éditorial
Les écologistes sont décidés à empêcher le virage social-démocrate souhaité par François Hollande
par Yves de Kerdrel
La semaine qui s'ouvre va être marquée par une dernière série de consultations sur les retraites, et par l'Université d'été du Medef. Avec comme point d'orgue une confrontation entre le gouvernement et le patronat sur le recours à la CSG pour contribuer à la réforme des retraites.
25/08/2013 - 08:38

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Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'opération de communication présidentielle autour de l'exercice de réflexion sur la France de 2025 n'a pas eu les effets escomptés. Ni sur la sensation d'une forte cohésion gouvernementale à la veille de cette rentrée. Ni sur l'intensité du travail ministériel auprès de l'opinion publique. C'est même à gauche que cet exercice a été le plus critiqué. Avec notamment une interview au vitriol de Jean-Christophe Cambadélis fustigeant "l'habileté politique" de François Hollande.
C'est d'ailleurs à l'occasion de ce séminaire gouvernemental que la fronde anti-Manuel Valls a repris de plus belle. Après que le Ministre de l'Intérieur ait fait une allusion à une réforme du regroupement familial, compte tenu des importants flux migratoires auxquels la France devait s'attendre au cours des dix années à venir. Cette phrase qui aurait dû rester réservée au cénacle de l'Élysée a aussitôt fait l'objet de fuites organisées à la fois par le cabinet de la Garde des Sceaux et par les ministres écologistes. De manière à placer Manuel Valls dans une très fâcheuse posture. A tel point que le Chef de l'État a eu une explication très vive avec le locataire de la Place Beauvau et a lui-même rectifié le tir sur cette question.
MOSCOVICI RAPPELE A L'ORDRE
Mais Manuel Valls, dont l'omniprésence dans les médias et la popularité énervent au sommet de l'État n'a pas été le seul à se faire réprimander cette semaine. Selon les informations de WanSquare, Pierre Moscovici a été également rappelé à l'ordre après avoir publiquement pointé le risque d'un "ras-le-bol fiscal" dans le pays. L'Élysée a jugé plus que maladroite cette expression. D'autant plus que le gouvernement, qui n'en a pas encore fini avec les hausses fiscales, se retrouve face à un problème de logique : comment justifier de nouvelles augmentations alors que le ministre chargé de les collecter n'est pas loin de considérer qu'il y a trop-plein ?
Et comme si tout cela ne suffisait pas, le ministre de l'écologie, Philippe Martin, voulant se faire bien voir des écologistes, juste avant de participer à leurs universités d'été, a créé un bel émoi en semblant ressusciter jeudi dernier la taxe carbone à laquelle Nicolas Sarkozy avait dû renoncer. Aussitôt ses camarades socialistes ont pris le soin de préciser qu'il ne s'agissait pas d'une taxe nouvelle, mais d'une fiscalité de substitution. Mais personne n'est dupe. Ce ne sont pas les mêmes français qui paieront cette nouvelle cotisation et qui en percevront les fruits dans le cadre de la transition énergétique voulue par le gouvernement.
SIGNAUX CONTRADICTOIRES SUR LA CROISSANCE
Il reste que, Laurent Fabius, qui avait lui-même alerté contre des prélèvements trop élevés lorsqu'il était à Bercy, il y a une dizaine d'années, a surenchéri sur les propos de Pierre Moscovici. Si bien que selon nos informations, les réunions se sont succédées à l'Élysée toute la semaine afin d'élaborer le cocktail de prélèvements le moins nocif pour la croissance. Et des fuites ont été orchestrées à la fin de la semaine pour faire savoir que les hausses d'impôts concernant les particuliers en 2014 pourraient être moins élevées que ce que certains pouvaient craindre. Dans le climat actuel, la nouvelle est plus que bienvenue. Car outre les 6 milliards de recettes nouvelles à trouver, l'exécutif doit, en plus, remplacer des dispositifs fiscaux n'ayant pas ou plus de rendement en 2014. Ces derniers représentent à eux seuls un manque à gagner de 4 à 6 milliards d'euros. L'enveloppe totale de recettes à trouver l'an prochain s'élève donc en fait ainsi entre 10 et 12 milliards d'euros... Il se pourrait donc que Bercy modifie à la hausse sa prévision de croissance pour 2014. A un bémol près, puisque le gouvernement doit désormais soumettre au Haut conseil des finances publiques le scénario de croissance sur lequel il bâtit son budget, et montrer que celui-ci est conforme aux engagements pluriannuels pris en matière de réduction du déficit.
