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Premiers couacs dans le programme présidentiel
par Yves de Kerdrel

Emmanuel Macron a décidé de tout faire pour remettre la France dans les clous de la trajectoire budgétaire fournie à Bruxelles. Au risque de décevoir beaucoup de ses supporters en reportant la plupart des baisses d’impôts figurant dans son programme électoral.

09/07/2017 - 07:57 Temps Lecture 12 mn.

C’est cette semaine que la Présidence Macron a vraiment débutée avec le discours au Congrès du Chef de l’État et la déclaration de politique générale de son Premier Ministre à l’Assemblée Nationale. Si le premier exercice s’est révélé fastidieux, voire très ennuyeux au point de n’avoir été que timidement applaudi par les parlementaires, le second a été très réussi, du moins sur la forme. Avec de très riches applaudissements, y compris quelque fois dans les rangs de la droite. Et surtout un programme de gouvernement très complet, mais passé à la moulinette budgétaire.

Édouard Philippe a bien pris soin de rappeler les écarts dramatiques entre notre situation des finances publiques et celle de l’Allemagne, faisant presque écho à la conférence de presse matinale de Pierre Gattaz, avant d’annoncer que la plupart des baisses d’impôts promises par Emmanuel Macron dans son programme électoral seraient soit différées à 2018, soit à 2019, soit lissées jusqu’en 2022. En revanche la hausse de 1,7 % de la CSG devrait être votée dés l’automne prochain. Le but est clairement d’afficher en fin d’année un déficit budgétaire revenu à 3 %, de manière à ce que la France sorte de la procédure de sanction de la Commission Européenne.

MACRON ADMIRATIF DE POUTINE

Toutes ces mesures ont été décidées à l’Élysée avec Alexis Köhler aux manettes. Le secrétaire général de l’Élysée est l’homme qui veille sur tout et qui informe de tout le Président. Il est en contact étroit avec Benoit Ribadeau-Dumas à Matignon. D’autant que plus les jours passent, plus Emmanuel Macron prend goût aux aspects régaliens de sa fonction. Il aime représenter la France à l’étranger. Ce qu’il fait à merveille. Aussi bien au Mali et au Niger qu’en cette fin de semaine à l’occasion du sommet du G 20. De la même manière il aime se jauger face à des personnages comme Donald Trump, qu’il a décidé seul, d’inviter au défilé du 14 juillet ou de Vladimir Poutine.

Il y a une quinzaine de jours Emmanuel et Brigitte Macron, qui sont tous les deux des mordus de théâtre, ont invité à dîner plusieurs acteurs dont certains emblèmes de la gauche caviar comme Pierre Arditti ou Jean-François Berléand. A un moment du diner certains d’entre eux ont commencé à critiquer fermement aussi bien Trump que Poutine. Et quelle n’a pas été leur surprise de voir le Chef de l’État les interrompre avant de faire un très long plaidoyer en faveur des deux présidents étrangers, et notamment Poutine. « Vous n’imaginez pas dans quel état Poutine a trouvé la Russie et ce qu’il en a fait » a martelé Emmanuel Macron avant de souligner qu’il comptait bien en faire l’un de ses alliés principaux.

FORTE MEFIANCE DU MEDEF

Même si le patronat n’a pas réagi au décalage des baisses d’impôt - et notamment de la transformation du CICE en baisse de charges qui devrait se faire avec un coût pour les entreprises de 6 à 7 milliards - en fonction des coefficients multiplicateurs du smic – pour la première fois depuis deux mois un climat de défiance commence à s’installer entre l’Avenue Bosquet et l’Élysée. Une partie de la discussion sur la loi travail, celle concernant l’inversement de la hiérarchie des normes, semble faire l’objet de beaucoup de concessions aux syndicats, et notamment à FO et la CFDT. Ceux-ci veulent bien que les accords d’entreprise priment sur les accords de branche à condition qu’ils n’aient lieu que dans les entreprises où il y a une présence syndicale (5 % seulement des entreprises).

