éditorial
A gauche on ne parle plus de remaniement, mais de dissolution
par Yves de Kerdrel
La situation est inextricable pour le Président de la République qui continue à gouverner de reculade en reculade, avec des sondages de pus en plus mauvais et une forte fronde au sein de la majorité : chez les verts bien sûr, mais aussi parmi une centaine de députés socialistes qui réclament un changement de politique.
03/11/2013 - 08:27

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François Hollande tente de vendre, depuis dix-huit mois, à sa majorité l'idée d'un quinquennat à l'envers. A l'envers par rapport à ce que font traditionnellement les président élus. C'est à dire deux ans d'efforts et d'austérité, puis trois ans de croissance et de redistribution. Le problème, c'est que les français sont désormais à bout après un choc fiscal cumulé de 50 milliards d'euros, une situation de l'emploi qui continue de se détériorer et une croissance économique plus que fragile marquée par un faible niveau d'investissements productifs.
Du coup, la fronde monte dans le pays, comme on a pu le voir hier encore à Quimper, où le rassemblement des "bonnets rouges" a été beaucoup plus massif que tout ce qui était attendu, malgré a suspension de l'écotaxe. Mais aussi dans la majorité présidentielle où les verts n'ont évidemment pas supporté ce report de la taxe sur es poids lourds. Même si les plus turbulents sont presque davantage les députés appartenant à l'aile gauche du Parti Socialiste et qui menacent régulièrement de déposer des amendements pour infléchir la politique gouvernementale. Parmi eux on trouve notamment le mouvement Gauche Durable du député Christian Paul, Marie-Noëlle Lienemann ou bien Jérôme Guedj. Et ces députés font d'autant plus d'agitation que le Premier Secrétaire du Parti Socialiste, Harlem Désir, est incapable de faire régner l'ordre au sein de son mouvement.
LES CONSEILS DE POIGNANT
De fait plusieurs conseillers du président lui susurrent à l'oreille qu'il n'aura bientôt plus le choix que de dissoudre, quitte à avoir un gouvernement de cohabitation qu'il confierait à Alain Juppé. Ce dernier aurait déjà commencé à évoquer l'idée auprès de certains de ses parlementaires amis comme Bruno Le Maire, Nathalie Kosciusko-Morizet ou Benoit Apparut. Bernard Poignant, le maire de Quimper, et ami de toujours de François Hollande, qui dispose d'un bureau au deuxième étage de l'Élysée au dessus de celui du Président de la République, fait partie des plus ardents partisans d'une dissolution qui permettrait de se séparer des verts. Pour l'heure François Hollande a décrété qu'il était urgent d'attendre. D'abord les municipales, afin de voir comment la gauche résistait grâce notamment aux nombreuses triangulaires attendues avec la poussée du Front National. Ensuite les européennes qui seront sans doute une claque pour le Parti Socialiste, mais tout autant pour l'UMP.
En attendant, La libération des otages du Niger et la suspension de l'écotaxe ne lui ont pas profité, puisque sa cote de popularité est restée aussi basse que la semaine dernière, à 26 %, selon un sondage BVA hier. Dans cette enquête pour i-Télé et Le Parisien-Aujourd'hui en France, 54 % des personnes interrogées estiment que François Hollande a joué un rôle "pas important" dans la libération des otages. Par ailleurs, selon une question publiée seulement par i-Télé, 52 % estime que le gouvernement a eu raison de suspendre l'écotaxe, car "c'est une preuve d'écoute", contre 46 % qui jugent qu'il a eu tort, car "c'est un signe de faiblesse". Mais 71 % prédisent que "cette décision va fragiliser le gouvernement".
GUERRE OUVERTE A BERCY
Au sein du gouvernement la situation n'est guère meilleure. Si Manuel Valls ne suscite plus ? du moins publiquement ? la colère de ses collègues, c'est désormais Pierre Moscovici qui est dans la ligne de mire. On savait le Ministre de l'Économie et des Finances incapable de diriger Bercy de manière cohérente, surtout compte tenu de sa rivalité avec Arnaud Montebourg. Le voilà maintenant en guerre permanente avec Bernard Cazeneuve, le Ministre délégué au budget. Les changements de pied successifs sur la fiscalité de l'entreprise, sur les réductions d'impôt pour frais de scolarité, sur les prélèvements sociaux opérés sur l'épargne et sur l'écotaxe ont fortement contribué à tendre les relations au sein du tandem. Tous ces frottements n'ont pas échappé à Matignon, qui a exigé du ministre de l'économie et des finances qu'il se montre plus présent dans le débat parlementaire. Pierre Moscovici devrait donc être en première ligne sur le prochain collectif budgétaire, présenté le 13 novembre en conseil des ministres, qui intégrera une réforme de l'assurance-vie. Et Matignon a exigé qu'il soit présent, lundi soir, à l'Assemblée nationale, lors du débat sur les investissements d'avenir.
