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La Syrie plonge Hollande et l'opposition dans l'embarras
par Yves de Kerdrel

En dépit d'un sommet européen qui a appelé à une réponse claire et forte à l'usage des armes chimiques en Syrie, la France reste isolée dans sa volonté faire des frappes. Au point d'attendre le vote du Congrès américain de ce lundi pour prendre une décision définitive. Et l'attitude désordonnée de l'opposition ne rehausse pas l'image de la France.
08/09/2013 - 08:02 Temps Lecture 11 mn.
Après un G 20 stérile où Vladimir Poutine et Barack Obama se sont regardés en chien de faïence pendant deux jours, le dossier syrien était toujours au point mort. D'autant que le président du conseil européen avait surpris son monde en déclarant haut et fort que seules les solutions politiques devaient être regardées en Syrie et non les solutions militaires. Les chefs d'état des 28 pays membres de l'Union européenne se sont réunis à Vilnius, en Lituanie hier matin pour tenter d'afficher une position commune. En apparence, le communiqué final, savamment soupesé, est parvenu à faire l'unanimité. Il évoque de fortes présomptions quant au fait que le régime syrien serait responsable de l'usage d'armes chimiques. Catherine Ashton, haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité a toutefois apporté un bémol en affirmant qu'il fallait attendre le rapport complet des observateurs de l'ONU. Le secrétaire d'État américain, John Kerry, participait à la réunion. Dans l'avion qui l'amenait des États-Unis, il a évoqué la division des Européens et salué le soutien de la France et du Danemark, les seuls à avoir clairement approuvé l'idée de frappes. Malgré le vote négatif des Communes, le gouvernement britannique prône toujours une riposte. La position de certains pays ? l'Italie, l'Espagne, la Lituanie - a évolué. L'Allemagne a indiqué samedi qu'elle appuyait la déclaration signée par onze membres du G 20 plaidant pour une réaction forte contre l'usage d'armes chimiques. Une formule floue, ambiguë, mais permettant d'évoquer aussi l'option militaire. Berlin avait réclamé la veille une accélération de la publication du rapport des experts des Nations unies qui ont enquêté en Syrie. Celui-ci pourrait être dévoilé dans une dizaine de jours selon nos informations recueillies auprès du Quai d'Orsay. John Kerry, de passage à Paris samedi soir a rappelé, pour sa part que les États-Unis ne s'étaient pas engagés à attendre ce rapport. LA BATAILLE DE L'OPINION EST PERDUE Au terme d'une semaine marquée par de nombreux débats, y compris au Parlement, et de multiples prises de position sur la Syrie, les Français, qui étaient jusque-là majoritairement favorables à une intervention militaire internationale dans ce pays, désapprouvent désormais nettement cette perspective. Selon un sondage Ifop pour Le Figaro, près des deux tiers des Français (64 %) se disent hostiles à une telle intervention, contre 36 % qui s'y déclarent favorables. Ces derniers étaient 55 % lors de la précédente enquête, menée du 26 au 28 août. Symbole frappant, le degré d'adhésion des Français se situe désormais à l'étiage mesuré en Allemagne (37 %, selon l'Ifop), pays traditionnellement hostile à toute intervention militaire. C'est peu dire que l'exercice de pédagogie auquel se sont livrés le président français, François Hollande, et son premier ministre, Jean-Marc Ayrault, n'a pas convaincu. Ils ont raté leur cible, y compris dans leurs propres rangs, puisqu'on peut constater une sensible érosion parmi les sympathisants socialistes. La baisse est plus spectaculaire encore au sein de l'électorat de droite. Une telle chute permet de considérer que la bataille de l'opinion est perdue. "L'opinion? Elle sera défavorable jusqu'au bout", prévoit-on dans l'entourage du chef de l'État. Toute l'attitude de la France est liée désormais au vote très incertain du Congrès américain