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Yves de Kerdrel
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L’affaire Ferrand n’affecte pas l’état de grâce présidentiel
par Yves de Kerdrel
Moins d’un mois après son élection Emmanuel Macron bénéficie, certes, d’une popularité moins flatteuse que Nicolas Sarkozy au même moment. Mais en évitant de descendre dans l’arène il se préserve et devrait bénéficier d’un état de grâce durable.
L’après campagne présidentielle est tout aussi surprenant que l’avant. Qui aurait imaginé que l’un des plus proches du nouveau président de la république, et récompensé à ce titre avec un portefeuille de ministre se verrait empêtré dans une sale affaire « d’enrichissement sans cause » moins de quinze jours après avoir été nommé. Là encore il n’y a pas de hasard. De la même manière qu’une certaine presse a attendu que François Fillon soit dans la lumière pour sortir des éléments qu’elle possédait depuis bien longtemps, cette même presse a attendu que Richard Ferrand soit devenu ministre pour écrire tout ce que les élus finistériens murmuraient depuis déjà plusieurs mois.
Mais pour grave qu’elle soit – car l’intéressé a tout de même menti dans sa défense, et l’opération en question semble avoir été menée en contradiction complète avec le code de la mutualité – elle n’affecte pas le Président de la République. Tout simplement, parce qu’à la différence de ses prédécesseurs il a décidé de garder de la hauteur et de ne pas commenter l’actualité au jour le jour. Naturellement il surveille le dossier comme le lait sur le feu. Et ce n’est pas un hasard si les deux hommes ont discrètement dîné en tête-à-tête à l’Elysée lundi dernier.
FERRAND PROBABLE BATTU
Maintenant que le parquet de Brest s’est enfin résolu à ouvrir une enquête préliminaire sur cette affaire, la justice est officiellement saisie. Et si une mise en examen du ministre est improbable à très court terme, il n’est pas impossible que celui qui avait élu avec la vague rose de 2012 dans le centre du Finistère soit battu. D’autant plus qu’il ne mène pas campagne et qu’étant mal implanté sur ces terres, il y est très impopulaire. Dans ce cas, Emmanuel Macron n’aura pas de mal à le faire quitter le gouvernement d’Edouard Philippe au lendemain du 18 juin prochain. Et l’affaire sera en partie réglée. Même si d’autres affaires affectant notamment le Modem, Marielle de Sarnez et François Bayrou pourraient éclater par la suite.
Il reste que l’affaire Ferrand reste bien circonscrite comme en témoignent les sondages pour ces prochaines élections législatives. A un une semaine du premier tour, la formation du chef de l'Etat est crédité de 29% des intentions de vote aux législatives dans le sondage hebdomadaire LégiTrack OpinionWay-Orpi pour Les Echos et Radio classique. Une progression de 1 point en une semaine, malgré les soupçons de favoritisme qui pèsent depuis le 24 mai sur l'ancien député socialiste devenu ministre de la Cohésion des territoires. Sur deux semaines, la hausse est de 2 points. Cela lui laisse entrevoir une confortable majorité absolue à l'Assemblée. LREM obtiendrait aujourd'hui entre 335 et 355 sièges sur 577. Soit bien plus que le PS en 2012 et au même niveau que l'UMP en 2007.
LA LOI BAYROU FAIT PSCHITT !
Ce qui est intéressant dans ce sondage, c’est qu’il démontre que pas moins de 18 % des électeurs de François Fillon à la présidentielle voteraient aujourd'hui pour la formation d'Emmanuel Macron. Comme 15 % des anciens électeurs de Benoît Hamon, alors que l'ancien ministre de l'Economie était déjà parvenu à siphonner la moitié des électeurs de François Hollande en 2012. Par ailleurs La République en Marche creuse l'écart avec ses rivaux. La droite se maintient à 20 % et pourrait obtenir entre 145 et 165 sièges. Les socialistes, eux, perdent 1 point à 9 %, dans l'ensemble de l'électorat, avec une projection en sièges qui va de 20 à 35. Le PS n'est pas assuré de faire mieux que la France insoumise, créditée de 24 à 31 sièges, avec 13 % des voix au niveau national. Le Front National est lui aussi à la peine. A 18 %, il recule de 1 point et obtiendrait 7 à 17 sièges. Rappelons que 15 députés sont nécessaires pour obtenir un groupe, et donc une tribune, à l'Assemblée.
