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Yves de Kerdrel

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Le discours de Leipzig marque un tournant pour François Hollande, mais pas forcément pour son gouvernement.
par Yves de Kerdrel

Jeudi dernier, le Président de la République s'est rendu aux célébrations des 150 ans du SPD allemand où il a rendu un vibrant hommage à l'action menée par Gerhard Schröder. Mais cette profession de foi social-démocrate, prononcée à Leipzig est loin de faire l'unanimité dans son propre camp.
26/05/2013 - 09:11 Temps Lecture 8 mn.
Jeudi dernier, le Président de la République s'est rendu aux célébrations des 150 ans du SPD allemand où il a rendu un vibrant hommage à l'action menée par Gerhard Schröder. Mais cette profession de foi social-démocrate, prononcée à Leipzig est loin de faire l'unanimité dans son propre camp. Alors qu'à l'occasion de sa conférence de presse du 16 mai dernier, François Hollande avait surpris son auditoire, et une bonne partie de ses collaborateurs en refusant de se définir comme social-démocrate, assumant et revendiquant le qualificatif de socialiste, il a créé la même surprise cette semaine en allant à Leipzig, aux célébrations des 150 ans de la naissance du Parti social-démocrate (SPD) pour prononcer une véritable profession de foi social-démocrate. De surcroit le Président de la République a clairement mis en avant, dans son discours, les "réformes courageuses pour préserver l'emploi et anticiper les mutations sociales et culturelles comme l'a montré Gerhard Schröder", pourtant loin d'être un modèle pour la gauche française. Dans un discours soigneusement préparé, François Hollande a tout de même pris soin d'expliquer que "tout n'est pas transposable". La France et l'Allemagne "ne sont pas interchangeables", a-t-il dit, rappelant que des "esprits bien intentionnés " (notamment son plus proche conseiller Emmanuel Macron, et certains patrons français et allemands comme Jean-Louis Beffa et Gerhard Cromme) lui demandaient que le PS fasse son "Bad Godesberg". A l'occasion de ce fameux congrès qui s'est déroulé à la fin des années 50 le SPD avait renoncé au marxisme et introduit dans sa doctrine des références à l'éthique chrétienne, à l'humanisme et à la philosophie classique. Il avait surtout consacré la " libre concurrence et la libre initiative de l'entrepreneur ", reconnaissant ainsi l'économie de marché et abandonnant toute idée de nationalisation (sans pour autant abandonner le rôle de l'état). UN EXERCICE PERILLEUX Cet exercice était périlleux pour François Hollande. Pour trois raisons principales. D'abord parce que cette conversion se déroulait en Allemagne, sous les yeux d'Angela Merkel, assise au premier rang, dans un contexte de germanophobie toujours importante chez les socialistes français. Ensuite parce que ce n'était pas simple pour le président français de faire l'éloge - même nuancé - de Gerhard Schröder, qui avait pris position pour Nicolas Sarkozy au printemps dernier. Enfin parce que maintenant il lui faut passer de la rhétorique à la pratique et de l'incantation à l'action. Ce discours de Leipzig, qui restera sans doute dans les annales, n'a pas été vraiment salué dans le camp socialiste. En dehors de Pierre Moscovici, qui y a trouvé des motifs de réconfort, surtout par rapport à l'archaïsme des idées de son voisin de Bercy, Arnaud Montebourg. Et certains socialistes se sont même empressés de rappeler que Jean-Marc Ayrault avait dit, il y a quelques semaines de Gerhard Schröder : "Il a été courageux lorsqu'il a redressé son industrie mais il a porté atteinte à ce qui faisait partie du modèle social allemand". En revanche beaucoup de grands patrons français ne cachaient pas leur satisfaction, tout en déclarant : " maintenant nous sommes comme Saint Thomas, nous attendons de voir ce que cela donne en pratique ". UN NOUVEAU CODE AFEP-MEDEF Le premier acte concret a été donné par Pierre Moscovici à l'occasion d'une interview aux Échos de vendredi. Interview au cours de laquelle le Ministre de l'Économie annonçait renoncer au projet d'encadrement des rémunérations des dirigeants d'entreprises. A Bercy, comme au Medef ou à l'Afep on se plait à dire qu'il ne s'agit pas d'une victoire d'un camp sur un autre, mais du résultat d'un dialogue. Les instances patronales doivent maintenant finir la rédaction d'un nouveau code de gouvernance, introduisant le say on pay, un haut conseil pour faire en sorte que l'autorégulation