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Yves de Kerdrel
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C'est l'été de tous les dangers pour l'Élysée et pour le budget
par Yves de Kerdrel
Le rapport de la Cour des Comptes, rendu public cette semaine, a montré à quel point la situation budgétaire était plus tendue que tout ce qui était prévu. Face à la chute des recettes fiscales, l'État cherche de l'argent par tous les moyens, avec à la clé une opération de marché. Et un projet de budget pour 2014 basé sur 14 milliards d'euros d'économies.
30/06/2013 - 07:36
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A l'Élysée on fait d'ores et déjà savoir que le Président de la République prendra peu de vacances cet été. D'abord, c'est un fait, il a gardé un très mauvais souvenir de son enfermement à Brégançon au cours du mois d'août 2012, qui a contribué au décrochement de sa popularité. Ensuite, on s'attend au Château à une période estivale houleuse. A la fois sur le plan politique avec des tensions croissantes au sein de la majorité actuelle, sur le plan social avec le difficile dossier des retraites, sur le plan économique avec un probable nouveau décrochage des marchés financiers, voire même sur le plan international.
La principale hantise du moment repose sur un effritement de la confiance des investisseurs à l'égard de la France. Tout y concourt. D'abord les bisbilles entre Bruxelles et Paris sur les nécessaires réformes de structures à mener et l'arrogance avec laquelle l'exécutif français traite les recommandations de José Manuel Barroso. Ensuite l'élargissement du spread entre le Bund allemand et l'OAT à 10 ans dont le rendement a grimpé de 69 points de base en l'espace de deux mois, par rapport à un plus bas de 1,66 % atteint le 1 er mai dernier. Enfin avec les pieds dans le plat mis par Didier Migaud à l'occasion de la remise du rapport annuel de la Cour des Comptes sur les finances publiques.
Le patron de l'institution de la Rue Cambon, socialiste affiché, a retenu sa plume pour expliquer que le déficit budgétaire atteindrait cette année 4 % du produit intérieur brut au lieu des 3,7 % anticipés (lors de la dernière trajectoire transmise à Bruxelles). En privé les rédacteurs du rapport ne cachent pas que si la France parvient à limiter les dégâts à 4 %, cela relèvera du miracle. Compte tenu de la chute spectaculaire des recettes fiscales depuis le début de l'année. Ce que nous a confirmé cette semaine l'un des ministres de Bercy par ces mots : " sur le front budgétaire nous allons tout droit à l'explosion ! ".
De manière à allumer très rapidement un contrefeu le gouvernement a transmis, dés vendredi, à la commission des finances du Palais Bourbon des informations sur le volet dépenses du projet de loi de finances (PLF) pour 2014. De ces éléments que WanSquare s'est procurés, il ressort que l'exécutif a prévu de faire 14 milliards d'euros d'économies en 2014, de diminuer de 4 % les moyens affectés aux opérateurs et de maintenir l'austérité salariale dans la fonction publique. Des décisions en ligne avec les préconisations de Didier Migaud qui indiquait, jeudi matin, que la France devait trouver 13 milliards d'économies en 2014 et 15 milliards en 2015 pour revenir à 3 % de déficit en 2015.
LA FONCTION PUBLIQUE AU REGIME
En théorie, le déficit structurel devra être réduit l'an prochain de 1 point de PIB, soit 20 milliards, dont 70 % (14 milliards) sont censés provenir d'économies en dépenses et 30 % d'augmentations de recettes (6 milliards). Le premier poste d'économies sera la masse salariale de l'État (80,2 milliards) qui croît spontanément de près de 3 % par an (+ 2,2 milliards). La progression devra être ramenée à seulement 0,15 % en 2014. Cette inflexion devrait être obtenue par la stabilité globale des effectifs, par la réduction des enveloppes catégorielles et leur ciblage sur les bas salaires, mais aussi par la poursuite du gel du point d'indice.
Par ailleurs le gouvernement a prévu de ramener à + 0,5 % par an en moyenne et en volume la croissance de la dépense publique. Nul n'est exonéré de l'effort : les dépenses de fonctionnement de tous les ministères baisseront ainsi de 2 %, notamment grâce à la poursuite de la modernisation des achats publics. L'exécutif est résolu à amplifier l'effort demandé aux opérateurs (Météo France, le CNRS, etc.), qui emploient plus de 430 000 personnes et qui, depuis 2007, selon un rapport de l'inspection des finances, resté inexploité, ont vu leurs effectifs augmenter de 6 % et leurs moyens financiers croître de 15 %. En 2014, les moyens affectés aux opérateurs devraient donc baisser de 4 %, hors Pôle emploi.
