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Yves de Kerdrel
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L'Elysée se refuse à mettre à terre Stéphane Richard au moment où il adoube le nouveau code Afep-Medef de gouvernance
par Yves de Kerdrel
Toute la fin de la semaine a été marquée à l'Élysée par des conciliabules sur l'attitude à tenir vis à vis de Stéphane Richard, le P-dg d'Orange, désormais mis en examen. Poussé par Emmanuel Macron le Chef de l'État a tenté de faire oublier les déclarations pousse-au-crime d'Arnaud Montebourg et de Fleur Pellerin. D'autant qu'il est garant du nouveau code Afep-Medef qui sera révélé ce soir sur internet.
16/06/2013 - 07:04
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Il a été peu question de politique ces derniers jours à l'Élysée où toute l'attention du Chef de l'État et celle de ses collaborateurs a été retenue par les suites de l'affaire Stéphane Richard. Dans la mesure où la mise en examen " pour escroquerie en bande organisée du P-dg d'Orange " a été très mal perçue dans l'opinion, en France, mais surtout à l'étranger, et bien sûr, au sein de l'entreprise, où la totalité des salariés font bloc derrière leur patron. D'autant qu'à ce chef d'inculpation grotesque, s'est ajouté le malaise fait par l'ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde, et surtout les déclarations indélicates de certains politiques.
Emmanuel Macron qui est resté très lié autant avec les milieux d'affaires qu'avec les gestionnaires d'actifs internationaux comme le patron de Blackrock a pu mesurer les dégâts terribles provoqués sur la totalité des entreprises françaises par cette affaire " Stéphane Richard ". Si bien qu'il a expliqué à François Hollande que le problème n'était pas seulement d'éviter le débarquement du P-dg d'Orange, mais aussi le fait que les trois administrateurs représentant l'État adoptent une position offensive, qui serait très mal interprétée à l'étranger. D'autant plus que l'État ne détient que 26 % du capital d'Orange.
LE ROLE DE MURIEL PENICAUD
C'est donc demain après-midi que les administrateurs d'Orange se réuniront pour un conseil qui devrait être de courte durée, puisque l'ordre du jour ne comporte qu'un seul point : l'attitude à adopter vis-à-vis de Stéphane Richard, le Primus inter pares du conseil d'administration. La réunion sera seulement introduite par une déclaration de Muriel Pénicaud, la directrice Générale des Ressources Humaines du Groupe Danone, et qui interviendra en tant que présidente du comité d'éthique d'Orange. Selon les informations recueillies par WanSquare elle devrait notamment rappeler que cette mise en examen ne doit pas occulter la présomption d'innocence et qu'elle concerne des faits qui n'ont rien à voir avec l'entreprise Orange. Si bien que dans ces conditions, l'intérêt social du groupe n'est en rien fragilisé par cette entreprise.
Quant à l'attitude des administrateurs indépendants, ils devraient effectivement marquer leur indépendance vis à vis des pressions exercées par certains politiques, et soutenir en fin de compte Stéphane Richard. Quant aux administrateurs salariés, qui habituellement, s'abstiennent toujours, lorsqu'il s'agit de questions touchant aux mandataires sociaux d'Orange, il n'est pas impossible qu'ils se partagent en deux camps avec deux syndicalistes votant en faveur de Stéphane Richard et deux autres, marquant leur distance par une abstention (ce qui est considéré comme un vote contre). Mais les discussions s'activaient encore fortement hier soir, et vont se poursuivre toute cette journée de dimanche, si bien que le suspense restera entier jusqu'à demain après-midi.
NEGOCIATIONS UMP-UDI
Avec cette affaire Tapie, la majorité socialiste a voulu effacer l'épreuve morale de l'affaire Cahuzac, et se refaire une virginité dans l'opinion. Il n'empêche que " le diable " pourrait bien ressortir de sa boîte d'ici peu. Il a fait savoir, en haut-lieu, qu'il disposait d'informations sensibles sur les données fiscales de certains de ses anciens collègues, qui seraient dommageables si elles venaient à être publiées au moment où les députés vont devoir étudier le projet de loi de moralisation de la vie politique. Par ailleurs l'élection partielle qui se déroule aujourd'hui à Villeneuve-sur-Lot, pourrait bien " renvoyer dans ses pénates " le candidat socialiste, selon les derniers sondages réalisés, avec un second tour opposant le candidat UMP et celui du Front National. A droite, la situation ne s'améliore guère, à l'heure où les premiers sondages concernant les élections européennes font apparaître un piètre score en faveur de l'UMP. Afin d'éviter que la " droite de gouvernement " soit dépassée par le Front National lors de ce scrutin à hauts risques et qui sert souvent d'exutoire pour les électeurs, Jean-François Copé songerait à mener une liste commune avec l'UDI de Jean-Louis Borloo. Ce dernier exige en contrepartie que l'UMP oppose une liste à Pau, lors des municipales, face à François Bayrou, l'ennemi historique de Borloo.