Comme l’on pouvait s’y attendre la grande loi de moralisation de la vie politique, présentée jeudi par François Bayrou et rebaptisée « Pour la confiance dans notre vie démocratique » a fait pschitt ! Il faut dire qu’elle ressemble davantage à un assemblage de rustines qu’à une remise à plat du bon fonctionnement de la démocratie et du statut de nos élus. Ce qui est dommage pour un texte qui va avoir le statut de loi organique et devra être ratifiée soit par le Congrès, soit par un référendum, afin d’être ajoutée à notre constitution. Mais là encore, Emmanuel Macron a eu la finesse d’esprit de ne pas s’en mêler et de laisser François Bayrou mener ce chantier seul. Ce qui lui permettra, le cas échéant, de ne pas être atteint pas les effets boomerangs de cette loi.
VERS UNE SCISSION DES REPUBLICAINS
Ce projet de texte ne va calmer en rien l’exaspération des français à l’égard des affaires. En témoigne le dernier sondage réalisé par Odoxa pour France Info. Selon cette enquête 54% des Français trouvent qu’Emmanuel Macron a tort de maintenir Richard Ferrand au gouvernement. Les sympathisants du Front national sont naturellement les plus nombreux à partager cette opinion (86%). Outre l'affaire Ferrand, 57% des sondés déclarent que la polémique concernant Marielle de Sarnez, la ministre des Affaires européennes, visée par une enquête préliminaire sur l'emploi d'un collaborateur au Parlement européen, dégrade l'image qu'ils avaient du gouvernement. Ces polémiques jouent également sur l'enthousiasme des Français vis-à-vis de la composition du gouvernement : alors qu'ils étaient 66% à s'en dire satisfaits au lendemain de l'annonce, ils ne sont plus que 59% à se montrer positifs.
Dans ce contexte, Emmanuel Macron bénéficie de l’absence, du désarroi et de la décomposition de l’opposition. C’est vrai pour le Front National qui en pleine dislocation après le départ de Marion Maréchal Le Pen et les menaces de Florian Philippot. C’est vrai surtout pour Les Républicains. Même si leur bon ancrage territorial leur permet d’obtenir environ 150 députés dans la prochaine assemblée, les divisions sont si fortes à l’intérieur du Parti, que certains s’attendent à une forme d’explosion avant même le congrès d’octobre prochain qui doit désigner le nouveau Président. Selon plusieurs ténors des Républicains que nous avons rencontrés, la probabilité est forte pour que dés la réunion de la nouvelle assemblée on assiste à la composition de deux groupes parlementaires au sein du même parti. L’un désireux de mener une opposition constructive. Le second plus frontal. Il y aura d’un côté une tendance dure façon Wauquiez et de l’autre une tendance plus ouverte façon Xavier Bertrand. Les deux étant déjà en course pour obtenir la présidence du Parti.
LA COUR DES COMPTES SANS PITIE
Au chapitre économique, la nouvelle assemblée va sans doute vite devoir se pencher sur une loi de finances rectificative. Surtout après le rapport publié cette semaine par la Cour des Comptes. Celle-ci a expliqué que l’exercice 2016 se caractérise par l’émergence de facteurs d’accélération durable de la dépense, qui sont susceptibles de compromettre à court et à moyen terme le retour à l’équilibre des comptes. De fait les incertitudes sur le budget de l’Etat sont renforcées. Un signal d’alarme qui préfigure la publication de l’audit des finances publiques demandé à la Cour par le gouvernement et qui devrait être remis au premier ministre le 3 juillet. S’il s’est refusé à en dévoiler le contenu, Didier Migaud, le premier président de la Cour des comptes, a toutefois pris soin de rappeler son principal objectif : Examiner les risques qui pèsent sur les exercices 2017 et 2018.
Des risques déjà aperçus en nombre. A court terme, l’accélération de la croissance des dépenses fiscales et les reports de charges créent un risque sur l’exécution 2017. Et cette augmentation des dépenses n’est pas due au seul CICE, dont le coût devrait s’alourdir de plus de 3 milliards d’euros en 2017 (15,8 milliards, contre 12,6 milliards en 2016) et de près de 5 milliards en 2018 (20,6 milliards). La Cour souligne également des accommodements critiquables avec la comptabilité budgétaire, en relevant l’augmentation des reports de charges et des mesures tendant à minorer, pour près de 2 milliards d’euros, l’évolution des dépenses.
