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La droite menacée d'explosion par ses divisions et par le FN
par Yves de Kerdrel

L'actualité politique de la semaine écoulée a été marquée par une séquence désastreuse au sein de l'UMP avec deux interviews très violentes de François Fillon à l'égard de Nicolas Sarkozy, et par une émission ratée de Jean-François Copé sur France 2. Mais le sujet majeur pour la droite aujourd'hui, c'est son incapacité à faire face à la poussée du Front National.
13/10/2013 - 08:04 Temps Lecture 10 mn.
Bien sûr Brignoles n'est pas toute la France. Bien sûr l'UMP a remporté huit législatives partielles depuis un an. Bien sûr il y a toujours un fossé entre les sondages et le vote final. Il n'en reste pas moins que la victoire certaine du Front National lors de la cantonale partielle de Brignoles, avec le soutien d'électeurs socialistes, comme cela a déjà été le cas dans l'Oise il y a quelques semaines, va créer un léger séisme à droite. D'autant plus que de nombreuses enquêtes d'opinion soulignent la nette montée en puissance du Front National, comme de sa présidente Marine Le Pen, qui sera l'invitée ce soir du Grand Jury LCI-RTL-Le Figaro. Si bien que la question du moment est de savoir vers quelles " terres inconnues " se dirige la Droite, avec une UMP menacée d'éclatement comme l'a répété une nouvelle fois la semaine dernière Alain Juppé. Avec une UDI prête à sceller une alliance avec le Modem d'un François Bayrou qui a voté pour François Hollande il y a moins de dix-huit mois. Et surtout avec une absence complète de corpus doctrinal, comme les conservateurs britanniques ont su en bâtir un pour repousser les thèses du Front National. De fait, le parti de Jean-François Copé semble parti, sur le terrain des idées, dans une incroyable fuite en avant, en promettant désormais de rompre avec tout : le bilan "trop tiède" de Nicolas Sarkozy et l'Europe mal aimée qu'il a contribué à façonner, avec Schengen, avec l'État providence et le modèle social. Mais plus l'UMP semble reprendre à son compte certains mots du FN, plus Marine Le Pen police son discours, y compris sur l'euro, qui était son talon d'Achille. Ce qui sonne le sentiment de créer une curieuse porosité entre la droite et l'extrême droite sans qu'un leader soit capable de dire "stop", car à l'UMP, la guerre des chefs bat son plein. SEQUENCE DESASTREUSE POUR FILLON Nolens volens, le Front National est devenu le " sparadrap " de l'UMP dont elle n'arrive pas à se défaire. À l'UMP, la question de la stratégie électorale à adopter vis-à-vis du Front national reste un casse-tête. Après François Fillon, qui s'est pris les pieds dans le tapis au sujet de la consigne de vote à donner en cas de duel PS-FN au second tour des municipales, Jean-François Copé s'est montré à son tour embarrassé quand il lui a été demandé jeudi 10 octobre, lors de l'émission "Des paroles et des actes", sur France 2, qui il choisirait en cas de duel entre François Hollande et Marine Le Pen au second tour de la présidentielle de 2017. Une sorte de 21 avril 2002 à l'envers, en somme. Visiblement mal à l'aise, le président de l'UMP a refusé de répondre à cette question théorique, mettant donc de facto François Hollande et Marine Le Pen sur un même pied. En fait, Jean-François Copé suit le sens de l'opinion de ses propres troupes. Puisque 63 % des sympathisants de droite disent préférer la présidente du Front national, contre 29 % pour le président de la République, selon un sondage BVA publié le 30 septembre. Si la semaine n'a pas été favorable au président de l'UMP elle l'a été encore moins pour François Fillon qui avait choisi ce moment pour régler des comptes personnels avec Nicolas Sarkozy, à travers deux interviews, dans le Journal du Dimanche, puis dans Valeurs Actuelles. Le problème c'est qu'entre la publication de la première et celle de la seconde, Nicolas Sarkozy a été lavé de tout soupçon par la justice dans l'affaire Bettencourt. Ce qui ne constituait pas le meilleur moment pour le "victimiser". Mais l'ancien Premier Ministre semble décidé à prendre tous les risques pour avoir une chance de s'imposer face à Nicolas Sarkozy dans la perspective de la présidentielle de 2017. Après n'avoir pas exclu le vote en faveur d'un candidat Front national, en cas de duel avec le PS, et s'être affiché avec Vladimir Poutine, l'ancien premier ministre tente aujourd'hui d'imposer un rapport de forces à son ancien mentor... en lui déclarant la guerre. Un pari osé à six mois des municipales, alors que l'UMP tente de mettre en sourdine les divisions qui la minent. UN COMBAT FILLON-JUPPE En fait le député de Paris s'efforce d'installer l'idée d'un duel avec Nicolas Sarkozy pour sécuriser sa position de principal rival de l'ex-président. Il espère ainsi marginaliser les autres candidats potentiels, en particulier Alain Juppé qui le dépasse dans de très nombreux sondages. D'ailleurs un match à distance s'est engagé entre François Fillon et Alain Juppé. Le maire de Bordeaux, qui n'exclut pas de participer à la course pour 2017, a la dent dure contre le député de Paris depuis ses propos ambigus sur le FN. Après l'avoir accusé d'avoir commis une grosse faute de nature à faire monter le Front national, Alain Juppé a fustigé ses attaques virulentes à l'encontre de Nicolas Sarkozy. Il reste qu'en adoptant le registre de la transgression, François Fillon prend le risque de brouiller son