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Fin de l’état de grâce pour Jupiter
par Yves de Kerdrel

L’ex-filtration de quatre ministres lors du remaniement, les remous liés à la constitution du bureau de l’Assemblée, la convocation précipitée du Congrès et l’apparition de premiers sondages négatifs sonnent la fin de l’état de grâce pour le Président jupitérien.

02/07/2017 - 07:20 Temps Lecture 12 mn.

Si la rumeur enfle depuis une semaine, ce n’est que jeudi soir que l’Elysée a confirmé la tenue d’un congrès à Versailles demain lundi 3 juillet. Un congrès convoqué non pas pour modifier un point précis ou pour une occasion particulière, comme en novembre 2015. Mais simplement pour le bon plaisir d’Emmanuel Macron. Celui-ci souhaite s’adresser de manière solennelle aux députés élus les 11 et 18 juin dernier. Plusieurs de ses conseillers lui avaient recommandé de le faire plus tard dans le mois de juillet. Mais c’est lui, contre l’avis de beaucoup de ses proches, qui a tenu à le faire la veille de la déclaration de politique générale du Premier Ministre à l’Assemblée Nationale.

Il a donc attendu l’élection de François de Rugy au perchoir afin de le convoquer et de lui annoncer la bonne nouvelle en milieu de semaine. Même chez beaucoup de parlementaires En Marche cette annonce passe mal. D’abord parce qu’ils se sont déjà fait imposer le président de leur groupe parlementaire en la personne de Richard Ferrand, dont les démêlés avec la justice ne font que commencer. Ensuite, il leur a été demandé de voter pour François de Rugy à la présidence de l’assemblée nationale, alors qu’eux souhaitaient élire une femme et que l’ex député écologiste a participé à la primaire du Parti socialiste. Enfin parce que s’ils portent l’étiquette En Marche, ils ont le sentiment légitime sinon d’être au garde-à-vous, du moins de devoir marcher au pas.

UN EFFET BOOMERANG ?

Le plus cocasse dans cette déclaration présidentielle au Congrès, c’est qu’elle donnera lieu à une réponse des présidents de groupe qui s’adresseront à un Président de la République qui aura déjà repris le chemin de l’Elysée. C’est donc Edouard Philippe qui sera contraint d’écouter les réponses, quelquefois grinçantes, de certains parlementaires à un discours qu’il n’aura ni prononcé ni souhaité et alors que le lendemain il va lui-même s’adresser au parlementaire à l’occasion de sa déclaration de politique générale, qui sera elle-même suivie de discours de réponse, avant le traditionnel vote de confiance.

Beaucoup de thuriféraires d’Emmanuel Macron estiment que depuis le 7 mai il a endossé mieux que n’importe quel autre président de la cinquième république les habits du Général de Gaulle. Mais c’est faux. L’homme du 18 juin était attaché à la séparation des pouvoirs alors que le leader d’En marche semble être surtout préoccupé par l’addition des pouvoirs. Tout cela n’a rien de surprenant pour ceux qui le connaissent bien, car il ne délivre sa confiance qu’à deux ou trois personnes maximum. Mais le problème, c’est que cette manière de gouverner le pays, ajoutée à une absence de communication, puisque, comme nous le révélions ici même dimanche dernier, il n’y aura pas d’intervention présidentielle le 14 juillet, risque de se retourner contre lui seul au moindre accroc ou au moindre pépin. Or l'affaire Business France, devenue une affaire Penicaud, commence à devenir une affaire Macron.

SONDAGES EN BERNE

Déjà l’opinion commence à signer la fin de l’état de grâce comme en témoigne le dernier baromètre Kantar publié vendredi par le Figaro Magazine. En un mois à la tête du pouvoir, Emmanuel Macron a perdu 3 points. Certes, il reste à 54 % de personnes qui lui font confiance, mais il est à noter qu'avec un tel score il fait moins bien que François Hollande il y a 5 ans - il n'avait commencé sa chute qu'au mois d'août 2012. Il fait surtout beaucoup moins bien que Nicolas Sarkozy qui a vu, lui, sa cote de confiance monter entre juin et juillet 2007, passant de 63 % à 65 %. La structure de sa cote de confiance montre que, si les catégories aisées sont au rendez vous (76 %, + 7), les catégories moyennes inférieures (47 %, - 4) et modestes (44 %, - 6) s'en vont. Comme les retraités (57 %, - 8), marqués par la future hausse de la CSG.

