éditorial
Une situation politique complètement nouvelle se dessine
par Yves de Kerdrel
La semaine a été marquée par trois évènements qui n'ont rien à voir entre eux. La révocation de Delphine Batho, provoquée par l'intéressée qui fait exploser la majorité gouvernementale. L'élection de Pierre Gattaz à la tête du Medef qui constitue un caillou dans la chaussure du Président. Et surtout le retour de Nicolas Sarkozy dans l'arène politique après le rejet de ses comptes de campagne.
07/07/2013 - 07:19

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Quelle semaine ! Et ce n'est sans doute pas terminé, comme nous l'écrivions la semaine dernière s'agissant de cette période estivale qui s'annonce être la saison de tous les dangers. Premier épisode : la révocation de Delphine Batho, l'inconsistante Ministre de l'Environnement, qui doit son existence politique à Ségolène Royal qu'elle a trahie et aux " verts " qui ne la supportent pas. Se sachant inscrite sur la liste des " virés " d'un éventuel remaniement ministériel, la locataire de l'Hôtel de Roquelaure, boulevard Saint-Germain a provoqué un incident avec Jean-Marc Ayrault sur son budget - qu'elle n'a même pas cherché à renégocier à la hausse - pour se faire " virer " et devenir ainsi la victime d'une pseudo politique de rigueur et d'un fantomatique lobby énergétique. Depuis cinq jours, Delphine Batho qui n'était rien, ni personne, est désormais un symbole pour les verts, pour les négationnistes du CAC 40 et pour les pourfendeurs de l'austérité.
Jamais, évidemment, les responsables de grands groupes énergétiques n'ont demandé le départ de Delphine Batho. De Christophe de Margerie à Henri Proglio, en passant par Gérard Mestrallet, tous ont toujours affirmé à WanSquare avoir eu les meilleures relations possibles avec cette ministre et son cabinet. Autant Nicole Bricq, qui avait occupé ce poste entre mai et juin 2012, a effectivement été limogée pour avoir stupidement refusé un permis d'exploitation pétrolier au large de la Guyane, susceptible de rapporter quelques sous à ce département sans ressources. Autant l'idée d'un complot mené par Philippe Crouzet, le patron de Vallourec - dont l'épouse, Sylvie Hubac, est la directrice de cabinet de François Hollande - destinée à faire tomber cette opposante farouche des gaz de schiste n'a aucune vraisemblance.
LA RENCONTRE IMPREVUE GATTAZ-HOLLANDE
Mais son départ, et le fait que dans moins d'un mois, elle va retrouver son siège de député, dans l'ex-circonscription de Ségolène Royal, va contribuer à déstabiliser un peu plus la majorité présidentielle. Sur deux fronts. D'une part en donnant plus de crédit aux adversaires de la politique de rigueur (la bande Guedj, Maurel, Lienemann) et toute cette aile gauche du PS qui représente déjà davantage que la cinquantaine de députés qui ont refusé de voter la transposition dans la loi des accords patronat-syndicats du 11 janvier. D'autre en part en renforçant les verts qui n'ont jamais été aussi " remontés " contre la politique gouvernementale, mais qui tiennent à leurs portefeuilles... au moins jusqu'aux élections municipales. De la même manière que François Hollande a besoin que l'accord électoral conclu par Martine Aubry avec les écologistes tienne au moins jusqu'à ce prochain scrutin.
Le deuxième événement de la semaine - même s'il ne constitue pas une surprise - a été l'élection triomphale de Pierre Gattaz à la tête du Medef. Mais surtout, alors que ce n'était pas prévu à l'agenda présidentiel, dés le lendemain de sa prise de fonctions, le nouveau " patron des patrons " a été reçu par le Chef de l'État, à l'occasion d'un entretien en tête-à-tête qui a duré quarante-cinq minutes. François Hollande a même pris soin de raccompagner son hôte sur le perron de l'Élysée. C'est un fait inédit que le dirigeant d'une organisation patronale ou syndicale soit reçu aussi vite après son élection, par le chef de l'État. Ce privilège n'avait été accordé ni à Laurent Berger (CFDT) ni à Thierry Lepaon (CGT) qui avaient dû patienter plusieurs semaines avant d'être reçus. A l'Élysée, l'organisateur de cet entretien souligne que la discussion s'est "passée courtoisement". Le nouveau président du Medef a bien sûr réclamé un choc de 100 milliards d'euros d'allégements de charges en cinq ans pour des entreprises. Mais il a aussi proposé un "pacte de confiance" avec le gouvernement et les syndicats pour "faire baisser le chômage en dessous de 7 % à l'horizon 2020".
