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Yves de Kerdrel

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En l'espace de 10 jours Hollande a montré qu'il y avait loin de la coupe aux lèvres après son discours social-démocrate
par Yves de Kerdrel

Il y a une semaine tout le monde pouvait espérer que l'an II du quinquennat serait marqué par une volonté de réformes à la " Schröder ". Le président a lui-même douché ces v?ux en considérant pour incongrues les exhortations de Bruxelles, et en faisant s'appliquer dés 2013 le nouveau régime de taxation des salaires au delà du million d'euros.
02/06/2013 - 07:53 Temps Lecture 9 mn.
Tout le problème de François Hollande se résume dans ses différentes déclarations de la semaine et son incapacité à assumer le positionnement social-démocrate qu'il a très bien exposé à Leipzig le 23 mai dernier. Chacun attendait maintenant l'annonce de grandes réformes de structures, comme celles demandées par la Commission de Bruxelles, mais aussi celles suggérées par l'OCDE ou le FMI. Il n'en a rien été. Au contraire la semaine écoulée a été marquée par des retours en arrière assez inquiétant, aussi bien sur la question des réformes à mener que sur la main tendue au patronat.. Tant et si bien que le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, s'est dit "stupéfait", vendredi après les déclarations de François Hollande sur les recommandations de la Commission à la France. Jeudi, le président français avait affirmé que "la Commission n'avait pas à dicter" à la France ce qu'elle a "à faire", après que Bruxelles a demandé à Paris d'entamer la réforme des retraites dès cette année. Selon Olli Rehn "quelqu'un pourrait voir un petit paradoxe" dans le discours de M. Hollande. "J'avais l'impression qu'il s'était engagé à réformer l'économie du pays", a ajouté Olli Rehn. "On a besoin de plus de réformes et nous attendons que le gouvernement s'engage, au nom du peuple français, à réaliser des réformes qui restaurent la capacité d'accélération de l'économie", a-t-il poursuivi. LE PACTE MOSCOVICI-REHN Dans sa dernière édition, l'hebdomadaire britannique The Economist confirme ce que WanSquare avait révélé il y a quelques semaines. C'est-à-dire que c'est à l'action personnelle de Pierre Moscovici et à ses liens très anciens avec Olli Rehn que revient le mérite de l'obtention par la France d'un délai pour atteindre l'objectif de réduction du déficit national à 3 % du PIB. "Dès qu'il est devenu de plus en plus clair, dans le courant de l'année dernière, que la France n'atteindrait pas l'objectif des 3 %, et ce bien avant que le gouvernement ne l'admette, il a commencé des discussions discrètes avec Olli Rehn", écrit le magazine. Les deux hommes, un Français socialiste et un Finlandais libéral, forment un couple atypique, en dépit de quoi ils ont bâti une excellente relation. Il reste que sur un point au moins, la France avance. Il s'agit de la coordination avec l'Allemagne pour esquisser un gouvernement économique de la zone euro. Là tout le mérite en revient à Emmanuel Macron que certains fustigent en décriant son peu de poids politique. Mais justement sur tous les aspects Euro et Europe il avait la chance de faire valoir sa compétence sans être encombré par les questions d'appareil de la Rue de Solferino. En huit pages, intitulées la "contribution franco-allemande pour la compétitivité et l'emploi en Europe" la France et l'Allemagne proposent en effet à leurs partenaires de donner un véritable cadre institutionnel à la zone euro. Avec "des sommets plus réguliers", "un président à plein-temps" de l'Eurogroupe des ministres des finances, la possibilité de rencontres de ministres (emploi et affaires sociales, recherche, industrie notamment) de la seule zone euro, avec également la mise en place de structures spécifiques au sein du Parlement européen et même la création d'un fonds utilisable pour renforcer la compétitivité de la zone. Tout cela pourrait être mis en place dès la fin de 2014. DU PROGRES DANS LA CONERGENCE FRANCO-ALLEMANDE Ce texte, qui s'inscrit dans le droit fil de ce qui a été annoncé le 16 mai dernier à l'Élysée, doit être débattu au conseil européen les 27 et 28 juin. L'union économique et monétaire impose donc une coordination renforcée, "notamment", du marché du travail, de l'inclusion sociale, des politiques de retraite, de l'accès aux marchés, de la fiscalité, de l'efficacité du secteur public et, enfin, de l'innovation et du système d'éducation et d'enseignement. "C'est le coeur du coeur", admet-ton dans l'entourage de François Hollande. De leur côté, les Allemands peuvent faire valoir que la nécessité de la compétitivité est largement mise en avant dans ce texte et qu'ils ne se sont pas engagés à davantage de solidarité, notamment par le biais d'euro-obligations. Au cours du dîner qui a suivi la présentation de cette contribution, François Hollande et Angela Merkel ont, selon un participant, évoqué "la gestion de l'Europe durant les prochaines années". C'est peut-être le plus important. Il reste qu'outre le