éditorial / Yves de Kerdrel
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Yves de Kerdrel
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Ça sent déjà la fin de l’état de grâce
par Yves de Kerdrel
La démission du chef d’état-major des armées, la conférence des territoires ratée et les débuts difficiles des nouveaux députés En Marche abiment sérieusement le début de quinquennat d’Emmanuel Macron qui commence à ressentir la fin de l’état de grâce.
Dans son entourage proche, les langues commencent à se délier affirmant que le nouveau Chef de l’état est devenu ingérable, que le souci de sa personne et de son épouse passent avant tout le reste, qu’il est installé en permanence dans des questions d’egos notamment vis-à-vis de tous ceux qui l’ont connu jeune inspecteur des finances et qu’il ignore aujourd’hui, et enfin qu’il se bunkérise comme jamais aucun Président de la République ne l’a fait à ce point jusqu’ici. Une enquête a notamment été diligentée sur chaque membre du personnel de l’Elysée, de peur que des informations déplaisantes se retrouvent dans la presse People en plein été.
Il y a surtout cette bataille frontale avec le Chef d’Etat-Major des Armées. Il y a tout juste un an, Emmanuel Macron, qui n’était pas encore candidat me disait entretenir les meilleures relations avec ce grand soldat respecté de tous. Pendant la campagne électorale il l’a vu en compagnie notamment du Général Palomeros, très engagé chez En Marche et l’a assuré à plusieurs reprises que le budget de la défense serait sanctuarisé pour 2017. Avant de prolonger le 30 juin dernier le mandat du Général de Villiers, les deux hommes ont eu un tête-à-tête chaleureux et le Chef de l’état lui a renouvelé sa promesse. Sans quoi de Villiers serait parti en retraite sur la pointe des pieds fin juillet, atteint par la limite d’âge.
LA MAIN D’ALEXIS KOHLER
Alors que s’est-il passé ? La même chose qu’avec les mesures fiscales annoncées par Edouard Philippe lors de sa déclaration de politique générale et démenties cinq jours plus tôt. D’une part Angela Merkel a rappelé à Emmanuel Macron qu’elle soutiendrait tous ses projets à condition que notre déficit public soit inférieur à 3 % dés cette année. D’autre part, Alexis Kohler, le secrétaire général de l’Elysée qui, dans ses anciennes fonctions, a eu des discussions difficiles avec Jean-Yves Le Drian sur le budget des armées, a convaincu Emmanuel Macron que l’on pouvait tordre le bras des militaires sans qu’ils n’aient d’état d’âme.
Sauf que le Général de Villiers a vendu la mèche lors d’une audition à huis clos par la Commission de la Défense de l’Assemblée Nationale présidée par un député En Marche. Là encore c’est Alexis Kohler qui a persuadé Emmanuel Macron d’engueuler les chefs d’état-major lors de la Garden Party du 13 juillet. À tel point que le Général de Villiers a hésité à donner sa démission le soir même, juste avant le défilé. Ensuite l’entourage d’Emmanuel Macron a essayé de rattraper le coup, via l’Amiral Roggel, son chef d’état-major particulier. Lundi dernier, le Général de Villiers à réuni les patrons des différentes armées en conclave afin d’étudier une solution de sortie et voir s’il était matériellement possible d’accepter la coupe budgétaire de 850 millions d’euros. Une démission collective a même été envisagée. Mais le Général de Villiers a prévenu Florence Parly le mardi après-midi, alors qu’elle était en Jordanie, de son intention de démissionner.
DÉSASTREUSE CONFÉRENCE DES TERRITOIRES
Le dernier acte de cette séquence, c’est que l’Elysée souhaitait annoncer le mercredi la fin des fonctions du Général de Villiers et la nomination de son successeur, le Général François Lecointre. Sauf que le Chef d’état-major a pris les devants en envoyant un communiqué à l’AFP. Ce qui a provoqué une mini-crise politique avec des scènes inattendues comme les déclarations enflammées des Mélenchonnistes en faveur du Général de Villiers ou comme la violente diatribe du socialiste Olivier Faure contre l’autoritarisme mal placé de Jupiter.
À cette séquence désastreuse, s’est ajoutée la Conférence des Territoires qui s’est tenue au Sénat et où à la place d’un dialogue entre les représentants de l’état jacobin et ceux de la France rurale, ces derniers ont eu le droit à des annonces sur la réduction des dotations, sur la nécessité de faire des économies importantes et sur le devoir d’accélérer des fusions de communes. Un discours ex-cathedra qui est plutôt mal passé à l’heure où la triste affaire GM & S à La Souterraine montre le décalage entre la France des métropoles et celle des terroirs.
