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Yves de Kerdrel

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Le gouvernement Ayrault ne tient plus qu'à un fil et François Hollande a épuisé toutes ses munitions pour rebondir
par Yves de Kerdrel

Dure semaine pour François Hollande et son Premier Ministre. Ils ont tenté de mettre fin aux suites de l'affaire Cahuzac en évoquant pour la troisième fois consécutives des mesures de moralisation de la vie politique. Sans succès. De surcroît, c'est maintenant Pierre Moscovici qui est dans le viseur des médias.
14/04/2013 - 00:06 Temps Lecture 7 mn.
" Quand les emmerdements commencent à voler, c'est en escadrilles " commente-t-on de manière ironique à l'Élysée à l'issue de cette nouvelle semaine très difficile pour l'exécutif. Difficile d'abord parce que le Président de la République espérait sortir de la spirale infernale de l'affaire Cahuzac grâce à ses annonces sur la moralisation de la vie politique, faites à trois reprises. Or ces annonces ont non seulement fait flop, mais c'est dans la majorité qu'elles sont le plus critiquées. Il a suffit de voir de quelle manière Claude Bartolone, le président de l'assemblée Nationale est monté au créneau pour dénoncer cet exercice de démagogie et de voyeurisme. Difficile ensuite parce que tout cela montre à quel point le Chef de l'État n'a plus aucune autorité, dans son camp et même dans son gouvernement. En l'espace de quarante-huit heures, trois ministres importants, Arnaud Montebourg, Cécile Duflot et Benoit Hamon ont tout simplement demandé un changement de politique économique. Ce qui a été naturellement balayé d'un revers de la main par François Hollande et par Jean-Marc Ayrault. Mais en fin de semaine, et à la veille du conseil national du Parti Socialiste, une trentaine de députés ont signé une pétition allant dans le même sens. Un geste qui s'inscrit dans le sillage du refus de 41 députés socialistes de voter la transposition des accords patronat-syndicats du 11 janvier dernier. LES SOURCES VENUES DE SUISSE Difficile enfin parce que c'est désormais Pierre Moscovici qui fait figure de maillon faible du gouvernement. Attaqué par le magazine Valeurs Actuelles qui le soupçonne d'avoir eu connaissance avant la fin décembre 2012 de toute la situation patrimoniale de Jérôme Cahuzac, grâce notamment ? et pas seulement ? aux services de son administration douanière et fiscale dirigée par Bruno Bezard, le Ministre de l'Économie s'est défendu avec peine. Et Gilles Carrez et Philippe Marini, les deux présidents des commissions des finances, invités à Bercy pour consulter les documents que l'on voulait bien leur montrer, n'ont pas pu le dédouaner. Ils ont même déclaré que " l'histoire n'était pas terminée. " Là dessus sont venues se greffer les informations publiées hier par L'Hebdo suisse. Selon ce journal les services de renseignements français, qui enquêtent sur les fraudes fiscales, auraient communiqué à la justice celles qui concernent Jérôme Cahuzac au moment précis où Bercy s'apprêtait à imposer des coupes budgétaires drastiques aux armées. L'hebdomadaire suisse en veut pour preuve - ou pour indices - la grande "précision" des informations dont disposait la justice française sur le compte en Suisse du ministre. Ce qui signerait ? à coup sûr - l'intervention des services de renseignements. Le journal helvète ajoute des témoignages anonymes de sources sécuritaires : "L'armée a eu sa peau " Le fait que Bernard Cazeneuve, le remplaçant de Jérôme Cahuzac, soit un homme jugé plus sensible aux questions militaires, puisqu'il a été membre de la commission Défense de l'Assemblée nationale, apporte de l'eau au moulin de cette thèse. MANUEL VALLS PAS EPARGNE En fait, les informations de L'Hebdo visent les activités de la DCRI, le service de renseignements soupçonné d'avoir livré des informations à la justice française, qui ne dépend pas du ministère de la Défense mais de celui de l'Intérieur... Si tant