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Yves de Kerdrel
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Seul le mariage gay tient encore la majorité
par Yves de Kerdrel
C'est la panique à l'Elysée où le Président de la République est complètement bunkerisé. Une tentative de remaniement menée il y a quelques jours a échoué devant le refus de grands barons de province d'embarquer sur un bateau ivre. De son côté la droite retrouve le moral et l'UMP pourrait clore une page sombre de son histoire ce lundi.
21/04/2013 - 07:46
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Jamais un Président de la République se sera trouvé dans une situation aussi désespérée un an après le premier tour de scrutin des élections qui lui ont permis d'accéder à l'Élysée. C'est ce qu'a démontré la semaine passée le sondage Ifop réalisé pour Europe 1 faisant apparaître que si les français devaient revoter maintenant Nicolas Sarkozy remporterait 30 % des voix au premier tour. Et que François Hollande ne serait pas sûr de participer au second tour faisant jeu égal avec Marine Le Pen avec 22 % des intentions de vote. C'est dire à quel point le locataire de l'Élysée a perdu l'essentiel de ses soutiens. Les sondeurs estiment que parmi les français qui ont soutenu François Hollande au second tour, un quart seulement le soutient toujours, un quart a rejoint le Front National, et la moitié s'abstiennent ou votent avec leurs pieds.
A cela s'est ajouté ce dimanche la dernière publication du sondage Ifop-JDD. Avec 74% de Français qui se déclarent "mécontents", le chef de l'Etat bat un record absolu sous la cinquième République. Jusqu'à présent, c'est Nicolas Sarkozy qui détenait ce record avec 72% de mécontents atteint en... avril 2011, c'est-à-dire un an avant la fin de son quinquennat. On assiste donc à une incroyable accélération du temps politique. Plus préoccupant surtout pour Français Hollande : il passe sous son socle électoral. Avec 25% de Français encore satisfaits, il s'éloigne des 28,6% de ceux qui avaient votés pour lui au premier tour de la présidentielle il y a un an. Par ailleurs, Loin d'agir comme un bouclier, Jean-Marc Ayrault baisse au même rythme que son patron : - 6 points ce mois. Le Premier ministre n'a pas plus que 30% de personnes satisfaites.
Ce qui est très curieux, c'est qu'en dépit de la multiplication de tous ces signaux négatifs venant de l'opinion, l'Élysée semble se bunkeriser complètement, comme s'il s'agissait seulement d'un mauvais moment à passer. Sans imaginer un instant qu'une cassure très grave s'est faite entre la France d'en haut et la Franc rurale, ou entre la gauche " morale " et une opinion de plus en plus allergique à des affaires du type Cahuzac. Ou d'autres que la presse s'apprête à faire sortir dans les semaines qui viennent, visant au moins deux membres importants du gouvernement. Il n'y a pas à l'Élysée, de cellule de veille de l'opinion, même si Aquilino Morelle reçoit les sondeurs sans vraiment écouter les mauvais augures qu'ils ont à prononcer. Seul le Service d'Information du Gouvernement a recours ponctuellement à des sondages. Et personne ne sait vraiment dans quelle mesure ils sont utilisés.
TENTATIVE AVORTEE DE REMANIEMENT
Il y a bien eu la semaine dernière une tentative de remaniement. Non pas avec un gouvernement resserré de techniciens comme certains l'envisageaient. Mais plutôt autour de grands barons de province écartés il y a un an, à l'occasion de la formation du premier gouvernement (Alain Rousset, François Rebsamen, Michel Destot, André Vallini...). Mais devant leur refus unanime d'embarquer sur un bateau ivre qui n'a plus ni cap, ni vraie majorité, le projet a été tué dans l'?uf. Et si Manuel Valls radicalise ses interventions contre les opposants au mariage pour tous, c'est uniquement parce que l'Élysée a compris que ce projet de société était la seule mesure qui pouvait encore servir de ciment à une majorité sur le point d'éclater. De la même manière si Claude Bartolone s'est montré si véhément après les incidents de jeudi soir à l'Assemblée Nationale, c'est sur ordre de l'Élysée, de manière à rassembler les troupes à gauche.
