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Yves de Kerdrel
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François Hollande n'a rien éclairci pendant sa conférence de presse, continuant à diriger la France comme le PS
par Yves de Kerdrel
Trois jours après la seconde conférence de presse de François Hollande, il ne reste plus grand chose, en dehors de propositions européennes accueillies avec scepticisme en Allemagne, et quelques phrases bien choisies en faveur de l'entreprise. Mais le Président a refusé d'assumer une politique social-démocrate. Montrant à quel point il est prisonnier de sa gauche et des verts.
19/05/2013 - 06:51
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François Hollande a un talent fou pour gâcher ses rares prises de parole. Il savait à quel point il était attendu sur la détermination d'un cap, d'un positionnement, et d'une direction. Et le voilà qui a expressément refusé de se déclarer social-démocrate, préférant le qualificatif de socialiste. Cela témoigne de deux traits de caractère. Primo : son indécision. Secundo, son incapacité à sortir de la fonction de premier secrétaire du parti socialiste qu'il a occupée pendant dix ans. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si cette conférence de presse à peine terminée, il est parti à la rencontre des parlementaires socialistes qui l'attendaient à la Maison de l'Amérique Latine.
Il faut être juste : cela n'a pas empêché le Président de la République d'afficher un positionnement davantage " business friendly ". Sérieux budgétaire, compétitivité des entreprises, modernisation du marché du travail, simplification administrative, investissements d'avenir, c'est clairement par une politique de l'offre que François Hollande espère faire revenir la croissance et l'emploi. La conférence de presse a montré de nouveau la volonté de réconciliation du chef de l'État avec le monde de l'entreprise. " Je suis pour la compétitivité tout simplement parce que je suis pour mon pays ", a-t-il poursuivi.
NOUVEAUX IMPOTS SUR LES SOCIETES
Quinze jours après les Assises de l'entrepreneuriat, François Hollande a assuré qu'il " n'y aura pas de zigzag " sur l'allégement de la fiscalité des plus-values, afin de donner de la visibilité aux entrepreneurs " condition de la confiance, et donc de la croissance ". Et de réaffirmer son engagement d'une réorientation de l'épargne des Français vers les entreprises (réforme de l'assurance-vie et mise en place d'un PEA PME) ou encore d'un " choc de simplification ". Pour le grand plan d'investissements sur dix ans demandé à Jean-Marc Ayrault, portant sur quatre grandes filières (numérique, transition énergétique, santé et grandes infrastructures de transport), François Hollande a également annoncé son intention de faire appel au privé.
Il a juste oublié de rappeler que ce sont les entrepreneurs, et eux seuls, qui créent des emplois durables. Ce qu'ils ne peuvent faire que dans des conditions de confiance et de visibilité. Ce qu'ils ne peuvent faire également qu'à condition de ne pas être de nouveau matraqués fiscalement. Or il a bien évité de dire que sur les 24 milliards d'euros d'efforts budgétaires programmés pour 2014, 6 milliards seront liés, en partie, à de nouvelles hausses d'impôts sur les sociétés. Car les entreprises ne votent pas et l'année prochaine verra deux rendez-vous électoraux.
SCEPTICISME ET PRUDENCE OUTRE-RHIN
N'étant pas à l'aise sur le terrain économique après une nouvelle révision à la baisse de la croissance, et la confirmation officielle de l'entrée de la France en récession, François Hollande a donc choisi l'Europe comme planche de salut. Désormais à "l'offensive", le président français veut faire oublier le coupable silence qu'il avait opposé au début de son quinquennat aux propositions politiques d'Angela Merkel. Il a enfin vanté le couple franco-allemand et renvoyé dans les cordes ceux qui, à gauche, prônent la rupture avec la chancelière allemande et son amère potion. Lui, discutera pied à pied avec elle sans être assuré de tout obtenir mais avec l'intime conviction que "si l'Europe n'avance pas, elle tombe". Mais à Berlin les propositions d'un nébuleux gouvernement économique européen ont créé beaucoup de scepticisme. Dans la mesure où François Hollande cherche à expliquer depuis un an à la Chancelière, qu'il faut une autre politique européenne, on peut comprendre la prudence de nos voisins. De toute manière François Hollande sait parfaitement que d'ici les élections allemandes d'octobre, il ne se passera plus rien en Europe. Ce qui rend un peu vaines ses propositions.
Il reste que de cette conférence il ne demeure plus grand chose, en dehors d'un sentiment de grand flou et de mauvais rétropédalage sur le front des entreprises. D'ailleurs 63 % des français n'ont pas été convaincus par ce discours et 71 % de nos concitoyens ne voient pas de raison de changer d'appréciation sur l'action du Président de la République. Pire encore : pour 80 % des français, François Hollande ne sera pas capable de tenir son engagement sur une inversion de la courbe du chômage. Une promesse qu'il a d'ailleurs légèrement amendée en y ajoutant du conditionnel... pour la première fois.
