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Yves de Kerdrel

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Un été sans repos pour le pouvoir
par Yves de Kerdrel

Le gouvernement est officiellement en vacances depuis mercredi et jusqu’au 28 août. Mais l’Élysée reste sur le qui-vive. A cause de l’agitation entre la Corée et les Etats-Unis. A cause d’un risque de forte baisse des marchés. A cause aussi d’un début de mandat raté.

13/08/2017 - 07:22 Temps Lecture 13 mn.

Juste avant de réunir une dernière fois le conseil des ministres, mercredi 9 mai, jour de l’attentat à Levallois contre les soldats de Sentinelle, Emmanuel Macron a reçu à diner mardi dernier tous les ministres et leurs conjoints pour essayer de remotiver ses troupes avant la pause estivale. Car à l’Élysée, comme nous avons été les premiers à le révéler, il y a trois semaines, l’ambiance est devenue irrespirable. Notamment à cause de l’amateurisme de certains ministres, de la médiocrité des parlementaires En Marche et des errements de François de Rugy, le Président de l’Assemblée Nationale et de Richard Ferrand, le président du groupe majoritaire au Palais Bourbon.

Déjà le 26 juillet, lors d’une réunion à l’Élysée, à laquelle manquait curieusement Édouard Philippe, Emmanuel Macron a appelé sa garde rapprochée à faire plus de politique, après la mauvaise séquence de juillet, émaillée de couacs (fiscalité, démission du général de Villiers, polémique sur les APL…). Le 1er août, c’était au tour du bureau du groupe La République en marche (LRM) à l’Assemblée nationale d’être reçu pour un déjeuner sur la terrasse de l’Élysée. Le Chef de l’État leur a demandé d’être plus mobilisés et offensifs sur le terrain médiatique. Selon nos informations, Emmanuel Macron, qui a vu ou correspondu, avec de nombreux parlementaires depuis son arrivée à l’Élysée, devrait encore muscler l’organisation des réseaux parlementaires. D’autant plus que son parti étant inexistant il ne peut pas s’appuyer dessus.

LA RENTREE S’ANNONCE AGITEE

D’ores et déjà l’Élysée a listé l’ensemble des points chauds de la rentrée et des risques de dérapage. Le débat sur le projet de loi de finances 2018 promet notamment d’être tendu, alors que le gouvernement a fait de la maîtrise de la dépense publique un gage de sérieux auprès des Français. Les écueils ne manquent pas pour tenir les engagements de l’exécutif (2,7 % de déficit en 2018, après 3 % cette année), tout en honorant les promesses d’allégements fiscaux : au total, plus de 10 milliards d’euros de baisse d’impôts. Le gouvernement, qui entend stabiliser la dépense publique en volume (hors inflation) l’an prochain, devra pour cela économiser quelque 20 milliards d’euros (dont 10 milliards pour l’État).

Le front social est également surveillé de près par l’exécutif, alors que les projets d’ordonnance censés réformer le code du travail doivent être présentés le 31 août, avant d’être adoptés avant le 21 septembre. La CGT a appelé à une journée de mobilisation le 12 septembre. De son côté, Jean-Luc Mélenchon tentera de faire la jonction entre les grognes politique et syndicale. Cela peut prendre si le climat politique est aussi mauvais qu’en juillet. Cela peut aussi être un feu de paille si le gouvernement parvient à allumer des contrefeux intelligents.

SONDAGE EPOUVANTABLE POUR MACRON

D’autres chantiers sont attendus cet automne, dont les refontes de l’aide au logement, du système d’assurance-chômage ou encore de la formation professionnelle. Autant de dossiers délicats alors que la popularité du président, qui a perdu jusqu’à dix points en un mois, a décroché cet été. Les stratèges du président sont néanmoins conscients de la nécessité de faire de la pédagogie sur l’action entreprise. Le chef de l’État, qui s’est tenu loin des médias, esquivant toute forme de contradiction, pourrait s’exprimer à la rentrée. L’Élysée étudie plusieurs formats. Mais là encore, Emmanuel Macron pourrait court-circuiter la presse et privilégier une communication directe avec les Français, avec un FaceBook live, par exemple. Cette incapacité du Chef de l’État d’affronter la moindre contradiction est devenue maladive. C’est la raison pour laquelle il passe ses journées à ne parler qu’à Alexis Kohler et Ismaël Emelien.

