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François Hollande est maintenant de plus en plus menacé par l'aile gauche du parti socialiste
par Yves de Kerdrel

Le chef de l'Etat interviendra jeudi prochain sur France 2 pour tenter de reprendre la main après sa chute dans les sondages, les très mauvais indicateurs économiques, et la démission de Jérôme Cahuzac. Mais son problème immédiat, c'est de savoir comment gérer une aile gauche du PS de plus en plus remuante.
24/03/2013 - 07:47 Temps Lecture 8 mn.
Si la mise en examen de Nicolas Sarkozy, dans des conditions juridiques plus que baroques, a joué le rôle d'écran de fumée, personne n'est dupe. Le grand perdant de cette semaine, n'est pas l'ancien Président de la République qui assiste, au contraire à un rassemblement de ses fidèles et de la Droite autour de lui, dans le climat d'une "justice de classes" assurée par un juge très marqué sur le plan politique. Le grand perdant, c'est François Hollande, qui aurait dû profiter du rejet de motion de censure pour rassembler les siens. Mais c'est tout le contraire qui se passe. Car à l'Elysée, la principale préoccupation du Président, ce sont les 160 nouveaux députés du Parti Socialiste élus en juin dernier et qui ne sont pas dans le moule traditionnel de la Rue de Solférino. Une grande partie d'entre eux sont d'anciens attachés parlementaires ou d'anciens collaborateurs de caciques socialistes dans des conseils généraux ou des conseils régionaux. Dans l'entourage de François Hollande ils sont considérés comme étant " hors-sol " tellement on les considère éloignés de la réalité économique du pays. LE RAPPORT BERGER EN VUE Ce sont eux qui sont les jusqu'au boutistes, notamment en matière fiscale. Et même s'ils sont restés discrets, ils ont été les premiers à se réjouir de la démission précipitée de Jérôme Cahuzac, considéré par eux comme " le méchant " ainsi que l'avait qualifié le quotidien Libération, en raison de son obstination à réduire la dépense publique et à se conformer aux contraintes budgétaires européennes. Ils sont d'autant plus " remontés " qu'ils voient s'éloigner chaque jour la mise en oeuvre de la fameuse taxe à 75 % au-dessus d'un million de revenus salariaux. Parmi eux figure notamment l'économiste Karine Berger, chargée de produire un rapport sur l'épargne longue. Un rapport qui a subi de nombreuses réécritures, mais qui devrait enfin être rendu public, ce mercredi 27 mars. Avec à la clé des propositions en matière de fiscalité écologique, mais aussi, la probable création d'un nouveau produit d'épargne longue, avec davantage de contraintes que l'assurance-vie, mais qui serait un moindre mal pour les assureurs. En revanche l'idée de la création d'un livret bancaire, suggérée par le Trésor à fait long feu. A cela s'ajouteront sans doute des mesures clairement "politiques" tant Karine Berger a besoin de se positionner pour être ministre. CE QUE CACHENT LES ORDONNANCES C'est à cause de tous ces députés de plus en plus remuants que le Président de la République a annoncé, jeudi dernier, son intention de recourir aux ordonnances en matière de logement ; en tous cas dans un premier temps. Car lorsqu'un gouvernement est assuré de sa majorité à l'assemblée nationale et au Sénat, il n'a pas besoin de recourir à une telle mesure d'urgence qui prive les parlementaires de leurs droits. Comme il n'est pas menacé par la droite (c'est peu de le dire !) c'est bien à cause de ces trublions de l'aile gauche qu'il a décidé de recourir aux ordonnances, oubliant sans doute la célèbre phrase de Talleyrand : "un gouvernement qu'on soutient, c'est un gouvernement qui chancelle". A coté de ces problèmes purement politiques, l'Elysée doit gérer un environnement économique qui se dégrade de jour en jour. Notamment à cause d'une véritable panne en matière d'investissement. Celui-ci se tenait encore correctement fin 2012 en raison de programmes décidés il y a longtemps et en cours d'achèvement. Mais il n'y a aujourd'hui plus rien dans les tuyaux. Et les dernières statistiques de la chambre de commerce franco-américaine montrent que l'attractivité de l'hexagone a chuté de 30 points en un an pour s'établir à son plus bas niveau. De la même manière, au cours des trois derniers mois, les suppressions d'emplois par des investisseurs étrangers ont augmenté de 68% par