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Hollande de plus en plus pénalisé par son manque d'autorité
par Yves de Kerdrel

Après la querelle pitoyable entre Cécile Duflot et Manuel Valls, François Hollande s'est enfin décidé à recadrer ses ministres. De manière pour le moins désuète. Heureusement pour le Chef de l'État il n'a pas à subir les assauts d'une opposition de plus en plus inexistante.
06/10/2013 - 06:34 Temps Lecture 11 mn.
Chacun en a pris pour son grade mercredi en conseil des ministres : Manuel Valls, à l'intérieur, Cécile Duflot, au logement, qui se sont étripés la semaine précédente sur le dossier des Roms. Sans compter Jean-Marc Ayrault, prié par le président de la République d'assurer encore davantage la coordination du travail et de l'expression du gouvernement. Mais à quoi bon ? Puisque moins de 48 heures plus tard un tweet assassin du compagnon de Cécile Duflot relançait la guerre avec Manuel Valls Les enquêtes d'opinion avaient déjà montré à quel point les français ressentaient ce manque d'autorité du Chef de l'État. Désormais, il ne se passe pas une semaine sans qu'un fait précis vienne illustrer ce sentiment. D'autant qu'aux couacs ministériels, s'ajoute l'absence d'un cap clair et mobilisateur susceptible de rassembler des ministres aux parcours et aux sensibilités différentes, l'étroitesse de la majorité présidentielle, qui conduit le chef de l'État à se montrer dur avec les faibles et faible avec les durs et enfin l'absence de résultats collectifs qui incitent les ministres à jouer un jeu de pus en plus individuel. LA GRANDE PEUR DES MUNICIPALES Toujours est-il qu'à la suite de ce recadrage gouvernemental, les ministres devront désormais informer en amont le cabinet du chef du gouvernement de leur "plan médias" et obtenir son feu vert. C'est le résultat d'une circulaire rédigée par un proche conseiller de Jean-Marc Ayrault. Si un ministre envisage de "susciter un passage média", il est aussi demandé à son conseiller en communication d'en informer les services du chef du gouvernement avant de prendre contact avec l'organe de presse concerné. Matignon aura ainsi la possibilité "d'évaluer la pertinence" de ce projet "au regard de l'ensemble des passages médias déjà programmés et de l'actualité". C'est en fonction de cette évaluation que ce projet d'intervention pourra être validé. Il promet aussi aux conseillers en communication des ministres de leur répondre "dans un délai aussi rapide que possible". Concernant les interviews écrites et les tribunes, Jérôme Batout assure qu'il n'y aura pas de relecture systématique par Matignon. Mais, ajoute-t-il, il appartient aux ministres et à leurs conseillers "d'apprécier si une relecture est souhaitable". Si ces tensions s'exacerbent au sein de la majorité présidentielle, c'est bien sûr parce que chacun a bien compris qu'il n'y avait pas d'autorité à l'Élysée. C'est aussi parce que le premier grand test électoral se rapproche à grands pas avec les municipales. Ce sera la première occasion pour les Français de s'exprimer dans les urnes depuis l'arrivée de François Hollande à l'Élysée. Et c'est peu de dire que le PS craint un vote sanction les 23 et 30 mars 2014. La gauche, qui espère ne pas trop pâtir de l'impopularité de l'exécutif, se rassure en constatant que, pour l'instant, les enjeux nationaux sont loin de représenter les motivations principales des électeurs. Seuls 26 % ont l'intention de sanctionner la politique du président et du gouvernement lors des municipales. DE GRANDES VILLES VISEES PAR L'UMP La perspective d'un vote sanction reste pourtant le principal carburant de la droite. Pour mettre fin à la domination locale de la gauche, le président de l'UMP, Jean-François Copé, entend nationaliser le scrutin. Si la droite a conscience que le PS reste protégé par son ancrage local, le contexte national devrait toutefois peser sur le choix