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L'exécutif reste optimiste en dépit de signaux contradictoires
par Yves de Kerdrel

Au moment où François Hollande s'installe au Pavillon de la Lanterne pour une semaine, en laissant les clés du pouvoir à Jean-Marc Ayrault, l'environnement économique fait apparaître des signaux bien plus contrastés que ceux répandus par la communication élyséenne ou celle de Bercy depuis le 14 juillet.
11/08/2013 - 07:04 Temps Lecture 10 mn.
François Hollande ne prendra donc qu'une semaine de repos cette année, dans l'enceinte très close du Pavillon de la Lanterne, autrefois résidence d'été des premiers ministres, que Louise de Vilmorin avait décorée lorsqu'André Malraux en avait fait son domicile provisoire après que son appartement ait fait l'objet d'un attentat de la part de l'OAS. Trois premiers ministres se sont particulièrement attachés à cette maison. Édouard Balladur qui y a enterré son chien. Michel Rocard qui a fait construire la piscine et Lionel Jospin qui partageait de longues parties de tennis avec Claude Allègre. A noter que si, depuis Nicolas Sarkozy, le Pavillon de la Lanterne est devenue une destination présidentielle, ses dépenses (200.000 euros par an) sont toujours assumées par Matignon. Avant de partir se reposer et lire la correspondance de Georges Pompidou, qui vient d'être publiée, François Hollande a multiplié les visites de terrain et les prophéties concernant l'imminence de la reprise. Au risque d'aller un peu vite en besogne. Vendredi dernier on apprenait ainsi que la tendance reste très fragile pour la production industrielle française. Alors que les mois précédents, certains croyaient percevoir des signaux de reprise, le mois de juin a déçu les économistes. Selon les données annoncées ce vendredi par l'Insee, la production industrielle a accusé une baisse de 1,4 % après un repli de 0,3 % en mai. Dans la seule industrie manufacturière, c'est-à-dire sans prendre en compte l'énergie et le secteur minier, la production a reculé de 0,4% par rapport à mai, après un repli de 0,9 % un mois plus tôt. Les économistes ont été sérieusement déçus puisqu'ils anticipaient en moyenne une hausse de 0,1 % de la production industrielle. LE TROU BUDGETAIRE SE CREUSE Autre indicateur décevant : celui du déficit budgétaire qui s'est creusé de 2,6 milliards d'euros à la fin du mois de juin par rapport à 2012, selon le ministère du budget. Une hausse qui s'explique par des dépenses européennes qualifiées d'exceptionnelles. En juin, l'État a effectivement accru ses dépenses - budget général et prélèvements sur recettes - en raison de l'augmentation de capital de la Banque européenne d'investissement (1,6 milliard) et pour participer à la dotation au mécanisme européen de stabilité (3,3 milliards). La différence avec le déficit de juin 2012 s'explique également par le fait que l'État avait alors perçu 2,6 milliards de recettes en l'échange de l'attribution de licences de téléphonie mobile 4G. A fin juin, le déficit atteignait donc en cumulé 59,3 milliards d'euros, contre 56,7 milliards fin juin 2012. Un ancien ministre socialiste prédit pour a fin de l'année un trou budgétaire de 20 milliards d'euros supérieur aux prévisions. Ces mauvais indices ont servi de prétextes à diverses personnalités pour fustiger l'excès d'optimisme présidentiel. Même le très optimiste Pierre Moscovici a revu samedi à la baisse sa prévision de croissance pour l'année en cours, estimant désormais que le produit intérieur brut du pays devrait évoluer entre -0,1% et +0,1%. Le gouvernement avait bâti son budget 2013 sur une prévision de croissance de 0,8%, qu'il a ramenée en avril à 0,1%, un niveau considéré comme encore trop optimiste par les économistes pour faire régresser le chômage. Même François Bayrou a critiqué, vendredi l'attitude du gouvernement. Selon lui, l'annonce d'un déficit en hausse à fin juin sur un an et la poursuite de la chute de la production industrielle, ne permettent pas d'avoir une telle confiance. L'ancien candidat à la présidentielle a estimé qu'il était impossible de retrouver des capacités de rebond sans des réformes profondes qui toucheront à la structure même de l'État et à la place de l'entreprise dans la société française. LE DOSSIER DES RETRAITES AVANCE Par ailleurs comme chacun a pu le voir lors d'une discussion, à La Roche sur Yon entre une demandeuse d'emploi et le Chef de l'État, l'objectif de François Hollande d'inverser la courbe du chômage d'ici à la fin 2013 ne convainc pas les Français : 84 % des personnes interrogées n'y croient pas, selon un sondage IFOP pour Valeurs actuelles réalisé fin juillet. Comparé à janvier, où la même question avait été posée, les pessimistes ont gagné 9 points. Chez les sympathisants de gauche, le doute domine largement, pour plus de la moitié d'entre eux. Toute tendances politiques confondues, ils ne sont pas plus de 2 à 3 % à penser que l'inversion du chômage adviendra "certainement". Un dossier, au moins, semble avancer dans le bon sens. Celui des retraites, avec l'abandon de l'idée d'une augmentation des cotisations patronales, longtemps soutenue par Marisol Touraine. Selon nos informations, l'Élysée pencherait désormais clairement en faveur d'un relèvement de la CSG à la place. Accroître