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Panique à tous les étages au gouvernement et à l'Elysée
par Yves de Kerdrel

Rien ne va plus à l'Elysée. La cote de François Hollande est au plus bas historique. Les enquêtes qualitatives sont désatreuses. Les relations à l'intérieur du gouvernement relèvent de la guerre ouverte. Et la gestion de l'affaire Leonarda a été calamiteuse.
20/10/2013 - 08:34 Temps Lecture 11 mn.
Ce n'est pas simplement pour recevoir en mains propres le rapport des deux inspecteurs généraux de l'administration que Manuel Valls est rentré précipitamment des Antilles. Mais à la suite d'une conversation téléphonique avec François Hollande à l'occasion de laquelle le Président de la République, fortement influencé par sa compagne, lui a expliqué qu'il allait faire revenir la petite Leonarda et sa famille. Le ministre de l'intérieur a alors expliqué au Chef de l'Etat : "ce sera elle ou moi". C'est ce qui explique la position si ambiguë de François Hollande rendue publique hier en fin de matinée. Position qui consiste à donner raison à son ministre sur le respect des textes, mais à faire revenir Leonarda, "par humanité". Et surtout pour éviter des défilés de jeunes dans les rues. Comme cette collégienne n'entend pas revenir sans sa famille qui elle est considérée "non grata" sur le territoire français, Manuel Valls n'est pas désavoué. Mais d'une part François Hollande s'est ridiculisé. D'autre part, son ambiguïté sur un sujet qui coalisait contre lui deux tiers des français (comme en témoigne le sondage du Parisien) va servir de "carburant" au Front National. Et cela à quelques semaines désormais des élections municipales et juste après le scrutin de Brignoles qui a montré, une fois encore, qu'un grand nombre de voix socialistes se sont portées sur le candidat soutenu par Marine Le Pen. TURBULENCES ATTENDUES A MARSEILLE Cette affaire risque également d'avoir des conséquences sur le second tour de la primaire marseillaise où tout l'appareil socialiste et même Matignon ont pris fait et cause pour Patrick Mennucci contre sa concurrente Samia Ghali. Parce qu'elle se présente comme la candidate antisystème, qu'elle joue sur le populisme et la victimisation, la sénatrice de Marseille pourrait bien créer la surprise. Il reste que le scrutin de ce jour pour désigner le candidat à la municipale de 2014 est placé sous très haute surveillance. Il aura lieu dans 15 centres de vote de 9 heures à 19 heures. La commission d'organisation a planché sur les difficultés rencontrées lors du premier tour. La présidence de la plupart des bureaux sera tenue par des responsables socialistes non originaires des Bouches-du-Rhône. Tout cela ne constitue qu'une maigre consolation pour l'opposition qui voit monter le Front National à ses dépens, comme cela a été le cas à Brignoles. C'est la raison pour laquelle Jean-François Copé a transformé la réunion du 17 octobre sur l'inventaire en une charge sur l'axe FN-PS. De leur coté François Bayrou et Jean-Louis Borloo sont en passe de sceller leur union. Cela fait un mois que les deux hommes travaillent sur une charte régissant leur vie commune. Elle devrait voir le jour au plus tôt la semaine prochaine. DIFFICULTES AU CENTRE Pour l'heure, la base de l'UDI a encore du mal à accepter le retour de François Bayrou dans la famille de centre droit. Son appel ? à titre personnel ? à voter pour François Hollande au second tour de la présidentielle de 2012, a toujours du mal à passer. Du côté du MoDem, c'est le partenariat privilégié avec l'UMP qui coince et le placement au centre droit. François Bayrou ne veut pas abandonner celui de centre indépendant. L'ancien prétendant à l'Elysée veut aussi préciser la politique des alliances du futur tandem. Pour lui, pas question d'être les supplétifs de l'UMP. Du côté de l'UDI, on essaye d'apparaître comme la force tranquille. Et l'on rejette sur le MoDem toutes les difficultés de la future union. Autant dire que si tout le monde jure la main sur le coeur que les anciennes querelles sont oubliées, les piques entre les deux branches centristes ne tardent pas à ressortir. Alors que le bras de fer n'est pas tout à fait terminé entre les députés et l'exécutif sur le budget, l'Assemblée a tout de même voté vendredi un amendement du gouvernement, augmentant à 10,7% du résultat des entreprises, contre 5% actuellement, la contribution exceptionnelle sur l'impôt sur les sociétés instaurée en 2011 par le gouvernement de François Fillon. Cette surtaxe ne s'applique qu'aux entreprises engrangeant un chiffre d'affaires supérieur à 250 millions, et doit permettre de rapporter les 2,5 milliards d'euros de recettes fiscales qui étaient attendues en 2014 de la taxe sur l'EBE. UN BUDGET DIFFICILE A FAIRE VOTER Les députés ont aussi adopté la taxe à 75% sur les revenus supérieurs à un million d'euros par an, une promesse de campagne de François Hollande. La taxe sera donc payée par les entreprises sur les rémunérations supérieures à un million d'euros versées en 2013 et 2014. Elle devrait rapporter 420 millions d'euros sur deux ans, dont 260 millions l'an prochain. Son taux sera en fait de 50%, les rémunérations étant déjà taxées par ailleurs. Son montant est plafonné à 5% du chiffre d'affaires de ces entreprises. A noter, que selon les informations de WanSquare, cette taxe ne sera pas déductible de la base sur laquelle sera calculée la surtaxe d'impôt sur les sociétés qui remplace le projet abandonné de taxe sur l'excédent brut d'exploitation. Le ton s'est un peu durci au sein du groupe socialiste de l'Assemblée nationale pour éviter