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Une majorité gravement divisée à la veille d'une rentrée difficile
par Yves de Kerdrel

Jamais autant qu'en cette rentrée la majorité gouvernementale, devenue étriquée et fragile, n'a été aussi divisée. Sur le dossier des retraites, sur le projet de budget, sur la réforme de la politique pénale ou sur l'environnement. A part Manuel Valls, la plupart des contestataires ont choisi de se taire. Heureusement pour le gouvernement, la droite reste tout aussi divisée et cantonnée à des micro-querelles d'egos.
18/08/2013 - 08:36 Temps Lecture 8 mn.
C'est demain à 10 h 00 qu'aura lieu la rentrée officielle du gouvernement, dans le cadre du séminaire, qui se tiendra à l'Élysée, sur le thème " La France dans dix ans ". Officiellement, chaque ministre devra rendre compte, pour le chapitre le concernant de sa vision de la France de 2025. Officieusement, il s'agit d'une double opération de communication, montée par Claude Sérillon, qui vise d'une part, à installer la personnalité de François Hollande dans la perspective d'un double quinquennat et d'autre part à occulter les bisbilles qui émaillent de plus en plus les rapports entre certains membres du gouvernement ou entre certains courants de la majorité. Mais personne n'est dupe. Et même, dans l'entourage proche du Chef de l'État, cette stratégie est loin de faire l'unanimité. La guéguerre entre Manuel Valls et Christiane Taubira sur la réforme pénale à venir qui a amené le Ministre de l'Intérieur à écrire vertement au Président de la République, et à faire fuiter dans les colonnes du "Monde" son courrier, a mis François Hollande dans une colère noire, lors de sa semaine de repos au Pavillon de la Lanterne. Il a décroché son téléphone pour "engueuler" son ministre de l'intérieur. Pas tant pour le courrier, mais pour le déballage public de son différent avec la Garde des Sceaux. Ce qui vaut à Manuel Valls un entretien privé avec Jean-Marc Ayrault dés demain matin à 8 h 30 afin de recadrer les rapports entre la Place Beauvau et la Place Vendôme. Le but est surtout que le Parti socialiste qui réunit sa traditionnelle université d'été à La Rochelle en fin de semaine ne donne pas un visage trop divisé, d'autant plus qu'Harlem Désir ne tient absolument pas ses troupes. MONTEBOURG A PROMIS D'ETRE SAGE Avec l'orientation social-démocrate de la politique de François Hollande, la majorité n'en finit plus de se noyer dans ses atermoiements. Avant les législatives de 2012, François Hollande avait appelé les Français à lui donner une majorité large, solide et cohérente. Elle est aujourd'hui totalement décousue. À lui seul, le groupe PS n'est plus majoritaire à l'Assemblée nationale que de trois voix. Ses alliés écologistes menacent à échéance régulière de quitter le gouvernement et, au Sénat, il leur est déjà arrivé de voter contre le gouvernement. Quant à la ligne politique, elle est l'objet de débats récurrents, entre partisans d'une rigueur assumée et militants d'un assouplissement de la politique budgétaire. Parmi ces derniers, Arnaud Montebourg et Claude Bartolone. Ce n'est donc pas un hasard si, aujourd'hui, pour la Fête de la rose de Frangy-en-Bresse, le président de l'Assemblée nationale sera l'invité d'honneur du ministre du Redressement productif. Mais dans l'entourage de ce dernier on assure qu'il ne devrait pas y avoir aujourd'hui de déclaration intempestive. Pas davantage du côté de Claude Bartolone. Le premier dossier que le gouvernement aura à régler, à la rentrée, avant même le bouclage du budget pour 2014, c'est celui de la réforme des retraites. Une réforme qui n'en sera pas une, puisque l'on s'achemine tout droit vers un recours massif à une hausse de la CSG (qui n'a pas été conçue pour cela) davantage qu'à des mesures d'âge et donc à un véritable rééquilibre démographique entre actifs et inactifs. Ce qui a valu vendredi à Jean-Marie Le Guen (et il n'est pas le seul au PS) de pousser un coup de gueule contre l'autisme de Marisol Touraine. Par ailleurs les syndicats les plus contestataires ont appelé à une journée de mobilisation le 10 septembre, dont l'ampleur pourrait s'avérer déterminante. Une fronde également politique, relayée par Jean-Luc Mélenchon (Parti de Gauche), tandis que l'aile gauche du PS juge la réforme "ni urgente ni opportune". Ce sont les 26 et 27 août que Jean-Marc Ayrault devrait dévoiler ses intentions, en recevant une dernière fois les syndicats, avant la présentation officielle d'un projet de loi début septembre. AU MOINS 6 MILLIARDS D'IMPÔTS NOUVEAUX S'agissant de la