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Yves de Kerdrel

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Le budget 2014 accueilli avec tiédeur sauf à Bruxelles
par Yves de Kerdrel

La semaine écoulée était importante pour l'exécutif avec la présentation du projet de loi de finances pour 2014. Celle-ci n'a satisfait ni la majorité socialiste, ni les grandes entreprises, et laisse sceptiques les investisseurs étrangers. La seule satisfaction est venue de Bruxelles. Ce qui constitue une sorte de baiser de Judas pour François Hollande.
29/09/2013 - 07:44 Temps Lecture 9 mn.
Pas facile de présenter un budget seulement trois jours après la réélection triomphale d'Angela Merkel à la tête de la grande Allemagne. Pas facile de présenter un budget bâti sur des hypothèses macro-économiques " limites " que le Haut Conseil des Finances Publiques a eu quelques difficultés à digérer. Pas facile de présenter un budget qui inclut une nouvelle taxe de 2,5 milliards d'euros de rendement net assise sur l'excédent brut d'exploitation des entreprises, moins d'un mois après que Pierre Moscovici ait assuré les entrepreneurs d'une "pause fiscale". Pas facile enfin de faire croire que ce budget sera économe de 15 milliards d'euros en termes de dépenses publiques, alors que si l'on refait bien les comptes, celles-ci ne baissent que de 100 millions d'euros. Autant dire que le discours du Président de la République, à l'occasion de la remise du Prix de l'Audace Créatrice, vendredi 27 septembre à l'Élysée, devant un parterre de 400 patrons était très attendu. En introduction à la cérémonie dont il est l'instigateur, le président de Fimalac, Marc Ladreit de Lacharrière, avait rappelé clairement que "dans la bataille de la compétitivité, la France a encore reculé sur la scène internationale et qu'elle est un des pays les plus mal classés dans le cadre du marché du travail, en raison de son extrême rigidité (...), il est essentiel de ne pas alourdir les charges par de nouveaux impôts", faisant notamment référence à cette taxe sur l'EBE qui apparaît déjà comme une grosse pomme de discorde VERS DES ASSISES DE LA FISCALITE En réponse, François Hollande a exhorté les chefs d'entreprise à avoir de l'audace, notamment pour innover et investir. Car malgré des signaux encourageants sur la croissance, le chef de l'État a reconnu que le niveau insuffisant de l'investissement restait un problème en France. Pour remédier à cette faiblesse, il a listé à son auditoire ce qui devrait, selon lui, les y encourager: crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE), réforme des plus-values de cession, statut des jeunes entreprises innovantes, absence de nouvelles cotisations sociales pour les entreprises dans le cadre de la réforme des retraites. Avant d'annoncer, sous le regard du Ministre du Budget, la prochaine tenue d'Assises de la Fiscalité afin de mieux prendre en compte les contraintes des entreprises. Mais le Chef de l'État a eu aussi fort à faire avec sa propre majorité. Notamment avec les Verts, peu satisfaits de ce budget qui se sont livrés à un bouquet de règlements de comptes internes. Du coup, afin de stopper la guerre interne à son mouvement, Cécile Duflot a essayé de réconcilier les siens en attaquant violemment Manuel Valls sur le sujet des Roms. Elle en a même appelé à l'arbitrage du Président de la République. Mais ce dernier, sans le faire savoir explicitement, soutient mordicus son Ministre de l'Intérieur sur ce sujet. D'autant plus qu'il a été alerté par certains des barons du PS, que le laxisme gouvernemental en la matière risquait de faire des dégâts à l'occasion des prochaines municipales. Ce qui justifie le sondage Ifop, publié ce matin par le Journal du dimanche, qui montre qu'un quart des français entendent sanctionner la majorité au pouvoir lors des municipales. NKM FAIT LA FUSION AVEC LE MODEM Des municipales qui à Paris, pourraient bien finalement tourner à l'avantage de Nathalie Kosciusko-Morizet. Selon certaines enquêtes d'opinion non publiées, celle-ci serait passée devant Anne Hidalgo. Toute la question est de savoir si cela se vérifiera dans les urnes, notamment en raison de la complexité du scrutin d'arrondissement, et avec de surcroit la multiplication des listes dissidentes dans l'opposition. NKM travaille cependant à ramener à son combat Marielle de Sarnez, du Modem, qui pourrait occuper une place importante dans son dispositif de campagne. La fidèle partenaire de François Bayrou aurait posé trois conditions, plutôt souples à l'ancienne porte-parole de Nicolas Sarkozy : un projet commun, une équipe commune, un groupe commun après l'élection au Conseil de Paris. Reste le cas de l'économiste Christian Saint-Etienne, qui porte les couleurs de l'UDI et qui ne veut pas être marginalisé à