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Yves de Kerdrel
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Les milieux d'affaires ont les yeux braqués sur l'élection allemande et sur le changement de pied de Ben Bernanke
par Yves de Kerdrel
L'actualité principale de cette fin de semaine est liée à la très probable réélection d'Angela Merkel, même s'il est difficile de savoir quel sera le score réel du CDU et de son allié actuel le FPD. Les milieux d'affaires ont, aussi les yeux braqués sur les États-Unis après le changement de ton de Ben Bernanke, le patron de la Fed.
22/09/2013 - 07:52
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C'est donc aujourd'hui le jour J pour les allemands qui s'apprêtent probablement à offrir un troisième mandat à Angela Merkel. La coalition de l'actuelle chancelière, formée des conservateurs et des libéraux, obtiendrait une très courte avance aux élections législatives allemandes, selon le dernier sondage disponible. D'après cette enquête réalisée par l'institut Emnid, à paraître aujourd'hui dans l'hebdomadaire Bild am Sonntag, les conservateurs d'Angela Merkel (CDU et le parti frère bavarois CSU) obtiendraient 39 % et le parti libéral FDP 6 %. Les sociaux-démocrates sont crédités de 26 % et leurs alliés traditionnels de 9 %. La gauche radicale Die Linke obtiendrait quant à elle 9 %. Et le parti anti-euro, Alternative für Deutschland (AFD), ne passerait pas le seuil nécessaire des 5 % pour être représenté au Bundestag, recueillant 4 %.
En additionnant les voix, la coalition actuelle d'Angela Merkel (conservateurs et libéraux) obtiendrait 45 %, donc un point d'avance sur l'opposition (SPD, Verts et Die Linke), créditée de 44 %. Le SPD a toutefois exclu un gouvernement avec la gauche radicale. La course reste donc serrée entre les partis au pouvoir et ceux de l'opposition. Depuis plusieurs jours, le scénario le plus fréquemment évoqué dans les journaux est néanmoins celui d'une grande coalition entre les conservateurs et les sociaux-démocrates. En fin de semaine, 20 millions d'électeurs étaient encore considérés comme indécis. Dans la dernière ligne droite, ceux-ci concentrent l'attention des partis. Angela Merkel et son rival, Peer Steinbrück, ont donc chacun tenu un meeting hier dans leur circonscription. Le matin, le candidat SPD a fait un crochet par Francfort, dans la Hesse, Land qui doit aussi élire dimanche son Parlement régional. Le SPD et les Verts pourraient y revenir au pouvoir après quatorze ans d'opposition.
UN AGENDA EUROPEEN CHARGE
A Paris on attend le résultat de ce scrutin sans grande pression. François Hollande s'est bien gardé d'intervenir dans la campagne allemande. Mais comme la plupart des chefs d'état européen il sait bien que l'avenir de l'Europe passera par la nouvelle coalition allemande au pouvoir. Tandis que la zone euro est entrée dans une longue et incertaine convalescence, Angela Merkel est en position de force, en raison de la prospérité de son pays et de la faiblesse relative de ses partenaires. Elle est aussi une des dirigeantes les plus controversées du continent. Il n'empêche, l'Allemagne et sa chancelière sont incontournables. Toute décision européenne d'envergure semblait, ces dernières semaines, suspendue au scrutin. L'élection à peine passée, l'agenda européen de la prochaine coalition sera d'ailleurs chargé.
Le nouveau gouvernement est attendu sur trois questions-clés : la mise en place de l'union bancaire susceptible de renforcer la zone euro ; une politique de stimulation de la croissance ; et la politique étrangère et de défense, où l'Allemagne d'Angela Merkel ne s'est jamais montrée très allante. Plus largement, la grande question à laquelle va devoir répondre le gouvernement allemand concerne la méthode : l'Allemagne va-t-elle poursuivre sur la voie intergouvernementale ou reviendra-t-elle à une pratique plus communautaire ? La politique de Berlin dépendra du résultat de l'élection. Si la coalition actuelle CDU/CSU (chrétiens-démocrates) et FDP (Parti libéral) est reconduite, il est fort probable que les euro critiques y auront davantage de poids. En effet, la CSU est sortie renforcée des élections en Bavière du 15 septembre. Or la formation est très réservée quand il s'agit de se montrer solidaire des pays méditerranéens. Elle compte d'ailleurs en son sein une des figures emblématiques des eurosceptiques allemands : le député Peter Gauweiler, à l'origine du recours contre la politique européenne d'Angela Merkel devant la Cour de justice de Karlsruhe.
