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Yves de Kerdrel

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Pas de vacances du pouvoir, mais un pouvoir éclaté
par Yves de Kerdrel

Le Président de la république ne prendra qu'une semaine de vacances au Pavillon de la Lanterne. Et les ministres sont priés de rester disponibles. Mais cette symbolique peine à cacher une majorité qui se déchire de plus en plus et laisse apparaître des ambitions personnelles marquées comme celle de Manuel Valls.
04/08/2013 - 07:03 Temps Lecture 10 mn.
La consigne est claire. Elle a été répétée vendredi dernier à l'issue du dernier conseil des ministres, avant le séminaire gouvernemental du 19 août qui marquera la rentrée effective du pouvoir. S'il n'y a pas de conseil des ministres pendant deux semaines, chacun des membres du gouvernement doit rester "joignable" et "mobilisable" à tout moment pendant ces deux semaines. Quinze jours pendant lesquels les uns et les autres devront aussi réfléchir à la façon dont ils voient "la France dans dix ans", sujet qui sera au menu d'un séminaire gouvernemental le 19 août. Pour le chef de l'Etat, qui devrait tout de même s'accorder une semaine de repos au Pavillon de la Lanterne à Versailles on commence à comprendre ce que cela signifie. Les trois heures passées à Clichy-Sous-Bois, mercredi, puis les 24 heures passées en Dordogne et dans le Gers, vendredi et samedi, ont permis d'y voir plus clair. Lui-même s'en est expliqué vendredi en fin d'après-midi, devant quelques journalistes, au terme d'une déambulation de trois quarts d'heure à Périgueux : "Le c?ur de l'été n'est pas une période où on vote de nouveaux textes, pas non plus une période où on lance des réformes : en revanche, c'est un moment où l'on peut promouvoir ce qui a été fait, où l'on a un peu plus de temps pour cela, et c'est le rôle du président de la République de le faire." LE JEU SOLITAIRE DE VALLS Dans toutes ces tournées en France au cours des derniers jours, comme pendant tout le mois d'août, François Hollande tient le même discours : profitant du lieu où il se trouve pour vanter telle réforme ou fixer tel objectif. Parce qu'il préfère valoriser ce qui marche mais dont on parle peu plutôt que de se focaliser sur les difficultés que tout le monde connaît, le Chef de l'Etat est convaincu que sa présence dans sur le terrain est nécessaire pour encourager le frémissement de la croissance. Il pense aussi que ces décors sont adaptés à son optimisme qui, lorsqu'il parle depuis l'Elysée ou les plateaux télévisés, semble en déconnexion avec la réalité. Pour l'heure, il est encore difficile de savoir les effets sur l'opinion de ces déplacements présidentiels, d'autant plus que François Hollande prend soin de ne visiter que des terres socialistes. Il reste que la majorité socialiste ne reste pas inactive pendant les vacances. La semaine passée nous évoquions les difficultés qui émaillent la préparation des universités d'été de la Rochelle avec la montée en puissance de l'aile gauche du PS. Cette semaine, c'est Manuel Valls qui a fait entendre, à nouveau son propre son de cloche, alors qu'à l'Elysée François Hollande ne cache pas ses relations tendues avec le Ministre de l'Intérieur. Selon un sondage réalisé par Harris Interactive pour Marianne, Manuel Valls battrait Nicolas Sarkozy s'ils s'affrontaient au second tour d'une élection présidentielle. Ce sondage est tombé à contrepoint des résultats de jeudi dernier du baromètre politique CSA pour " les Echos " qui fait perdre à Manuel Valls sa place de personnalité politique qui bénéficie de la meilleure image auprès des Français. Avec 46 % d'image positive, le ministre de l'Intérieur a perdu 4 points en un mois (notamment chez les sympathisants de gauche) et il se fait doubler par l'ancien Premier ministre François Fillon crédité de 48% d'image positive. Nicolas Sarkozy se retrouve derrière (43%), à égalité avec François Bayrou. LE GOUVERNEMENT EPINGLE SUR SA METHODE Avant les vacances du gouvernement, celui-ci a reçu un message peu agréable de la Commission nationale consultative des droits de l'homme sur des réformes voulues par le président de la République qui concernent notamment les projets de loi sur la justice et surtout sur la moralisation de la vie publique. " La précipitation avec laquelle ces projets de loi déposés à l'Assemblée nationale ont été élaborés, indique sévèrement la Commission, aboutit à un empilement peu lisible de dispositifs juridiques, voire à quelques incohérences." La Commission s'alarme notamment de " la multiplication d'instances aux compétences concurrentes", dans laquelle elle range la future Haute Autorité de la transparence de la vie publique qui devrait être composée de membres dont c'est l'activité principale et disposer de services administratifs conséquents, note la commission. La CNCDH s'inquiète surtout de la création d'un procureur national financier, et de voir concentrer "dans les mains d'une seule personne, particulièrement exposée aux pressions de toute part, l'intégralité des pouvoirs actuellement confiés à différents procureurs". Il ne disposera d'aucune garantie particulière d'indépendance et pourra être fréquemment soupçonné de partialité faute d'un mode de nomination incontestable, puisque le pouvoir exécutif interviendra largement dans sa désignation. La Commission conteste aussi le fait que le ministère du budget conserve le monopole des poursuites pour la fraude fiscale, une disposition qui permet des