Elysée où l'on redoute que le seul épilogue possible soit une prise de contrôle de L'Oréal par Nestlé, comme Lilianne Bettencourt l'a laissé entendre dans Le Monde de samedi soir. Les inquiétudes françaises de DSK En fait la question qui taraude l'exécutif désormais, c'est l'élaboration du projet de loi de finances pour 2011 qui devra inclure une bonne dose de rigueur, afficher un déficit en forte baisse, mais préserver une croissance qui s'étiole. Lors des échanges qu'il a eus à Bruxelles jeudi dernier avec Christine Lagarde, Dominique Strauss-Kahn n'a pas caché à la Ministre de l'économie que le FMI nourrissait des inquiétudes sur la croissance française. Et désormais plus grand monde ne prend au sérieux le programme de stabilité des finances publiques envoyé à Bruxelles en février dernier qui prévoit un retour à un déficit inférieur à 3 % en 2013 à condition que la croissance atteigne 2,5 % en 2011 et 2012. La croissance attendue pour cette année devrait prochainement faire l'objet d'une révision officielle, sans doute pas loin de 1,2 %. Et au sein du Conseil d'Analyse Economique nombreux sont ceux qui pensent que compte tenu du plan de rigueur allemand, la croissance européenne pourrait n'être que de 0,5 % cette année. Ce qui serait très mauvais pour la France. Toujours est-il que si DSK a plutôt épargné l'Espagne lors de sa tournée européenne, il s'est montré plus sévère avec la France. Et il devrait à nouveau en être question en fin de semaine lors du G 20 de Toronto où auront lieu de nombreuses discussions bilatérales. Vers un krach obligataire américain ? Ces déceptions sur la croissance française ne semblent pas affecter les marchés, qui ont bien profité cette semaine d'une légère détente du spread France-Allemagne après la rencontre Merkel-Sarkozy, et du bon accueil réservé au plan stratégique de la Société Générale. La bonne tenue de ce titre a tiré à la hausse l'ensemble des valeurs financières. Ne serait-ce que momentanément, car les bruits les plus sombres continuent de courir sur l'impact de la crise grecque dans les comptes du Crédit Agricole. Selon les informations de WanSquare, le rôle joué par la banque verte dans la crise grecque a même été souligné par la chancelière allemande lors de son entretien avec Nicolas Sarkozy avec une remarque du type " vous feriez bien de balayer devant votre porte ". Il n'en reste pas moins que les grandes voix économiques comme Nassim Taleb, Nouriel Roubini ou Warren Buffett restent très pessimistes sur les mois à venir. Tous les trois voient la crise des finances publiques se déplacer maintenant de l'Europe aux Etats-Unis où plus de trente états sont en situation de perfusion permanente. Pour l'heure Barack Obama a le nez dans le guidon de la marée noire et le Congrès dans son projet de loi de régulation bancaire. Mais à un moment le marché va devoir prendre acte que les Etats-Unis auront besoin de trouver plus d'argent sur les marchés de capitaux. Ce qui risque d'entrainer une forte et rapide hausse des taux à long terme. Le sujet sera évidemment abordé dans les coulisses du G 20 d'autant plus que la Chine, banquier des Etats-Unis s'apprête à vivre un éclatement de sa bulle immobilière. Tout cela risque de faire les affaires de l'Euro qui devrait reprendre un peu de vigueur malgré la faible croissance du vieux-continent. A l'inverse le baril devrait voir son prix s'effondrer en balancier avec celui de l'or. C'est le pari gagnant qu'Edouard Carmignac continue de faire pour ses clients. Si bien que sa "boutique" a désormais dépassé le cap des 35 milliards d'euros d'actif gérés. La France aussi a ses gourous !
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