Sur ce terrain des prévisions la porte est très étroite pour le gouvernement comme l'a laissé apparaître cette semaine la dernière estimation flash de l'indice PMI de l'activité globale dans la zone Euro réalisée par Markit. Si cet indicateur est satisfaisant au niveau européen, puisqu'il s'inscrit ainsi a? la hausse pour le cinquième mois consécutif, se redressant de 50.5 en juillet a? 51.7 en aou?t, son plus haut niveau depuis juin 2011, cela est du notamment à la bonne santé de l'Allemagne. L'activité? globale du secteur prive? allemand enregistre en effet sa plus forte croissance depuis janvier, le volume des nouvelles affaires affichant sa deuxième plus forte hausse depuis deux ans. En revanche, en France, la contraction de l'activité? se renforce par rapport a? juillet. Le recul de l'activité? s'accélère dans le secteur des services tandis que la production manufacturière repart a? la baisse, la contraction du secteur manufacturier français restant stable, avec un taux de détérioration marginal. Markit a précisé dans un communiqué curieusement peu diffusé que "l'interrogation principale concerne la capacité? de la France a? renouer avec une croissance durable."
GATTAZ CONTRE LA HAUSSE DE LA CSG
C'est également ce qu'a déclaré Pierre Gattaz sur l'antenne de France Info à la veille de l'Université d'été du Medef qui se tiendra en cette fin de semaine. Le nouveau patron des patrons, épaulé par un certain nombre de ses proches, a surtout mis tout son poids dans la balance cette semaine pour que le gouvernement évite de recourir à la CSG dans le cadre de la réforme des retraites. Il a déclaré à Michel Sapin, comme à ses correspondants à l'Élysée et à Matignon que cela constituerait un casus belli. Cela, alors que Jean-Marc Ayrault doit recevoir demain et mardi toutes les partenaires sociaux pour un dernier round de consultations. Il s'agit en fait de leur annoncer le schéma de base de la réforme prévue qui s'appuie sur un allongement du nombre de trimestres de cotisations et un recours à la CSG (un point de CSG rapportant environ 10 à 11 milliards d'euros).
Au cas où le gouvernement refuserait de modifier ce schéma de base le président du Medef, qui doit recevoir à l'Université d'été du Medef, Pierre Moscovici, Bernard Cazeneuve et Manuel Valls, pourrait menacer de durcir le ton. Avant d'aller porter la bonne parole gouvernementale aux patrons, le Ministre du budget devrait s'entretenir en début de semaine en privé avec, successivement, Henri Proglio, le président d'EDF, Nicolas de Tavernost, celui de M6, et Gérard Mestrallet, le patron de GDF-Suez.
SARKOZY PREPARE UNE SURPRISE
A droite, c'est toujours le grand néant avec ce week-end la rentrée en force de Jean-François Copé qui fait aujourd'hui à Châteaurenard un grand discours sur le thème de la liberté devant plus de 2.000 sympathisants. Il sera suivi dans quelques jours par François Fillon, qui réunira ses amis dans la Sarthe. Et le week-end prochain, se réuniront à Arcachon les amis de Nicolas Sarkozy. Il se murmure que l'ancien président, qui a discrètement reçu quelques fidèles tout cet été au Cap Nègre, pourrait lui aussi faire une rentrée surprise dans un cadre totalement insolite. Même si le dispositif n'est pas complètement arrêté. Tout cela de manière tordre le cou au débat sur le droit d'inventaire qui va revenir en force à la mi-septembre, notamment avec la parution du livre de Valérie Pécresse qui y fait largement allusion.
La seule consolation de l'UMP se trouve pour l'heure dans la collecte financière qui va bientôt atteindre le montant nécessaire pour faire face aux échéances bancaires à la suite de la sanction du Conseil Constitutionnel. Et dans un sondage réalisé par l'Ifop pour Dimanche Ouest-France qui montre que seulement 30% des français jugent le Parti Socialiste proche de leurs préoccupations, soit le plus bas niveau depuis 2005. Et ils ne sont plus que 28% à estimer que la Rue de Solferino a un projet pour la France, soit une baisse de 25 points par rapport à il y a un an. Seul un quart des personnes interrogées (24%) reconnaît la qualité des personnalités à la tête du parti dirigé par Harlem Désir, soit une proportion en baisse de 30 points par rapport à août 2012.
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