soit plus crédible, et la limitation à trois du nombre de mandats d'administrateur (contre cinq aujourd'hui, y compris le mandat principal pour un P.D.G.). Sur le plan politique, la conférence de presse du 16 mai a permis de freiner l'érosion de la popularité du couple exécutif. Mais les sondeurs s'attendent à une nouvelle phase de rechute dans les semaines qui viennent. Et ils n'excluent pas que la cote de François Hollande atteigne le score - jamais vu pour un président - de seulement 20 % d'opinions favorables. Pour l'heure les cafouillages internes à l'UMP dans le cadre de la primaire parisienne, et les dissensions apparues au sein des français de tous horizons attirés par la Manif pour Tous, servent de diversion à la majorité. Mais après ce dimanche 26 mai, la réalité économique va reprendre ses droits et sa place dans la vie des français. DES CHIFFRES DU CHOMAGE A VENIR Avec notamment cette semaine la publication de chiffres du chômage, toujours très mauvais. Et encore, selon certains experts, l'attente créée par la transposition dans la loi de l'accord entre patronats et syndicats du 11 janvier dernier, a ralenti le nombre de plans sociaux. Ceux-ci pourraient repartir de plus belle, dés que la loi sera promulguée. C'est ce qui a conduit l'Unedic à faire preuve de prudence dans ses prévisions. Le gestionnaire de l'assurance chômage, a indiqué jeudi qu'il s'attendait à une poursuite de la hausse du nombre de chômeurs en 2013 et en 2014, et à un déficit de 4,8 milliards d'euros pour 2013 et 5,6 milliards pour 2014. Alors que François Hollande garde son objectif de renverser la tendance avant la fin de l'année, l'organisme paritaire estime que, sur le reste de l'année 2013, la hausse du nombre d'inscrits en catégorie A (sans activité) se poursuivrait, pour atteindre 3,3 millions d'inscrits en décembre, soit 178 700 inscrits de plus sur l'année. En 2014, la hausse se poursuivrait, avec 128 700 inscrits supplémentaires en catégorie A. Ces nouvelles prévisions sont basées sur des hypothèses de croissance révisées à la baisse et les règles actuelles d'indemnisation, qui seront renégociées en fin d'année pour s'appliquer en 2014. Sur la base du consensus des économistes, l'Unedic retient désormais une récession de - 0,2 % sur 2013, au lieu d'une croissance de + 0,1 %. Sa première projection pour 2014 est, elle, basée sur une croissance de + 0,7 %. DU PROGRES CHEZ MAROC TELECOM S'agissant du processus d'élection du futur président du Medef, il s'est poursuivi la semaine dernière avec l'audition des cinq candidats par le conseil exécutif de l'organisation patronale. Cette instance devrait faire part de son choix lundi 3 juin prochain. Pierre Gattaz désormais soutenu officiellement par l'UIMM et la FFSA et officieusement par les banques semble refaire une partie de son retard sur Geoffroy Roux de Bézieux. Mais ce dernier est encore capable de créer la surprise, assure-t-on Avenue Bosquet, au siège du patronat français. Du côté des entreprises, l'actualité va être marquée cette semaine par les assemblées générales des actionnaires de France Telecom, de Safran, d'EDF, de Vallourec, de Faurecia et surtout de Publicis. A cette occasion, Maurice Lévy, le président du directoire du groupe de communication et de publicité, a souhaité que les actionnaires s'expriment sur sa rémunération, en pratiquant pour la première fois en France une forme de " say on pay ". Par ailleurs, il pourrait y avoir enfin du nouveau sur le dossier Maroc Télécom, que Vivendi cherche à céder. L'opérateur de télécoms d'Abou Dhabi Etisalat a, en effet, proposé un prix plus élevé que son concurrent, le groupe qatari Ooredoo (ex Qtel). Selon les informations de WanSquare l'offre d'Etisalat doit toutefois être encore travaillée et comporte plus de conditions juridiques que celle d'Ooredoo. Pour rappel, Etisalat est conseillé par BNP Paribas. A noter que, bien que les montants précis des deux offres n'aient pas été donnés, les prix proposés seraient inférieurs aux 5 milliards d'euros que Vivendi espérait empocher grâce à la vente de ses 53% dans Maroc Telecom. Enfin WanSquare tient à saluer la disparition d'Édouard de Ribes, vice-président du groupe Bolloré. Gendre de Jean de Beaumont, lui-même gendre d'un des quatre frères Rivaud, Édouard de Ribes a géré le groupe Rivaud pendant des années avant de le céder à Vincent Bolloré, dont il est toujours resté proche et surtout admiratif.
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