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éditorial / Yves de Kerdrel

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Après son émission ratée, François Hollande redoute une exacerbation des tensions politiques et sociales
par Yves de Kerdrel

La prestation télévisée du Président de la République jeudi dernier sur France 2 non seulement n'a pas permis à François Hollande de reprendre la main, mais elle a montré combien était grande la fracture entre le Chef de l'État et les préoccupations quotidiennes des français. Ce qui donne des arguments à tous ceux, à droite, qui voient monter la crise de régime.
31/03/2013 - 07:29 Temps Lecture 8 mn.
Même les conseillers du Président en conviennent : l'intervention de François Hollande sur France 2 face à un David Pujadas très professionnel a été mauvaise. Mauvaise sur la forme, car le Président de la République n'a pas une seule fois parlé avec ses tripes, en s'adressant aux français, le tout dans un décor glacial qui renforçait cette sensation d'éloignement. Mauvaise sur le fond, car le Chef de l'État n'avait pas de résultat à annoncer. Quant aux mesures, dont il a fait état : qu'elles soient à destination des milieux économiques, ou à destination de son " aile gauche ", elles n'ont contenté personne. Si bien que ce n'est pas une surprise si les premières enquêtes d'opinion réalisées après cette émission montraient que deux tiers des français n'étaient pas convaincus par François Hollande. Dés vendredi, plusieurs grands patrons du CAC 40 faisaient le même constat : "soit François Hollande croit à ce qu'il dit, et alors c'est affligeant. Soit il attend qu'une secousse intervienne sur les marchés le poussant à faire les réformes de structure dont le pays a besoin en tordant le bras de la centaine de députés "gauchistes" qui l'empêchent de manoeuvrer". Mais la plupart des personnalités interrogées par WanSquare craignent, que des deux hypothèses, ce soit la première qui soit la plus probable. PLUS DE MAL QUE DE BIEN Une chose est certaine : cette émission a fait plus de mal que de bien au locataire de l'Élysée. D'abord elle l'a montré sans autorité, sans détermination et sans empathie avec les français les plus touchés par la crise. Ensuite elle l'a coupé un peu plus de sa base politique, avec des députés socialistes, qui sont, pour les plus jeunes d'entre eux de plus en plus demandeurs d'une " autre politique ". Enfin elle a finit de le couper de sa base électorale. Ce qui était déjà apparu lors de la dernière législative partielle dans l'Oise où l'on a assisté à un match Front National / UMP. Et le pire, c'est que 40 % des voix socialistes du premier tour, ont été au candidat de l'extrême droite. Tout cela fait dire à de nombreuses personnalités politiques de l'UMP, mais aussi du centre et des grands barons socialistes de province que la voie est désormais ouverte pour une crise de régime avec comme perspective : la dissolution de l'assemblée nationale. C'est pourquoi, rue de Vaugirard, on commence à opter pour une radicalisation du discours qui tient compte de l'exaspération des français, notamment dans les zones péri-urbaines, et du succès inattendu de la dernière manifestation contre le " Mariage pour tous ". "On sent monter une crise profonde, une crise de régime", a estimé l'ancien premier ministre, François Fillon sur Europe 1, avant de souligner que l'opposition ne devait "pas souffler sur les braises car ce qui nous menace, c'est une crise majeure qui pourrait emporter une bonne partie des espoirs de notre pays." "Les conditions sont hélas réunies pour une rupture profonde entre François Hollande et les Français", a renchéri sur RTL Jean-François Copé. RISQUE D'EXPLOSION SOCIALE Le dossier le plus politiquement clivant de ces premiers mois du quinquennat Hollande, celui du mariage homosexuel, tourne désormais autour de l'usage de la rue. "L'opposition tente de trouver un débouché politique. Mais essayer de subvertir ce mouvement en l'instrumentalisant et en le transformant en ce qu'il n'était pas au départ, cela n'est pas responsable, fustige un conseiller du président. Il s'agit tout de même d'une grande force politique représentée à l'Assemblée et au Sénat... ". S'il s'agit de ne pas tomber dans l'appel à la révolte, l'opposition l'évoque désormais volontiers par le verbe. "Le peuple gronde et vous ne l'écoutez pas", a lancé mardi le député UMP Philippe Cochet au premier ministre dans l'hémicycle. "Si la grogne sociale rejoint la colère sociétale, nous risquons d'avoir un printemps agité", a pour sa part prévenu l'ancien premier ministre, Jean-Pierre Raffarin dans les Échos, avant