éditorial / Yves de Kerdrel
éditorial
Yves de Kerdrel
éditorial
Macron à la fois très entouré et très seul
par Yves de Kerdrel
C’est bien avec une majorité très large de 440 à 470 sièges qu’Emmanuel Macron va pouvoir s’atteler au sursaut français. Le voilà à la fois doté d’une armée de parlementaires, mais aussi très seul, à force de vouloir concentrer à l’Elysée tous les pouvoirs.
Depuis maintenant trois semaines le couple présidentiel habite les appartements privés de l’Elysée. Il a rendu les clés du petit appartement qu’il louait rue Clerc à un jet de pierres de celui de François Bayrou. Les Macron n’ont pas demandé de rénovation particulière dans les appartements privés en dehors d’un changement du lit. De la même manière ils ont profité d’un des rares week-ends de tranquillité pour se rendre au Pavillon de la Lanterne, dans le parc du Château de Versailles. Et ils comptent bien en faire leur résidence dominicale, lorsqu’ils n’ont pas le temps de se rendre au Touquet où douze gendarmes ont été affectés à la protection de la villa dont a hérité Brigitte Macron.
Comme nous l’expliquions la semaine dernière, l’Elysée est devenu une véritable machine de pouvoir, avec un grand nombre de conseillers techniques partagés entre le Palais présidentiel et Matignon. Ce qui montre bien qu’Edouard Philippe n’a été choisi que pour diviser la droite, et que sa propre marge de manœuvre reste très limitée. Le Président de la République compte sur lui pour caporaliser le gouvernement et faire en sorte qu’il y ait le moins de couacs possibles. C’est pour cette raison qu’au cours de la semaine écoulée il est intervenu à deux reprises afin de taper sur les doigts de François Bayrou.
TRES LARGE MAJORITE
Ce soir, le mouvement d'Emmanuel Macron devrait décrocher une très large majorité absolue à l’Assemblée selon LégiTrack, le baromètre hebdomadaire d'OpinionWay-ORPI. Invités à voter pour le second tour des législatives en ce dimanche estival, les électeurs qui se déplaceront devraient amplifier le mouvement constaté au soir du premier tour puisque selon ce sondage, LREM et le Modem devraient décrocher de 440 à 470 sièges (dont 50 à 60 pour le parti de François Bayrou) sur les 577 que compte l'Assemblée nationale.
Loin, très loin derrière, le premier groupe d'opposition serait celui de la droite et du centre avec 70 à 90 sièges dont 10 à 15 pour l'UDI. La droite aurait donc un groupe amputé de plus de moitié. Quant au Parti socialiste avec ses alliés (EELV, divers gauche...), il devrait connaître - c'est la suite logique du premier tour - une défaite plus sévère encore puisqu'il ne devrait recueillir que 20 à 30 sièges. Le PS seul pourrait – ce qui serait historique - ne pas pouvoir constituer de groupe car ses élus seraient au maximum 15 à entrer au Palais-Bourbon. De même, la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon confirmerait sa contre-performance par rapport à la présidentielle, avec seulement 5 à 15 sièges qu'elle partagerait avec le PCF. Le FN aussi puisque le parti de Marine Le Pen, dans une mauvaise passe, décrocherait au mieux 5 sièges et plus certainement un à deux. Celui de Marine Le Pen et celui d’Emmanuelle Ménard à Béziers, sachant que les deux femmes se détestent
RUGY AU PERCHOIR ?
Aucun sursaut de participation ne parviendra à freiner ce raz de marée car elle devrait être de 46 % seulement, soit très inférieure à celle du premier tour (48,7 %). Une baisse conforme à celle observée depuis 15 ans. Si un Français sur deux a déclaré cette semaine ne pas souhaiter donner une majorité au chef de l'Etat, 48 % en revanche, le veulent. Des chiffres qui illustrent à quel point les oppositions sont éclatées et éloignées.
Dans les jours qui vont suivre il va se poser rapidement la question des fonctions à occuper au sein de la nouvelle assemblée. L’écologiste macronien François de Rugy aurait fait acte de candidature, auprès du Chef de l’Etat, afin d’occuper le Perchoir et le très prestigieux Hôtel de Lassay dévolu au Président de l’Assemblée Nationale. Pour l’heure, c’est la solution qui semble procurer le moins d’inconvénients. Il faudra aussi compter avec Benjamin Griveaux, qui va être élu ce soir député de Paris. Même si son ambition est de faire battre Anne Hidalgo en 2020 et de prendre la Mairie de Paris, cet ancien conseiller de DSK a très envie de « cheffer » et pourrait assurer la présidence du groupe « En Marche ».
