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Hollande doit maintenant tout négocier avec sa majorité
par Yves de Kerdrel

Moins d'un an après les législatives qui avaient donné au Président de la République une confortable majorité, le Chef de l'État se trouve contraint de tout négocier avec des députés socialistes moins nombreux et plus divisés. Ce qui l'oblige aussi à s'acheter une paix avec les radicaux de gauche et les écologistes, aux dépens de ses engagements.
09/06/2013 - 07:48 Temps Lecture 8 mn.
Rien ne va plus entre les parlementaires socialistes et le Président de la République. Chacun avait déjà eu l'occasion de percevoir une multiplication des tensions au cours des semaines passées. Ce qui s'était illustré par la fameuse soirée à la Maison de l'Amérique Latine, le 16 mai dernier, lorsque François Hollande avait convié l'ensemble des parlementaires. Arrivé, comme toujours en retard, il n'a trouvé en face de lui qu'un cinquième des députés et sénateurs invités, les autres ayant décidé de "bouder" cette invitation. Cette semaine ce bras de fer des parlementaires socialistes a tourné à leur avantage à l'occasion des arbitrages concernant la fameuse loi de moralisation de la vie politique décidée dans le sillage de "l'affaire Cahuzac". Puisque l'idée initiale de cette loi est que tous les parlementaires auraient à publier leur patrimoine. Et en fin de compte, c'est la publication qui va se trouvée punie. Puisque les parlementaires devront faire un dépôt de déclaration de leurs actifs à la préfecture de leur département. Cette déclaration pourra être consultée par n'importe quel citoyen, mais ne pourra pas être rendue publique grâce à des mesures de rétorsion. LE BRAS D'HONNEUR DE SYLVIA PINEL Si François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont si vite cédé aux exigences des parlementaires socialistes, c'est parce qu'ils ont de plus en plus besoin de resserrer leurs rangs à un moment où chaque élection partielle est perdue au profit de la droite. Si bien que d'ici quelques semaines, le Parti socialiste pourrait ne plus être majoritaire (289 voix nécessaires à l'assemblée nationale). C'est la raison pour laquelle le Chef de l'État, et surtout Alain Vidalies, préposé aux relations avec les parlementaires, multiplient les gestes en faveur des radicaux de gauche ou des écologistes, dont ils vont avoir de plus en plus besoin pour faire passer les prochains projets de loi. Ce qui explique, a posteriori, pourquoi le bras d'honneur fait par Sylvia Pinel, Ministre PRG de l'artisanat, à Jean-Marc Ayrault sur la question des auto-entrepreneurs est resté sans réaction. Ce qui justifie aussi les dernières déclarations de Delphine Batho sur le gaz de schiste, clin d'?il fait aux élus écologistes. Et certains parient déjà sur un enterrement du projet d'aéroport de Notre-Dame des Landes. D'autant que les voix discordantes se multiplient à l'intérieur de la majorité. Récemment invitée à un diner de chefs d'entreprises organisé par la société de lobbying Vae Solis Ségolène Royal a été très critique à l'égard de la politique du gouvernement à l'égard des entreprises. Elle s'est déclarée solidaire des "pigeons, poussins et autres volatils" à venir. Elle a vivement critiqué l'organisation de la Banque Publique d'Investissement, dont elle est pourtant la Vice-Présidente, ajoutant que la France ferait bien "d'exporter d'urgence tous ses hauts fonctionnaires". Et le florilège ne s'arrête pas là. LE PS EMPETRE AVEC L'EUROPE Par ailleurs le Parti Socialiste, qui espérait que sa prochaine convention sur l'Europe ne fasse pas de vagues, doit constater que cet objectif est raté. C'est raté. La journée du vendredi 7 juin a été le théâtre d'un bras de fer entre la gauche du parti et la direction, la première accusant la seconde de "manipulation" du scrutin militant sur le texte de la convention. Au lendemain des votes dans les différentes sections du PS, la direction a annoncé des résultats sur la base des deux tiers des suffrages dépouillés. En projection sur le score final, elle indique que "55 000 votants" ont adopté sa contribution générale à près de 90 %, et précise que les amendements de l'aile gauche sont minoritaires, ne dépassant pas les 25 %. Faux, ont réagi aussitôt les deux courants "Maintenant la gauche" animé par Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienemann, et "Un monde d'avance" des amis du ministre Benoît Hamon. Ceux-ci se disent au contraire "majoritaires" et