Par ailleurs si François Fillon, soutenu davantage par des patrons que par des politiques, tente d'abattre la statue du commandeur de Nicolas Sarkozy dans la perspective de 2017, il est maintenant rejoint dans cette même action destructrice par Alain Juppé qui, de Bordeaux réactive tous ses réseaux de manière à couper les jambes du locataire du 77 rue de Miromesnil. Au point de convaincre, son ancien directeur adjoint de cabinet, Patrick Stefanini, ex préfet de la région Aquitaine, d'organiser le mouvement de François Fillon. Tout cela n'a pas échappé à Nicolas Sarkozy, qui reçoit toujours autant de visiteurs, qu'ils soient banquiers, patrons, politiques et sociologues. Ce dernier pronostique désormais un éclatement de l'UMP avant 2016. Ce qui ruinerait tout le processus des primaires auquel se préparent les caciques de la droite.
MOINDRES RECETTES BUDGETAIRES
Sur le front économique, la principale préoccupation du moment et des semaines à venir réside dans la baisse, bien plus forte qu'anticipée des recettes fiscales. A l'approche du débat d'orientation des finances publiques qui devrait se tenir cette année début juillet, pendant la session extraordinaire, la droite rode son argumentaire. La situation mensuelle budgétaire de la fin avril était très médiocre : le déficit s'est creusé de 6,9 milliards d'euros par rapport à avril 2012. Et si les chiffres de mai devraient être meilleurs, on s'attend à une dégradation bien plus grave en juin, lorsque les français connaîtront le montant exact de l'impôt qu'ils auront à payer cette année. Ce qui provoquera une baisse de la consommation, et donc des recettes de TVA, et une hausse de l'épargne qui pourrait battre des records après les 49 milliards d'euros mis de coté par les français l'an dernier.
UN NOUVEAU CODE AFEP-MEDEF CE SOIR
En dehors de cela le principal événement de la semaine à venir sera l'ouverture de la seconde conférence sociale du quinquennat appelée curieusement " conférence sur l'emploi " alors qu'il devrait y être principalement question des retraites. C'est Laurence Parisot qui y représentera le Medef à deux semaines de la fin de son mandat. Raison pour laquelle Pierre Gattaz, désormais assuré d'être le prochain " patron des patrons " a préempté le débat en déclarant qu'il n'y avait pas d'autre solution que le report de l'âge légal de départ à la retraite. " C'est un problème mathématique, pas politique, a-t-il déclaré. Sur quels paramètres peut-on jouer ? Les cotisations ? Non, il ne faut pas les relever. Les pensions ? Il ne faut pas les baisser ou alors à la marge, par la désindexation. La durée de cotisation peut en revanche être augmentée en passant de 41 à 43 années à l'horizon 2020. Et il y a l'âge légal de départ à la retraite, qui peut être repoussé. " Voilà qui a le mérite d'être clair.
L'UNION PATRONALE EXEMPLAIRE
Aussi clair qu'a été le ralliement à sa candidature de Geoffroy Roux de Bézieux et de Patrick Bernasconi. Si ces deux derniers ont tenté de construire un ticket alternatif, ils se sont vite rendus compte que cela ne servirait à rien dans la mesure où Bernasconi n'avait plus le soutien de ses mandants, depuis sa trahison de Laurence Parisot en mars dernier. Ce qui apparaitrait lors du vote en assemblée générale. Le patronat a su faire la preuve de son unité. A la fois en termes de talents humains avec les qualités propres à Pierre Gattaz, à Geoffroy Roux de Bézieux et à Patrick Bersnasconi. A la fois en mettant sur la même ligne les intérêts de l'industrie et des services. C'est un beau démenti à tous ceux qui expliquaient depuis des semaines que Pierre Gattaz était incapable de mener une gestion collégiale. C'est aussi la preuve que le Medef, est bien plus uni que la CGT et la CFDT où les guerres de succession ont laissé de lourdes plaies. Et derrière cette unité retrouvée, il y a bien sûr les efforts déployés à non escient par deux hommes de l'ombre : Michel Pébereau, le président d'honneur de BNP Paribas et Denis Kessler, le patron de la Scor.
UN NOUVEAU CODE AFEP-MEDEF
Mais avant de quitter le Medef, Laurence Parisot laisse la maison patronale en ordre avec un nouveau code Afep-Medef qui devrait être dévoilé demain, à l'occasion d'une interview avec Pierre Pringuet (président de l'Afep) dans les Echos. Ce nouveau code pourra être consulté dés ce soir sur les sites internet des deux organisations patronales. Il a été agréé par les pouvoirs publics, et notamment par François Hollande en personne qui a reçu en fin de semaine les deux co-signataires.
C'est le fruit de mois de consultations menées notamment par Paul Hermelin, le patron de Cap Gemini, auquel Pierre Pringuet avait confié une mission ad hoc. Consultations avec le Trésor, mais aussi l'AFG, l'Association des actionnaires salariés, les agences de proxy (comme ISS ou Proxinvest) ou l'Adam de Colette Neuville. Ce nouveau code est surtout la victoire de l'auto-régulation sur les vélléités de réglementations. Dix mois de discussions, d'échanges et de consultations auront eu lieu pour parvenir à ce résultat. Et tout cela dans la plus grande discrétion. Mais avec un résultat inespéré par rapport à ce qui pouvait être craint. Et qui tombe à point nommé pour rappeler aux administrateurs d'Orange qu'ils doivent agir dans le seul intérêt social de l'entreprise.
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