Par ailleurs le gouvernement lui même devrait connaître des modifications. A priori aucun ministre ne devrait sortir pour cause de défaite électorale. En revanche, certains postes de secrétaires d’état restent à pouvoir. Une promesse a été faite en ce sens au Le Mairiste Franck Riester. De la même manière le Ministre de l’économie tente de faire rentrer au gouvernement sa protégée Laure de la Raudière, qui pourrait sinon se voir confier la présidence d’une commission. Il manque également un ministre ou un secrétaire d’état à l’industrie, alors que les dossiers de restructuration s’accumulent sur le bureau du Chef de l’Etat.
PAS DE COLLECTIF BUDGETAIRE
Il reste que même après cette élection en forme de raz de marée, et ces nouvelles nominations à venir, Emmanuel Macron n’a jamais été aussi seul. Il concentre tous les pouvoirs. Il est à la fois Chef de l’Etat, Premier Ministre, Ministre de l’Economie, Ministre du Budget, Ministre des armées, Ministre des affaires européennes et Ministre des affaires étrangères. Contrairement à ce que certains ont écrit l’homme n’a pas une volonté de puissance, mais de tout contrôler. D’où également la création récente d’une task-force anti-terroriste à l’Elysée confiée au Préfet Pierre de Bousquet. Cette configuration du pouvoir, qui ne s’est pas vue depuis Valéry Giscard d’Estaing, peut très bien fonctionner lorsque tout se passe bien. Mais à la moindre anicroche, il n’y a plus de fusible et tout remonte au Président.
Une fois son bureau constitué, la première tâche de la nouvelle assemblée va être d’écouter la déclaration de politique générale d’Edouard Philippe et de voter la confiance au gouvernement. Ce qui sera intéressant de voir c’est combien de voix de droites viennent s’ajouter à celles d’En Marche pour ce vote. Ensuite les deux premiers textes de loi à être examinés seront celui sur la moralisation de la vie politique, dans un contexte un peu perturbé par les affaires qui minent le Modem, et celui destiné à repousser d’un an le prélèvement à la source. Le Chef de l’Etat souhaite en effet que les salariés puissent voir l’effet sur leur feuille de paie de la diminution de 6 points des charges salariales, compensée par la hausse de 1,7 point de la CSG.
En revanche il n’est pas prévu de collectif budgétaire dans l’immédiat et cela quel que soit le résultat de l’audit sur les finances publiques que la Cour des Comptes devrait rendre le 3 juillet prochain. Selon les informations recueillies par WanSquare, il se pourrait que le déficit budgétaire que Michel Sapin avait prévu de ramener à 2,8 %, soit finalement de 3,6 %. A la fois en raison des mesures non budgétées de la fin du quinquennat de Hollande et de la mise en œuvre de certaines mesures comprises dans le programme d’Emmanuel Macron.
LA FED A L'INITIATIVE
Au chapitre économique la principale actualité de la semaine a été l’annonce par la Réserve Fédérale américaine d’une nouvelle hausse de taux. La banque centrale a en effet décidé, mercredi, de relever d’un quart de point ses taux directeurs pour les porter dans une fourchette située entre 1 % et 1,25 %. En augmentant le loyer de l’argent pour le troisième trimestre consécutif, la Fed fait preuve d’une confiance raisonnable dans la poursuite de la reprise économique aux Etats-Unis. Cette confiance est illustrée par la décision du comité de politique monétaire de relever de 0,1 point sa prévision de croissance pour 2017, en tablant désormais sur une hausse du produit intérieur brut américain de 2,2 %, tandis que le taux de chômage devrait tomber à 4,3 %, soit 0,2 point de moins par rapport à ses dernières estimations publiées en mars.
La Fed considère que le net ralentissement observé au premier trimestre avec une croissance de seulement 1,2 % en rythme annuel (0,3 % en rythme réel) n’est que transitoire et qu’une sensible amélioration devrait intervenir dès le trimestre en cours. Jusqu’à présent, les précédentes hausses des taux n’ont pas eu d’impact significatif sur la consommation des Américains. Il faut dire que le resserrement monétaire se fait à dose homéopathique. Tout cela se passe dans un contexte où la hausse des prix devrait plafonner cette année à 1,6 %, alors qu’en mars la Fed projetait encore un taux de 1,9 %, tout près de l’objectif de 2 % qu’elle s’est fixé.