RECETTES DE POCHE
Enfin ce n'est un mystère pour personne que l'État cherche partout des recettes de poche. A tel point que la Poste qui devrait bénéficier de quelques 250 millions d'euros dans le cadre du CICE, compte tenu du ciblage salarial retenu, va être gentiment incitée à les reverser à l'État dans le cadre d'une dotation exceptionnelle. La cession de près de 10 % d'Aéroports de Paris devrait intervenir dans les heures qui viennent. Le groupe de construction et de concessions Vinci et Predica, la filiale d'assurances du Crédit agricole, sont chacun candidats au rachat d'un bloc de 9,5% du capital d'ADP. Les offres fermes de rachat ont été déposées vendredi matin. A l'Élysée on travaillait sur le dossier hier après-midi. De manière à ce que Bercy puisse rendre son verdict lundi, avec à la clé 680 millions d'euros pour les caisses de l'État.
Du coté de l'opposition, c'est toujours un silence assourdissant, notamment sur ce fiasco budgétaire de ce début d'année, où les voix les plus critiques se situent à gauche. Le seul à s'exprimer partout est pour l'heure François Fillon, à déclamer sans cesse et sans conviction la thématique du " progrès " qui n'imprime pas dans l'opinion, comme l'expliquent les spécialistes des sondages. D'ailleurs, un sondage réalisé par l'Ifop pour le Journal du Dimanche de ce matin montre que les français préfèrent toujours très nettement Nicolas Sarkozy à son ancien premier ministre. De son côté Nicolas Sarkozy parle de plus en plus à Jean-François Copé. Et lui recommande de ne pas prendre la parole pour le moment. L'ancien Président était de nouveau à Londres jeudi pour sa dernière conférence de l'année. Il y a emmené Rachida Dati, après s'être fait accompagner précédemment par François Baroin.
L'ERE GATTAZ DEBUTE MERCREDI
Nicolas Sarkozy a accueilli sans surprise l'annonce vendredi par le parquet de Bordeaux que celui-ci avait requis un non-lieu dans l'affaire Bettencourt " en l'absence de charges ". Le ministère public recommande aussi le non-lieu pour l'ex-ministre du budget Eric Woerth, l'homme d'affaires Stéphane Courbit et l'avocat Pascal Wilhelm. Il apparaît surtout que le juge Gentil a multiplié les fautes de procédures sur lesquelles de nombreuses révélations sont attendues dans les jours à venir.
C'est donc ce mercredi que Pierre Gattaz va être élu à la tête du Medef. Dés jeudi à 9 h 00 il sera dans le bureau du Ministre du Budget avant de filer à Matignon où il évoquera avec le Premier Ministre à la fois le dossier des retraites, mais un nécessaire choc fiscal à mener à la rentrée. Très rapidement le patron de Radiall, qui ne fera qu'un mandat de cinq ans, à la tête de l'organisation patronale devrait dévoiler les cinq nouvelles personnalités qualifiées cooptées au sein du conseil exécutif et surtout la nouvelle organisation interne, avec d'autres vice-présidents que Geoffroy Roux de Bézieux et Patrick Bernasconi.
DEMARCHE INSOLITE CHEZ ORANGE
Du côté des affaires, Vincent Bolloré accélère sur la cotation des activités de batterie électrique et d'automobiles en location-partage. Selon les informations de WanSquare, sa filiale Batscap qui réunit l'essentiel de cette activité vient d'être rebaptisée Blue Solutions. C'est sous ce vocable que l'introduction en bourse prévue pour le mois d'octobre devrait être réalisé.
Par ailleurs sur le dossier Maroc Télécom, il n'y a rien de très nouveau en dehors d'une démarche insolite. Selon les informations de WanSquare, l'Association pour la défense de l'épargne et de l'actionnariat salariés (ADEAS) qui représente les 127.000 salariés actionnaires d'Orange a écrit à Stéphane Richard pour l'encourager à se porter acquéreur des parts détenues par Vivendi dans Maroc Telecom (53% du capital). Présent dans la téléphonie fixe et mobile et l'Internet, l'opérateur historique du Maroc représente, aux yeux de l'ADEAS, "une opportunité majeure en Afrique du Nord". Maroc Telecom a, par ailleurs, "pris le contrôle d'opérateurs mauritanien (Mauritel), burkinabé (Onatel), gabonais (Gabon Télécom) et malien (Sotelma)" ajoute l'ADEAS, qui précise que le prix à débourser, autour de 4,5 milliards d'euros, représente "à peu près 2 ans de dividende France Télécom-Orange à 0,80 euros par action, tel qu'il est actuellement annoncé au titre de l'exercice 2013".
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