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Effet boomerang pour l’hyper-président
par Yves de Kerdrel

Rarement un Président de la République, tout juste élu, a subi une telle chute de sa popularité dans les sondages. Cet handicap pourrait devenir très lourd à porter au mois de septembre, quand seront dévoilées les ordonnances qui composent la loi travail.

06/08/2017 - 07:05 Temps Lecture 14 mn.

Rien ne va plus au sommet de l’état, trois mois, presque jour pour jour, après l’élection d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République. Le lien qu’il a voulu tisser avec les armées est cassé. Sa volonté de réformer le travail parlementaire s’est transformée en un gigantesque foutoir fait d’amateurisme et d’impréparation à l’Assemblée Nationale. Et sa seule action politique concrète a consisté à faire passer le rabot budgétaire sur les grands ministères régaliens, sur les collectivités locales – après leur avoir promis le contraire – et sur les aides au logement. Le problème, c’est que le rabot est l’outil de ceux qui ne veulent pas choisir, alors que gouverner c’est au contraire choisir.

Tout cela les français le ressentent et occultent complètement la volonté du Chef de l’État de replacer la France dans le concert des nations en recevant Vladimir poutine, puis Donald Trump, et en participant activement à la relance des accords de Paris sur l’environnement. Plus les jours passent, plus Emmanuel Macron se bunkerise à l’Élysée avec ses très proches : Ismaël Emelien, ex conseiller de DSK, qui pourrait être directement impacté par l’affaire Business France-Havas, via sa compagne, et surtout Alexis Kohler qui reste un pur produit du Trésor avec ses bons côtés de capacité de travail et de sens de l’état, mais aussi sa fascination pour les vieilles ficelles budgétaires dont on croyait l’époque terminée.

DEFIANCE DE 55 % DES FRANCAIS

Alors que ses prédécesseurs multipliaient les sorties en province à raison de deux ou trois par semaine, du moins pendant les premiers mois de leur présidence, Emmanuel Macron ne sort presque plus de l’Élysée. Et le fait de s’enfermer au Pavillon de la Lanterne à Versailles, afin d’y passer quelques jours de vacances, risque d’accentuer ce phénomène d’isolement auprès des français. Tout se passe aujourd’hui comme si l’hyper-présidentialisation voulue par le nouveau Chef de l’État, accompagnée par la diminution des contrepouvoirs, et la mise au pas de la presse provoquait d’ores et déjà un effet boomerang, qui frappe d’ailleurs davantage le Président que son Premier Ministre.

Désormais, seuls 40 % des Français disent lui faire confiance pour affronter efficacement les principaux problèmes. C'est là une baisse inégalée lors du premier été d'un mandat présidentiel, excepté celle de Jacques Chirac en 1995, avec 39% de bonnes opinions. François Hollande se trouvait à 56% en juillet 2012 et Nicolas Sarkozy à 66% en 2007. Toujours selon ce sondage réalisé par Elabe, les français sont désormais 55% à ne pas lui faire confiance, dans un contexte marqué par les premières difficultés du quinquennat (coupes budgétaires, démission du chef d'état-major des armées, annonce de la baisse des aides au logement...). Inversion de tendance également pour le premier ministre qui ne recueille la confiance que de 36% des Français interrogés, après deux mois de hausse consécutive, selon cette enquête. Une courte majorité (51%) ne lui fait pas confiance.

UNE COMMUNICATION FAITE POUR FAIRE PASSER L’AUSTERITE

Cette chute de popularité a été confirmée par un autre sondage, celui de YouGov, également diffusé jeudi dernier. La popularité du président, élu le 7 mai avec plus de 66% des voix, y perd 7 points: seulement 36% des sondés portent un jugement positif sur son action. 49% des personnes interrogées jugent négativement son action. Il est désormais devancé d'un point par le Premier ministre, Édouard Philippe (37% d'avis favorables), selon cette enquête pour le Huffington Post et la chaîne d'information CNews. Pour la plupart des sondeurs cette chute est le signe d'un profond hiatus entre la communication présidentielle et la politique d'austérité conduite par l'exécutif. Elle résulte aussi de mécontentements et de griefs divers qui émanent de catégories de la population très différentes. Dans une partie de l'opinion commence à s'installer le sentiment d'avoir affaire à un communicant hors pair dont la communication léchée n’est finalement qu’un instrument au service d'une politique d'austérité.