Bien sûr, il y a des initiatives qui démarrent de manière favorable. Comme la réforme du code du Travail. La loi d’habilitation des ordonnances, relue consciencieusement par le Conseil d’Etat a été approuvée par le dernier Conseil des Ministres. Le Ministre de l’éducation nationale reconstruit l’école à coups de décrets qui, jusqu’à présent, ne font pas réagir ses syndicats, surtout préoccupés de partir en vacances. Quant à Florence Parly, elle prend peu à peu ses marques, dans le difficile Ministère aux Armées où elle se trouve prise en étau entre un Président de la République Jupitérien qui veut assumer le rôle de chef des armées et des chefs d’état-major qui souhaitent voir le dégel des 2,7 milliards de crédits mis en réserve en début d’année. De fait les relations se tendent de plus en plus avec le Général de Villiers, chef d’état-major des armées, qui est atteint par la limite d’âge à la fin du mois de juillet et dont on voit mal aujourd’hui comment il pourrait être prorogé.

WAUQUIEZ A L’ASSAUT D’UNE DROITE RADICALE

A droite, depuis l’abandon de Xavier Bertrand pour la Présidence des Républicains, il existe un boulevard pour Laurent Wauquiez, même si Valérie Pécresse n’a pas encore pris de décision définitive. Le président de la Région Rhône-Alpes a déjeuné cette semaine avec Nicolas Sarkozy pour organiser la reconquête du parti. De surcroit il a repris langue avec Patrick Buisson qu’il consulte très souvent. Tous les deux lui recommandent de créer un nouveau parti de droite populaire, très radicale sur les questions identitaires, antimondialiste et très éloignée des idées libérales. Le but n’étant surtout pas de faire à terme une alliance avec le Front National, voire même avec des dissidents de ce parti, mais de siphonner l’extrême-droite et de rallier ce que les politologues appellent la droite hors les murs. La récente décision du Comité d’éthique ouvrant la voie à la PMA pourrait favoriser les projets de Laurent Wauquiez en radicalisant à nouveau une droite catholique, familiale, et orpheline depuis la défaite de François Fillon.

Ce dernier qui n’apparaît plus en public, à part une petite exception pour les 24 heures du Mans, que dirige son frère Pierre Fillon, a laissé se réunir l’assemblée générale du mouvement Force Républicaine qu’il avait créé après la défaite de 2012. Il y a fait lire un message. L’ancien candidat à la présidence devrait annoncer à la rentrée de septembre une reconversion dans le privé et plus précisément dans la finance internationale. Il est très détendu, en dépit de son élimination politique et de ses démêlés judiciaires. Même s’il est aujourd’hui de plus en plus convaincu que le coup est parti, non pas d’un cabinet noir élyséen, mais tout simplement de certaines personnalités de droite.

QUAND LA COUR DES COMPTES PARLE D’INSINCERITE

Au chapitre économique, l’actualité de la semaine a été marquée par la publication du rapport d’audit sur les finances publiques commandé par Emmanuel Macron à la Cour des Comptes. Comme nous l’avions laissé entendre, la semaine passée, dans ces colonnes les sages de la Rue Cambon estiment que le déficit public devrait atteindre 3,2 % du produit intérieur brut cette année. Soit un dérapage de près de 8 milliards d’euros, l’équivalent de 0,4 point de PIB, par rapport aux prévisions inscrites dans le programme de stabilité adressé en avril à Bruxelles (2,8 %). Mais surtout, la Cour a souligné que les textes financiers soumis à l’approbation de la représentation nationale ou à l’examen des instances européennes étaient manifestement entachés d’insincérités. Un terme explosif puisqu’il constitue un motif d’invalidation du budget par le Conseil constitutionnel.