des électeurs. D'autant qu'en cette rentrée, les socialistes ont eux-mêmes installé au centre de la campagne des thématiques qui jouent contre eux. Notamment les impôts, les Roms, ou les rythmes scolaires. Instruit des mauvais résultats aux différentes législatives partielles depuis le début du quinquennat, le PS craint surtout une forte abstention de son propre électorat, déçu par le bilan de la gauche gouvernementale. Mais plus question pour autant à droite de parler d'une vague bleue. Si la droite rêve de reprendre Paris, son véritable objectif reste de ne pas perdre Marseille tout en regagnant des grandes villes comme Toulouse, Strasbourg, Dijon, Rouen, Reims, Amiens, Metz ou Angers. Ses espoirs de conquête se concentrent surtout sur une quinzaine de villes de plus de 30 000 habitants, comme Valence, Tourcoing, Belfort ou Auxerre. Si la droite devrait être gênée, dans plusieurs municipalités par la forte poussée du Front National, elle pourrait en revanche bénéficier de la nouvelle attitude des verts. Dans plusieurs villes, ils regardent plus du côté du Front de gauche que de leur allié socialiste, pour les prochaines élections municipales. C'est le cas à Rennes, Clichy-la-Garenne, Palaiseau, Cholet ou La Flèche. Des discussions sont avancées à Nîmes et se poursuivent à Grenoble. Ces listes d'union entre les écologistes et la gauche radicale, qui n'intègrent pas toujours le Parti communiste dont la stratégie se dessine ville par ville, trouvent en partie leurs racines dans la manifestation du 5 mai dernier contre l'austérité, à l'initiative du Front de gauche. LA CRAINTE D'UN DEFAUT AMERICAIN Au chapitre économique, les tensions sont encore montées d'un cran, vendredi autour du blocage budgétaire qui entrave le fonctionnement de l'administration américaine depuis le lundi dernier. Et surtout, sur son éventuel coût financier. Le président Barack Obama s'est ainsi résolu à annuler sa tournée en Asie prévue pour la semaine du 14 octobre, afin de continuer à exhorter les Républicains à autoriser un vote pour obtenir la fin de la paralysie de l'État. Vendredi, le ministre japonais des finances, Taro Aso, a lui aussi fait part de ses inquiétudes sur le possible impact du blocage de Washington sur l'économie asiatique, notamment par le biais du marché des changes. Sa crainte : que les investisseurs, inquiets, se mettent à vendre leurs dollars et à acheter des yens. Une appréciation qui nuirait à la reprise observée depuis quelques mois au Japon. Les incertitudes commencent à se traduire sur les marchés. Jeudi 3 septembre, l'ensemble des Bourses européennes ont clôturé à la baisse. Les indices phare de Wall Street, Nasdaq, Down Jones et S & P 500 ont tous reculé. Le 4 octobre au matin, le dollar était au plus bas depuis huit mois (à 1,36 euro). Pas étonnant : c'est bien pour l'économie américaine que les conséquences de l'impasse budgétaire pourraient être les plus dramatiques. D'autant que de plus en plus d'observateurs redoutent qu'elle se prolonge jusqu'à la date butoir du 17 octobre pour le relèvement du plafond de la dette fédérale, nécessaire afin d'éviter un éventuel défaut du pays. " L'incapacité de relever le plafond de la dette serait plus néfaste encore que la paralysie budgétaire, pour les États-Unis comme l'ensemble de l'économie mondiale", a pour sa part prévenu Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds monétaire international. LA ZONE EURO MENACEE S'il refuse d'en chiffrer l'impact, le Trésor a averti, le même jour, qu'un défaut de paiement des États-Unis sur leur dette serait sans précédent et potentiellement catastrophique, avec un impact plus grave que celui de la crise des subprimes. Le scénario catastrophe qu'il dresse, susceptible de se faire sentir pendant plus d'une génération, donne froid dans le dos. Le marché du crédit pourrait se geler, la valeur du dollar pourrait plonger et les