préparation du projet de loi de finances pour 2014, les services de Bercy partent toujours sur l'hypothèse d'une croissance de 0,8 % (celle prévue par le FMI et l'OCDE) en dépit de l'opération de communication orchestrée autour du 0,5 % de croissance pour le deuxième trimestre 2013 (qui n'est dû qu'à un rattrapage, les investissements des entreprises restant nettement orientés à la baisse). Le gouvernement a promis qu'il se limiterait à 6 milliards d'euros de hausses d'impôts supplémentaires, pour 14 milliards d'économies dans les dépenses. La question n'est pas encore tranchée de savoir s'il y aura un nouveau gel du barème de l'impôt sur le revenu. Par ailleurs, les nouveaux taux de TVA (passage de 5,5% à 5% pour le taux réduit, de 7% à 10% pour le taux intermédiaire et de 19,6% à 20% pour le taux normal) seront effectifs au 1e janvier 2014. Cette augmentation sera en outre probablement couplée à une hausse de la CSG pour financer notamment la réforme des retraites. Enfin toutes les entreprises versant des salaires supérieurs à un million d'euros annuels seront en outre touchées par la taxe à 75%. Il est aussi question d'un relèvement de 3 à 5 % de la taxe sur les versements de dividendes ou les rachats d'actions. Du côté de l'opposition, c'est aussi l'heure de la rentrée politique avec en milieu de semaine prochaine une interview de François Fillon dans Paris-Match qui sera suivie, le week-end suivant, d'une interview de Jean-François Copé dans le Figaro Magazine. Ces derniers jours les ténors de la droite se sont fait entendre sur la question du "droit d'inventaire" notamment relancé par Laurent Wauquiez. Jean-François Copé a voulu clore cette micro-querelle en proposant un débat sérieux et objectif au sein de l'UMP sur le quinquennat de Nicolas Sarkozy, qui soit conclu avant la mi-octobre. Sans prononcer lui-même les mots "droit d'inventaire", il demande que ce débat ne se transforme pas en procès stalinien contre Nicolas Sarkozy et François Fillon qui ont ensemble gouverné la France pendant cinq ans. Par ailleurs, même si ce débat doit tirer les enseignements du passé, il faut qu'il serve exclusivement l'avenir, assure en privé le député maire de Meaux. RENTREE EN FORCE POUR L'UMP L'UMP est en passe de boucler la souscription lancée à la suite de l'invalidation des comptes de campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, le 5 juillet, par le Conseil constitutionnel. La forte mobilisation financière qui s'en est suivie a permis d'obtenir des banques un délai supplémentaire ? la date butoir était initialement fixée au 31 juillet ? jusqu'à fin septembre pour le remboursement. Selon les informations de WanSquare à la veille de ce week-end, le montant collecté approchait 10,5 millions d'euros. Surtout, au-delà de la récolte des dons, cette campagne financière a également permis de réactiver les adhésions à l'UMP. Quelques 45.000 nouveaux adhérents auraient pris leur carte à l'UMP au cours de l'été. Tout cela ne va pas faire taire les querelles de personne au sein de l'UMP. Ce dimanche, Laurent Wauquiez et sa Droite sociale se réunissent au Puy-en-Velay. L'ancien ministre, qui avait fait équipe avec François Fillon et a hérité de la vice-présidence de l'UMP, joue désormais sa carte personnelle. Jean-François Copé effectuera sa rentrée politique le 25 août à Châteaurenard, où il devrait faire un grand discours sur le thème de la liberté (liberté d'entreprendre, liberté de travailler, liberté d'inventer, liberté de s'exprimer). Environ deux mille personnes sont attendues pour ce rendez-vous annuel de Génération France, inauguré en 2008 à Maussane. Pour marquer la fin des congés François Fillon retrouvera ses fidèles, réunis au sein du club Force républicaine, dans son ancien fief de la Sarthe. Ce séminaire de travail entre cadres et élus du mouvement se déroulera le mercredi 28 août et devrait se poursuivre, sur le terrain, par des déplacements début septembre. Enfin les Amis de Nicolas Sarkozy se réuniront les 1er et 2 septembre à Arcachon (Gironde). Deux mille personnes sont attendues pour faire un point d'étape du quinquennat actuel mais surtout faire vivre les valeurs de liberté, d'autorité et de progrès portées par Nicolas Sarkozy. L'ancien président de la République n'est pas attendu à la manifestation. Mais il pourrait adresser un message de remerciement à ses fidèles, notamment pour leurs dons en faveur du rétablissement des finances de l'UMP après l'invalidation de ses comptes de campagne par le Conseil constitutionnel.
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