RUMEURS DE DÉPART DE LE DRIAN
Enfin au sein de l’équipe gouvernementale, l’ambiance n’est pas au beau fixe. D’abord entre Edouard Philippe et Bruno Le Maire, le premier étant obligé de recadrer le second en permanence. Ensuite avec le cas Le Drian. Le locataire du Quai d’Orsay, qui n’a jamais été un proche d’Emmanuel Macron, a appris la venue de Poutine et de Trump à Paris en lisant la presse. Il n’a été convié à aucune de ces rencontres diplomatiques où s’est notamment discuté le sort de la Syrie. A aucun moment le Chef de l’Etat lui a fait signe pour qu’il apparaisse bel et bien comme le Ministre des Affaires Etrangères. De fait celui que l’on surnomme le Menhir, envisagerait de quitter le gouvernement à la rentrée s’il reste cantonné à inaugurer les chrysanthèmes.
A Droite, tout est calme pour le moment. Les dagues sont rentrées. Laurent Wauquiez prépare une annonce de candidature pour prendre la tête des Républicains au tout début septembre sans doute lors des Universités d’été du Touquet. Le député de cette ville, Daniel Fasquelle, serait aussi tenté de se lancer dans la bataille de même que la jeune Florence Portelli. Nicolas Sarkozy continue à cornaquer Laurent Wauquiez et le pousse à opérer le rassemblement le plus large possible, notamment avec des proches de Xavier Bertrand ou de Valérie Pécresse.
DRAGHI CALME LE JEU
Au chapitre économique, l’évènement de la semaine à été la récente intervention de Mario Draghi jeudi 20 juillet, à l’issue de la réunion de la Banque centrale européenne. Le président de l’institution de Francfort a délivré un message essentiel : il n’est pas pressé de sevrer l’économie européenne de ses soutiens. En conséquence, l’institution de Francfort a laissé inchangés son taux directeur (0 %) et son taux de dépôt (– 0,4 %). Il n’a pas modifié non plus son programme de rachat de dettes publiques et privées entamé en mars 2015, à l’époque pour 80 milliards d’euros par mois. Son volume, aujourd’hui de 60 milliards d’euros, ne diminuera pas avant le début de 2018. Et la BCE, insistant sur la nécessité de se montrer flexible, se garde la possibilité de l’augmenter ou de le prolonger dans le temps si nécessaire. Un message similaire à celui qu’elle avait délivré début juin.
Le 27 juin, lors du forum annuel de la BCE, au Portugal, l’Italien avait déclaré que l’institut de Francfort allait accompagner la reprise en ajustant les paramètres de ses instruments. Une phrase sibylline pour le commun des mortels. Mais que les marchés, pas loin de paniquer, ont traduit comme le signal d’une fermeture plus rapide que prévue du robinet à liquidités, auquel ils sont accros. Dans la foulée, les taux souverains se sont tendus. Les rendements allemands à dix ans sont ainsi passés de 0,24 % à plus de 0,50 %. Et l’euro a retrouvé son plus haut niveau depuis quatorze mois. Les marchés ont surréagi aux déclarations de Sintra. Il ne fait aucun doute que la BCE se montera infiniment prudente dans la réduction de ses achats de dette et le relèvement de ses taux.
TRUMP FAIT BAISSER LE DOLLAR
C’est ce que Mario Draghi a rappelé jeudi. L’Italien a en outre indiqué que les modalités du QE seraient discutées à l’automne. Soit lors de la réunion du 7 septembre ou, plus probablement, celle du 26 octobre. Un rendez-vous que les marchés suivront de près, dans l’espoir d’en savoir plus sur le calendrier futur. En attendant, une chose est sûre : tous les clignotants sont au vert dans la zone euro. La reprise se généralise, la production industrielle accélère partout et le taux de chômage (9,3 % de la population active) est au plus bas depuis mars 2009. L’économie va enfin mieux. Au point d’être en mesure de se passer de la béquille monétaire. Presque car reste le sujet de l’inflation. En juin, elle est ressortie à + 1,3 %, loin de la cible de + 2 % de l’institution. Adepte de la politique des petits pas, la BCE prendra donc le temps qu’il faut pour réduire la voilure de son QE et remonter ses taux. Tout au long de 2018 et 2019, l’institution retirera ses soutiens monétaires, sans brusquerie, afin de ne pas heurter l’économie. Une remontée trop brutale des taux pourrait en effet nuire au crédit, à l’investissement et aux finances publiques des Etats les plus fragiles.