taux d'intérêt américains pourraient monter en flèche, conduisant à une crise financière et à une récession qui pourrait rappeler les événements de 2008, voire pire. Selon la banque d'affaires Goldman Sachs, si e shutdown devait durer, ce serait environ 8 milliards de dollars (6 milliards d'euros) de dépenses publiques qui seraient ôtés à la croissance de la première économie mondiale chaque semaine. Il en coûterait 0,8 % à la croissance sur le trimestre par semaine de blocage. Pour Mark Zandi, de l'agence Moody's Analytics, un mois de blocage amoindrirait le produit intérieur brut trimestriel de 1,4 point de pourcentage Tout cela n'est pas bon non plus pour la zone Euro. Nouriel Roubini, le célèbre économiste américain surnommé "Docteur Catastrophe" à cause de ses prévisions toujours pessimistes en est même persuadé : la zone euro est peut-être bien sur le point de replonger dans la tempête. Parce que les dettes publiques affichent des niveaux insoutenables, explique-t-il dans une analyse publiée le 30 septembre. Parce que la croissance, trop faible, ne permettra pas de les alléger. Parce qu'enfin les Européens semblent incapables de bâtir une union budgétaire et politique digne de ce nom. Si rien ne change, Nouriel Roubini prédit la montée des populismes, la révolte des peuples contre l'austérité et une nouvelle phase de violentes turbulences. LE COUP DE PIED DE L'ANE DE FOURTOU En attendant, c'est cette semaine que la 11e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris va se pencher sur la fameuse affaire dite de l'UIMM. Denis Gautier-Sauvagnac, l'ancien président de cette puissante fédération patronale est renvoyé avec d'autres responsables de l'époque pour "?abus de confiance?" et "?travail dissimulé?". L'UIMM est également poursuivie en tant que personne morale. Les magistrats vont tenter de comprendre à qui étaient destinés les 17 millions d'euros sortis en liquide de ses comptes entre 2000 et 2007?et dans quel but?? Chacun va probablement tenter de s'abriter derrière la fameuse loi Waldeck-Rousseau sur la liberté des associations professionnelles de 1884 dispensant celles-ci de toute obligation en matière de tenue et de publication de comptes. Il faudra continuer à suivre naturellement l'évolution du dossier Vivendi après les déclarations au Monde de son président du conseil de surveillance, Jean-René Fourtou. Ce dernier a créé la surprise en remettant en cause le schéma de la scission de SFR. "?Tout cela est aujourd'hui à l'étude, a-t-il dit, mais une solution pourrait être que SFR reste avec Vivendi. Ce sont les entités centrées autour des médias qui seraient séparées du groupe?". Il a enfoncé le clou en précisant : "?SFR devrait dégager 2,8 milliards d'euros de résultat brut cette année et il peut donc mieux supporter une part de la dette du groupe, qui sera beaucoup réduite après les cessions?", de Maroc Telecom et d'Activision Blizzard. Autre dossier chaud, celui de la mise sous tutelle par les banques créancières du groupe Carlo Tassara dirigé par le très mystérieux financier franco-italien Romain Zaleski. Un accord en ce sens a été validé à Milan il y a quelques jours sous l'égide d'Intesa. L'accord prévoit que les banques convertissent 650 millions d'euros de créances en titres participatifs, sans droits de vote. Dès lors, elles ne contrôleront pas le tour de table de Carlo Tassara. Toutefois, elles pourront nommer six administrateurs sur huit. A cette occasion, M. Zaleski n'exclut pas de revenir au conseil d'administration. Le plan de restructuration s'étale jusqu'au 31 décembre 2016. Voilà qui promet de nouvelles man?uvres autour d'Eramet, dont Carlo Tassara France détient 13 %. Depuis mai 2012, et la sortie d'Areva, le leader des métaux d'alliage est contrôlé à 37 % par la famille Duval et à 26 % par le Fonds stratégique d'investissement.
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