LES VERTS RASSURES POUR L'INSTANT
En cas de grande coalition CDU-SPD, la situation pourrait être un peu différente. La majorité sera bien plus confortable au Bundestag sur les questions européennes, mais cela ne va pas changer grand chose, pense-t-on à l'Élysée. Même si durant sa campagne, le SPD a évoqué un plan Marshall 2 pour les pays en difficulté. Mais Peer Steinbrück n'a plus parlé des euro-obligations et s'est toujours montré réservé sur l'union bancaire, ne voyant pas comment on peut demander aux contribuables allemands de payer les erreurs des banques espagnoles. Deux autres éléments pourraient inciter l'Allemagne à rester prudente dans les mois à venir : on attend avec une certaine inquiétude la prochaine décision de la Cour de Karlsruhe sur la conformité ou non des décisions de la Banque centrale européenne à la Constitution allemande. Enfin, le parti anti-euro Alternative pour l'Allemagne (AfD), qu'il entre ou non au Bundestag, a déjà annoncé son intention de présenter une liste aux élections européennes de mai 2014.
S'agissant de la France, l'actualité de a semaine a été marqué par le bras de fer entre le gouvernement et les écologistes. Mais celui-ci s'est naturellement conclu à l'avantage de verts pour d'uniques raisons électorales liées aux prochaines élections municipales. Le discours du chef de l'État à l'ouverture de la deuxième conférence environnementale a rassuré les écologistes, même si François Hollande n'a pas dit un mot sur l'épineux sujet de la fiscalité du diesel. En revanche les objectifs de réduction de consommation d'énergie ont suscité de vives interrogations dans le milieu patronal. Pour le président de l'Union française de l'industrie du pétrole 30 % d'énergies fossiles en 2030 (l'objectif annoncé par le chef de l'État), cela suppose un changement fondamental dans les modes de vie, et la question est de savoir si cet objectif est compatible avec une croissance économique et donc avec une augmentation du niveau de vie des Français.
LE MIRAGE DE LA PAUSE FISCALE
Il reste que la mise en ?uvre d'une fiscalité verte n'éclaircit pas l'horizon fiscal des français. D'après un sondage BVA pour i-Télé/CQFD et Le Parisien, 70% d'entre eux pensent que le gouvernement ne parviendra pas à tenir sa promesse de pause fiscale et que les impôts continueront d'augmenter. Seuls 21% disent croire à un gel des impôts en 2015, comme l'avançait récemment le premier ministre Jean-Marc Ayrault. Et 7% l'attendent tout de même pour 2014. Sans surprise, les sympathisants de droite sont les plus sceptiques: 94% pensent que la pause fiscale ne verra pas le jour. À gauche, 60% veulent y croire, mais seulement 16% l'attendent en 2014. Plus problématique pour le gouvernement: 81% des sondés pensent que la fiscalité est injuste aujourd'hui. Les Français de gauche comme de droite le pensent majoritairement (61% à gauche, 94% à droite) et, si, l'on s'intéresse aux revenus des ménages, toutes les tranches éprouvent ce sentiment d'injustice, détaille le sondage. C'est particulièrement le cas pour les personnes gagnant entre 2500 et 3500 euros par mois, c'est-à-dire le "c?ur de la classe moyenne" que le gouvernement souhaitait épargner.
L'événement majeur de la semaine passée a été le maintien en l'état de la politique de relance monétaire par la Réserve fédérale américaine, annoncé mercredi, qui a naturellement stimulé les marchés d'actions un peu partout dans le monde. D'autant plus qu'ils ne s'attendaient pas à de telles largesses. Même s'il s'est défendu de s'être engagé pour une quelconque date, Ben Bernanke a eu du mal à justifier son statu quo du tant, depuis plusieurs mois, il semblait préparer les marchés financiers à la première étape du resserrement monétaire de la Réserve Fédérale.