image de modéré et de rassembleur. Et le fait est que depuis trois semaines, il ne fait que chuter dans les sondages. Pour tenter de sortir de cette séquence désastreuse François Fillon a décidé d'avancer la publication de son programme économique. Selon les informations de WanSquare, l'ancien Premier Ministre, qui a passé une partie de la semaine écoulée au Kazakhstan avec son fidèle Jérôme Chartier, va publier dans les Échos de demain son diagnostic et sa méthode. Selon certaines indiscrétions il y serait question d'une sérieuse cure d'économies et d'efforts importants avec toute une série de mesures qui font déjà débat : la retraite à 65 ans, la suppression de l'ISF, l'impôt sur le revenu payé par tous, la baisse du nombre de fonctionnaires ou la fin des 35 heures. En fait rien de très nouveau ni de très différenciant à Droite. LES INQUIETUDES DU FMI ET DU G20 A noter que si François Fillon se déclare le mieux placé pour gagner en 2017, ce n'est pas l'avis des français. Selon un sondage BVA pour i>Télé et Le Parisien, ils sont en effet une majorité (49% contre 40%) à estimer que Nicolas Sarkozy serait le plus capable des deux de remporter l'élection présidentielle de 2017. Plus fâcheux encore pour François Fillon, les sympathisants de l'UMP ne partagent pas du tout son pronostic : ils sont une écrasante majorité (70% contre 28%) à estimer que Nicolas Sarkozy, plutôt que lui-même, serait le plus capable des deux de remporter l'élection présidentielle de 2017. Pour BVA, il s'agit d'un retournement complet de l'opinion en mois de trois ans. Par ailleurs une forte majorité des sympathisants UMP (66%) réprouve l'attitude offensive de François Fillon envers Nicolas Sarkozy. Sur le plan macro économique, les ministres des Finances du G20, réunis ces derniers jours, en marge des assemblées annuelles du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale ont enjoint les États-Unis à résoudre leurs problèmes budgétaires. Alors que les négociations entre républicains et démocrates se poursuivent pour mettre fin au fameux "?shutdown?" , la fermeture temporaire des services fédéraux, et relever le plafond de la dette fédérale actuellement de 16.700 milliards de dollars, les ministres s'inquiètent des répercussions désastreuses sur le plan mondial si les États-Unis venaient à faire défaut. Mais ce qui est plus intéressant, c'est qu'ils s'inquiètent aussi de l'arrêt précoce de la politique accommodante de la Réserve fédérale américaine, qui provoquerait une envolée des taux d'intérêt à long terme et entrainerait, selon les prévisionnistes, une perte de 2 300 milliards de dollars pour les investisseurs détenant des obligations souveraines. Des investisseurs qui semblent rassurés par la nomination de Janet Yellen, dans la mesure où elle est considérée comme la plus susceptible de maintenir aussi longtemps que possible des mesures ultra accommodantes. L'AFEP A GAGNE SON BRAS DE FER De ce coté ci de l'Atlantique, le patronat que l'on disait divisé a montré son efficacité en obtenant de Pierre Moscovici la suppression du projet de taxation de l'excédent brut d'exploitation au profit d'une surtaxe sur l'impôt sur les sociétés ? qui devrait passer de 5 à 10,7 %. Même si Chez Bernard Cazeneuve on persiste à dire que cette idée était venue du patronat lui-même, il est clair que depuis la fin septembre l'Afep de Pierre Pringuet et le Medef de Pierre Gattaz ont marché main dans la main pour faire abandonner ce projet. Bercy a notamment été très sensible aux simulations présentées par l'Afep sur l'effet dévastateur de cette taxe sur l'investissement des entreprises. Or cela reste le point faible de l'économie française, et celui qu'Emmanuel Macron surveille le plus à l'Élysée pour François Hollande. Le calme semble donc revenu au sein des instances dirigeantes des deux organisations patronales qui s'étaient fait tirer les oreilles par de grands patrons du CAC 40 sur leur manque de combativité sur ce sujet. Dans le domaine des entreprises, l'actualité de la semaine devrait être dominée par le sujet Peugeot. Dans la mesure où il semble désormais apparaitre que le chinois Dongfeng pourrait monter à hauteur de 30% dans le capital de PSA Peugeot Citroën. Si le groupe chinois, déjà partenaire de l'entreprise française en Chine, réalise cette augmentation de capital, il deviendrait le premier actionnaire devant la famille Peugeot qui en détient 25,4%. Le constructeur automobile français possède déjà deux coentreprises en Chine: l'une à Shenzhen avec Changan, consacrée à la ligne DS et l'autre avec Dongfeng pour fabriquer des véhicules Peugeot et Citroën dans leurs trois usines de Wuhan. Autre dossier majeur qui semble se débloquer : celui d'un accord devant déboucher sur la construction et l'exploitation de deux réacteurs nucléaires de type EPR dans l'ouest de l'Angleterre. Le montant du contrat atteindrait 16,5 milliards d'euros et un accord pour la construction d'un premier réacteur pourrait être annoncé d'ici à la fin du mois. EDF et le gouvernement britannique ont ouvert de délicates discussions financières sur ce sujet, l'électricien français ne souhaitant pas s'engager sans garantie sur la rentabilité du projet. Selon les informations de WanSquare, EDF réclamait un prix d'environ 95 livres le mégawatt heure, alors que le gouvernement souhaitait qu'il soit compris entre 80 et 85 livres.
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