Mais d’ici là, il y a les 15 à vingt jours de torpeur estivale qui vont être scandés parle sondage épouvantable publié dans le Figaro d’hier, avec désormais deux tiers des français qui ne font plus confiance à Emmanuel Macron. Et surtout par des évènements internationaux impondérables. L’escalade à laquelle on assiste entre la Corée du Nord et les Etats-Unis n’a rien de surprenante. Lors de la dernière réunion du groupe de Bilderberg qui s’est tenue en juin dernier, les représentants de l’administration Trump n’ont pas caché qu’une attaque de la Corée et une destitution de son dictateur-fou faisaient partie des plans du Pentagone. Le seul obstacle, pour l’heure reste la Chine qui a fait comprendre aux américains qu’elle aimerait régler le problème elle-même. Mais à son rythme qui ne coïncide pas forcément avec le calendrier de Donald Trump.

WAUQUIEZ VEUT INCARNER LE RASSEMBLEMENT…

L’autre danger de l’été réside dans une possible secousse qui affecterait les marchés financiers, juste dix ans après le début de la crise des subprimes, et alors que les grands indices mondiaux ont presque tous retrouvé leurs plus hauts niveaux. Un conflit en Corée, une flambée subite des prix du pétrole et des valorisations excessives sur bon nombre de sociétés de haute technologie pourraient servir de déclencheur à une telle crise, même si l’indice Vix de la peur qui mesure la volatilité ne montre commence tout juste à se réveiller. Il reste qu’un tel krach remettrait en cause le choc de confiance que le nouveau gouvernement a souhaité créer.

A droite les hostilités se préparent en vue de la rentrée de septembre, et la probable annonce de candidature de Laurent Wauquiez entre le 3 et le 10 du mois, pour une élection à la tête des Républicains qui aurait lieu en décembre. Dés cette semaine, dans un long article du Point, Valérie Pécresse, qui ne souhaite pas se présenter, mais qui veut incarner l’opposition à Laurent Wauquiez a ouvert les hostilités. De son côté le Président de la Région Rhône-Alpes cherche toujours à rassembler des personnalités qui ne sont pas de son camp. Après avoir essuyé un échec avec Virginie Calmels, il serait maintenant en discussion avec Maël de Calan, candidat malheureux aux législatives et fidèle d’Alain Juppé. De ses vacances au Cap Nègre, Nicolas Sarkozy parle souvent avec Laurent Wauquiez et surtout avec Brice Hortefeux chargé d’aider le futur candidat.

DEFICIT COMMERCIAL CROISSANT

Au chapitre économique, la semaine a été marquée par de très mauvais chiffres concernant le commerce extérieur. En un an, le déficit français s’est creusé de 50 %. Au premier semestre, la France a importé pour 34,3 milliards d’euros de plus qu’elle n’a exporté de biens et de services, selon les statistiques rendues publiques par les douanes. C’est l’écart le plus massif depuis 2012. Il n’était que de 23 milliards d’euros au premier semestre 2016. Ces données officielles ne peuvent qu’alimenter l’inquiétude du gouvernement. Alors que la conjoncture française s’améliore, que la croissance repart doucement, que le chômage reflue, tandis que les entreprises vont mieux, le déficit commercial s’alourdit dangereusement. Un point noir d’autant plus frappant que de nombreux pays européens, Allemagne en tête, dégagent des excédents, souvent record.

La France continue de buter sur deux faiblesses. Depuis longtemps, elle peine à exporter. Faute d’une offre assez compétitive, sa part du marché mondial baisse année après année. Si bien qu’elle profite peu de la vigueur actuelle de l’économie internationale. Au premier semestre, les exportations tricolores n’ont ainsi progressé que d’un modeste 1,3 %, malgré des succès dans le luxe ou encore dans les boissons. Mais l’aggravation récente du déficit tient avant tout à une deuxième fragilité : l’appareil productif industriel se révèle si dégradé qu’il est incapable de répondre normalement à la hausse de la demande intérieure. Faute de trouver des produits « made in France » qui les satisfont, les Français se fournissent ailleurs. Les importations ont ainsi bondi de 4,4 % en un an.

