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Yves de Kerdrel
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Rentrée budgétaire à hauts risques pour Macron
par Yves de Kerdrel
D’ici peu le Chef de l’État sera de retour à Paris après une escapade marseillaise, et avant une tournée dans les pays de l’Europe de l’Est. Ensuite la rentrée budgétaire s’annonce presque plus compliquée que la rentrée sociale.
Un peu plus de cent jours après la passation de pouvoir, Emmanuel Macron qui profite de ses derniers jours de vacances dans une luxueuse villa du très chic quartier du Prado à Marseille, continue de voir sa cote de popularité plonger. Et ce ne sont pas ses altercations avec des paparazzi qui vont lui permettre de retrouver les faveurs des français. Plus de six de nos concitoyens sur dix (62%) se disent insatisfaits de l'action d'Emmanuel Macron durant les trois premiers mois de son quinquennat, selon un sondage Harris Interactive diffusé en milieu de semaine. Seules 37% des personnes interrogées sont d'un avis contraire. Les sympathisants du Front national (94%), du PCF et de La France insoumise (87%) sont les moins satisfaits de ce début du quinquennat, devant ceux des Républicains (75%) et du PS (57%), loin devant les proches de La République en marche (11%).
Les principales réformes envisagées par l'exécutif sont jugées prioritaires par une majorité de Français. En premier lieu la réforme du système éducatif (76%), la moralisation de la vie politique (74%), l'unification des systèmes de retraites (72%) ou, dans une moindre mesure, la réforme du code du travail (56%), selon cette enquête. Sur la réforme du code du travail, les avis sont partagés, avec 46% des personnes interrogées qui s'y disent favorables et 52% d'un avis contraire. Elles sont en revanche majoritairement opposées (63%) à la mise en oeuvre de cette loi par ordonnances, seules 35% s'y déclarant favorables.
UN TRAVAIL D’ORFEVRE POUR BLANQUER
Autant dire que la rentrée du gouvernement qui aura lieu dans une semaine sera tout à la fois chargée et compliquée. Chargée d’abord pour Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’éducation nationale – seul à n’avoir pas pris de vacances – qui veut à tout prix que la rentrée scolaire se passe sans anicroche. Parmi les nouveautés, le libre choix laissé aux communes de revenir ou non à la semaine de quatre jours ne fait pas consensus. Les deux tiers des écoles françaises devraient être concernées par cette nouvelle bascule. Le gouvernement a également voulu limiter certaines classes d'écoles en réseau d'éducation prioritaire à 12 élèves. Pour ce faire, 2.500 classes ont été dédoublées. Mais sans recrutement supplémentaire, il a fallu redéployer certains postes d'enseignants.
Chargée aussi pour Édouard Philippe, le Premier Ministre et Muriel Pénicaud, qui doivent rendre public, dès le 31 août le contenu précis des ordonnances concernant la réforme du code du travail. L'exécutif refera ensuite un tour de table des partenaires sociaux puis sollicitera de nouveau le Parlement. Il veut aller vite, avec une application dans la foulée. La contestation pourrait toutefois venir de la rue. La CGT a prévu une première journée d'action le 12 septembre. La France insoumise appelle de son côté à un rassemblement populaire le 23 septembre. Par ailleurs, les premières mesures sur la réforme de la formation professionnelle - prochain grand chantier du gouvernement sur ce front de l'emploi - seront elles aussi attendues à la rentrée, pour un plan opérationnel début 2018.
GRANDE DESILLUSION DU PATRONAT
Mais le sujet le plus brûlant pourrait bien être le budget avec deux objectifs : la volonté de réduire le déficit budgétaire à 2,7 % du PIB, et celle de diminuer de 20 milliards d’euros les dépenses publiques. Mais pour boucler la quadrature du cercle, il faut aussi compter avec des dépenses nouvelles et des rentrées fiscales en moins. Notamment l’ISF (3 milliards d’euros), la taxe sur les dividendes (2 milliards d’euros) et une promesse de baisse de l’impôt sur les sociétés. Comme les budgétaires de Bercy se sont aperçus cet été que tout ne pourrait être mené en même temps, ils songent à instaurer une contribution provisoire assise sur le chiffre d’affaires ou le résultat des grands groupes. De manière à compenser les 2 milliards d’euros de la taxe sur les dividendes et surtout les 6 milliards d’euros à reverser aux entreprises qui ont contesté ce prélèvement à Bruxelles et qui ont obtenu gain de cause.