GHOSN SAUVE SON SALAIRE
En dépit de cette faiblesse de l’inflation, la Fed compte procéder à au moins une nouvelle hausse de taux cette année. Le consensus des membres du Comité de l’Open Market table sur des taux d’intérêt qui devraient atteindre les 3 % à la fin de 2019. A ce jour, seul Neel Kashkari, le président de la Fed de Minneapolis, s’est déclaré hostile à la poursuite du resserrement monétaire, considérant que l’économie américaine n’était pas encore suffisamment solide pour absorber ce nouveau relèvement des taux. Confiante dans la poursuite de la reprise, la Fed en a profité pour donner son plan de marche pour alléger son bilan. Concernant les emprunts d’Etat, le FOMC a annoncé mercredi que, dans un premier temps, le rythme de ces réinvestissements allait ralentir de six milliards de dollars par mois, puis de 30 milliards d’ici 12 mois.
Du coté du business l’actualité a été marquée par les assemblées. Celle de Solocal où les actionnaires n’ont pas eu besoin de faire voter la résolution prévoyant la révocation de Robert de Metz, celui-ci ayant annoncé sa démission quelques heures plus tôt. La société doit maintenant se doter d’un nouveau président, sans doute Jacques-Henri David et surtout d’un nouveau manager. Le nom d’Olivier Sichel ex-patron de Wanadoo et l’un des meilleurs spécialistes français du numérique revient le plus souvent dans les supputations des analystes.
BELLE PERFORMANCE POUR EURONEXT
Pour leur part, les actionnaires de Renault ont entériné, jeudi, la rémunération du PDG Carlos Ghosn pour 2016 et le calcul de celle-ci pour 2017, lors de l’assemblée générale du constructeur automobile français. La résolution en question a recueilli 53,05 % des voix, tandis que celle sur les éléments de 2017, contraignante depuis la loi « Sapin 2 », a obtenu 54,01 % des suffrages. En 2016, Carlos Ghosn a touché 7 millions d’euros de Renault, dont 1,23 million de fixe, le solde – en numéraire ou en actions récupérables à terme – étant calculé sur des critères de performance.
Lors de l’assemblée générale de jeudi, Carlos Ghosn a par ailleurs démenti tout projet visant à attribuer des bonus aux dirigeants de l’alliance automobile par des voies détournées, affirmant qu’il n’y avait rien de vrai dans des informations publiées à ce sujet cette semaine. En effet, selon l’agence de presse Reuters, l’alliance Renault-Nissan réfléchirait à un système de bonus supplémentaires pour ses dirigeants, à travers une société dédiée aux Pays-Bas, non soumise aux mêmes exigences de communication financière qu’une entreprise cotée en Bourse.
Enfin il faut noter que BNP Paribas et la Société Générale ont vendu cette semaine 6,3% du capital d’Euronext, pour ne plus conserver que 3,7% à elles deux. Le noyau dur, qui avait été élaboré pour éviter une OPA hostile, ne représente plus que 23%. Le pacte d’actionnaires élaboré avant l’introduction d’Euronext en Bourse arrivant à échéance ce 20 juin, les deux grandes banques en ont profité pour revoir leur participation au sein de la place de marché pan-européenne. L’opération s’est faite dans le cadre d’un placement accéléré de 4,4 millions de titres Euronext pour une valorisation proche de 200 millions d’euros. Elles ont bien profité de l’excellente gestion menée depuis vingt mois par Stéphane Boujnah qui a conduit à une hausse de 50 % du titre.
* * *
WanSquare a conclu cette semaine un important accord avec Altice Media pour le rachat de La Lettre de l’Expansion. Dés le closing de cette transaction tous les abonnés de WanSquare recevront régulièrement les informations de cette prestigieuse lettre réservée aux décideurs, sans supplément de prix. Cette opération fait, d'ores et déjà de WanSquare, le leader français de l’intelligence économique.Merci de votre fidélité
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
ÉDITORIAUX
Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / L’affaire Ferrand n’affecte pas l’état de grâce présidentiel
04/06/2017 - 07:41