rapport à la même période en 2011, alors qu'elles n'ont crû que de 33% pour les groupes français, selon la société de veille économique Trendeo. L'ABERRANTE CRISE CHYPRIOTE Autant dire que la tâche ne sera pas simple pour le chef de l'Etat qui sera l'invité exceptionnel de France 2, ce jeudi 28 mars à 20 h 15, et répondra pendant environ quarante-cinq minutes aux questions du journaliste David Pujadas, comme nous le laissions envisager il y a une semaine. Cette intervention devrait être suivie, courant mai d'une deuxième conférence de presse, depuis le début du quinquennat. Le plus difficile pour François Hollande sera de " vendre à l'opinion " l'attente de résultats en matière de croissance et d'emploi tout en expliquant la nécessité de la rigueur budgétaire et de nouvelles économies en matière de dépenses publiques. A cela s'ajoutent les conséquences de la crise chypriote qui a été très mal gérée par la technocratie bruxelloise, et notamment par les services de Michel Barnier. Si bien que selon un sondage Ifop réalisé pour Sud-Ouest Dimanche, quatre Français sur dix estiment qu'une taxe sur les comptes bancaires des épargnants pourrait être mise en place en France en cas d'aggravation de la situation économique. Parmi eux, 13% estiment que cette situation se produira de manière " certaine ". Ils sont cependant encore 59% à considérer que c'est " improbable ". Selon l'analyse qui en est faite par l'Ifop, " cela reflète une forte méfiance vis-à-vis de la situation de notre économie et les contraintes que pourraient fixer les instances internationales ". Ces réponses démontrent " en quelque sorte que le précédent chypriote a fait tomber, pour quatre Français sur dix, le tabou de l'inviolabilité des dépôts bancaires ", estime l'institut. VERS DES CHANGEMENTS CHEZ ACCOR ? Cette crise a naturellement pesé sur le CAC 40 au cours de la semaine passée en dépit des derniers résultats, plus que satisfaisants publiés par Bolloré ou Havas et avec les résultats très décevants émanant d'Eurazeo. Beaucoup d'investisseurs s'attendent à d'inévitables cessions d'actifs de la part de la holding présidée par Michel David-Weill. Voire même aussi à un changement de management chez Accor, l'une des principales participations de la société d'investissement où elle a investi avec le fonds Colony de Sébastien Bazin. Par ailleurs, France Telecom a créé l'évènement avec l'annonce de discussions avec Yahoo sur le sort de sa participation dans Daily Motion. Selon les informations obtenues par WanSquare, il y a bien recherche par Orange d'un partenaire majoritaire américain pour accélérer le développement de Daily Motion et, dans ce cas de figure, Yahoo est très fortement intéressé à prendre 75% du capital. Mais le plus intéressant est que la discussion en cours, et non aboutie à ce jour, ne porte pas exclusivement sur Daily Motion. Orange pourrait profiter de ces discussions pour conclure une grande alliance avec Yahoo! mettant la France au coeur des développements vidéo mondiaux. STEPHANE RICHARD REBONDIT En effet, l'accord potentiel, dont WanSquare a eu connaissance, va bien au delà de Daily Motion. Orange aurait l'exclusivité de proposer à ses abonnés dans tous ses grands pays toute nouvelle offre de Yahoo! ou de Daily Motion en matière de vidéos ou d'abonnements à des contenus "premium" ... ce qui aurait un grand avantage de différenciation par rapport à ses concurrents. En outre, des accords de recherche et développement seraient effectués en commun sur les grandes technologies du cloud et Yahoo! pourrait s'engager à avoir un centre de recherches en France. Si bien que la France, dans ce schéma non encore abouti, mais sur lequel travaille Jean-Marie Messier, serait le centre mondial vidéo pour Yahoo! et la France ferait systématiquement partie des pays tests des nouvelles offres. Cela se traduirait donc par un renforcement de l'importance de la France dans les investissements contenus de Yahoo! D'autant que le groupe américain cherche une plate forme vidéo, une présence internationale en dehors des Etats-Unis et un comportement de "bon citoyen" et de proximité avec les opérateurs mobiles pour se démarquer de Google. Un tel accord cocherait donc toutes les cases et renforcerait la position de Stéphane Richard, chez France Telecom.
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