Édouard Philippe a terminé sa déclaration de politique générale en souhaitant que toutes les mesures qu’il venait d’égrener fassent revenir les expatriés. C’est peu probable dans la mesure où la suppression de l’ISF et sa transformation en un impôt sur la fortune immobilière qui devait voir le jour dés le printemps 2018 semble maintenant repoussé à juin 2019 au plus tôt. Idem pour l’établissement d’une flat tax de 30 % sur les revenus du capital qui pourrait faire l’objet d’un lissage d’ici la fin du quinquennat, comme il en sera de même pour la baisse à 25 % de l’impôt sur les sociétés.

EDOUARD PHILIPPE BIEN COTE

En ce début de semaine on devrait en savoir plus sur les arbitrages budgétaires, ministère par ministère, tant en ce qui concerne les gels de crédits pour 2017 que pour les cadrages préparatoires à la loi de finances pour 2018. Édouard Philippe avait prévu de recevoir pendant tout ce week-end l’ensemble des membres du gouvernement, un par un. Ce qui montre aussi le peu de cas qui est fait du pauvre Gérald D’Armandin, Ministre du budget, condamné à annoncer aux fonctionnaires le gel du point d’indice et la suppression du jour de carence.

Si la presse s’est montrée pleine de mansuétude à l’égard du premier ministre, c’est d’abord qu’il a fait preuve de modestie dans son discours, puis de réalisme, surtout compte tenu du rapport sur les finances publiques que lui a communiqué il y a dix jours Didier Migaud, et enfin de recherche d’efficacité. Une démarche qui plait aux nombreux chefs d’entreprises que nous avons interrogés à ce sujet. Tous placent la réduction de la dépense publique et des déficits en tête des priorités, même si les baisses d’impôt doivent être décalées.

Les Français se montrent plus sévères comme en témoigne une étude Odoxa avec Dentsu Consulting publiée vendredi par Le Figaro et France info. Selon cette enquête une majorité de Français désapprouvent la direction donnée par le président dans son allocution devant le Congrès, réuni à Versailles lundi dernier, et par le premier ministre au Parlement, le lendemain, dans son discours de politique générale. Ils sont 54 % à juger que le cap fixé par le chef de l'État n'améliorera pas la situation de la France. Les sympathisants de gauche sont encore plus sévères avec Emmanuel Macron. 66 % d'entre eux considèrent que la vision du président n'est pas la bonne.

Concernant Édouard Philippe, le rejet est plus lourd que pour le chef de l'État. Près de six Français sur dix n'approuvent pas les réformes présentées mardi à l'Assemblée nationale. Un chiffre qui va bien au-delà de l'opposition exprimée par les députés lors du vote de confiance. Seuls soixante-sept élus se sont prononcés contre le projet du chef du gouvernement. Le fossé est bien plus profond entre les élus de gauche et leurs électeurs. Ainsi, 60 % des sympathisants du Parti socialiste auraient voté la défiance contre un peu plus de 16 % des députés PS. Mais cet avis négatif ne concerne pas toutes les mesures. Plus précisément: six Français sur dix sont favorables à l'augmentation du prix du tabac. En revanche concernant la CSG, les deux tiers des sondés sont opposés à sa hausse.

LE CEMA RECONDUIT POUR UN AN

A droite, Valérie Pécresse ne semble pas vouloir prendre la tête d’un combat contre Laurent Wauquiez afin d’obtenir en décembre prochain la présidence des Républicains. Si bien que le Président de la Région Rhône-Alpes semble assuré de devenir de patron du parti d’opposition. D’autant qu’avec l’affaire Fillon, le nombre d’adhérents a fondu et seuls sont restés les plus radicaux. Toutefois, selon nos informations, Laurent Wauquiez ne devrait pas sortir du bois avant la fin de l’été. Il reste qu’à droite beaucoup annoncent une scission complète de la droite si le leader de la droite forte est élu, avec la reconstitution d’un pôle à la fois libéral, orléaniste et gaulliste social, face à un parti des Républicains poussé vers le souverainisme et l’étatisme.