RECETTES FISCALES EN NETTE HAUSSE

Résultat : La reprise est là, les sociétés sont reparties dans un cycle d’investissement et d’expansion, mais ce sont nos partenaires qui en profitent le plus. Conséquence : les Français ont beau déclarer dans les sondages être sensibles à l’argument du « made in France », jamais ils n’ont autant acheté à l’étranger. Tous secteurs confondus, la part des produits importés dans le marché national est lentement mais très sûrement passée de 23 % en 1981 à 31 % en 2016, selon l’Insee. Avec une poussée à 33 % au premier semestre 2017, liée directement à la reprise conjoncturelle. Depuis vingt ans, quand la consommation française croît de 1 %, les importations s’emballent, elles, de 1,8 %. Il en va différemment en Allemagne. Une hausse de 1 % du marché intérieur y entraîne une progression de seulement 0,8 % des achats à l’étranger.

Par ailleurs le ministère de l’économie a dévoilé cette semaine les principaux chiffres des finances publiques françaises. Bercy souligne à cette occasion un léger dérapage du déficit en juin. D’un montant de 61,8 milliards d’euros en juin 2016, le déficit budgétaire s’est légèrement creusé sur un an pour atteindre 62,3 milliards d’euros. Le montant des recettes de l’État en juin 2017, a atteint un peu plus de 160 milliards d’euros, soit près de 6 milliards de plus qu’il y a un an, où elles s’établissaient à 155,1 milliards d’euros. Leur augmentation est portée par celle de la taxe sur la valeur ajoutée, dont les recettes ont crû de 3,7 milliards d’euros. L’État dispose également de recettes non fiscales telles que les dividendes, loyers pour l’utilisation du domaine public, produits des amendes, sanctions, pénalités et frais de poursuites etc. Elles ont quant à elles reculé de 1,8 milliard d’euros par rapport à fin juin 2016. Quant aux dépenses publiques, elles ont également augmenté sur un an à 201,5 millions d’euros et restent supérieures aux recettes. C’est là, selon Bercy, la raison de la détérioration de juin puisqu’elles s’établissaient à 193,9 milliards au 30 juin 2016.

AMAZON REGARDERAIT CARREFOUR DE TRES PRES

Du côté du business on reparle à nouveau de très grandes opérations. Deux ans après s’être lancé à la conquête des Etats-Unis, Patrick Drahi pourrait passer la vitesse supérieure. Selon la chaîne d’informations financières CNBC et l’agence Reuters, le patron d’Altice étudie une éventuelle offre de rachat de Charter Communications, le deuxième câblo-opérateur américain (télévision par câble, Internet, téléphonie). Une opération qui pourrait dépasser les 200 milliards de dollars dette incluse… et qu’il sera donc difficile de financer. A Wall Street, la capitalisation boursière de Charter s’élève en effet à plus de 119 milliards de dollars. A titre de comparaison, Altice ne vaut que 31 milliards d’euros et sa filiale américaine, Altice USA, 23 milliards de dollars.

Fondé en 1993, Charter est ainsi devenu le deuxième câblo-opérateur américain en 2016, grâce au rachat simultané de ses rivaux Time Warner Cable pour 57 milliards de dollars et Bright House Networks pour 10 milliards. La société compte désormais plus de 26 millions de clients aux Etats-Unis. Au deuxième trimestre, elle a réalisé un chiffre d’affaires de 10,3 milliards de dollars. De son côté, Altice USA est né de la fusion de Suddenlink, entreprise rachetée en décembre 2015 pour 9,1 milliards de dollars, et de Cablevision, société acquise six mois plus tard pour 17,7 milliards de dollars. Au deuxième trimestre, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 2,3 milliards de dollars, pour une perte nette de 475 millions. Quatrième câblo-opérateur américain, il compte 4,9 millions d’abonnés. En juin, Altice a introduit sa filiale à Wall Street, tout en conservant 70 % du capital ; une opération qui pourrait lui permettre de mener des achats par échanges d’actions.

L’autre opération, dont il est de plus en plus question de ce coté-ci de l’Atlantique serait un rapprochement entre Amazon et Carrefour. Il y a moins de deux mois Amazon croquait les supermarchés bio américains Whole Foods pour 13,7 milliards de dollars. Cette transaction surprise symbolisait la volonté d'Amazon de redessiner le paysage de l'industrie alimentaire américaine, dominé jusqu'à présent par les enseignes Wal-Mart, Costco, Target et Kroger. Le géant américain aurait d’ores et déjà mandaté une banque et envoyé en France une cinquantaine de consultants haut de gamme chargés d’étudier les synergies d’un tel rapprochement.

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