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Yves de Kerdrel

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Semaine noire pour le Chef de l'État et sa majorité
par Yves de Kerdrel

Rien ne va plus à gauche entre les conséquences désastreuses sur l'opinion de l'affaire Leonarda, le sujet des écoutes américaines, la taxation rétroactive très contestée des revenus de l'épargne, et les bisbilles à l'intérieur de la majorité.
27/10/2013 - 07:15 Temps Lecture 10 mn.
Jacques Chirac avait coutume de dire que "les emmerdements volent en escadrille". François Hollande est en train d'en faire l'expérience à ses dépens. Il y a une semaine en intervenant en personne dans l'affaire de la jeune kosovar Leonarda, il espérait éteindre cet incendie qui avait commencé à embraser une grande partie de la gauche et entraîné une menace de démission de Manuel Valls. Finalement sa décision mi-figue mi-raisin a créé plus de trouble qu'elle n'a apporté de solution à ce problème. Si bien que les verts, très en pointe sur ces questions de droit d'asile et de sans-papiers, ont invité cette semaine les lycéens à défiler dans les rues dés la fin des congés de la Toussaint. Une initiative qui est ressentie comme une provocation à l'Élysée, mais aussi par bon nombre de français. A une écrasante majorité, ils désapprouvent le soutien que les écologistes apportent au mouvement lycéen pour le retour de Leonarda en France, selon un sondage BVA Opinion pour CQFD i-Télé. Ils sont désormais 56 % à estimer que les écologistes devraient quitter le gouvernement. A la question "pensez-vous que Europe Écologie-Les Verts a raison ou tort de soutenir le mouvement lycéen en faveur du retour de Leonarda et sa famille en France ?", 90 % des sondés répondent qu'ils ont tort, 8 % qu'ils ont raison et 2 % sont sans opinion. Le plus terrible est que 79 % des sympathisants de gauche pensent qu'ils ont tort. RECADRAGE DES DEPUTES SOCIALISTES A ce problème s'est ajoutée cette semaine la gestion de l'après-primaire à Marseille ou la candidate battue, Samia Ghali, a laissé siffler en pleine réunion publique les noms de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault. Tout cela a amené le Premier Ministre à tenter de recadrer ses troupes mardi 22 octobre à l'Assemblée. La direction du groupe socialiste, assurée par Bruno Le Roux, a établi de nouvelles règles de vie commune bien précises. Qui sont loin de faire l'unanimité. Le but étant d'éviter le dépôt d'amendements ne correspondant pas à la ligne gouvernementale. L'autorité des commissaires socialistes est renforcée, sur le papier. Ils disposent de la capacité nécessaire pour rejeter ou modifier tout amendement proposé au sein de la commission ou des groupes de travail. Par ailleurs, le collectif est mis en avant avec davantage de vote interne en groupe quand cela est possible, et une réorganisation des réunions du mardi et du mercredi. Pour également mettre fin au sentiment de confiscation du débat, le temps de parole des députés sera limité à deux minutes. Enfin, l'accès aux réunions sera désormais interdit aux assistants parlementaires accusés de faire fuiter la plupart des informations sensibles. Autre caillou dans la chaussure de François Hollande cette semaine : les chiffres du chômage pour le mois de septembre. Après avoir baissé de 50 000 en août, à la suite d'un problème informatique, le nombre de personnes inscrites à Pôle emploi sans aucune activité au cours du mois a augmenté de 60 000 en septembre, selon les chiffres de l'organisme, pour la métropole uniquement. Hors "effet bug", les données montrent que l'inversion de la courbe du chômage est encore loin d'être une réalité. Si l'on compare les chiffres de septembre à ceux de juillet en faisant abstraction de ceux d'août, le nombre de chômeurs a augmenté de 10 000 personnes, soit 5 000 par mois en moyenne. En comptant les chômeurs en activité réduite (catégories A, B et C), le nombre de demandeurs d'emploi a progressé de 54 200 après avoir reculé de plus de 60 000 en août. De quoi afficher une baisse de 8 500 personnes pour ces trois catégories confondues sur les deux mois. Si bien qu'aujourd'hui, en dépit de l'utilisation massive des contrats aidés, la promesse de François Hollande d'inverser la courbe du chômage d'ici la fin de l'année semble avoir peu de chance de se réaliser. RETROPEDALAGE EN VUE SUR L'EPARGNE Enfin un amendement non prévu au projet de loi de financement de la sécurité sociale relevant au taux maximum, et de manière rétroactive depuis 1997, les prélèvements sociaux sur les produits de placement exonérés d'impôt sur le revenu a soulevé un véritable tollé. D'abord dans l'opinion. Ensuite sur les bancs de la droite et maintenant à gauche où l'on a fini par comprendre que de s'attaquer aux avantages du Plan d'épargne logement, c'était autre chose que de s'attaquer aux "riches" ou à la "haute finance". D'où l'annonce subite par Matignon, samedi après-midi que des améliorations peuvent être apportées pour le Plan d'Epargne Logement (PEL) et le Compte d'Epargne Logement (CEL), en ce qui concerne la fiscalité de produits d'épargne. Mais au delà de tout ce débat, ce qui choque le plus les épargnants de gauche comme de droite, c'est le changement des règles fiscales de manière rétroactive. Car lorsqu'ils ont investi il y a quinze ans, c'était en fonction d'un cadre