éditorial / Yves de Kerdrel
éditorial
Yves de Kerdrel
éditorial
Le dossier syrien mis entre parenthèses, Hollande revient aux réalités avec le budget, la grogne des verts et celle des patrons.
par Yves de Kerdrel
En l'espace d'une semaine le dossier syrien qui avait pris une ampleur impressionnante s'est dégonflé grâce à l'intervention de la Russie, mettant un peu plus hors-jeu la France sur cette affaire. De fait François Hollande qui devait parler de ces évènements ce soir sur TF1 aura aussi à s'expliquer sur les réformes, le budget a grogne qui monte chez les verts après l'abandon d'une sur taxation du diesel.
15/09/2013 - 08:07
Lecture 9 mn.
Comme prévu, François Hollande s'exprimera ce soir sur TF1 lors du journal de 20 heures et répondra aux questions de Claire Chazal. Le chef de l'État, précise-t-on dans son entourage, devrait être interrogé sur les principales préoccupations des Français en matière d'économie, d'emploi, de sécurité, mais aussi sur les questions internationales, en particulier la situation en Syrie. Son intervention devrait durer une trentaine de minutes, nous a-t-on fait savoir hier soir. François Hollande avait promis il y a une semaine de s'adresser aux Français sur le dossier syrien, au moment où la France et les États-Unis étaient encore sur la ligne d'une intervention militaire contre le régime de Bachar al-Assad. Depuis l'accord russo-américain d'une mise sous contrôle international de l'arsenal chimique syrien intervenu en fin de semaine place François Hollande dans une situation un peu marginale. Ce qui ne l'empêchera pas de s'exprimer sur le dossier syrien. Mais ce ne sera pas le c?ur de son intervention.
De fait, le chef de l'État ne pourra pas éviter de répondre à des questions sur le débat qui fait rage autour de la préparation du budget 2014. La présentation mercredi des grandes lignes du projet de loi de finances a suscité de vives tensions entre l'exécutif et les écologistes, qui critiquent l'absence d'un rééquilibrage entre l'essence et le diesel dès l'an prochain. Une polémique qui a amené le ministre du budget, Bernard Cazeneuve à réaffirmer, vendredi qu'aucune décision n'avait encore été prise. Si bien qu'hier après-midi le secrétaire national d'Europe Écologie-Les Verts, Pascal Durand a lancé, une forme d'ultimatum à François Hollande, en lui donnant "six jours" pour s'engager concrètement dans la transition énergétique. L'objectif des Verts est clair : mettre la pression sur le gouvernement, en menaçant de ne pas voter le budget en l'état. Ce qui entrainerait implicitement la sortie du gouvernement des ministres écologistes comme l'ont rappelé les deux co-présidents du groupe EELV à l'Assemblée, Barbara Pompili et François de Rugy. En dehors de ce dossier aigu, le président de la République pourrait aussi s'exprimer sur la réforme des retraites qui sera présentée en Conseil des ministres ce mercredi 18 septembre.
MOSCO MALMENE PAR BRUXELLES
Autre sujet sensible qui pourrait être évoqué, le respect des engagements budgétaires. Alors que le déficit de la France devrait atteindre 4,1 % du produit intérieur brut cette année, au dessus des objectifs fixés avec la commission européenne (3,9 %), Pierre Moscovici a réaffirmé en fin de semaine que le gouvernement tiendrait le cap des 3 % en 2015. Mais la commission européenne qui se réunissait à Vilnius vendredi, se veut d'autant plus vigilante qu'elle avait accordé un délai de deux ans pour mettre un terme au déficit excessif, en échange de réformes substantielles, en particulier dans le domaine des retraites. Le locataire de Bercy devrait donc revoir le Commissaire Olli Rehn dans les prochaines semaines afin de tenter de le convaincre que le gouvernement entend bien poursuivre ses réformes à petits pas.
Vendredi, Olli Rehn a rappelé aux ministres des Finances de l'Union les nouvelles prérogatives de Bruxelles sur l'adoption des budgets 2014. Tous les pays devront envoyer leur projet de budget à Bruxelles avant le 15 octobre, et Bruxelles se donnera alors un mois pour vérifier le sérieux des hypothèses et rendre son avis. Une réunion spéciale des ministres des Finances de la zone euro a été décidée pour le 22 novembre afin de faire le point sur les finances publiques de l'Eurozone. Après un été égrené par la publication d'indicateurs économiques plutôt encourageants, les autorités européennes ont mis en garde les ministres des Finances contre tout excès d'optimisme. Jörg Asmussen, membre du conseil des gouverneurs de la BCE, a ainsi confirmé que l'embellie de la conjoncture au deuxième trimestre 2013 (avec une reprise de 0,3% pour la zone euro) n'était pas fondée sur des bases solides et ne se reproduira sans doute pas ce trimestre.