qui aura lieu demain. La confiance du Sénat semble acquise, mais pour le reste ce n'est pas joué, et la Maison-Blanche y travaille, utilisant les mêmes cabinets de lobbying que l'administration Bush pour intervenir en Irak (pour un coût de plusieurs centaines de millions de dollars). Et si le Congrès vote non? La France n'ira pas en guerre seule. François Hollande l'a dit et répété. De toutes manières l'État-Major des Armées ne travaille que sur des cibles militaires très ponctuelles. CACOPHONIE COMPLETE A L'UMP L'attitude de l'opposition et notamment de l'UMP a montré à quel point ce parti était incapable de se rassembler. Si une déclaration commune a été rédigée lors de la réunion de groupe de mardi dernier, cela n'a pas empêché tous les leaders du parti de faire part de leur petite musique personnelle avec des nuances plus ou moins fortes par rapport à la ligne officielle. Le point d'orgue a été la déclaration d'Alain Juppé, ancien Ministre des Affaires Étrangères. Jeudi dernier, il a affirmé être favorable à une intervention armée contre le régime de Bachar Al-Assad. Même s'il ne sous-estime pas les risques d'une action militaire, Alain Juppé a expliqué qu'il jugeait cet engagement nécessaire. Il va même jusqu'à préconiser une intervention militaire, sans attendre de disposer du cadre légal des Nations unies, rejetant ainsi la position officielle de son parti, qui s'oppose à une intervention hors du cadre de l'ONU. L'autre grand sujet de la semaine a concerné les effets d'annonce sur les prochaines mesures fiscales. D'autant qu'un sondage réalisé par CSA a montré que 79 % des français estiment que le chef de l'État ne parviendra pas à stabiliser les prélèvements obligatoires dès 2014. Une méfiance qui trouve peut-être sa source dans la multiplication des signaux contradictoires du président et de son gouvernement. Grâce à une amélioration des prévisions de croissance, le ministre du budget se dit être en mesure d'affirmer que le budget 2014 comprendra beaucoup moins que les 6 milliards d'euros de prélèvements supplémentaires initialement annoncés. Selon les informations de WanSquare, la hausse pourrait être limitée à 0,1 % du PIB, soit 2 milliards d'euros. Mais c'est sans compter la suppression de niches fiscales qui, pour les français, ont le même goût amer que les hausses d'impôt. DRAGHI DANS UN CORNER Par ailleurs, 71 % de Français se disent favorables à un retour à la défiscalisation des heures supplémentaires, et jusqu'à 79% s'agissant des heures des salariés les plus modestes, selon deux sondages publiés ce week-end, sur fond de débat relancé ces derniers jours sur ce dispositif abrogé en 2012. Interrogés en lien avec la sujétion de nouveau à l'impôt des heures supplémentaires, 71% des Français se disent plutôt favorables à un retour à la défiscalisation car cette mesure augmenterait le pouvoir d'achat des salariés et valoriserait le travail et l'effort, selon un sondage Ifop publié aujourd'hui dans Sud-Ouest Dimanche. Les Français semblent donc arbitrer en faveur de l'augmentation du pouvoir d'achat des salariés et de la valorisation du travail et de l'effort plutôt qu'en faveur de l'augmentation des recettes de l'État. Du côté de la situation macro-économique les investisseurs attendent avec impatience des signaux pus clairs de la part de la Banque centrale européenne. Mario Draghi est désormais très attendu sur son calendrier, d'autant que la Fed a été très précise. Bien sûr, à la différence de la Réserve Fédérale, il ne peut pas fixer un taux de chômage cible. Ce qui l'oblige à trouver d'autres outils permettant de donner des indications plus précises sur son calendrier. Certains estiment qu'il pourrait allonger d'un an l'horizon des prévisions économiques délivrées par les analystes maison. D'autres experts jugent que l'institution pourrait aussi utiliser la publication des minutes, les comptes rendus pour l'instant