LA REVANCHE DE LA CHIRAQUIE
Par ailleurs, au Château on n'hésite pas à dire que le choix de Jean-François Pilliard, délégué général de l'Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM), comme pilote du pôle social, rassure. D'autant qu'il devrait être secondé par Claude Tendil, président de Generali-France, qui préside l'association Dialogues, un club de DRH, qu'anime Jean-Dominique Simonpoli, un ancien syndicaliste de la CGT. Pierre Gattaz a achevé sa journée du 4 juillet en participant à la concertation avec Jean-Marc Ayrault sur la réforme des retraites, où il a plaidé pour le report à 63 ans de l'âge légal de départ en 2020, jugeant "inenvisageable et inimaginable " une hausse des cotisations des entreprises. Un discours que le nouveau patron des patrons va roder jusqu'à l'université d'été du Medef à la fin août. Où François Hollande a été invité.
Mais le grand séisme de la semaine est venu du Conseil Constitutionnel qui a décidé de confirmer le rejet des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy recommandé depuis le mois de décembre dernier par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP). Une décision difficilement compréhensible à l'aune de la jurisprudence en la matière et compte tenu des micro-reproches faits à la comptabilité en question, puisque la marge d'erreur porte sur 400.000 euros. Cette décision, dans laquelle Jean-Louis Debré, l'un derniers tenants de la chiraquie décadente, et ennemi juré de Nicolas Sarkozy, a mis tout son poids est tombée à un moment où le climat de " chasse à l'homme " contre l'ancien président, qui n'a jamais été aussi populaire dans les sondages (70 % des français souhaitent qu'il se représente en 2017), est au plus haut. D'autant qu'ainsi que l'ont révélé, plusieurs journaux, ce n'est pas qu'une question de climat, mais une réalité, dans la mesure où un colonel de gendarmerie directement recruté par le Préfet Zabulon est chargé d'animer un " cabinet noir " à l'Élysée.
SARKOZY COMPTE SES VRAIS AMIS
Tout cela constitue une occasion rêvée pour Nicolas Sarkozy de revenir dans l'arène politique, porté par un climat antisystème, anti-élites, et par la déliquescence de la majorité. L'ancien Chef de l'État sera donc présent lundi à la réunion extraordinaire du bureau politique de l'UMP, selon un membre du bureau politique. De fait cette semaine qui s'ouvre pourrait être ou bien celle qui voit la droite se remettre en ordre de marche derrière son leader naturel, ou bien celle qui voit l'UMP éclater. Tout dépendra de l'attitude qu'observeront des personnalités comme François Fillon, Alain Juppé ou Jean-Pierre Raffarin qui sont prêts à tout pour barrer la route du locataire de la Rue de Miromesnil. En attendant l'UMP a réussi l'exploit de collecter plus d'un million d'euros en 48 heures à l'occasion de sa souscription nationale.
Ce retour risque de provoquer un certain émoi au sein de la communauté des affaires où un sein nombre de grands patrons avaient déjà mis toutes leurs forces derrière François Fillon, considéré par eux, comme la personnalité la plus apte à protéger leur propre situation. Nicolas Sarkozy s'est fait constituer depuis quelques jours un état des lieux très précis de tous les patrons du CAC 40 qui " l'ont trahi " au profit de son ancien premier Ministre. Et il est bien décidé à être plus sélectif que par le passé dans le choix des proches auxquels il va accorder sa confiance. Parmi les plus fidèles de ses visiteurs demeurent Nicolas Bazire, Alain Minc, Pierre Blayau, et quelques banquiers-conseil qui ont expressément demandé à ne pas être cités.
L'EURO AU PLUS BAS DEPUIS 2 MOIS
Sur le front économique un léger répit a pu être observé cette semaine dans l'élargissement du spread entre l'OAT à 10 ans et le Bund allemand, même si les opérateurs notent une activité intense sur les CDS (instruments de couverture) liés à la dette française. Ce répit s'explique par l'effet de paratonnerre joué, au sein de la zone euro, par les mouvements sur la des dettes portugaises et italiennes. Mais beaucoup d'opérateurs redoutent un regain de tension estival sur les obligations d'état tricolores. De son côté, l'euro est au plus bas depuis la mi-mai face au billet vert à 1,28 dollar.
Et cette tendance a été accentuée par la publication, vendredi, des très bons chiffres de l'emploi américain qui confirment l'ampleur de la reprise américaine. Ce qui donne encore plus de crédit aux déclarations récentes de Ben Bernanke sur ses intentions de mener une politique monétaire moins accommodante. Tout cela justifie que la publication de ce rapport sur l'emploi américain a eu un impact sur le marché de la dette, avec un taux des obligations souveraines à 10 ans (T-Note) qui a atteint son plus haut niveau depuis août 2011 (à 2,7171%).
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