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François Hollande croit vraiment dans la reprise économique
par Yves de Kerdrel

Le Président de la République, qui a annoncé, dimanche dernier le retour de la reprise, a persisté, cette semaine, à l'occasion d'un dîner avec les journalistes de la presse présidentielle. Il en a profité pour dessiner les contours de la France de dans dix ans. Histoire d'inscrire son action sur deux quinquennats.
21/07/2013 - 04:35 Temps Lecture 11 mn.
Alors que les sondages lui restent très défavorables, comme l'a montré l'enquête Ipsos-Le Point publiée il y a quelques jours, et après avoir descendu les Champs-Élysées, le 14 juillet dernier, sous des huées de sifflets, une première pour un Président de la République, François Hollande persiste à vouloir communiquer de manière optimiste. Le jour de la fête nationale, il a annoncé, à la stupéfaction générale que "la reprise économique est là". Ce qui a fait sourire plus d'un économiste de gauche. Et il s'est inscrit pour la première fois dans une trajectoire à dix ans, comme s'il se sentait enfin Président de la République. C'est la même tonalité qui est ressortie de son dîner de jeudi dernier à l'invitation de l'Association de la presse présidentielle. Dîner qui s'est déroulé à la Maison des Polytechniciens, rue de Poitiers, en l'absence de caméras, mais avec une centaine de journalistes, et qui a duré trois heures. Il s'agit d'une première depuis la fondation de cette association en 1928, sous la présidence de Gaston Doumergue. Mais une première appelée à devenir un précédent : "La prochaine fois, au nom de l'association dont je suis le président d'honneur, je vous inviterai à l'Élysée", a promis le chef de l'État à la centaine de journalistes présents, avant de se livrer à un one-man-show. HOLLANDE OPTIMISTE POUR LES MARCHES S'agissant de la sortie de la récession, la question est venue d'un journaliste allemand qui a interpellé François Hollande en lui disant : "croyez-vous vraiment à ce que vous racontez ?" La réponse est oui, même si elle a été énoncée avec plus de prudence : "Ce que je peux annoncer maintenant, c'est que nous sommes sortis de la récession en France. Est-ce que nous sommes rentrés dans la phase de croissance? Je pense qu'elle ne viendra pas avant 2014", a précisé le chef de l'État, qui en a profité pour se dire confiant sur la situation des marchés dans les prochaines semaines : "On sait qu'il ne se passera rien de grave cet été". Ce qui est probable dans la mesure où les regards des investisseurs sont désormais portés sur la fin de l'année et l'issue du mandat de Ben Bernanke. "J'ai raconté ce que je pensais même si je prends mon risque", a expliqué François Hollande". Et ce qui vaut pour la reprise vaut aussi pour sa promesse d'inverser la courbe du chômage d'ici fin 2013, dont il s'amuse que presque personne n'y croit. "C'est une chance pour ce qui me concerne. Ou ça se passe et on aura surpris, ou ça ne se passe pas et je dirai : Vous avez eu raison." Concernant la réforme des retraites et la rentrée sociale, le Président se veut toujours aussi optimiste, même s'il a reconnu que "sur la question des retraites, des gens qui ne pensent pas la même chose peuvent avoir le même intérêt à manifester", assure-t-il. Conclusion : "À la rentrée, il faudra être très vigilant, très attentif, et en même temps il faut faire une réforme, une vraie réforme juste et durable, pas une réformette." IL SE VOIT A L'ELYSEE POUR 10 ANS Après avoir relégué au magasin des accessoires l'idée de "présidence normale", il est revenu sur son thème principal du 14 juillet : la France de demain. Sans s'étendre trop longuement, François Hollande a expliqué que, pour lui, la France de dans dix ans doit être avant tout une France "plus souveraine", car "si la France est dépendante, elle ne peut être un grand pays". Ce doit être aussi