de brandir le risque "d'une explosion sociale". Au moment où de nouvelles échéances importantes se précisent avec sans doute une conférence de presse de François Hollande à l'Élysée, prévue vers la mi-mai, et une grande émission de télévision de la part de Jean-Marc Ayrault vers la fin avril, tout cela avant une probable nouvelle manifestation nationale, le Premier Ministre a décidé, selon nos informations, de changer de conseiller en communication. Matignon a entamé une réorganisation de ses services avec la création d'un pôle "médias, communication et stratégie" censé chapeauter les relations avec la presse et les discours, confié à Jérôme Batout, de l'agence de communication Publicis. Nommé "conseiller spécial auprès du premier ministre", Jérôme Batout, qui prendra ses fonctions mercredi prochain, succède à Bernard Candiard, 65 ans, en place depuis octobre 2012 seulement. Dominique Bouissou, qui dirigeait le service de presse, quitte son poste mais reste temporairement conseillère auprès du premier ministre. TRISTE RECORD POUR LA DETTE Jérôme Batout est un professionnel au parcours atypique. Agé de 33 ans, cet économiste de formation et docteur en philosophie, ancien enseignant à la London School of Economics et opérateur bancaire au Crédit Suisse à la City de Londres, il a été membre du cabinet de François Hollande entre 2004 et 2006, lorsque ce dernier dirigeait le Parti Socialiste. Il avait rejoint Publicis en 2011 comme directeur de cabinet de Maurice Lévy. Cette nomination surprise au coeur du dispositif de Matignon survient au lendemain de l'intervention de François Hollande sur France 2, pendant laquelle le chef de l'État n'a pas cité une seule fois le nom de son premier ministre. Sur le plan économique le climat est loin de s'améliorer. Tant sur le plan de l'investissement, que sur celui de la consommation et bien sûr de l'emploi, comme on a pu le constater avec les derniers chiffres du chômage. Mais le pire a été l'annonce par l'Insee, vendredi matin, quelques heures après l'intervention du Président de la République d'un déficit bien plus important que prévu et que proclamé pour 2012 en matière de comptes publics. Ce qui attaque un peu plus le capital confiance que certains milieux économiques conservaient encore à l'égard du Chef de l'État. Car désormais, la dette s'établit au delà du seuil historique des 90 % du PIB. Ce qui relance les rumeurs sur une éventuelle dégradation de la note de notre dette souveraine. L'UIMM EN PREMIERE LIGNE Les milieux d'affaires avaient surtout les yeux tournés, la semaine dernière, vers le Medef, où la tentative de réforme des statuts initiée par Laurence Parisot a été rejetée d'extrême justesse par le Conseil exécutif. Jusqu'au dernier moment, la patronne des patrons a cru qu'elle pourrait faire basculer dans son camp certains indécis. Mais avec 22 votes pour, 22 votes contre et un vote blanc, la situation était devenue irréversible. Maintenant, la balle est principalement dans le camp de l'UIMM qui va devoir choisir le 18 avril prochain entre trois de ses adhérents : Pierre Gattaz, qui est soutenu par une grande partie des poids lourds du CAC 40, Jean-Claude Volot, qui fait figure d'outsider, et Frédéric Saint-Geours, le patron de cette puissante fédération qui n'est toujours pas officiellement candidat. Mais son rôle personnel dans la défaite de Laurence Parisot, l'a placé, de fait, en première ligne. S'il décide de se lancer dans la bagarre, il sera naturellement moins présent chez PSA où Philippe Varin lui a ménagé un poste de chargé de mission. A un moment où le constructeur automobile en grande difficulté tente de marcher dans les pas de Renault en proposant dès le mois de mai aux syndicats d'augmenter la durée du travail dans certaines usines, après la validation du plan de restructuration, qui inclut la fermeture de l'usine d'Aulnay. La direction souhaiterait augmenter le temps de travail dans la journée et éventuellement supprimer le travail de nuit, qui coûte de 20 % à 30 % plus cher. Ces mesures pourraient être proposées dans l'usine de Poissy spécialisée dans la construction de petites voitures (208, C3). Le prochain comité central d'entreprise portant sur le plan de restructuration devrait avoir lieu le 19 avril. Et la question de l'augmentation du temps de travail pourrait y être abordée, d'autant plus qu'elle pourrait faire baisser de 600 euros le coût de production d'une voiture en France. Alors que l'impact du Crédit d'impôt compétitivité pour PSA sera de l'ordre de 100 millions d'euros par an, soit 250 euros par véhicule.
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