éditorial
L'opposition à Hollande se construit plus à gauche qu'à droite
par Yves de Kerdrel
François Hollande s'apprête à faire une intervention lénifiante depuis l'Élysée, au moment où sa popularité rejoint ses plus bas niveaux. Mais le plus inquiétant pour le Chef de l'État, c'est que son opposition la plus remuante et la plus organisée ne se situe pas à droite, mais au sein même du parti socialiste.
14/07/2013 - 07:20

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Aussi spectaculaire et surprenante qu'elle ait été, la descente de Nicolas Sarkozy dans l'arène en début de semaine dernière, n'a pas été forcément positive pour l'ancien président de la République. Bien sûr, il a su galvaniser les leaders de l'UMP comme personne n'y était arrivé depuis un an, témoignant ainsi du vide qui caractérise ce parti. Bien sûr, il s'est rappelé ainsi au bon souvenir des français, sans pour autant rentrer dans le jeu politicien. Bien sûr son apparition a permis de doper la collecte d'argent entamée il y a dix jours par l'UMP. A tel point qu'hier soir le parti de la rue de Vaugirard avait déjà engrangé 5 millions d'euros, alors que Jean-François Copé espérait réunir 6 millions d'ici fin juillet lorsqu'il a lancé cette souscription.
Mais l'humiliation infligée à un François Fillon obligé de se tenir les doigts sur la couture du pantalon a eu les conséquences que l'on sait avec la revanche de l'ancien premier ministre lors d'un meeting dés jeudi soir. Ce dernier a trouvé là l'occasion de se poser en alternative à Nicolas Sarkozy, alors qu'il était placé jusqu'ici en concurrence avec Jean-François Copé. Il n'a pas davantage d'idées à proposer pour une alternance, mais il a enfin trouvé une possibilité d'exister. Et la droite se retrouve exactement dans la même situation qu'à l'époque de la guerre Chirac-Balladur. Avec d'ailleurs la plupart des anciens balladuriens qui rejoignent aujourd'hui le camp Fillon.
LA BANDES QUATRE
Compte tenu de l'état de l'opposition, François Hollande pourrait s'estimer serein, si une autre opposition bien plus organisée n'était pas en train d'émerger au sein même de son propre camp. Le 2 juillet dernier, jour du limogeage de Delphine Batho, quatre sensibilités du PS (les deux ailes gauches - Un monde d'avance et Maintenant la gauche -, les aubrystes de la Gauche durable et les ex-strauss-kahniens de la Gauche populaire) se sont réunis pour la première fois depuis un an pour réclamer à François Hollande la grande réforme fiscale qu'il avait promis. De son côté, la "bande des quatre" (Benoît Hamon, Arnaud Montebourg, Cécile Duflot, Christiane Taubira), qui avait mené en avril une offensive contre l'austérité, a laissé entendre fin juin, lors de leur dernier dîner, qu'ils en "gardaient sous le pied". Quant au président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, il fait entendre à intervalles réguliers sa petite musique. Comme vendredi, où il a redit ses doutes sur la nécessité "d'atteindre coûte que coûte l'équilibre budgétaire en 2017".
A l'Élysée on ne cache pas un certain embarras face à ces agitations que les grognards du Président, Stéphane Le Foll, Michel Sapin et Bernard Poignant, surveillent comme le lait sur le feu. Certains des conseillers de François Hollande plaident pour une rupture rapide avec les écologistes qui font régner une forme de terreur au sein du gouvernement. Lorsqu'Arnaud Montebourg parle du gaz de schiste, il est immédiatement recadré par le Premier Ministre. A l'inverse, le ministre vert du développement, Pascal Canfin, dont le job consiste à visiter régulièrement les pays africains avec lesquels la France a des accords de coopération a décrété qu'il ne mettrait les pieds dans aucun pays parfaitement démocratique. Matignon s'est incliné. Si bien que ce sont ses collègues plus dociles qui sont priés de faire la tournée des pays africains.
UNE INTERVENTION PERILLEUSE
C'est dans ce contexte que François Hollande va prendre la parole aujourd'hui. Certains de ses conseillers n'auraient pas trouvé aberrant qu'il garde le silence. D'autres estimaient suffisante une brève prise de parole à l'issue du défilé militaire sur les Champs-Élysées. Quelques-uns lui ont même suggéré l'idée d'une tribune dans la presse. François Hollande a attendu le dernier moment pour trancher, et ce n'est que mercredi dernier qu'il a fait connaître son choix : il s'exprimera finalement sur TF1 et France 2, sous la forme d'un entretien avec les journalistes Claire Chazal et Laurent Delahousse. Comme en 2012, en somme, à un détail près : l'interview se fera depuis l'Élysée, en dépit de l'engagement contraire pris pendant sa campagne...