L'ARRIVEE DE GALLOIS SE PRECISE
Parmi les membres du gouvernement que nous avons contactés en cette fin de semaine, il flottait un sentiment de mal à l'aise indiscutable. Avec deux leitmotivs forts. Primo : le Président aurait du être plus clair sur le fond et plus court sur la forme. Secundo : nous sommes bien entrés dans une période d'interlude avec la perspective d'un remaniement à la fin du mois de juin qui fait peser une ambiance lourde dans les ministères. Il est notamment question de remplacer Arnaud Montebourg par Louis Gallois.
Du côté des patrons, les réactions étaient plus que mitigées. Avec une très grande interrogation sur le fameux plan d'investissement qui doit être dévoilé en juin. Et cette épée de Damoclès de la réforme des retraites, qui risque de se heurter au veto de Force Ouvrière, voire même de la CFDT sur certains des paramètres importants. A cela s'ajoutent les mises en garde transmises au Château par Philippe Villin ou Jacques Attali sur la crainte de voir les taux se tendre fortement pendant la période estivale.
ROUX DE BEZIEUX BIEN PARTI
Tout cela intervient à l'aube d'une semaine qui verra le conseil exécutif du Medef auditionner les cinq candidats à la présidence du Medef. Désormais, c'est clairement Geoffroy Roux de Bézieux qui paraît le mieux placé après avoir reformaté son projet de campagne en 90 propositions fortes et après avoir reçu le soutien public de Pierre Bellon, figure emblématique du mouvement patronal. D'autant pus qu'on évoque de plus en plus un réchauffement des relations entre le patron de Virgin Mobile et Laurence Parisot. Tout cela, même si Pierre Gattaz a fait une bonne impression auprès des 450 patrons qui étaient venus l'écouter, à l'instar de ses quatre concurrents, mardi dernier lors du seul débat de ce type organisé par Ethic et WanSquare.
Du côté des affaires, l'événement majeur de cette fin de semaine est la révélation par le journal Le Monde des extraits du rapport d'enquête sur les conditions d'entrée de LVMH au capital d'Hermès. Pour les enquêteurs du gendarme boursier français, le comportement de LVMH "ne trouve son sens que dans la préparation d'une montée au capital d'Hermès", et le groupe a travaillé depuis décembre 2006 à des scénarios "de prise de contrôle". Le rapport indique aussi que le groupe LVMH ne précisait pas dans ses comptes qu'il avait acquis via des filiales entre 2001 et 2002 une participation de 4,9% au capital d'Hermès. La commission des sanctions de l'autorité boursière doit se réunir le 31 mai. LVMH a aussitôt réagi. Dans une déclaration écrite transmise à l'AFP, le groupe indique "contester vigoureusement les conclusions contenues dans ce rapport, tant pour ce qui concerne la régularité de la procédure que la matérialité des faits et leur qualification juridique".
L'ETAT PRET A CEDER DU GDF-SUEZ
Autre dossier chaud : la préparation d'une vente par l'Etat de 3 % environ du capital de GDF-Suez. A Bercy nombreux sont ceux qui planchent sur cette opération qui suivra de peu la vente surprise de la participation détenue par le groupe Bruxelles-Lambert. Gérard Mestrallet doit rencontrer Pierre Moscovici pour évoquer, entre autres choses, cette question. Une telle opération permettrait de faire rentrer 1,2 milliard d'euros dans les caisses de l'Etat, sans impact positif au sens "maastrichtien" des finances publiques.
Par ailleurs en ce milieu de week-end, la communauté des affaires a appris la disparition d'Antoine Guichard, le petit-fils de Geoffroy Guichard, fondateur de Casino. Né le 21 octobre 1926, il a intégré l'entreprise en 1950 et y a consacré toute sa vie professionnelle. Il a présidé aux destinées du Groupe durant quatre décennies, guidé par une vision entrepreneuriale inspirée et par la volonté permanente d'assurer le déploiement de l'entreprise. C'est avec une détermination constante qu'il a modernisé l'entreprise tout en engageant son ouverture à l'international. En 1992, afin de préserver l'indépendance de l'entreprise et d'accélérer son développement, Antoine Guichard a entrepris avec Jean-Charles Naouri le rapprochement de Casino et Rallye. Depuis 2005, date de la prise de fonction de Jean-Charles Naouri comme Président Directeur Général du Groupe, Antoine Guichard, devenu Président d'honneur, n'a cessé de prodiguer à l'entreprise les marques de son dévouement, et à son Président, les précieux conseils qu'il tirait de son expérience exceptionnelle. L'auteur de ces lignes, qui a bien connu Antoine Guichard, salue cette figure remarquable et humaniste du patronat français.
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