Car tout cela intervient à un moment où à droite les évènements s'améliorent plutôt. D'abord " la Manif pour Tous " a redonné à l'opposition une fierté qu'elle avait perdue avec les incidents de vote à l'UMP en novembre dernier. Ensuite le tri commence à se faire entre les nouveaux leaders de la droite en fonction de leur capacité à porter un message alternatif clair, voire transgressif. Comme c'est le cas avec Jean-François Copé, Laurent Wauquiez ou Henri Guaino. Aux dépens de personnalités comme François Fillon, Xavier Bertrand, ou même Nathalie Kosciusko-Morizet qui n'apparaissent plus assez clivantes. Enfin, selon les informations de WanSquare, demain lundi a lieu la dernière réunion de la commission chargée d'élaborer les nouveaux statuts de l'UMP. Et à cette occasion, il pourrait être entériné le fait qu'il n'y aura pas de nouvelles élections pour la présidence de l'UMP. Ce qui installera, de facto, le Maire de Meaux, dans une fusée. Avec un projet bâti de manière très constructive par un Hervé Mariton qui multiplie les conventions. Et s'apprête à faire des propositions très audacieuses en matière de durée du travail.
LA RECESSION EST DEJA LA
Mais les critiques les plus dures à l'égard de la politique menée depuis un an, viennent souvent de la gauche elle-même. Que ce soit des personnalités sociales-démocrates, comme celles qui appartiennent au mouvement des Gracques et qui ont signé une tribune virulente dans Le Point il y a une dizaine de jours. Que ce soit des intellectuels ou journalistes, supporters de la gauche, depuis des années. Comme en témoigne le succès rencontré par le livre remarquable et très critique écrit par le journaliste de Mediapart, Laurent Mauduit. Que ce soit des hauts fonctionnaires de gauche, ou experts, qui ne se reconnaissent ni dans les mesures prises, ni dans le fonctionnement de la majorité actuelle. Le plus cruel en privé, même s'il s'interdit de parler " on " est sans aucun doute celui dont la gauche aurait le plus besoin aujourd'hui : Pascal Lamy, le directeur général de l'OMC.
En attendant sur le front économique les nouvelles sont de pires en pires. Qu'il s'agisse de la macro-économie avec la décision du FMI de passer la France en récession pour 2013 (curieusement suivie dans les 48 heures d'une convocation de Christine Lagarde devant la Cour de Justice de la République). Qu'il s'agisse de la décision du Haut Conseil pour les Finances Publiques de réfuter les prévisions économiques du gouvernement pour 2013 et 2014. Qu'il s'agisse enfin de la dernière estimation de Bercy concernant le déficit qui atteindrait 0,7 % du PIB en 2017 dans le meilleur des cas. Alors que François Hollande s'était engagé, il y a encore un mois, sur un niveau zéro. Et si à Matignon on avait commencé à préparer le terrain avec un étiage à 0,3 %. Si bien qu'au moment où le gouvernement exige une opération-vérité sur les comptes privés de ses ministres, l'opinion découvre qu'il se livre à une opération-mensonge sur les comptes publics du pays.
CRAINTES SUR LA TAXE FINANCIERE
Par ailleurs un sujet tétanise tous les financiers encore présents à Paris. Et notamment les grands banquiers, comme Frédéric Oudéa, François Pérol ou Jean-Laurent Bonnafé. Il s'agit du projet européen de taxe sur les transactions financières, qui est ? en l'état ? un véritable monstre capable d'anéantir toute la capacité européenne à attirer des capitaux. Heureusement, selon les informations de WanSquare, le gouvernement britannique s'apprêterait à lancer un recours auprès de la Cour de justice européenne contre ce projet de taxe. Bien que la Grande-Bretagne n'ait pas l'intention d'appliquer cette taxe, ses dirigeants craignent qu'elle affecte les entreprises britanniques actives dans des états qui l'auront mise en place - surtout la France et l'Allemagne -, et réduise donc la croissance du pays.
Le projet de la Commission, rendu public à la mi-février, prévoit la création d'une taxe de 0,1% sur les actions et les obligations, et de 0,01% sur les produits dérivés. En vertu du "?principe du lieu d'émission?" énoncé dans le projet, les instruments financiers émis dans les onze pays participants seront imposés même s'ils sont négociés en-dehors de cette zone. Et le "?principe de résidence?" prévoit, lui, que si l'une des parties à la transaction est établie dans l'un des 11 pays, la taxe sera due, indépendamment de l'endroit où la transaction aura lieu. Devant l'impossibilité de convaincre l'ensemble des pays de l'Union Européenne d'y participer, onze pays ont lancé une coopération renforcée sur ce sujet : la France, l'Allemagne, la Belgique, le Portugal, la Slovénie, l'Autriche, la Grèce, l'Italie, l'Espagne, la Slovaquie et l'Estonie. Selon la Commission européenne, la taxe sur les transactions financières devrait générer des recettes de l'ordre de 30 à 35 milliards d'euros par an. Cette menace pèse d'ores et déjà sur les anticipations de croissance pour l'Europe et pour la France à l'horizon 2014 ou 2015, dans l'esprit des investisseurs américains.
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