raté de François Hollande sur les exigences européennes en matière de réforme pour la France s'est ajouté la révélation que la taxe dite à 75 % sur les rémunérations dépassant un million d'euros par an s'applique aux salaires versés en 2013 et 2014 et non plus à partir de 2014 seulement, comme l'a rapporté Le Figaro. La taxe intégrerait le salaire (brut imposable), mais aussi les primes, les bonus, les jetons de présence, les stock-options et les actions gratuites, précise le quotidien. Les dividendes en seront exclus comme prévu initialement ainsi que l'intéressement et la participation. Cette seconde version de la taxe, qui sera payée non par le salarié mais par l'entreprise, concernera 1 000 salariés, selon le Figaro. Elle devrait rapporter 500 millions d'euros à condition que les entreprises ne délocalisent pas leurs hauts dirigeants pour y échapper ou n'accroissent pas le poids des dividendes dans leurs rémunérations. En principe le Conseil Constitutionnel " devrait passer l'éponge " sur la rétroactivité fiscale de cette nouvelle version de la taxe. Ce sujet sera naturellement débattu cette semaine à l'occasion d'un dîner de l'Afep avec comme invité Jean-Marc Ayrault. LES SOCIALISTES EN FURIE CONTRE MOSCOVICI Si cette information est sortie de manière précipitée, c'est parce que la réunion du groupe socialiste de mardi dernier a failli tourner au pugilat après les déclarations de Pierre Moscovici sur l'abandon du projet de loi encadrant les rémunérations. Cette annonce a été vécue comme une reculade cinglante par l'aile gauche du PS. Une aile gauche dont le poids politique se renforce (autant que celui des écologistes) au fur et à mesure que la majorité perd des élections partielles Le Parti socialiste qui avait, à lui seul, une majorité confortable à l'Assemblée, ne dispose plus que de 294 sièges, soit cinq de plus que la majorité absolue. Et ce niveau pourrait fondre à nouveau avec la prochaine élection à venir à Villeneuve sur Lot. Car sur le plan politique, les bisbilles à l'UMP, et le spectacle misérable de la primaire parisienne, permettent à la majorité de cacher la misère, la situation n'est guère favorable. Avec une popularité du couple exécutif qui a légèrement remonté, comme nous l'avions laissé envisager, mais qui va de nouveau se tasser. Avec surtout des perspectives de plus en plus sombres sur le front de la croissance et sur celui de l'emploi. Puisque sans attendre les 40.000 chômeurs de plus du mois d'avril dernier, l'OCDE a annoncé anticiper une poursuite du nombre de sans-emploi cette année et en 2014. Une pierre dans le jardin de François Hollande qui pense toujours inverser la courbe du chômage avant la fin de l'année. Dans ce contexte, selon les informations de WanSquare, lors du dernier conseil des ministres, le locataire de l'Élysée a exhorté chaque membre du gouvernement à préparer activement des propositions en matière d'emploi. "En 2012, les Français attendaient des textes, mais ceux-ci n'étaient pas prêts, donc nous n'avions pu les présenter, a rappelé peu après M. Hollande à ses proches. Cette fois-ci, nous n'aurions pas d'excuse." OPA CONTESTABLE ET CONTESTEE SUR LE CLUB MED Sur le plan des affaires la semaine a été marquée par l'OPA surprise ? et surprenante dans ses modalités ? sur le Club Méditerranée. La Place interprète cette opération comme un hold-up d'Axa Private Equity sur l'entreprise dirigée par Henri Giscard d'Estaing. D'autant plus que le prix proposé est très inférieur à la valeur d'actif de la société. Lors du conseil d'administration précipité de dimanche dernier au cours duquel a été présenté ce projet, l'unanimité était loin d'être présente. Des personnalités de caractère comme Alain Dinin, le patron de Nexity, Isabelle Seillier, l'ex-patronne de JP Morgan à Paris, désormais installée à Londres ou Georges Pauget n'ont pas hésité à s'étonner des conditions de cette opération. Conditions " industrielles " et conditions " financières ". Désormais, c'est au tour de minoritaires actifs de batailler, d'autant plus que Axa Private Equity semble vouloir aller très vite et forcer le calendrier. Du côté de Vivendi, on attend toujours une fumée blanche concernant le sort de Maroc Telecom. Il est clair aujourd'hui que les deux offres en cours semblent poser des problèmes. La première d'origine qatarie est considérée comme indésirable par le Roi. La seconde, venant d'Etisalat, semble peu claire sur le plan juridique. D'autant que l'État marocain aimerait bien pouvoir disposer d'une sorte de " golden share ". Du coup, France Telecom, qui s'était retiré du dossier pour des raisons financières, serait sur le point de revenir dans la course. Pas à n'importe quelle condition, précise-t-on dans l'entourage de Stéphane Richard. Mais au cas où les deux offres fermes aboutiraient à une impasse. D'autant plus qu'au Palais Royal de Rabat on affiche clairement une préférence pour Orange. Qui serait alors dans l'obligation de revendre Meditel, le principal concurrent de Maroc Telecom.
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