Naturellement la révélation de cette entourloupe faite par le Canard Enchainé mercredi dernier a peu ému les patrons en plein lendemain du week-end du 15 août. Mais il risque d’en être largement question lors de l’université d’été du Medef. Et le patronat qui était encore l’un des plus fervents soutiens du Chef de l’État pourrait commencer à lui retirer sa confiance. D’autant plus que les ordonnances concernant la réforme du code du travail ne vont pas aussi loin que ce qu’espéraient les employeurs. Notamment dans tout ce qui touche aux accords d’entreprises.
TOURNEE PRESIDENTIELLE EN EUROPE CENTRALE
Enfin le projet de loi antiterroriste est attendu en octobre à l'Assemblée nationale. Porté par le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, ce texte entend inscrire dans le droit commun certaines mesures de l'état d'urgence, qui doit être levé le 1er novembre. Il a suscité des levées de bouclier d'associations, de syndicats de magistrats et de personnalités, comme le Défenseur des droits. Tous évoquent une menace contre les libertés publiques. Plus de 500 chercheurs et universitaires ont aussi signé cet été un appel dénonçant une régression de l'État de droit. En outre, la ministre des Armées Florence Parly a promis de présenter à la rentrée avec son collègue de l'Intérieur un certain nombre de propositions concernant l'efficacité et la coordination de l'opération Sentinelle.
Sur un tout autre plan, Emmanuel Macron effectuera du 23 au 25 août une tournée qui le conduira en Autriche, en Roumanie et en Bulgarie avec la révision de la directive européenne sur le travail détaché au coeur des discussions. A Salzbourg, le 23 août, le chef de l'État français rencontrera le chancelier autrichien Christian Kerl, mais aussi les Premiers ministres tchèque et slovaque, Bohuslav Sobotka et Robert Fico. A Bucarest, le 24, le président français s'entretiendra avec son homologue roumain Klaus Iohannis et le Premier ministre Mihai Tudose avant de rejoindre dans la soirée Varna, port bulgare de la mer Noire. Il y retrouvera le lendemain le président et le chef du gouvernement bulgares Roumen Radev et Boïko Borissov. Figurant parmi les pays les plus attachés à leur ancrage européen et notamment à l'Europe de la Défense, les pays dont Emmanuel Macron va rencontrer les dirigeants ont été plutôt ignorés ces dernières décennies par la France alors que l'Allemagne a beaucoup investi sur eux. Toute cette tournée vise donc à avoir un meilleur accès à l'est. A son agenda européen figurera également le 28 août un sommet qui réunira à l'Élysée la chancelière allemande Angela Merkel et les chefs de gouvernement italien et espagnol Paolo Gentiloni et Mariano Rajoy. Le président français s'entretiendra aussi, le 31 août, toujours à l'Élysée, avec le Premier ministre des Pays-Bas Mark Rutte.
RENTREE EN ORDRE DISPERSE A DROITE
A droite la rentrée se fait en ordre dispersé. Un premier campus des Jeunes Républicains se tiendra au Touquet les 26 et 27 août sous l’égide de Daniel Fasquelle. Après avoir lancé son mouvement "Sauvons la droite", le trésorier des Républicains paraît cependant peu disposé à tendre à la main aux Constructifs, lui a qui décidé de bloquer leurs cotisations. Le second rendez-vous de la rentrée aura lieu à La Baule les 2 et 3 septembre, à l’occasion "d’ateliers de la refondation". Si les Constructifs ne sont pas officiellement persona non grata pour ce second campus, c’est assez peu probable qu’on les voit à la rentrée.
Ils ont décidé, de leur côté, de se réunir début septembre à Nice, chez la députée estrosiste Marine Brenier, membre du groupe, pour une sorte d'université d'été. L'événement, qualifié de journées parlementaires, a en réalité vocation à réunir bien au-delà des députés. Les maires de Nice (Christian Estrosi), Toulouse (Jean-Louis Moudenc), Saint-Étienne (Gaël Perdriau), Le Havre (Luc Lemmonier), Reims (Arnaud Robinet), Angers (Christophe Béchu), Angoulême (Xavier Bonnefont) et La Baule (Yves Métaireau) pourraient notamment être présents, ainsi que la maire du XIXe arrondissement de Paris Delphine Bürkli. «Ils sont tous sur notre ligne», résume l'un des organisateurs de ce rendez-vous.