l'étalage public des divergences lors de l'examen du projet de loi de finances pour 2014. Mercredi soir 16 octobre, le bureau du groupe s'est réuni en urgence et a décidé d'envoyer une lettre aux députés qui envisageraient de déposer des amendements en contradiction avec la ligne générale du texte du gouvernement. En conséquence, le président du groupe, Bruno Le Roux, a explicitement demandé aux auteurs de ces amendements de les retirer. AMELIORATION EN CHINE Au chapitre économique, l'actualité a été marquée par les dernières prévisions concernant l'Allemagne. Selon plusieurs instituts, la croissance ne devrait atteindre que 0,4 % cette année, alors que les prévisions initiales misaient sur une progression de 0,8 %. Il reste que pour ces mêmes prévisionnistes, la croissance devrait atteindre 1,8 % en 2014. Même s'ils avaient initialement prévu 1,9%, ce chiffre devrait permettre à l'Allemagne de compter 42 millions d'actifs ? un record dans l'histoire de la République fédérale ? et un niveau de chômage qui devrait légèrement baisser, passant de 6,9 % à 6,8 % de la population active. Surtout, alors que la CDU d'Angela Merkel consulte le parti social-démocrate afin de former une probable future grande coalition, les économistes estiment que les finances publiques devraient afficher un solde positif de 0,1 % du Produit intérieur brut cette année et de 0,3 % en 2014. A l'autre bout de la planète la croissance chinoise a repris du poil de la bête au troisième trimestre : le PIB a progressé de 7,8 %, après une première moitié d'année marquée par une décélération, selon les statistiques officielles publiées vendredi. A noter que la demande mondiale adressée au pays, qui exporte 20 % de sa production industrielle, et le rythme des exportations ont ralenti. Celles-ci représentaient 36 % du PIB chinois en 2007 et seulement 26 % en 2009, une proportion qui n'est pas beaucoup remontée depuis. Au-delà des évolutions de court terme, l'investissement (45 % à 50 % du PIB), qui a longtemps tiré l'activité en Chine, progresse beaucoup moins vite et la rentabilité des capitaux investis s'effrite. L'OREAL EN ORDRE DE BATAILLE Après avoir tenu le monde en haleine pendant quinze jours, républicains et démocrates sont finalement tombés d'accord, mercredi, pour relever le plafond de la dette. Mais seulement jusqu'en février. D'ici là, une commission bicamérale devra définir les économies à entreprendre. Les Américains reproduisent donc à la lettre le scénario de l'été 2011. A l'époque aussi, le plafond n'avait été relevé que pour quelques mois, en attendant qu'une commission fasse le job. Ce à quoi elle échoua, déclenchant de brutales coupes automatiques dans les dépenses publiques. La planète finance s'en était à peine émue. Et si la commission 2013 échouait, cette fois, les marchés ne passeraient pas l'éponge. Car le blocage des dernières semaines a considérablement érodé la crédibilité des dirigeants américains. Sans compter un impact de 18 milliards de dollars. Du côté des entreprises l'activité semble reprendre, de même que les opérations financières. L'Oréal a annoncé son projet d'accord avec le géant japonais de la beauté Shiseido, pour le rachat de Decléor, la première marque d'aromathérapie mondiale, et Carita. Le prix de vente de ces deux marques s'élève à 230 millions d'euros. Le groupe présidé par Jean-Paul Agon diversifie de pus en plus ses acquisitions en espérant que l'une d'entre elles deviendra fortement rentable. L'évolution du leader mondial des cosmétiques est d'autant plus scrutée par les analystes que la date d'une éventuelle recomposition du capital de L'Oréal approche à grands pas. Les accords sur le droit de préemption réciproque entre les deux principaux actionnaires du groupe - la famille Bettencourt (30,3 %) ainsi que le groupe suisse Nestlé (29,3 %) - arrivent à expiration en avril 2014. PACTE SOCIAL CHEZ PSA Quant au groupe Bolloré, il a annoncé en fin de semaine qu'il allait introduire en bourse 10 % du capital de ses activités de batteries électriques, à un prix compris entre 12 et 14,50 euros par action, ce qui valoriserait cette division, appelée Blue Solutions, entre 346 et 418 millions d'euros. La première cotation est prévue le 30 octobre. Pour Bolloré, cette opération a un aspect symbolique important dans la mesure où cela lui permet de démontrer que la technologie qu'il utilise, le lithium métal polymère, est plus robuste que celle de ses concurrents, le lithium-ion. Enfin, sauf surprise, l'accord de compétitivité chez PSA devrait être adopté cette semaine par une majorité des organisations syndicales. Trois d'entre elles (FO, SIA et CFTC) devraient aller à la signature le 24 octobre. La CFE-CGC a indiqué qu'elle allait se positionner lundi, mais devrait, selon toute logique, se ranger parmi les signataires. A elles quatre, ces fédérations atteignent non seulement le seuil de 30 % des voix nécessaire à la validation de l'accord. Mais elles dépassent aussi les 50 %, ce qui empêche les autres syndicats de faire valoir leur droit d'opposition. Destiné à restaurer la compétitivité de PSA en France, le nouveau contrat social vise un objectif d'économies de 100 millions d'euros par an. Pour cela, les salariés vont devoir faire des efforts en termes de salaires, de RTT, accepter une flexibilité industrielle accrue et 2.000 départs potentiels. En échange, le constructeur s'engage à maintenir une production d'au moins 1 million de véhicules en France, et de sortir un nouveau modèle dans chacune de ses usines terminales jusqu'en 2016.
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