À cause de ces déclarations, mais aussi des problèmes rencontrés par l’administration Trump, l’euro a grimpé, vendredi 21 juillet, à un plus-haut de près de deux ans face au dollar. Vers 23 heures vendredi, la devise européenne s’échangeait à 1,1663 dollar pour 1 euro – contre 1,1631 dollar pour 1 euro jeudi à la même heure. Elle est même montée, vers 19 h 25, à 1,1683 dollar, son niveau le plus élevé depuis la fin août 2015. L’euro baissait en revanche face au yen, la devise nipponne, à 129,60 yens pour un euro contre 130,13 yens la veille. Le billet vert reculait également face à la monnaie japonaise, à 111,12 yens pour un dollar contre 111,88 yens jeudi soir. Le dollar a accentué son repli après l’annonce de la démission du porte-parole du président américain Donald Trump, Sean Spicer, l’une des voix les plus importantes de l’administration américaine.
Le billet vert avait déjà souffert, en début de semaine, de l’échec des discussions des élus républicains sur la façon de réformer l’Obamacare, la loi emblématique du démocrate Barack Obama sur la couverture maladie aux Etats-Unis. Il avait aussi pâti, jeudi, d’informations de presse faisant état d’un élargissement de l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur les possibles liens entre la Russie et des personnalités liées à la campagne présidentielle de Donald Trump. Ces inquiétudes pèsent sur les perspectives de l’économie américaine et par extension sur un dollar déjà lesté par le risque de voir la Réserve fédérale américaine reporter la hausse de ses taux d’intérêt prévue d’ici à la fin de l’année.
JEFF IMMELT SUR LE DÉPART
Du côté du business, cela sent bon le début de léthargie estivale selon la plupart des banquiers interrogés par nos soins. Seule ombre au tableau de la semaine: après BNP Paribas en juin c’est au tour de la Société Générale d’être sanctionnée par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution(ACPR). La banque a écopé vendredi d’une amende de 5 millions d’euros. Comme sa concurrente, qui avait, elle, écopé d’une amende de 10 millions d’euros, la Société Générale est sanctionnée pour les insuffisances de son dispositif de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.
Dans le détail, la commission des sanctions de l’ACPR relève que les délais de déclaration à Tracfin des opérations suspectes que la Société Générale exécute pour le compte de ses clients étaient excessifs en 2014 et 2015. Elle reproche aussi à la banque le fait que quelques opérations qui auraient dû être portées à la connaissance de Tracfin ne l’ont pas été. Les motifs reprochés sont très semblables à ceux dont BNP Paribas a fait l’objet. Mais le montant moindre de la sanction peut s’expliquer par le fait que la Commission a tenu compte de l’appréciation portée par Tracfin sur les pratiques déclaratives de la Société Générale, qui étaient jugées globalement satisfaisantes en 2015. La Société Générale dispose maintenant de deux mois pour déposer un recours contre cette décision de la commission des sanctions.
Enfin Jeff Immelt quittera la tête de General Electric dans quelques jours sans avoir dissipé le sentiment négatif qui entoure le conglomérat depuis maintenant trois ans. Sa valorisation a encore chuté de 5 % vendredi, à l’annonce des résultats trimestriels. Elle se situe à son plus bas niveau depuis dix-neuf mois. Au total, GE aura perdu 30 % de sa capitalisation boursière depuis l’arrivée de Jeff Immelt à la tête du groupe en 2001, dont 20 % rien que cette année. Jeff Immelt doit quitter l’entreprise avant que sa stratégie ait commencé à porter ses fruits : son principal fait d’armes est d’avoir engagé un recentrage sur l’industrie (turbines, moteurs, etc.) en cédant la plupart des activités liées aux médias (NBC Universal) et à la finance (GE Capital). Un pari audacieux, quand on sait que ces activités financières généraient plus de la moitié des profits du groupe certaines années. Applaudi par les actionnaires, ce recentrage n’a pas encore généré les profits escomptés.
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Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / Premiers couacs dans le programme présidentiel
09/07/2017 - 07:57