arrangements opaques et en opportunité contraires au principe d'égalité devant l'impôt. DE BONS CHIFFRES DU CHÔMAGE Sur le front macro-économique les bonnes nouvelles ont été nombreuses au cours des tous derniers jours. Avec d'abord les chiffres du chômage américain. Alors que les analystes s'attendaient à un recul à 7,5 %, ce précieux indicateur a finalement atteint les 7,4 % en juillet, contre 7,6 % en juin. C'est son plus bas niveau depuis décembre 2008, où il atteignait 7,3 %. En revanche, les créations d'emploi ont été un peu plus faibles qu'attendu : 162 000 postes ont été créés en juillet quand les analystes tablaient sur 175 000. Pour le mois de juin, les créations nettes d'emplois ont été révisées en baisse à 188 000, contre 195 000 précédemment estimé, précise le rapport du gouvernement. Le nombre de chômeurs s'établit ainsi à 11,5 millions, dont 4,2 millions de chômeurs de longue durée (plus de six mois). Par ailleurs, les nouvelles inscriptions hebdomadaires au chômage ont également nettement reculé pour la semaine close le 27 juin, atteignant leur plus bas niveau en cinq ans, selon des chiffres publiés jeudi à Washington par le département du travail. Même phénomène en Espagne où c'est encore plus significatif. Le nombre de personnes inscrites au chômage en Espagne a baissé en juillet pour le cinquième mois consécutif, tout en restant à un niveau élevé. Le chômage, qui touche plus d'un jeune actif sur deux de moins de 25 ans (56,1 %) a reculé de 2 % en un mois et de 5,6 % sur les douze derniers mois. La quatrième économie de la zone euro comptait en juillet 64 866 chômeurs de moins qu'en juin (- 1,36 %). Le pays, qui accumule les trimestres de recul du PIB depuis mi-2011 et est donc officiellement en récession depuis fin 2011, compte encore 4,7 millions de demandeurs d'emploi. A noter que le Fonds monétaire international (FMI) a estimé récemment que l'Espagne pourrait bientôt sortir de la récession. OPTIMISME MESURE A FRANCFORT Se gardant bien de parler de reprise, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, a livré, jeudi 1er août, lors de sa conférence de presse mensuelle, un message d'optimisme très mesuré pour décrire l'état de la zone euro. De quoi justifier le maintien du taux d'intérêt directeur de la BCE au plus bas, à 0,50 %, "pour une période prolongée", afin de soutenir une économie encore malade. Un message qui détonne avec le vocabulaire employé par Ben Bernanke de l'autre côté de l'Atlantique. "Quel que soit l'angle, le paysage est plus beau qu'il n'était il y a un an", a reconnu Mario Draghi. La publication, quelques heures avant son discours, du PMI mesurant la production manufacturière a encore montré que, peut-être, la récession s'éloignait. A plus de 50 points (50,3 points), l'indice signifie que l'activité progresse. Le Président de la BCE refuse manifestement de se laisser griser. L'institution qu'il dirige sait que la zone euro n'est pas encore tirée d'affaire. Qu'un simple grain de sable peut tout gripper de nouveau. Depuis 2007, les étés ont été chahutés, et rien ne garantit que celui-ci restera calme. Les tensions politiques et sociales persistent au Portugal, en Italie (surtout avec les menaces proférées par les amis de Silvio Berlusconi) en Grèce et en Espagne. S'ajoutent à cela le ralentissement en Chine et les fragilités de la reprise américaine. Les risques de rechute existent, a d'ailleurs prévenu M. Draghi pour justifier le maintien de sa politique monétaire accommodante. La BCE continuera de cajoler les marchés de liquidités. Et si, à l'avenir, le coût du crédit doit évoluer, ce sera à la baisse afin de soutenir l'économie, a-t-il martelé, répétant à plusieurs reprises que le conseil des gouverneurs " s'attend à ce que les taux d'intérêt restent à ce niveau ou plus bas pour une période prolongée ". LA DERIVE DES COMPTES PUBLICS SE POURSUIT S'agissant de la France, les nouvelles ne sont pas aussi satisfaisantes. Le ministre de l'Économie Pierre Moscovici, connu pour son excès d'optimisme, a estimé vendredi, que le déficit public de la France pourrait être "légèrement au-dessus" de l'objectif officiel de 3,7% en 2013. A la fin juin, la Cour des comptes avait averti que le déficit public effectif pourrait se situer entre 3,8% et 4,1% du produit intérieur brut en fin d'année, si la croissance française était plus basse que le taux de 0,1% prévu par le gouvernement. Pierre Moscovici s'est dit par ailleurs convaincu que la courbe du chômage s'inversera effectivement d'ici à la fin de l'année, comme l'a réaffirmé la semaine dernière le président de la République François Hollande. "Ce n'est pas un slogan, c'est une prévision. Je suis convaincu que cela se produira", a affirmé le locataire de Bercy tout en reconnaissant que cela ne viendrait pas de la création d'emplois marchands. Par ailleurs dans la foulée de ce qui s'est produit ces dernières semaines, il apparaît que l'Etat souhaite se doter d'une "doctrine de gestion active de ses participations", afin de clarifier sa présence directe au capital d'entreprises. Pour ce faire, le gouvernement pourrait décider de réduire de nouveau le niveau des participations de l'Etat dans les entreprises, sans affecter son influence ni bouleverser son portefeuille global. Ainsi, l'Etat pourrait réduire sa participation au capital de certaines entreprises, "dès lors que son niveau de contrôle ou d'influence n'en serait pas significativement affecté ".
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