confidentiels des conseils des gouverneurs, pour laisser filtrer sa stratégie. Un pari risqué : révéler au grand jour les fortes dissensions existant entre les membres pourrait se révéler contre-productif. DOUCEMENT LES TAUX GRIMPENT En attendant jeudi dernier les taux américains à dix ans ont dépassé la barre symbolique des 3 %. Du jamais-vu depuis juillet 2011. Le même jour, les taux d'emprunt à dix ans de l'Allemagne sont repassés au-dessus de 2 %, tandis que la France a dû consentir à un taux de 2,57 % pour emprunter 4,2 milliards d'euros sur dix ans. Un record depuis mai. Même si les taux se sont un peu détendus vendredi soir, cette remontée touche toute la zone euro. Et ce n'est peut-être que le début. Avec deux risques à la clé. La hausse des taux longs entraîne mécaniquement celle des prêts immobiliers et celle des crédits aux entreprises. De quoi, si la tendance se poursuit, pénaliser le redémarrage de l'activité. Mais les conséquences sont potentiellement plus ravageuses encore pour les États : chaque fois que les taux augmentent, le financement de la dette leur coûte plus cher. Ce qui n'est jamais une bonne nouvelle. Du côté du monde des affaires, c'est sans surprise que Jean-Marc Ayrault, a confirmé que Philippe Wahl sera proposé comme successeur à Jean-Paul Bailly pour prendre la tête de la présidence de La Poste. Pressenti depuis plusieurs semaines, il remplacera l'actuel président qui a décidé de ne pas aller au terme de son mandat, prévu en novembre 2014, après onze années passées à ce poste. Conformément à la Constitution, Philippe Wahl, ancien directeur général de la Royal Bank of Scotland, sera auditionné par les commissions compétentes de l'Assemblée nationale et du Sénat avant sa nomination officielle en conseil des ministres. Soutenu par Pierre Moscovici et Michel Sapin pour occuper le poste, M. Wahl n'avait en revanche pas les faveurs d'Arnaud Montebourg, dont le ministère du redressement productif a la tutelle de La Poste. Celui-ci lui préférait Bruno Mettling, l'actuel directeur des ressources humaines d'Orange, lui aussi en lice pour le poste. BOLLORE VEUT LE POUVOIR CHEZ VIVENDI Mais la grande affaire de la semaine à venir, risque d'être le nouvel épisode du feuilleton de la gouvernance de Vivendi. Selon nos informations, Vincent Bolloré pourrait annoncer dés demain qu'il est candidat s'apprête à la présidence du directoire du groupe. L'industriel breton, qui est le premier actionnaire du groupe a pris sa décision lorsqu'il a appris que le chasseur de têtes choisi par Vivendi pour trouver un successeur à Jean-François Dubos s'est arrêté sur Thomas Rabe, le patron de Bertelsmann, maison-mère de RTL Group qui possède plusieurs chaînes de télévision en Europe, dont M6 en France. Bien sûr dans la short list, il y a aussi un dirigeant espagnol et un britannique. Mais la candidature de Thomas Rabe serait soutenue par Jean-René Fourtou, le président du conseil de surveillance. Dans ce contexte, le milliardaire breton a décidé de se porter candidat à la présidence du directoire, avec de bonnes chances d'y parvenir. Tout va se décider dans les prochains jours. Le comité de nomination mis en place par le groupe et présidé par Dominique Hériard Dubreuil (dont fait partie Vincent Bolloré) doit se réunir ce mercredi. Vincent Bolloré n'était pas le seul à viser la présidence du directoire. Bertrand Meheut, le président du groupe Canal+, s'était porté candidat pour promouvoir une solution interne, mais il a préféré s'effacer face à Vincent Bolloré. En attendant l'industriel breton s'est préparé à ce nouveau mandat en abandonnant la présidence d'Havas et en quittant le conseil de Natixis. Reste à savoir si une telle nomination au sin d'un groupe du CAC 40 peut se faire dans des conditions moins critiquables que la récente prise de pouvoir de Sébastien Bazin chez Accor.
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