Le Président de la République va, à nouveau tenter d'expliquer qu'il tient bien la barre du Pays. Ce dont, de plus en plus de français commencent à douter. Il va se répéter sur la maitrise des dépenses publiques et sur sa promesse d'inverser la courbe du chômage d'ici la fin de l'année. En revanche aucune annonce n'est attendue sur la réforme des retraites et celle de l'assurance-chômage qui va enregistrer cette année un déficit historique de près de 20 milliards d'euros. Au final l'intervention présidentielle, pourrait avoir le même résultat que les précédentes : une stabilisation momentanée de sa cote de popularité suivie d'une nouvelle descente. Selon le "Tableau de bord politique" Ifop/Paris Match, réalisé les 5 et 6 juillet, 30 % des Français approuvent son action, soit trois points de moins en un mois. D'après le baromètre TNS Sofres/Le Figaro Magazine, réalisé du 27 juin au 1er juillet, 27 % des Français font confiance au chef de l'État, deux points de moins qu'un mois plus tôt.
MOSCOVICI DANS LA LIGNE DE MIRE
A cela va s'ajouter, la semaine prochaine, l'audition de Pierre Moscovici par la Commission d'enquête parlementaire sur l'affaire Cahuzac. Un moment difficile pour le locataire de Bercy accusé par certains d'avoir protégé l'ancien ministre du budget, dans la mesure où dés le 14 décembre ses services n'avaient plus de doutes. Puisque Jérôme Cahuzac avait refusé de signer un formulaire dans lequel il reconnaissait ne pas avoir de compte à l'étranger. Accusé de fréquenter davantage les terrasses des cafés que son bureau, le ministre de l'économie a par ailleurs très mal vécu les applaudissements de la salle, lors des journées économiques d'Aix-En-Provence, quand Pierre-André de Chalendar, le président de Saint-Gobain, accusa les politiques de manquer de courage et de constance, expliquant que "la France est passée du déni au zigzag". Il a surtout très mal supporté les huées dont il a été l'objet quand il prit la parole à son tour pour défendre la politique du gouvernement.
Toujours sur le plan politique, à l'Élysée on se félicite de l'arrivée comme nouvelle chef de cabinet de la présidence de la République d'Isabelle Sima, nommée il y a deux jours à ce poste. Elle succède à Pierre Besnard récemment promu préfet des Hautes-Alpes. Âgée de 42 ans, Isabelle Sima a connu François Hollande en Corrèze à la fin des années 1980. Elle fut sa collaboratrice au Parti socialiste pendant la quasi totalité du temps où il en fut le premier secrétaire, comme permanente chargée des fédérations, des élections et des relations extérieures, de 2000 à 2008. Elle fit notamment partie du petit noyau de fidèles sur lesquels François Hollande s'appuya, après son départ de la direction du PS fin 2008, pour entreprendre sa longue marche vers l'Élysée. Dotée d'un "vrai flair politique" et d'une "connaissance très précise des territoires et des élus de terrain", cette femme réputée discrète jouera désormais un rôle central dans l'organisation des déplacements de François Hollande, dont elle s'occupa notamment lors de la campagne pour la primaire socialiste, en 2011.
REPRISE DES OPERATIONS FINANCIERES
Sur le plan économique l'actualité c'est bien sûr la dégradation de la dette souveraine de la France par Fitch, la dernière des agences de notation à accorder un triple A au pays. L'agence explique que l'endettement de la France va culminer à 96% du PIB en 2014, avant de baisser progressivement jusqu'à 92% en 2017. Fitch anticipait en décembre un pic à 94%, au-delà duquel le "AAA" n'était plus cohérent. "Les chiffres de Fitch se situent dans le bas de la fourchette des estimations en raison des incertitudes concernant les perspectives de croissance et la persistance de la crise de la zone euro, même si le gouvernement maintient ses objectifs de consolidation budgétaire", explique le communiqué publié vendredi. "En raison de cet endettement durablement élevé, la marge de manoeuvre permettant d'absorber de nouveaux chocs sera réduite."
Dans son argumentaire, l'agence de notation souligne aussi le bond du chômage et le "maintien par l'Union européenne d'une procédure de déficit excessif pour la France pendant une année supplémentaire". En outre, pour Fitch, le PIB devrait se contracter en 2013 avant d'augmenter à 0,7 % en 2014. Se référant aux constats dressés par l'OCDE et le FMI, l'agence évoque les défis structurels, en particulier le déclin de la compétitivité et des rigidités persistantes du marché du travail et des biens et services.
Tout cela apporte de l'eau au moulin de ceux qui voient le spread entre l'OAT française et le Bund allemand s'écarter pendant l'été, surtout au milieu du mois d'août, avant une amplification de ce phénomène au lendemain des élections allemandes (fin septembre). Cela n'empêche pas la reprise des opérations financières. On l'a vu avec l'intérêt de Schneider pour Invensys, le rachat de Loro Piana par LVMH et des rumeurs persistantes de contre-offre sur le Club Med. Du côté d'Accor, ceux qui attendaient la nomination d'un nouveau patron à la mi-juillet en seront pour leurs frais. Colony et Eurazeo ont du mal à se mettre d'accord, d'autant plus que leurs relations sont tendues comme la corde d'un arc. L'échéance est désormais repoussée à la fin août, date du prochain conseil, qui pourrait faire un choix entre les six candidats repérés par le chasseur de têtes mandaté il y a quelques semaines.
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