est, comme l'affirme le magazine, que des documents aient été communiqués à la justice pour mettre le ministre dans l'embarras, ils ne peuvent à eux seuls expliquer le dénouement du conflit. Dans ce cas, ce n'est pas seulement Pierre Moscovici qui serait dans le viseur, mais également Manuel Valls. Une chose est sûre. Face à ces attaques, ni le Président de la République, ni Jean-Marc Ayrault, ne se sont risqués à défendre publiquement leur Ministre de l'Économie. Selon les informations de WanSquare, le Premier Ministre doit simplement recevoir ce dernier mardi dans la soirée. Il reste qu'après ces différents évènements et compte tenu d'une autorité totalement bafouée par ses propres troupes, le Président de la République n'a plus de munitions pour rebondir. Certes, il devrait entériner cette semaine avec soulagement, la démission de Jérôme Cahuzac, de son mandat de député. De la même manière il a fait accélérer le calendrier parlementaire concernant le mariage pour tous, de manière à satisfaire son aile gauche, au risque d'exaspérer un peu plus, une certaine partie des français. Mais en dehors de ces artifices, il n'a plus aucune marge de man?uvre. Surtout en l'absence de résultats économiques. PLUS DE SERENITE A L'UMP Or sur ce front là, non seulement les indicateurs ne s'améliorent pas, mais ils ont plutôt tendance à se détériorer. Pour la première fois, cette semaine, on a même vu Bruxelles venir au secours des entreprises françaises en soulignant l'aspect dangereux de leur taux de marge qui ne cesse de se dégrader, alors qu'il a enregistré en 2012, un plus bas depuis un quart de siècle. Le principal problème du moment tient à la chute de la consommation des ménages. Les chiffres concernant le premier trimestre devraient se révéler désastreux dans certains domaines, après une année 2012 qui a vu les dépenses des français reculer de 0,1 %, alors qu'elles avaient toujours été en hausse. Dans ce contexte, la situation s'améliore doucement à droite. L'UMP semble se diriger vers de nouvelles élections internes au mois de septembre. Mieux organisées, mieux contrôlées et plus sereines. Avec comme probable adversaire de Jean-François Copé un Laurent Wauquiez qui se montre à la fois pugnace sur le plan politique et imaginatif sur celui du débat d'idées. Par ailleurs l'ombre tutélaire de Nicolas Sarkozy, si elle existe toujours n'empêche pas la nouvelle génération de s'émanciper peu à peu de l'ancien Chef de l'État. Celui devrait sortir deux fois de son silence dans les jours qui viennent. D'abord aujourd'hui à l'occasion d'une émission consacrée aux quatre-vingts ans de Jean-Paul Belmondo. Ensuite à l'occasion d'une conférence payante organisée par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain qui a invité ses adhérents à "rencontrer l'homme reconnu pour l'énergie avec laquelle il a dirigé la deuxième puissance économique européenne". INDICATEURS SUR LA CONSOMMATION Sur le front des affaires la semaine va continuer d'être animée par les préparatifs de l'assemblée générale des actionnaires de Vivendi. Jean-François Dubos, le président du directoire du groupe, a rendez-vous vendredi avec Arnaud Montebourg et Fleur Pellerin afin d'évoquer probablement les scénarios concernant la cession de la participation de contrôle détenue dans Maroc Télécom. Les candidats intéressés par ce bloc doivent se manifester d'ici au 22 avril. Sans doute, l'avenir de SFR, pourrait être également au menu de ces discussions. Par ailleurs la semaine qui débute va apporter des éléments nouveaux et décisifs sur les perspectives des entreprises françaises pour 2013 et sur l'état de la consommation avec notamment la publication du chiffre d'affaires de Danone, de L'Oréal, d'Accor, de Carrefour et de Casino pour le premier trimestre. Les analystes concernés par ces différents titres ont récemment avis des signaux de prudence, dont on pourra juger s'ils sont ou non justifiés.
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