le coût du travail au moment où les entreprises commencent à bénéficier du Cice serait contradictoire, explique-t-on dans l'entourage de François Hollande. Surtout, beaucoup, comme Emmanuel Macron plaident pour ne pas mettre en péril la reprise économique qui se dessinerait. Une reprise qui amènerait Bercy à préparer un budget 2014 sur une hypothèse de croissance prudente de 0,8 % et non de 1,2 % comme prévu initialement. Un chiffre qui pourrait être revu très légèrement en fonction des statistiques du PIB pour le deuxième trimestre, que dévoilera l'Insee la semaine prochaine. Par ailleurs, les arbitrages sur le budget sont dans la dernière ligne droite. Et ils pourraient bien décevoir les écologistes. Selon nos informations, les mesures de fiscalité verte seraient inférieures, l'an prochain, à 1 milliard d'euros. Alors qu'elles doivent, en 2016, financer à hauteur de 3,5 milliards le Cice. UN PROJET UMP AMBITIEUX De son côté, l'UMP planche également sur la réforme des retraites. Les grandes lignes de ce travail viennent d'être dévoilées par Hervé Mariton. Le principal parti d'opposition est en effet bien décidé à faire de ce dossier, dont la réforme est prévue à la rentrée, un cheval de bataille contre le gouvernement. La réforme imaginée par l'UMP comprend deux phases. L'objectif final du parti de droite est que, à l'horizon 2020-2023, l'on passe à un régime de retraites par points. Autre objectif important : le passage à un régime unique, c'est-à-dire la fusion du régime général avec celui des fonctionnaires et les régimes spéciaux. Cela permettra d'économiser plus de 5 milliards d'euros. Mais, dans les dix années précédant ce big bang, est aussi prévue une période de transition. L'UMP propose, pour cette période, de repousser l'âge légal de départ en retraite à 65 ans (contre 62 ans aujourd'hui) et de faire passer la durée de cotisation à 44 ans (contre 41,5 ans aujourd'hui pour la génération des Français nés en 1956). Sur ce dernier point, des discussions doivent avoir lieu en interne. Une convention sur ce sujet devrait être organisée le 1er octobre. Du côté des entreprises les derniers résultats semestriels publiés avant la seconde vague de début septembre sont toujours bons. D'autant plus qu'ils proviennent pour l'essentiel de l'étranger. Ce qui amène les groupes du CAC 40 à reprendre les opérations de croissance externe en dehors de France. Après l'alliance avec Starbucks dévoilée en juillet, Danone a annoncé vendredi l'acquisition de l'américain YoCrunch, leader du segment des yaourts avec des garnitures sucrées ou croustillantes. Danone renforce ainsi son offre aux États-Unis tout en complétant sa gamme de produits, selon un communiqué qui ne précise pas le montant de la transaction. Cette acquisition permet également au groupe de bénéficier du savoir-faire unique de YoCrunch. Fondée en 1985, cette entreprise, qui fabrique des yaourts, notamment au travers d'accords de licence avec des marques telles que M&Ms et Oreo, a réalisé un chiffre d'affaires de 110 millions de dollars et une croissance à deux chiffres ces dernières années. GDF SUEZ A L'OFFENSIVE De son côté GDF Suez a procédé à l'acquisition de Balfour Beatty Workplace, la division des services énergétiques d'un groupe de BTP britannique. Cette opération va permettre à l'énergéticien de plus que doubler sa taille dans l'efficacité énergétique en Grande-Bretagne. Le nouvel ensemble devrait totaliser un chiffre d'affaires d'environ 800 millions de livres, soit 930 millions d'euros, alors que Cofely réalise aujourd'hui en Grande-Bretagne un chiffre d'affaires autour de 300 millions de livres, soit 350 millions d'euros. La marque britannique, qui emploie 9.000 personnes et qui est valorisée dans l'opération à 220 millions d'euros, devrait passer sous l'enseigne Cofely, qui emploie déjà 2.200 personnes au Royaume-Uni. L'opération, qui doit encore être validée par les autorités de concurrence, devrait permettre à GDF Suez d'occuper la troisième place du secteur en Grande-Bretagne. Rappelons que la branche Énergie Services de GDF Suez comptait avant cette acquisition 78.000 salariés, pour un chiffre d'affaires de 14,7 milliards d'euros l'an dernier. Les marges sont relativement modestes mais l'activité est beaucoup moins gourmande en investissements que la production, ce qui assure une bonne rentabilité des capitaux. Enfin du côté des acquisitions en France, le juge des référés du tribunal de grande instance de Paris a validé jeudi la cession du Printemps à des investisseurs qataris. Les représentants de l'intersyndicale, qui jugeaient opaque la procédure de cession engagée par la société, l'avaient assignée en référé début juillet pour délit d'entrave. Le juge a décidé de débouter le comité central d'entreprise de la SAS Printemps de sa demande de reprise de la procédure et a refusé de suspendre la cession comme cela lui était demandé. Avant de lancer cette procédure d'urgence devant le tribunal de grande instance, ils avaient saisi le procureur de la République fin mai sur les modalités du rachat du Printemps par des investisseurs qataris. Le parquet de Paris avait ouvert une enquête préliminaire - confiée à la brigade financière - le 28 juin dernier à ce sujet.
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