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Yves de Kerdrel
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François Hollande va tenter, cette semaine, de renouer avec une communauté des affaires de plus en plus inquiète.
par Yves de Kerdrel
Affaibli par la forte baisse de sa popularité et par le retour en grâce d'une " nouvelle droite décomplexée ", le Président de la République l'est maintenant par les déclarations de ténors socialistes demandant la fin de l'orthodoxie budgétaire et la " confrontation " avec l'Allemagne. Avec en ligne de mire un remaniement fin juin ? début juillet.
28/04/2013 - 07:48
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" Il faut que le Président de la République assume très vite et très nettement une position social-démocrate " explique-t-on dans les couloirs de l'Élysée. C'est en sortant du silence dans lequel il s'est enfermé depuis l'émission ratée de la fin du mois de mars, que François Hollande pourra stopper les déclarations des ténors socialistes qui demandent, désormais chaque jour, la mise en sourdine de la politique de rigueur, au point même d'appeler à une folle "confrontation avec l'Allemagne". Comme l'a fait Claude Bartolone en milieu de semaine. Avant Jean-Christophe Cambadélis à la veille du week-end.
Ce dernier a rédigé un argumentaire de 21 pages, destiné à être soumis aux militants du Parti Socialiste dans la perspective de la Convention du parti sur l'Europe prévue le 16 juin. Bien que l'ayant fait relire à l'Élysée, avant de le laisser fuiter, il y écrit que " être socialiste européen aujourd'hui, c'est d'abord s'indigner " et que " le projet communautaire est aujourd'hui meurtri par une alliance de circonstance entre les accents thatchériens de l'actuel Premier ministre britannique - qui ne conçoit l'Europe qu'à la carte et au rabais - et l'intransigeance égoïste de la chancelière Merkel - qui ne songe à rien d'autre qu'à l'épargne des déposants outre-Rhin, à la balance commerciale enregistrée par Berlin et à son avenir électoral ". Des déclarations qui sont évidemment très mal vécues outre-Rhin, même si le mot égoïsme devait disparaitre de la version finale, et que seul Alain Juppé a tenté de contrer avec force.
SORTIR DE L'AMBGUITE
Cela n'empêche pas les sherpas de François Hollande de passer une grande partie de leur temps à Bruxelles et à Berlin afin de rassurer sur la politique menée. Les allemands ne sont, bien sûr, pas dupes des jeux politiques qui agitent le Parti Socialiste. De même qu'il existe de semblables excès de langage au sein de la CDU. Dans l'entourage d'Angela Merkel, on est bien conscient que la France se prépare pour 2014 à un effort structurel important, qui devrait porter en fin de compte sur 24 milliards d'euros (18 milliards de baisse des dépenses et 6 milliards de recettes fiscales supplémentaires). Ce qui devrait ? en théorie ? permettre d'atteindre l'an prochain un déficit de 2,9 %.
Le problème c'est que si à Bruxelles et à Berlin, il n'y a pas d'ambiguïté sur la politique choisie par François Hollande. En France, celle-ci est totale. Et même si l'exécutif a envoyé un signal favorable aux entreprises en retoquant le texte sur l'amnistie des syndicalistes casseurs, beaucoup de patrons et de politiques redoutent une poursuite de la montée en puissance de l'aile gauche du Parti Socialiste. Stimulée par les dernières déclarations d'Arnaud Montebourg, de Benoit Hamon ou de nouveaux députés, dont certains cherchent à se faire entendre, notamment dans le seul but d'obtenir un portefeuille ministériel
UN RENDEZ-VOUS AVEC LES PATRONS
En principe, poussé par son entourage, à l'exception d'Aquilino Morelle, François Hollande devrait profiter demain, des Assises de l'Entrepreneuriat qui se tiendront à 15 heures à l'Élysée pour réaffirmer clairement sa politique de désendettement compétitif. Avec des avancées en matière de politique de l'offre et de soutien à la création de richesses, comme Jacques Attali l'y a vivement incité dans un récent éditorial publié par l'Express. Selon les informations de Wansquare le Président de la République devrait dévoiler un certain nombre de propositions destinées à faire de la France " un pays plus accueillant pour les entrepreneurs ". Avec notamment, une refonte du régime fiscal des plus-value de cessions dés l'automne prochain, pour aller dans le sens des demandes faites par les " pigeons " avec une taxation liée à la durée de détention des titres.
