éditorial
François Hollande décidé à se hâter lentement après la gestion désastreuse de l'affaire Cahuzac
par Yves de Kerdrel
Après une journée à Tulle, hier, sur des terres qui lui sont peu hostiles, le Président de la République consulte aujourd'hui à l'Élysée tous ses proches pour trouver une issue à la nasse de l'affaire Cahuzac. Pas de dissolution a priori. Pas de remaniement. Peut-être un référendum sur la moralisation de la vie politique.
07/04/2013 - 08:49

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Il ne pouvait pas y avoir pire semaine pour François Hollande que celle qui vient de s'écouler. D'abord avec les commentaires très négatifs sur son intervention télévisée, considérée à gauche par des propos du niveau "d'un Premier ministre". Ensuite par les aveux terrifiants de Jérôme Cahuzac et les conséquences que cela laisse planer sur toute la gestion de cette affaire à Bercy, Place Beauvau et à la Chancellerie. Enfin, avec la révélation par le journal Le Monde des montages complexes réalisés dans des paradis fiscaux par Jean-Jacques Augier, le trésorier officiel de la campagne présidentielle de François Hollande.
Cela fait beaucoup. Et encore, on ne connaît pas pour l'instant tous les effets dévastateurs de ces scandales à répétition sur l'opinion publique. Un premier sondage CSA pour les Échos attribuait en fin de semaine une cote de popularité de 29 % au président de la République. Un deuxième sondage Sofres pour le Figaro Magazine faisait ressortir un niveau abyssal de popularité à seulement 27%, jamais vu dans la longue histoire de ce baromètre politique. Mais ces deux sondages ont été réalisés après l'émission télévisée de François Hollande et avant les aveux de Jérôme Cahuzac.
MOSCOVICI DANS LA TOURMENTE
Le problème, c'est que le locataire de l'Élysée a, de surcroît, très mal géré ce dernier scandale. D'abord par un communiqué lapidaire à la " Ponce Pilate ". Et le lendemain, en essayant de colmater les brèches par une courte intervention télévisée - enregistrée, car François Hollande est aussi peu à l'aise avec le direct que ne l'était Jacques Chirac - au cours de laquelle il a annoncé trois mesures qui existent déjà ou qui étaient sur le point d'être adoptées. Tout cela l'a naturellement conduit à devoir intervenir à nouveau, de Rabat, pour tenter de se justifier. Alors qu'il n'avait cessé de dénoncer son prédécesseur lorsque celui-ci parlait de politique intérieure depuis l'étranger.
Il reste que l'affaire Cahuzac n'est pas terminée. Et le prochain personnage pris dans la tourmente de ce scandale risque d'être Pierre Moscovici accusé d'avoir couvert, même nolens volens, son collègue du cinquième étage de Bercy. C'est en effet lui qui a écrit à l'UBS une lettre qui ne pouvait que recevoir une réponse vide de sens, destinée à absoudre Jérôme Cahuzac. Comme l'a montré Gilles Carrez, qui a eu accès à ce courrier. Puisque, curieusement, cette lettre n'a jamais été rendue publique par Pierre Moscovici. De surcroît, ce n'est un mystère pour personne, qu'à l'occasion de son déplacement à Davos en janvier dernier, le ministre de l'Economie et des Finances, a eu un entretien avec son homologue helvète qui aurait notamment porté sur le problème "Cahuzac". De tout cela le locataire de Bercy ne s'est jamais expliqué clairement. Et comme le disent certains de ses amis socialistes, c'est désormais lui qui est "dans la lessiveuse".
D'AUTRES VICTIMES ?
L'affaire Cahuzac pourrait aussi rattraper Christiane Taubira et la Chancellerie, de même que Manuel Valls qui n'a toujours pas précisé le rôle qu'ont eu les services du renseignement intérieur sur ce dossier. Idem enfin pour l'Élysée, qui était au courant, avant la fin décembre 2012, de l'authenticité de l'enregistrement où Jérôme Cahuzac faisait état de son compte suisse.
Même si les opérations réalisées à titre personnel par Jean-Jacques Augier, le patron de Books et de Têtu, dans plusieurs paradis fiscaux sont légales, leur révélation par le journal Le Monde a jeté de l'huile supplémentaire sur le feu qui grignote l'action du gouvernement. Qu'un inspecteur des Finances (corps d'élite créé pour superviser la conformité des procédures financières) utilise des boîtes postales dans des destinations exotiques pour échapper - en toute légalité - au fisc, en dit long sur l'éthique des affaires de certains proches du chef de l'État. Surtout lorsque l'on se souvient de ce que François Hollande disait au Bourget de l'argent, avec des accents mitterrandiens.
LES SOLUTIONS DE HOLLANDE
Voilà pourquoi après un voyage bâclé au Maroc, le président de la République a décidé de consulter toute cette journée de dimanche à l'Élysée. Bien sûr, il n'a pas annulé un déplacement hier en Corrèze où il a plaidé pour "un Etat exemplaire", mais où il a tout de même été accueilli par des bataillons de manifestants, l'obligeant à entrer dans la préfecture de Tulle par une porte de service. Mais il a en revanche décommandé un déplacement en Ardèche prévu la semaine prochaine. Ce qui témoigne du fossé qui s'est creusé entre les français et leur premier magistrat.