La charge est lourde, la Cour des comptes n’étant pas habilitée à déclarer sincère ou insincère tout ou partie du budget. A tel point que, selon nos informations, l’utilisation de ce terme a donné lieu à un débat extrêmement tendu, lundi, en assemblée générale de la Cour des comptes. Et c’est son premier président, Didier Migaud, qui a pesé de tout son poids dans cette décision, une grosse minorité des magistrats financiers y étant opposée. Selon la Cour, la France est en train de dévier dangereusement de sa trajectoire de finances publiques. En raison, d’une part, de recettes surestimées de l’ordre de 2 milliards d’euros. D’autre part, c’est sur la partie dépenses que l’audit de la Cour se montre le plus sévère. Celles-ci auraient été manifestement sous-évaluées, notamment pour ce qui concerne les dépenses de l’Etat.

VERS LE REPORT DE PLUSIEURS MESURES

Maintenant toute la question est de savoir ce que le Premier ministre, qui a vivement réagi à la publication de ce rapport va prendre comme mesures correctives, étant donné qu’il est toujours exclu à cette heure de faire voter un collectif budgétaire. Les sages de la Rue Cambon ont ouvert la voie à des mesures rigoureuses, notamment via des annulations de crédits. Les magistrats ont aussi préconisé un report ou une annulation de toutes les mesures d’accroissement de dépenses publiques non encore mises en œuvre, sans préciser de quoi il s’agissait. L’enjeu est de taille pour le gouvernement qui joue là le crédit de la France auprès de ses partenaires européens. Mais aussi sa propre crédibilité, puisque de ses marges de manœuvre financières dépendra la capacité du gouvernement à inscrire dans le projet de loi de finances pour 2018 les promesses de campagne du président : exonération progressive de la taxe d’habitation, réforme de l’impôt de solidarité sur la fortune et surtout transformation du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en baisse des charges.

Or, pour 2018, la Cour n’est guère plus clémente. Pour ramener le déficit à 2,3 % du PIB, comme le prévoit le programme de stabilité, il faudrait que les dépenses publiques soient stabilisées en volume. On en est loin. Et plusieurs éléments devraient contribuer, au contraire, à les gonfler : hausse du prélèvement en faveur de l’Union européenne, montée en charge des dépenses de personnel, mais aussi lutte contre le terrorisme et investissements en infrastructures de transport ou en soutien aux énergies renouvelables. Si bien que selon nos informations, il semblerait que le gouvernement songe à reporter d’un an la transformation du CICE en baisse des charges, initialement prévue au 1er janvier 2018. Pierre Gattaz qui doit prendre la parole mardi réagira sûrement à une telle hypothèse.

FEUILLETON EN PERSPECTIVE AVEC NESTLE ET L’OREAL

En matière de business, il faut retenir que le lancement d’Orange Bank, la banque mobile de l’opérateur Orange, initialement prévu au 6 juillet, a été reporté à septembre. La décision a été prise il y a quelques jours par Stéphane Richard, le PDG, qui jugeait que l’application n’était pas encore à la hauteur de ses exigences. Pendant l’été, le nombre de testeurs de l’application (2 000 personnes actuellement) va être sensiblement augmenté. Chez Orange, on n’assure que ce délai ne change en rien les objectifs fixés pour Orange Bank, qui représente l’opération de diversification la plus importante de l’opérateur ces dernières années. L’ancien monopole public compte toujours atteindre 2 millions de clients en 2024 et veut capitaliser sur les 140 boutiques en partie dédiées à ce service (890 vendeurs ont été formés pour l’occasion) pour populariser cette banque en ligne entièrement gratuite.

L’autre événement, c’est la forte pression mise par le fonds d'investissement new-yorkais Third Point Management, fondé et dirigé par Daniel Loeb sur les dirigeants de Nestlé. Third Point s’est invité au capital de Nestlé en prenant 1%, soit 40 millions d'actions, pour la coquette somme de 3 milliards d'euros. Et maintenant il demande au groupe alimentaire suisse de vendre sa part de 23 % au capital de L’Oréal. Un actif estimé à 23 milliards de dollars et qui rapporte chaque année 400 millions d’euros de dividendes, sans compter les plus-values potentielles. Naturellement ce déballage a entrainé une poussée spéculative sur l’action L’Oréal. Mais également des mouvements sur Danone. Car l’activiste américain souhaite que Nestlé utilise cette somme pour fondre sur le groupe de Franck Riboud. Voilà un beau feuilleton qui ne fait que commencer.

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