MOUVEMENTS DE PLAQUES A DROITE
De fait, le scénario rose du chef de l'État, plusieurs fois nuancé, vient de l'être à nouveau. A la fin du mois d'aout, François Hollande estimait que le gouvernement pourrait légèrement revoir à la hausse la prévision de croissance pour 2014. Moins de deux semaines plus tard, celle-ci vient d'être ramenée du 1,2 % toujours officiellement prévu à 0,9 % pour tenir compte de l'atonie de 2013 et de signaux conjoncturels contradictoires qu'illustre le yo-yo de la production industrielle. Quant au déficit et la dette publics ? Ils seront respectivement de 4,1% (au lieu des 3,7% prévus) et de plus de 90% du produit intérieur brut (PIB) en 2013. Et cela, malgré 41 milliards d'euros d'impôts supplémentaires en 2012-2013.
Du côté de la droite, l'actualité a été marquée par les suites de la petite phrase "transgressive" de François Filon sur le Front National. Petite phrase qu'il a assumée en fin de semaine lors d'un meeting à Nice, à la veille de l'Université d'été du Front National. Ce qui a provoqué la colère de Jean-Pierre Raffarin. Chez l'ancien Président de la république on observe ce changement de ton de François Fillon avec amusement. Et selon certaines informations, Nicolas Sarkozy aurait beaucoup repris langue avec Alain Juppé, au cours des dernières semaines, afin de le faire apparaître en contrepoids de son ancien premier ministre. D'autant plus qu'à ses yeux Jean-François Copé n'est plus apte pour cela et n'est pas suffisamment audible dans l'opinion.
FILLON A DINE A L'AFEP
Conformément aux v?ux de beaucoup à droite, l'inventaire du sarkozysme est désormais en marche. Plus rien ne semble pouvoir l'arrêter. Tout cela va prendre la forme d'une convention ad hoc que l'UMP a prévu d'organiser le 17 octobre prochain au siège parisien du parti, en menant une évaluation des années Sarkozy. Cet exercice sera piloté par le député Hervé Mariton, chargé du projet de l'UMP, et désormais proche de François Fillon. Trois tables rondes devraient être mises en place sur les sujets régaliens, la politique internationale et les thématiques économiques et sociales. Une comparaison avec les quinze premiers mois de gouvernement socialiste sera dressée. Avant la convention, un questionnaire sera envoyé aux adhérents pour connaître leurs motifs d'insatisfaction. Les cinq mouvements de l'UMP sont aussi invités à apporter leur contribution.
L'AFEP a reçu jeudi dernier pour l'un de ses grands diners mensuels François Fillon. Ce dernier a beaucoup échangé avec les dirigeants d'entreprise, dans un cadre non politicien. Il a beaucoup mis en avant dans son propos la dimension internationale, en rappelant l'importance qu'il attachait dans son projet au couple franco-allemand et à la convergence des politiques économiques menées à Paris et Berlin. Un discours bien reçu, semble-t-il par des patrons, dont un grand nombre, assistaient il y a une semaine aux traditionnelles rencontres franco-allemandes d'Évian.
LA SEMAINE DE BOLLORE
L'AFEP et son président Pierre Pringuet sont très mobilisés sur les derniers arbitrages fiscaux avant la présentation du projet de loi de finances. En effet, selon les informations en provenance de Bercy, l'exécutif devrait se contenter d'ajouter dans les grandes lignes du budget 2014 un nouvel impôt sur les entreprises, sans mener la pause fiscale évoquée lors de l'Université d'été du Medef. D'abord parce que la suppression des taxes sur le chiffre d'affaires sera moins ambitieuse qu'attendue : l'imposition forfaitaire annuelle (qui rapporte 500 millions d'euros) disparaîtra bien comme cela était prévu initialement, mais la C3S, cotisation assise sur le chiffre d'affaires qui devait être supprimée en deux temps, sera, en principe maintenue l'an prochain. De surcroit les entreprises vont devoir supporter une nouvelle taxe assise sur l'excédent brut d'exploitation (EBE), conçue comme une imposition minimum, qui s'appliquera avec un taux de 1,15 %, et qui devrait rapporter près de 3 milliards d'euros.
Du coté du monde des affaires, la semaine a été toute entière marquée par Vincent Bolloré. D'abord du côté de Vivendi où il est parvenu à un gentleman agreement avec Jean-René Fourtou. Ce dernier a accepté de ne pas nommer un dauphin à la présidence du directoire. En revanche, l'industriel breton est devenu vice-président du conseil de surveillance. Et en même temps le groupe a annoncé la scission de SFR. Ensuite Vincent Bolloré a annoncé que Renault était intéressé par son système de batterie électrique pour véhicules dans lequel il a investi 1,7 milliards d'euros depuis près de vingt ans. Enfin il a dévoilé les conditions d'introduction en bourse de la société Blue Solution qui rassemble Autolib et Batscap. Tout cela a fait bondir de 6,5 % l'action Bolloré qui a atteint son plus haut niveau historique.
© Copyright WanSquare
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX
ÉDITORIAUX
Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / La Syrie plonge Hollande et l'opposition dans l'embarras
08/09/2013 - 08:02
Éditorial / Yves de Kerdrel
01/09/2013 - 08:02