une France "dynamique", une France "écologique", une France "solidaire", enfin, car "les pays qui réussiront sont ceux qui sont capables de conforter leur vivre ensemble", assure le président, dont l'un des rôles, dit-il, est aujourd'hui de "combattre les thèses populistes" qui prospèrent. Verra-t-il cette France de "dans dix ans", dont il parle sans cesse désormais, depuis l'Élysée ? Bien sûr, François Hollande s'est bien gardé de dire, jeudi, s'il serait à nouveau candidat en 2017. Mais tout l'indique. Quand on lui demande s'il craint d'autres candidats dans son camp, en éternel optimiste il répond non. Les ambitions présidentielles de Manuel Valls ? "La meilleure façon de se préparer, c'est d'être loyal", prévient le président. Celles d'Arnaud Montebourg ? "Je le trouve plutôt discret", relativise-t-il. Bref, s'agissant de 2017, "dans mon camp, il ne se produit rien", veut croire François Hollande. Et le président de conclure sur cette réflexion : "La réussite d'un président, c'est de permettre à son successeur d'avoir une meilleure France. Être un bon président c'est permettre au prochain de réussir." VACANCES A LA LANTERNE Pour l'heure l'Élysée a donné ordre aux ministre Rester "mobilisés" et de "se montrer" pendant tout l'été. Bien sûr les membres du gouvernement pourront prendre deux semaines de congés, du 2 août (date du dernier Conseil des ministres) au 19 août, et de préférence en France. Une nouvelle qui fait grincer des dents certains ministres. Le président espère ainsi éviter un camouflet, comme ce fut le cas l'été dernier. Il avait dû faire face aux critiques lui reprochant, à lui et à son Premier ministre, d'avoir pris des vacances juste après leur arrivée au pouvoir. Ce qui énerve le plus les ministres, c'est la décision de François Hollande de, lui-même, ne pas partir en vacances. A l'occasion du dîner avec des journalistes jeudi soir, il aurait déclaré que les vacances, "c'est un sujet qui me fâche". Critiqué l'été dernier pour avoir pris des vacances à peine élu au fort de Brégançon, dans la résidence présidentielle, lui aura servi de leçon. "Brégançon, c'est très bien, sauf que vous y êtes enfermé comme à l'Élysée", a-t-il déclaré. Cette année, "je vais surprendre tout le monde", ironise le président de la République. "Le problème n'est pas de savoir si le président va partir en vacances. L'important, c'est de savoir s'il va réfléchir ou pas, s'il va revenir à la rentrée avec des idées", estime François Hollande. "Car c'est cela que les Français attendent du président de la République : qu'il prenne des décisions qui vont avoir un impact sur leur vie". La rumeur court qu'il ne s'absentera qu'une semaine, direction le Pavillon de la Lanterne près de Versailles, la résidence normalement réservée au Premier ministre. Seul Jean-Yves Le Drian a prévu de passer quelques jours en Espagne tandis que la plupart des ministres resteront en France. Vincent Peillon devrait passer ses vacances dans les Yvelines, Marisol Touraine se rendra dans sa maison en Bourgogne, Arnaud Montebourg sera à Montret en Saône-et-Loire et Michel Sapin se rendra à l'Ile d'Yeu où il possède une résidence secondaire. Ce sera le Sud pour plusieurs membres du gouvernement : les Landes pour Najat Belkacem, les Pyrénées-Orientales pour Benoît Hamon et la Provence pour Manuel Valls. MOSCOVICI DE PLUS EN PLUS CERNE De son côté, Nicolas Sarkozy, qui avait prévu de partir aux Bahamas, a préféré profiter de la gigantesque propriété du milliardaire canadien Paul Desmarais, près du Saint-Laurent, dans un contexte d'austérité financière pour la Droite. Après quoi il rejoindra le Cap Nègre et la propriété que possède son épouse Carla Bruni où se devraient défiler un certain nombre de personnalités à la fois politiques, intellectuelles et artistiques. Du Canada, l'ancien Président appelle tous les jours ses proches restés en France. Il