LE FMI INQUIET DE L’ENDETTEMENT CHINOIS
Au chapitre économique il faut retenir une bonne nouvelle : la reprise se confirme dans la zone euro. L’office européen des statistiques Eurostat a annoncé, mercredi 16 août, que la croissance économique dans les dix-neuf pays ayant opté pour la monnaie unique s’est établie à 0,6 % au deuxième trimestre 2017. Cette progression du produit intérieur brut marque une légère accélération par rapport au premier trimestre, où le taux de croissance avait atteint 0,5 %. En rythme annuel, le PIB de la zone euro a progressé de 2,2 %, soit légèrement plus que les 2,1 % annoncés lors d’une première estimation. L’Allemagne et la France voient leurs économies croître respectivement de 0,6 % et 0,5 % au deuxième trimestre. Dans les vingt-huit pays de l’Union européenne, la croissance économique est également confirmée à 0,6 % entre avril et juin, comme lors de la première estimation. Sur un an, elle progresse de 2,3 % dans l’UE.
Mais aussi une moins bonne nouvelle. Car bien que la Chine affiche une croissance meilleure que prévu, l’état de son économie inquiète le Fonds monétaire international. L’organisation estime que le pays ne fait pas assez d’efforts et continue à s’endetter alors qu’il devrait assainir ses finances. C’est le paradoxe de la croissance chinoise : les bons chiffres des deux premiers trimestres 2017 (6,9 % à chaque fois) rassurent les Bourses et les investisseurs, mais inquiètent les économistes qui s’intéressent aux fondamentaux de son économie. Depuis le début de l’année, les autorités se sont attaquées à la finance de l’ombre (shadow banking), en particulier aux produits de gestion de fortune proposés par les banques et les assureurs chinois, qui représentent des milliards d’euros. Mais, selon le FMI, le principal coût de la croissance actuelle, c’est un accroissement plus important de l’endettement privé et public.
AREVA QUITTE LA BOURSE EN CATIMINI
Du côté du business, pas grand chose en ce milieu du mois d’août. L’autorité des marchés financiers a juste indiqué que l’action Areva quittera officiellement la cote ce 21 août. L'offre publique de retrait des actions Areva lancée par l'État français pour racheter les titres des actionnaires minoritaires (le fonds souverain koweïtien, Total, EDF), au prix unitaire de 4,50 euros, a pris fin le 14 août. Elle s'est soldée, sans surprise, par un succès. Le gendarme boursier a donc indiqué que l'État détient, directement et indirectement, 98,25% du capital et au moins 98,41% des droits de vote. L'État a donc lancé un retrait obligatoire et la suspension de la cotation des actions Areva, effective depuis le 14 août, est maintenue jusqu'à la mise en oeuvre de ce retrait. Celui-ci porte sur 1,64% du capital du groupe, a précisé l'AMF dans un communiqué.
L'opération est l'un des derniers épisodes du sauvetage du groupe nucléaire. Détenu en totalité par l'État, Areva SA est une structure de défaisance, dans laquelle sera notamment logé le contrat du réacteur nucléaire EPR en construction à Olkiluoto (Finlande). Un contrat clefs en main signé en 2003 sur lequel pèsent toujours de lourds risques financiers : le client finlandais TVO réclame 2,6 milliards d'euros, notamment au titre des retards du chantier, au consortium Areva-Siemens, qui en demande lui 3,6 milliards... Areva SA porte aussi les contrats de l'usine du Creusot (Saône-et-Loire), qui pourraient être affectés d'anomalies graves. A l'occasion du plan de sauvetage, les liens avec les activités du cycle du combustible ont été coupés, et les activités réacteurs et services ont été vendues à EDF.
Depuis sa première cotation en avril 1992, à 4,60 euros par action, le parcours boursier d'Areva a été très chaotique. A l'époque, l'État n'avait pas introduit sur le marché des actions mais des certificats d'investissement, un titre hybride correspondant à des actions sans droit de vote mais conservant le droit au dividende. Il a fallu attendre 2011, et l'entrée au capital du koweïtien KIA, pour que ces certificats d'investissement soient convertis en actions ordinaires. Aujourd'hui, la capitalisation boursière d'Areva s'élève à 1,724 milliard d'euros (soit 4,50 euros par action). Pourtant en 2007, l'action a valu bien davantage, cotant jusqu'à 82 euros, son plus haut historique. La capitalisation boursière s'élevait alors à plus de 25 milliards d'euros. Mais, depuis, l'action n'a cessé de souffrir des revers financiers. En 2012, le titre valait moins de 20 euros. Il a chuté, en juin 2016, à 3,12 euros, un plus bas historique.
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