Comme nous le révélions il y a deux semaines, cette situation commence à semer le trouble au sein du gouvernement. Jean-Yves Le Drian, hésiterait à tirer sa révérence, ainsi que l’a confirmé, cette semaine le Figaro. Pas tant à cause des dégâts de l’affaire du général de Villiers auquel il était très lié, mais en raison de l’incapacité d’Emmanuel Macron à associer ses ministres à son action. Lui qui n’a jamais fait partie du premier cercle du Chef de l’État et qui est pourtant le patron du Quai d’Orsay, découvre tous les jours la diplomatie parallèle mise en place à l’Élysée.

MELENCHON, SEUL OPPOSANT A MACRON

Après la séquence estivale, tout dépendra de la manière dont Emmanuel Macron tente de reprendre la main. Il lui faudra un jour ou l’autre s’exprimer aux français et répondre aux questions des journalistes qu’il tient à distance. D’autant que les ordonnances concernant la loi Travail devraient être dévoilées vers le 20 septembre juste avant un projet de loi de finances marqué par une cure d’austérité. Tout cela va bien sûr dans le sens de ce qui est attendu par Bruxelles, et par les marchés financiers. Mais Emmanuel Macron semble oublier qu’il n’a pas été élu que pour satisfaire les dirigeants du CAC 40.

Pour l’heure sa seule opposition se limite à la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Ce qui est normal dans la mesure où une grande partie des députés de droite avaient indiqué par avance qu’ils soutiendraient la réforme de la loi travail. Mais de fait, Emmanuel Macron et son mouvement En Marche apparaissent comme les officiants d’un pouvoir de droite. D’autant plus que la vraie droite a totalement disparu, tétanisée par la guerre de succession qui se prépare avec les pro-Wauquiez largement majoritaires dans le parti et les gaullistes sociaux comme Daniel Fasquelle, Florence Portelli ou Laurence Saillet.

CROISSANCE SOUTENUE EN ZONE EURO

Au chapitre économique, la semaine a été marquée par un flot de statistiques encourageantes concernant la croissance en zone euro. Entre avril et juin, cet espace a enregistré une croissance de 0,6 %, selon les statistiques publiées par Eurostat, après 0,5 % au premier trimestre. En comparaison avec le même trimestre de 2016, son produit intérieur brut (PIB) a progressé de 2,1 %, soit son plus fort rythme depuis début 2011. Dans le détail, le PIB français a crû de 0,5 % sur la période. C’est un peu mieux que celui de la Belgique (0,4 %), mais moins que celui de l’Autriche (0,8 %) et de l’Espagne (0,9 %). Les chiffres pour les autres pays seront dévoilés entre le 14 et le 16 août.

Les derniers indicateurs laissent penser que, dans l’ensemble, la consommation a contribué à l’activité : la baisse du chômage, tombé à 9,1 % en juin, soutient le pouvoir d’achat des ménages, par ailleurs dopé par la faiblesse de l’inflation et les prix toujours modérés de l’énergie. L’investissement a également repris du poil de la bête. Il a progressé de 8,5 % depuis le deuxième trimestre 2015, contre 4,7 % entre début 2013 et 2015. Par ailleurs, s’agissant des exportations, et selon la Banque mondiale, les échanges de biens et services mondiaux devraient en effet progresser de 4 % sur l’ensemble de l’année, contre 2,5 % en 2016.

LA BCE PRONE DES POLITIQUES DE RELANCE

Dans ces conditions, l’acquis de croissance à la fin juin pour la zone euro – c’est-à-dire la hausse annuelle du PIB si sa progression était nulle au cours des six prochains mois – est de 1,7 %. Autant dire que les 1,9 % prévus par le Fonds monétaire international (FMI) pour 2017 devraient être atteints sans difficulté. La hausse de l’euro face aux autres devises, qui pourrait se poursuivre, est susceptible de peser sur les exportations, la deuxième partie de l’année. En revanche, la vigueur de la demande mondiale devrait continuer à tirer le commerce extérieur européen. Concernant le moyen et le long terme, la prudence est en revanche de mise. Oui, la zone euro va mieux. Mais il lui sera difficile de maintenir une croissance à 2 % au cours des années à venir. Car ce dynamisme retrouvé tient pour bonne partie à un effet de rattrapage.

Dans une note publiée mardi 1er août, la Banque centrale européenne souligne quant à elle que l’austérité menée ces dernières années par les États membres a fragilisé la croissance future. Elle les appelle à modifier leur politique fiscale et budgétaire, afin de rediriger leurs ressources vers la santé, les infrastructures et l’éducation, où les dépenses ont des effets positifs de long terme, est-il détaillé dans l’étude. Cet avertissement ne manque pas de sel de la part des vestales de la rigueur budgétaire qui ont amené la plupart des pays de la zone euro à tailler dans les dépenses d’investissements au cours des cinq dernières années.