suit de très près l'évolution de la collecte financière de l'UMP qui dépasse maintenant les 6 millions d'euros. Ce qui va permettre au parti d'opposition de négocier un rééchelonnement de ses dettes avec les banques créancières. A Bercy, alors que la principale préoccupation, en cette période de l'année, devrait être la préparation du projet de loi de finances, le Ministre de l'Économie, Pierre Moscovici est de moins en moins présent. En revanche il est vu de plus en plus aux terrasses des meilleurs cafés de Paris. Ce qui sème le trouble au sein de son cabinet, mais aussi à Matignon et à Bercy. Par ailleurs la révélation faite cette semaine, au cours de la commission d'enquête sur l'affaire Cahuzac, qu'une réunion avait eu lieu le 16 janvier dernier en présence du Président de la République, du Premier Ministre, de Pierre Moscovici et de Jérôme Cahuzac, sur l'affaire du compte suisse de ce dernier, a sacrément entamé la défense du Ministre de l'économie qui a toujours expliqué avoir mis en place dés le début décembre une "muraille de chine" avec son ministre du budget. PLUS DE FONDS POUR LES BANQUES Piqué au vif par les charges successives de Charles de Courson, le président de la commission d'enquête parlementaire, le ministre de l'économie a tenu à répliquer point par point, dans un courrier circonstancié. Il l'accuse de ne tenir "sciemment aucun compte de ses explications, des pièces précises du dossier et des témoignages recueillis sous serment par la Commission d'enquête" et réduit les attaques à une offensive purement et bassement politique. Le ministre des finances conteste tous les reproches qui lui sont faits, notamment la mauvaise rédaction de la demande d'entraide fiscale à la Suisse, et le non respect du principe de "la muraille de Chine", qui aurait permis de mettre Jérome Cahuzac à l'écart de l'enquête le concernant. Sans convaincre les experts de ce dossier. Charles de Courson a notamment accusé Pierre Moscovici d'avoir "trompé les Français". Sur le front économique, la principale nouvelle de la semaine réside dans le fait que les banques vont recevoir 30 milliards d'euros issus de la collecte centralisée des livrets d'épargne réglementée comme le Livret A et le Livret de développement durable (LDD), ainsi que l'ont annoncé Bercy et la Caisse des dépôts. Cette manne va leur permettre de financer davantage l'économie en prêtant principalement aux PME. En contrepartie, les établissements bancaires devront baisser leur taux de commission de 0,5 à 0,4%?afin?de réduire le coût de la ressource du fonds d'épargne au profit notamment du financement du logement social. Cette réforme va entrer en vigueur dés le 31 juillet prochain. Les banques reversent actuellement 65% des sommes placées par leurs clients sur le Livret A, le LDD et le Livret d'épargne populaire (LEP), destiné aux ménages à revenus modestes, à la Caisse des dépôts. Cette dernière s'en sert pour financer le logement social par exemple. Du côté des sociétés, si sur le plan international, et notamment aux États-Unis, les opérations financières se multiplient, en France, c'est toujours le calme plat. Pas de nouvelle du côté de Vivendi avec Maroc Télécom où l'opération pourrait finalement se faire avec une tierce partie prenante : la Caisse des Dépôts du Maroc qui prendrait 15 % du capital aux côtés d'Etisalat. Par ailleurs le Financial Times a lancé un pavé dans la marre en révélant cette semaine que le groupe présidé par Jean-René Fourtou s'était vu offrir, pour l'activité Universal Music, une somme bien supérieure à celle que les analystes retiennent pour valoriser cette entité. Enfin les initiateurs de l'OPA sur le Club Med ont enfin reçu leur agrément de l'AMF, mais ils craignent beaucoup des recours d'actionnaires minoritaires qui retarderaient voire compliqueraient l'opération.
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