DEUX REGIMES D'IMPOSITION
Il est question d'instaurer deux régimes d'imposition des plus-values : l'un de droit commun avec un taux marginal maximum de 33 % au bout de huit ans de détention, l'autre qui prévoirait un abattement forfaitaire de 20 % pour les titres souscrits ou acquis dans les dix premières années de vie d'une PME, afin de " tenir compte de la prise de risque élevée liée à la création et au soutien de jeunes entreprises ". Il reste que le calendrier politique de François Hollande n'est pas simple pour les semaines qui viennent avec la manifestation du 5 mai, puis celle du 26 mai qui l'empêchent de prendre une quelconque initiative. Même si d'aucuns évoquent toujours une éventuelle conférence de presse, entre le 15 et le 20 mai prochain. Après quoi le Président est tenu par des échéances européennes importantes en juin. Si bien qu'un éventuel remaniement ne pourrait intervenir qu'à la fin du mois de juin ou au tout début du mois de juillet. Un remaniement dont l'esprit consisterait à conserver Jean-Marc Ayrault comme Premier Ministre, mais à sortir les ministres turbulents gaffeurs ou inexistants, et à constituer un gouvernement très resserré. Tout cela permettrait à François Hollande de prendre la parole le 14 juillet en assumant clairement le positionnement social-démocrate et en annonçant trois ou quatre mesures fortes allant dans ce sens.
Beaucoup commencent à militer à gauche, au centre gauche et au centre droit pour l'idée d'un gouvernement d'union nationale sur le modèle italien. Une idée à laquelle 78% des français seraient favorables selon un sondage Ifop publié aujourd'hui par le Journal du Dimanche. Alors que, paradoxalement, le clivage droite-gauche n'a jamais été aussi fort. Les Français réclament donc l'union et certaines personnalités pour la réaliser. Interrogés sur les responsables politiques qu'ils souhaiteraient voir entrer au gouvernement, au cas où François Hollande déciderait d'un remaniement, les sondés plébiscitent un nom en particulier : François Bayrou, réclamé par 47% d'entre eux.
PRIMAIRES OUVERTES A PARIS
A droite, la situation semble se stabiliser après un déjeuner intervenu cette semaine entre Jean-François Copé et François Fillon. Ce dernier, qui semble prendre goût à une activité de conférencier international, serait d'accord pour qu'il n'y ait pas de nouveau vote des adhérents de l'UMP en septembre. Par ailleurs les primaires pour les municipales parisiennes à droite apparaissent plus ouvertes que prévu, après le retrait de Rachida Dati. L'abstention de NKM sur le mariage gay renforce sans doute son image " bobo ", mais pourrait la priver du vote de la droite traditionnelle qui se reporterait sur Jean-François Legaret.
AGITATION POUR LE MEDEF
Du côté de la communauté des affaires, il est de plus en plus question de la bataille qui est en train de s'intensifier entre Pierre Gattaz et Geoffroy Roux de Bézieux. Le premier bénéficie du soutien de l'industrie et de nombreux Medef territoriaux. Le second est mieux vu par le pouvoir actuel, qui redoute, la présence de Denis Kessler derrière le fils d'Yvon Gattaz. De fait, beaucoup, au sein du conseil exécutif du Medef réfléchissent à la nécessité de sortir de ce clivage, en faisant apparaître une nouvelle candidature, ou bien en se reportant sur Patrick Bernasconi. Une première tendance se dégagera le mardi 14 mai au matin à la suite d'un débat organisé par l'association Ethic de Sophie de Menthon avec tous les candidats déclarés, dans l'enceinte du Conseil Économique et Social.
Par ailleurs c'est cette semaine que débute vraiment la saison des assemblées d'actionnaires avec Vivendi et Axa, après celle d'Accor la semaine passée qui avait été précédée par le renvoi sans ménagement de Denis Hennequin. Chez Vivendi, on redoute une assemblée assez houleuse, compte tenu de l'absence totale de décision concernant la stratégie du groupe, après les déclarations péremptoires de Jean-René Fourtou, il y a tout juste un an. D'autant que cela s'accompagne maintenant de tensions accrues entre ce dernier et son principal actionnaire, Vincent Bolloré, dont tout-Paris est au courant. Des tensions accrues par le nantissement de 40 % environ des titres Vivendi achetés par l'industriel breton. Officiellement dans le but de se procurer des liquidités. Mais cette opération pourrait aussi être liée à l'éventualité de la mise en place d'une couverture dans le cadre d'une stratégie de " tunnel " que connaissent bien les habitués des financements structurés.
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