Reste à savoir comment le chef de l'État entend rebondir. Il y a les solutions politiques : la dissolution de l'assemblée (d'ores et déjà exclue, même si pour de nombreux politologues elle finira par s'imposer) ; le changement de Premier ministre (François Hollande considère que ce serait une cartouche utilisée sans efficacité, à un an de municipales qui s'annoncent bien mal parties) ; un référendum sur la moralisation de la vie politique où seraient mises pêle-mêle les questions de cumul de mandats, de transparence du patrimoine des élus, et la réforme du conseil supérieur de la magistrature (mais le Président hésite, sachant que les français ont pour habitude de ne pas répondre nécessairement à la question posée, mais plutôt d'exprimer leur humeur du moment). Autant dire que la porte est étroite pour sortir de ce piège. A moins de changer de terrain et de reprendre la parole sur des questions économiques.
NOUVEAUX PLANS SOCIAUX
Selon les informations de WanSquare, le président de la République devrait avoir mardi soir un entretien en tête-à-tête avec Pierre Moscovici. Auparavant il aura reçu Stéphane Richard, le patron de France Télécom, et Rodolphe Bellmer, celui de Canal +. Par ailleurs, un conseil de défense étant prévu mercredi en fin de matinée, et il n'est pas impossible que le Chef de l'État cherche à rebondir sur des questions internationales (notamment s'agissant de la Syrie). D'autant plus que ce lundi, il reçoit à dîner David Cameron.
Il reste que sur le front des affaires, ce climat délétère n'arrange rien. De plus en plus de prévisionnistes laissent envisager une récession pour les six premiers mois de l'année. Ce qui a amené Pierre Moscovici à être encore plus prudent en matière de perspectives de croissance. Et tout cela ne va pas contribuer à l'amélioration de la situation de l'emploi. D'autant plus que les plans sociaux ne semblent pas vouloir s'arrêter. Selon des sources syndicales, non confirmées par la direction, la Société Générale envisagerait de supprimer 600 à 700 postes en France dans le cadre de ses réductions de coûts. La direction de la banque française aurait rencontré les représentants du personnel le 3 avril pour évoquer différents projets de réorganisation, dont les modalités et le calendrier définitifs ne sont pas encore arrêtés. Il s'agirait de départs volontaires affectant les directions centrales de la banque que préside Frédéric Oudéa.
LES ASSUREURS TRES REMONTES
Par ailleurs, les assureurs restent très remontés. Sur deux sujets très différents. Le premier concerne la transposition législative des accords patronat-syndicats du 11 janvier avec la question de la clause de désignation - ou de recommandation - d'un organisme chargé de compléter la couverture maladie des salariés. Comme le souhaite également l'Autorité de la concurrence, les assureurs exigent que soit respectée la liberté de choix entre les différents acteurs. Alors que les syndicats et certains parlementaires de gauche souhaiteraient que ces nouvelles prises en charge soient faites au profit des organismes de prévoyance paritaires, pour des raisons souvent non avouables.
Le second sujet concerne les conclusions du rapport Berger-Lefebvre sur l'épargne financière. Avec notamment l'idée d'un nouveau contrat d'assurance-vie dit "euro croissance" et l'obligation pour les encours supérieurs à 500 000 euros d'avoir une part minimum de risque, c'est-à-dire d'investir dans d'autres supports que le fonds en euros, afin de bénéficier des avantages fiscaux de l'assurance-vie. Des produits identiques à ce fameux contrat "euro croissance" ont déjà existé dans le passé. Et ils ne se sont pas développés pour deux raisons : la complexité de gestion pour les assureurs vie (avec autant d'échéances à gérer que de dates de versements de leurs assurés) et leur "effet tunnel", avec une garantie du capital uniquement à terme, qui plaît rarement aux particuliers.
Par ailleurs sur le plan fiscal, ce rapport ouvre la Boîte de Pandore. Il conseille en effet "une modification pour les nouveaux contrats des durées actuellement exigées pour bénéficier de l'avantage fiscal [avec] un allongement de la durée de placement effective et de la maturité effective des sommes épargnées". Surtout le rapport parle de "dispositions transitoires pour les contrats existants", ce qui laisse à penser que le stock de contrats serait affecté par la réforme. D'ailleurs, les auteurs précisent que la mesure consistant à prendre en compte la maturité effective des sommes épargnées pour l'application du régime fiscal devrait être appliquée "non seulement aux flux à venir mais aussi au stock de contrats existant". Enfin il n'est pas certain que les avantages fiscaux consentis en matière de succession seront préservés. Car ce rapport estime "logique" que "la taxation des sommes transmises aux bénéficiaires des contrats d'assurance-vie après décès de leur titulaire soit réexaminée pour renforcer l'équité de l'imposition des successions".
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