l'occasion de ce ralliement. Au moment même où le Modem et l'UDI s'apprêtent à reformer un mariage de raison. A droite, NKM est pour ?instant l'une des seules personnalités nationales qui bénéficie du soutien et de la mansuétude de Nicolas Sarkozy. L'ancien président qui faisait cette semaine un nouveau déplacement en province n'a pas mâché ses mots à l'égard de son ancien premier ministre. L'ancien locataire de l'Élysée s'est d'abord moqué de son programme en se demandant comment François Fillon pourrait se faire élire en promettant les 39 heures payées 35 et la retraite à 65 ans. Il a également assuré qu'il ne comprenait pas le revirement de l'ex-premier ministre sur le FN. Jean-François Copé, qui a pris ses distances avec Nicolas Sarkozy cet été, a aussi eu droit à sa pique. L'ancien chef de l'État a reproché au président de l'UMP de ne se situer que dans "une stratégie personnelle au moment où il faut se rassembler pour incarner une alternance". Enfin l'ex-président a également reproché à son camp de ne pas proposer assez d'idées nouvelles. Enfin, comme à chaque fois Nicolas Sarkozy a distillé sa petite musique, le situant au-dessus de la mêlée : "la politique c'est fini mais la France c'est autre chose. SUSPENSE AUX ETATS-UNIS Sur le plan macro-économique l'annonce en France d'une inversion de la courbe du chômage a laissé de marbre l'opinion publique et même les socialistes. Dans la mesure où le nombre impressionnant des désinscriptions (277.000) fait peser un doute sur la sincérité de ces chiffres. Il reste que les perspectives de croissance continuent à s'améliorer très très lentement après le rattrapage de 0,5 % du PIB enregistré au cours du second semestre. En annonçant, le 18 septembre, qu'elle allait, contre toute attente, maintenir ses mesures de soutien à l'économie, la Réserve fédérale américaine espérait rassurer les marchés. Et, par là, stopper la remontée des taux d'intérêt observée depuis quelques mois. Passé l'euphorie des premières heures, ils ont replongé dans le brouillard. Après s'être nettement détendus, les taux souverains évoluent, depuis, sans direction. Les incertitudes se lèveront-elles dans les jours à venir ? Rien n'est moins sûr. La moitié des financiers parie que M. Bernanke annoncera une diminution des achats d'actifs dès octobre. L'autre estime qu'aucune décision ne sera prise avant l'entrée en fonctions de son successeur ? probablement Janet Yellen ?, en janvier 2014. Les marchés vont donc devoir apprendre à naviguer sans boussole. Dans l'immédiat, républicains et démocrates ont jusqu'à demain à 23 heures 59 ? date qui marque la fin de l'exercice fiscal 2013 ? pour trouver un accord sur le plafond de la dette et le budget 2013-2014. S'il ne fait guère de doute qu'un compromis sera trouvé, ce compte à rebours ajoute de l'instabilité et de la volatilité à l'évolution des marchés financiers. CA TANGUE A L'AFEP Du côté des assureurs, un peu de satisfaction réapparait. Pour la première fois, un accord européen serait en vue sur le fameux dossier de Solvabilité II, cette directive capitale pour la stabilité du secteur financier, qui doit relever les niveaux de capitaux propres exigés des grandes compagnies d'assurances. Cet accord pourrait être conclu, et annoncé, lors du prochain conseil "Ecofin" du 15 octobre, qui réunira les ministres des finances de l'Union européenne. La présidence lituanienne de l'Union européenne a mis sur la table, lundi 23 septembre, une nouvelle proposition à même d'emporter l'adhésion des pays membres, et notamment de la France et de l'Allemagne, poids lourds du secteur de l'assurance, jusqu'ici très critiques. Il s'agit, en fait, d'une nouvelle mouture d'un texte dénommé Omnibus 2, qui doit modifier la fameuse directive-cadre Solvabilité II. Ce texte a vocation à introduire des mécanismes permettant de contrer les effets pervers de Solvabilité II, afin de protéger les capitaux propres des assureurs contre une trop grande volatilité. Dès que ce texte de révision sera voté, la directive-cadre Solvabilité II pourra donc se déployer. Enfin ça tangue beaucoup à l'AFEP (l'association Française des Entreprises Privées) depuis quelques jours. Des administrateurs de cette organisation patronale reprochent à Pierre Pringuet sa trop grande souplesse vis à vis des pouvoirs publics, notamment sur l'épineuse question de la taxe sur l'EBE. Certains groupes adhérents depuis longtemps à ce puissant lobby auraient menacé de le quitter si une position plus dure n'était pas adoptée. Dans le même temps des critiques de même nature se font jour à propos de l'équipe de Pierre Gattaz, la jugeant trop peu présente sur les questions budgétaires. Certains vont même jusqu'à annoncer des remaniements au sein des deux organisations patronales dans les semaines à venir.