Larry Summers, qui fut un temps le candidat favori de la Maison Blanche au remplacement de Ben Bernanke, s'est toujours montré critique à l'encontre de cette politique de quantitative easing, suggérant qu'elle est moins efficace pour l'économie réelle que ce que supposent la plupart des. Après avoir communiqué tout l'été sur un resserrement à venir, la Fed a donc décidé de reporter sine die la réduction du rythme de ses achats mensuels. Pour certains, c'est le signe que l'ère de Janet Yellen, la très probable remplaçante de Ben Bernanke à la présidence de la Fed, a déjà commencé. Intellectuellement proche de ce dernier, cette ancienne présidente de la Réserve fédérale de San Francisco et ancienne présidente du Council of economic advisors sous Bill Clinton, est souvent caricaturée comme excessivement favorable à l'expansion et au stimulus monétaire.
LA VIREVOLTE DE BERNANKE
La raison avancée par Ben Bernanke pour attendre est bien plus simple. Il n'est pas convaincu que l'économie américaine puisse encaisser la forte hausse des taux longs qu'il a lui-même générée en parlant de sortie de la politique quantitative. Les récentes statistiques sur les flux de crédits hypothécaires et les mises en chantier l'ont probablement inquiété. Dans l'ensemble, cependant, les dernières statistiques économiques ne suggèrent nullement un ralentissement de l'économie américaine. Le président de la Fed a aussi, pour se justifier, mis l'accent sur les risques budgétaires. La réduction actuelle du déficit public - ou plutôt les programmes de consolidation budgétaire lancés en début d'année, car la réduction des déficits est en fait en partie cyclique - pèse sur l'activité, un frein qu'il ne souhaite pas renforcer avec des taux d'intérêts plus élevés.
Du côté du business, si l'actualité s'est calmée du côté de Vivendi en dehors de légères complications concernant la cession de la participation de contrôle dans le leader mondial des jeux vidéos Activision Blizzard, un nouveau front s'est ouvert du côté du Crédit Agricole. La Fédération nationale du Crédit Agricole qui est l'organe politique de la Banque Verte, projette en effet de modifier les équilibres de pouvoir au sein du groupe. Elle souhaite récupérer les pouvoirs d'organe central aujourd'hui logés chez Crédit Agricole SA, qui est à la fois la structure cotée du groupe et la filiale des Caisses régionales. Selon les informations de WanSquare des représentants de la FNCA se sont rendus à Bercy cet été pour tenter de convaincre les pouvoirs publics d'introduire les modifications législatives nécessaires à ce transfert dans le projet de loi Hamon sur l'économie solidaire et sociale.
RIFIFI A LA BANQUE VERTE
Le but de ce projet également soumis à l'examen de l'ACP serait de trouver un meilleur équilibre des pouvoirs, qui n'est pas satisfaisant aux yeux de nombreuses Caisses régionales de Crédit Agricole. Ces dernières sont le socle du groupe : elles dégagent d'importants bénéfices et incarnent l'âme mutualiste de l'établissement. Représentées au niveau politique par la FNCA, elles sont les propriétaires de Crédit Agricole SA (CASA). En tant que maison-mères, elles ont théoriquement l'ascendant sur CASA, mais la réalité est plus complexe. La structure cotée CASA détient en effet les pouvoirs dits "?régaliens?" sur le groupe, inscrits dans le code monétaire et financier et joue donc le rôle de tutelle en ce qui concerne le contrôle, les sanctions, l'agrément accordé aux présidents et aux directeurs généraux des Caisses régionales -sachant qu'il existe une période probatoire de deux ans-, les révocations et le feu vert sur les augmentations de rémunération. C'est pour s'affirmer en tant que représentant des actionnaires et rétablir le rapport de force, que la Fédération veut donc absorber ces fonctions régaliennes. Du côté des pouvoirs publics, on reste très dubitatif face à ce projet de changement de gouvernance.
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