Sur le front économique la principale préoccupation des industriels, ces derniers jours, portait sur le niveau bien trop élevé de l'euro, qui détruit une bonne partie des efforts faits en matière de compétitivité prix. Mais suite au rapport d'Eurostat sur l'inflation dans la zone euro, dévoilé jeudi matin, la monnaie unique a subitement décroche à 1,3592 dollar. Il y a quelques jours seulement, la devise européenne avait franchi à la hausse le seuil symbolique de 1,38 dollar et tout laissait présager qu'elle passerait bientôt le cap de 1,40 dollar. Pourquoi ce revirement brutal ? Parce que les opérateurs de marchés se rallient à l'idée que la Banque centrale européenne va devoir assouplir sa politique monétaire, peut-être dès sa réunion du 7 novembre. Les analystes d'UBS estiment ainsi que l'institution pourrait réduire son taux directeur de 25 points de base à 0,25 %. D'autres, comme ceux de BNP Paribas, pensent qu'une baisse des taux est de plus en plus probable, mais qu'elle interviendra plus tard.
LE DELICAT DOSSIER EURONEXT
Du côté des entreprises, l'actualité ne fait pas défaut. Avec d'abord l'annonce vendredi que les autorités américaines avaient laissé passer le délai pour se saisir du dossier de la fusion entre Publicis et Omnicom, qui se retrouve de la sorte implicitement approuvée. L'opération a déjà obtenu l'aval des autorités de la concurrence au Canada, en Inde, en Turquie, en Afrique du Sud et en Corée du Sud. La fusion Publicis-Omnicom, annoncée fin juillet, doit donner naissance au premier groupe publicitaire mondial et le rapprochement de ces deux titans avait laissé craindre à certains des réserves des autorités de la concurrence. Dans leur communiqué, Publicis et Omnicom reconnaissent qu'il leur reste d'autres autorisations administratives à obtenir avant de mener à bien leur projet. A la mi-octobre, lors de la présentation des résultats trimestriels de Publicis, son patron Maurice Lévy avait confirmé le calendrier de l'opération, avec une finalisation visée pour le premier trimestre 2014.
Autre rapprochement : celui concernant Nyse Euronext et IntercontinentalExchange (ICE) ne sera pas bouclé lundi, comme cela était initialement prévu. Les deux opérateurs boursiers ont annoncé le report sine die de la conclusion de leur fusion, dans l'attente de la décision des autorités de régulation et ministères européens concernés. Il y a quelques semaines, ils avaient dit penser boucler l'opération le 4 novembre. Les entreprises de marché précisent toutefois s'attendre à recevoir "dans les prochains jours" les décisions nécessaires et prévoient de conclure leur rapprochement dans un délai de deux jours, après réception du dernier feu vert. Ils précisent ne pas anticiper de problèmes majeurs. L'introduction en Bourse d'Euronext, la bourse pan-européenne de l'opérateur transatlantique, est ensuite prévue l'an prochain. L'opération de rachat de Nyse-Euronext par ICE nécessite en effet une longue série d'autorisations, dont les approbations des régulateurs européens sur lequel Nyse Euronext opère (Paris, Amsterdam, Bruxelles, Lisbonne) mais aussi des ministres des Finances. Elle a déjà reçu l'aval de la SEC, le gendarme boursier américain, de la Commission européenne et du Collège des régulateurs européens. En France, l'Autorité des marchés financiers, le gendarme des marchés, a déjà rendu mi-octobre son avis. Mais Bercy n'aurait pas encore donné son avis, même si celui-ci est attendu très prochainement. Parallèlement, les discussions sur la constitution d'un noyau dur avec les grands investisseurs européens (banques, assureurs etc.) au capital d'Euronext, dans le cadre de l'IPO, se poursuivent. L'objectif est de constituer un tour de table afin de stabiliser l'actionnariat de la Bourse pan-européenne et éviter qu'elle ne passe entre des mains étrangères.
Enfin il faut souligner que le directeur général de BNP Paribas, Jean-Laurent Bonnafé, a créé la surprise en fin de semaine dernière en laissant miroiter une hausse du dividende versé par la banque, dans une déclaration au Financial Times. Les banques européennes ont été incitées ces dernières années à réduire le montant de leurs dividendes pour augmenter leurs fonds propres, mais la plus grosse banque française par la capitalisation peut se targuer de respecter par avance les nouvelles normes internationales de solvabilité. BNP Paribas affiche désormais un ratio de fonds propres "durs" (apports des actionnaires et bénéfices mis en réserve rapportés aux crédits consentis) de 10,8% à fin septembre, selon les nouvelles règles de Bâle III. Le groupe revendique également un ratio de levier (fonds propres rapportés au bilan) de 3,8%, contre 3% requis par Bâle III. Jean-Laurent Bonnafé n'a pas exclu d'utiliser les liquidités excédentaire du groupe pour procéder à des acquisitions d'une ampleur "limitée", "mais le principal facteur de croissance sera la croissance organique", a-t-il fait valoir au quotidien britannique.
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