fiscal précis qui était la contrepartie à une durée de détention longue. De surcroit, un mois après que le Président de la République ait décrété une pause fiscale, ce prélèvement de 600 millions d'euros décrédibilise complètement la parole publique. A droite, c'est toujours le grand calme après les sorties ratées et les changements de pied de François Fillon qui lui ont fait perdre le tiers de sa popularité en un mois (un record pour un homme politique selon les spécialistes des enquêtes d'opinion). De fait on assiste un retour en force d'Alain Juppé, à la fois dans les sondages. Mais également dans le Landerneau politique. L'ancien premier ministre de Jacques Chirac, qui entretient, pour l'instant des relations régulières avec Nicolas Sarkozy, a repris langue avec un certain nombre de députés, au delà de ceux qui comme Bruno Le Maire ou Nathalie Kosciusko-Morizet, sont prêts à le rallier dés qu'il donnera le signal. LE CENTRE EN PLEIN DUEL D'EGOS Quant à la constitution d'un nouveau parti centriste de rassemblement des différentes sensibilités, elle se précise un peu plus. L'ancien ministre Hervé Morin, a assuré, vendredi matin, que le mariage entre son parti, l'UDI, présidée par Jean-Louis Borloo, et le MoDem de François Bayrou, n'était plus qu'une question d'agenda. L'accord en passe d'être scellé entre les formations centristes s'est effectué en deux temps : la première étape du rassemblement a été l'UDI, a dit le dirigeant qui préside aussi le Nouveau Centre, avant de se porter "avec nos frères du MoDem". Hervé Morin ne compte pas s'arrêter en si bon chemin et espère que "la troisième étape sera celle de 2016, c'est-à-dire le moment où les centristes et l'UMP éventuellement reconstitueront cette grande famille qui porte un discours de sincérité" en vue des présidentielles de 2017. Tout n'est pas si simple pour autant. La base de l'UDI a du mal à accepter le retour de François Bayrou dans la famille de centre droit. Son appel ? à titre personnel ? à voter pour François Hollande au second tour de la présidentielle de 2012, a toujours du mal à passer. Du côté du MoDem, c'est le partenariat privilégié avec l'UMP qui coince et le placement au centre droit. François Bayrou ne veut pas abandonner celui de centre indépendant. A cela, il reste à trancher quels seront les rôles respectifs des "deux B". Certains espèrent un partage des rôles entre les deux leaders : à Jean-Louis Borloo la présidence du groupe parlementaire, le parti et le programme. A François Bayrou, l'élection présidentielle. Pour l'instant, aucun des intéressés ne veut parler de 2017. ENDETTEMENT RECORD EN ZONE EURO Sur le plan économique, les regards se tournent à nouveau vers l'Europe après le déblocage de la situation outre-Atlantique. Ces dernières semaines, la reprise économique observée en Europe a soulevé partout le même espoir. Celui que la crise soit enfin derrière nous. C'est oublier un peu vite que la zone euro est loin d'en avoir fini avec ses dettes publiques. Les chiffres publiés mercredi par Eurostat en témoignent : au deuxième trimestre, l'endettement public de la zone euro est monté à 93,4 % du PIB, contre 92,3 % au premier trimestre. Si l'on excepte l'Allemagne et le Luxembourg, les dettes continuent de se creuser partout. Celle de Chypre a gonflé de 10,8 points en trois mois, celle de la Grèce de 8,6 points et la dette portugaise, de 3,8 points. Du coté des entreprises, l'actualité a été marquée par la publication des chiffres du troisième trimestre pour un bon nombre de grands groupes du CAC 40. Chiffres sans mauvaise surprise. A part pour ceux très impliqués dans les pays émergents qui commencent à ressentir le ralentissement ? certes relatif ? de la croissance en Chine. Par ailleurs les marchés restent bien orientés avec l'arrivée, cette semaine, sur les lignes de cotation de Blue Solutions, la filiale du groupe Bolloré qui regroupe sa technologie en matière de voitures électriques. PSA AU PIED DU MUR Le gros dossier du moment reste toujours l'évolution du capital de PSA. Avec la très probable arrivée du chinois Dongfeng parmi les actionnaires et de l'État français. Par ailleurs La banque PSA Finance revient sous les feux des projecteurs. Le groupe PSA Peugeot Citroën souhaiterait céder la moitié de cet établissement pour lever 1,5 milliard d'euros. La banque espagnole Santander, déjà partenaire de la banque du constructeur français en Amérique latine, serait en discussions avancées pour l'acquérir. Mais d'autres banques auraient été démarchées par le groupe automobile pour prendre des participations non pas dans la maison mère de la banque, mais dans l'une de ses filiales nationales. En France, le Crédit agricole serait sur les rangs. Selon les informations de WanSquare la banque verte a bien examiné le dossier. Mais n'a pas donné suite. Le scénario d'une cession de tout ou partie de la participation de PSA au capital de l'équipementier Faurecia pourrait également redevenir d'actualité. Par ailleurs de nombreuses rumeurs font état de l'annonce, dans les tous prochains jours d'un très important plan social visant La Redoute. Ce moment difficile aurait été négocié directement par François Pinault et François Hollande qui se connaissent depuis longtemps. Cela pose le problème de l'avenir de RedCats au sein de Kering.
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