accusent Solferino d'avoir "manipulé" les gains de leurs amendements. Pendant ce temps, le premier secrétaire Harlem Désir reste aux abonnés absents. Comme à son habitude. Même en voyage au Japon, l'Europe et l'Allemagne restent l'obsession de François Hollande. Puisque le Chef de l'Etat, a profité, de chacune de ses interventions publiques pour louer les politiques audacieuses de relance de l'exécutif nippon et décrier au passage les partisans, en Europe, d'une austérité absolue. Évoquant la stratégie des "trois flèches", mise en place par Tokyo depuis janvier dernier, il a indiqué que l'Europe, comme le Japon, avait besoin "d'une politique économique tournée vers la croissance". S'il a reconnu que la lutte contre les déficits publics était nécessaire dans l'archipel comme dans l'Union, il a fustigé les politiques budgétaires qui risqueraient d'aggraver l'austérité. "Nous plaidons en Europe pour que la nécessaire consolidation budgétaire se fasse sans entraver l'activité et pour que la politique monétaire soit, elle aussi, au service de la reprise économique", a insisté François Hollande, à l'occasion d'un discours devant les parlementaires nippons. PRESTATION DECEVANTE DE FILLON A droite la situation ne s'améliore pas vraiment. Surtout après la prestation, jugée très décevante par la plupart des caciques de l'UMP, de François Fillon, lors de l'émission Des paroles et des actes sur France 2. Un programme qui a réuni à peine plus de 2 millions de téléspectateurs, soit 10 % seulement de part d'audience, l'un des plus faibles scores à la fois pour cette émission et pour une personnalité de l'opposition. Le problème, c'est qu'en dehors de vouloir se placer en barrage de Nicolas Sarkozy, l'ancien premier ministre n'a avancé aucune idée nouvelle. A peine l'émission terminée, François Fillon a rejoint la conférence annuelle du groupe de Bilderberg, que préside désormais Henri de Castries l'un de ses plus fidèles soutiens. Le patron d'Axa a d'ailleurs fait la part belle aux fillonistes dans le quota de français admis dans ce symposium des 130 dirigeants mondiaux. Avec Valérie Pécresse, Nicolas Baverez, Christine Lagarde et Jean-Dominique Senard, le patron de Michelin et cousin proche d'Henri de Castries. Le seul français présent au Bilderbeg et qui est peu suspect d'un soutien en faveur de François Fillon est Paul Hermelin, le patron de Cap Gemini, par ailleurs administrateur d'Axa. PLAN SOCIAL EN VUE CHEZ MICHELIN A propos de Michelin le géant clermontois devrait annoncer, mercredi prochain, la suppression de 700 postes sur les 927 que compte son usine de Joué-lès-Tours, où sont fabriqués des pneumatiques pour poids-lourds. Cette annonce, si elle devait être confirmée, ne serait pas une réelle surprise. Confrontée à une baisse de ses ventes sur le marché des camions, la marque au Bibendum avait, à plusieurs reprises ces dernières semaines, indiqué que des "restructurations" seraient nécessaires si la conjoncture continuait de se dégrader. Un premier plan social avait déjà touché cette usine en 2009 : 340 postes avaient été supprimés. Autre sujet à suivre de près dans les jours qui viennent : l'évolution du dossier Saur. Un accord de principe entre Olivier Brousse, le patron de l'entreprise et les deux principales banques créancières (BNP Paribas et Natixis) sur un projet de reprise a été trouvé. Mais il est loin de faire l'unanimité. Cet accord doit être approuvé par les deux tiers des 1,87 milliard de dettes concernées (correspondant à 63 banques, dont 33 créancières seniors), avant le 30 juin, date butoir pour éviter la liquidation judiciaire. Curieusement seules les banques françaises ont été convoquées mercredi à la Saur par la conciliatrice. Si bien que les banques anglo-saxonnes sont furieuses d'avoir été écartées des discussions. Les cinq banques représentant le pool, tiendront donc une conférence téléphonique en début de semaine, pour réparer cet impair et voir s'il est possible d'atteindre une majorité. La conciliatrice, elle, leur demande un premier vote indicatif pour le 17 juin. Un second vote, ferme, suivra avant le 30 juin. Ce qui est certain, c'est que de leur coté, les actionnaires, eux, ne sont pas du tout séduits. Pour des raisons obscures, Axa Private Equity fait semblant de se désintéresser de ce dossier. Il est vrai que le fonds dirigé par Dominique Senequier a fort à faire avec son offre très contestée sur le Club Med.
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