Pour faire suite à ce que nous écrivions la semaine passée, Il semble acquis que le Général de Villiers sera prolongé d’un an à son poste de chef d’état-major des armées, c’est-à-dire jusqu’à fin juillet 2018. Initialement Emmanuel Macron aurait rêvé de faire un grand mercato des chefs militaires. Mais rien n’était prêt pour cela. Le général de Villiers aura pour mission notamment de chapeauter la loi de programmation militaire qui doit voir le jour en 2018 et de participer activement à la revue stratégique que le Chef de l’état a confiée à Arnaud Danjean, député européen élu sur les listes des Républicains. Mais à ce jour le décret concernant la prorogation du général de Villiers n’a toujours pas été publié au Journal Officiel. Il est question d’une possible publication le jour même du 14 juillet.

DES CESSIONS D’ACTIFS, MAIS LESQUELLES ?

Au chapitre économique il faut retenir l’annonce faite par Bruno Le maire, le principal locataire de Bercy de débloquer 10 milliards d’euros afin de financer l’innovation. Cette somme proviendra de la cession d’actifs comme il l’a précisé dans un discours à l’occasion de la soirée de l’attractivité, au cercle de l’Union interalliée, à Paris. L’Agence des participations de l’état travaille d’ores et déjà sur ces cessions d’actifs. Il est notamment question de la participation de l’État dans Aéroports de Paris, chez PSA, ou chez Engie (bien que le cours de bourse soit très bas). En revanche personne ne parle de la participation dans Orange qui intéresserait vivement le groupe Vivendi. Surtout après sa prise de contrôle opérationnelle de Telecom Italia.

Dans un tout autre domaine, on a appris en fin de semaine que le jour de carence pour les arrêts maladie dans la fonction publique sera rétabli dès 2018. C’est Gérald Darmanin qui en a fait l’annonce avec à la clé une économie de 170 millions pour l’état. C’est Emmanuel Macron qui avait remis en place ce jour de carence lorsqu’il était secrétaire général adjoint de l’Élysée afin d’obtenir le silence de Jean-Claude Mailly sur l’instauration du CICE. Le fait que le leader de FO ait peu crié au loup cette semaine montre bien qu’il a obtenu certaines garanties – inquiétantes pour le patronat – dans le cadre de la loi travail. Rappelons que si dans le privé un salarié en arrêt maladie ne perçoit une indemnité qu’à partir du quatrième jour de maladie (trois jours de carence), mais voit sa perte de salaire souvent compensée par son employeur, à l’exception des PME ou des artisans, ce n’est pas le cas dans la fonction publique, où il n’y a pas de compensation financière.

L’OREAL TRES SEREIN FACE AUX BISBILLES CHEZ NESTLE

En matière de business, il faut saluer la très bonne performance d’Airbus, qui a signé avec Air China un accord prévoyant la vente de 140 appareils d’une valeur globale de plus de 20 milliards d’euros. L'avionneur européen a signé ce contrat mercredi à Berlin pour une valeur globale de 22,8 milliards de dollars au prix catalogue, soit 20,12 milliards d'euros. L'accord a été conclu à l'occasion d'une visite en Allemagne du président Xi Jinping et signé en présence de la chancelière allemande Angela Merkel. La commande porte sur 100 appareils moyen-courriers A320 et 40 long-courriers A350 XWB. Ce qui refléte la forte demande des compagnies chinoises sur tous les segments de marché, dont les vols domestiques, low-costs, régionaux et internationaux. Les avions devraient être livrés dans les cinq ou six prochaines années.

Lors d’un déjeuner en présence de patrons de PME, le 6 juillet dernier, jour de son anniversaire, Jean-Paul Agon, le patron de L’Oréal, s’est déclaré peu inquiet par les démarches de l’actionnaire activiste qui a acquis 1 % du capital de Nestlé pour 3 milliards de dollars et réclame que le groupe suisse mette en vente sa participation de 23 % au capital du numéro un mondial des produits de beauté. Jean-Paul Agon est convaincu par la fidélité et la loyauté de Nestlé et par son pragmatisme, compte tenu de l’excellente opération financière que le géant suisse a faite en étant actionnaire de L’Oréal depuis 1974.

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