LES DEGATS DE DONALD TRUMP S’AMPLIFIENT

En moins de deux jours, le président des États Unis s'est mis à dos ses deux partenaires commerciaux et diplomatiques les plus importants, avec qui ils s'était pourtant promis d'engager de meilleures relations. Après l'annonce inattendue de probables sanctions commerciales contre la Chine, Donald Trump a déclenché la colère des dirigeants russes en signant mercredi les nouvelles sanctions votées massivement la semaine dernière par le Congrès américain. Ces mesures constituent une déclaration de guerre économique totale contre la Russie, estime-t-on à Moscou et marquent la fin des espoirs russes pour une amélioration des relations avec la nouvelle administration américaine.

Les nouvelles sanctions américaines, qui visent à punir Moscou après les accusations d'ingérence dans l'élection présidentielle américaine ainsi que pour la crise en Ukraine, frappent le secteur énergétique russe et risquent au passage de pénaliser les groupes européens partenaires du projet de gazoduc Nord Stream 2 qui doit renforcer l'approvisionnement de l'Allemagne en gaz russe à partir de 2019. Pour l'instant, les sociétés concernées restent dans l'expectative. Porté par Gazprom, ce projet de gazoduc doit être financé par cinq groupes européens (le français Engie, l'anglo-néerlandais Shell, les allemands Uniper et Wintershall, et l'autrichien OMW), à hauteur de 10 % chacun des 9,5 milliards d'euros prévus. En fin de semaine dernière, le patron du gaz naturel liquéfié pour Engie, Pierre Chareyre, avait indiqué que les nouveaux financements à Nord Stream 2 pourraient être suspendus.

APPLE AMENE LE DOW JONES À BATTRE UN RECORD

Du coté du business, la semaine a été marquée par la publication de nombreux résultats semestriels, pour la plupart très satisfaisants. Ce qui n’a pas eu d’influence majeure sur le CAC 40 pénalisé par la nette hausse de l’euro qui a gagné près de 13 % depuis le début de l’année. En revanche outre-Atlantique, l'indice Dow Jones a franchi pour la première fois la barre des 22.000 points au milieu de la semaine. Fin janvier, il avait passé le seuil des 20.000 points puis le 1er mars, celui des 21.000. A la différence du début de l'année, Wall Street est désormais porté par les résultats des entreprises américaines. Rien à voir avec le mois de janvier, lorsque les investisseurs accueillaient avec enthousiasme les promesses de relance budgétaire et d'investissements du président fraîchement élu.

L'indice, composé de seulement 30 grandes valeurs américaines, présente la particularité d'être pondéré par la valeur des actions le composant et non par leur capitalisation boursière. Sa progression de 11 % depuis le début de l'année - 20 % depuis les élections américaines de novembre dernier - s'explique par une poignée de valeurs. Mercredi par exemple, sur les 52,32 points gagnés pour clôturer la séance à 22.016,24 points, 48 étaient liés à l'envolée du titre Apple (+ 4,7 %). La firme à la pomme venait de rassurer les investisseurs sur ses ventes et sur ses perspectives. En décortiquant l'évolution de l'indice, on s'aperçoit d'ailleurs que la moitié de sa progression depuis le début de l'année s'explique par trois valeurs. Boeing d'abord. L'avionneur est à lui seul responsable de 582 points de hausse du Dow Jones. Apple ensuite avec une contribution de 298 points. McDonald's enfin avec 227 points. Ces groupes ont une forte exposition à l'international et profitent à plein de l'affaiblissement du dollar et du raffermissement de la reprise en Europe.

La situation est désormais inhabituelle aux Etats-Unis, voire dangereuse. Le Dow Jones a enregistré huit trimestres dans le vert d'affilée. Il faut remonter à la période 1995-1996 pour le voir faire mieux (onze trimestres consécutifs de gains). Autre configuration inédite, selon AllianceBernstein : la dernière baisse de plus de 5 % de la Bourse américaine (cette fois, sur la base du S & P 500) a eu lieu il y a 56 semaines. Or, depuis 1928, de telles corrections interviennent en moyenne toutes les dix semaines. De plus, les entreprises américaines sont particulièrement bien valorisées. Le S & P 500, plus représentatif de l'ensemble du marché que le Dow Jones, se traite en effet 18 fois les bénéfices estimés sur douze mois contre une moyenne de 14 fois, sur la décennie écoulée, d'après des données Thomson Reuters.

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