NETTE REMONTEE DE L’EURO
Autant Emmanuel Macron ne veut pas se laisser perturbé par les affaires, autant il compte bien intervenir directement sur ces sujets qu’il maitrise parfaitement. Il a reçu cette semaine Bruno Le Maire et Gérald Darmanin en tête-à-tête afin de commencer à préparer ces ajustements budgétaires. Quitte à retarder les mesures fiscales annoncées dans le programme du candidat Macron. C’est-à-dire la hausse de la CSG, la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des foyers et la transformation de l’ISF en un impôt sur la rente immobilière.
Comme nous l’avions annoncé la semaine passée, l’euro remonte lentement mais sûrement. Cela faisait partie de la discussion Merkel-Macron du 15 mai dernier à Berlin. Et ce mouvement devrait perdurer même si Mario Draghi a annoncé cette semaine qu’il ne comptait pas modifier la politique monétaire accommodante menée par la BCE depuis plusieurs mois. L’institution est consciente qu’un resserrement de sa politique monétaire, qui se traduira par une hausse des taux d’emprunt, pourrait fragiliser les finances publiques des Etats affichant les déficits et dettes les plus élevés. Même si elle ne cesse de les appeler à faire des efforts en la matière, elle ne prendra pas le risque de retirer trop tôt ses soutiens à l’économie.
PUYFONTAINE MISSI DOMINICI EN ITALIE
A noter que le taux de chômage en Allemagne a atteint, le mois dernier, son plus bas niveau historique depuis la réunification, il y a vingt-sept ans. Il s’établit donc à 5,6 %. En 2005, l’Allemagne comptait 5,3 millions de chômeurs, soit une réduction de moitié en douze ans. Selon la définition harmonisée du taux de chômage d’Eurostat, ce taux s’élevait en avril à 3,9 %, ce qui fait de l’Allemagne le leader européen. Près de 44 millions de personnes travaillent actuellement outre-Rhin et les besoins ne faiblissent pas : 714 000 postes restent à pourvoir.
Du coté du business, c’est sans surprise qu’Arnaud de Puyfontaine, déjà président du directoire de Vivendi, est devenu président exécutif de Telecom Italia jeudi dernier. Ce dernier va devoir devra désormais agir sur plusieurs fronts. Celui du rétablissement de la santé financière de Telecom Italia. Et cela dans un contexte particulier, puisque Xavier Niel devrait tenter l’aventure Free en Italie d’ici la fin de l’année. Mais la véritable bataille va davantage se livrer sur le terrain des services et des contenus que sur celui des réseaux et les infrastructures pour devenir une media company. Dans ce but le groupe français envisage sérieusement de coter son activité musique. Ce qui pourrait lui rapporter 5 milliards d’euros de liquidités pour IPO à hauteur de 20 % du capital environ.
LE CAS TRUMP AU MENU DU BILDERBERG
A quelques jours d’une nouvelle assemblée de Solocal qui s’annonçait mouvementée en raison des cris d’orfraie poussés par les petits actionnaires sur le package d’actions réservées aux dirigeants, le directeur général a démissionné cette semaine. C’est lui le principal responsable de la considérable destruction de valeur subie par les ex-Pages Jaunes. Il s’est montré incapable de réaliser la véritable transformation digitale du groupe à partir d’une base de départ. Robert de Metz, le président non exécutif, dont les actionnaires demandent le départ – ce qui est sans doute excessif – va devoir trouver un nouveau CEO. Soit en interne, soit en faisant appel à un chasseur de têtes spécialisé. Le choix de ce nouveau patron sera essentiel pour l’avenir de Solocal.
A noter enfin que ce dimanche se termine la réunion annuelle du groupe de Bilderberg que préside Henri de Castries. Sur les 13 principaux sujets à l’agenda de cette réunion qui se déroule en Viriginie, plus de la moitié ont rapport directement ou indirectement avec l’administration Trump et ses conséquences sur l’avenir de la Planète. Parmi la délégation française, figurent cette année Nicolas Baverez (membre du steering committee), Thomas Buberl, le nouveau patron d’Axa, le journaliste François Lenglet, le Général Puga, grand chancelier de la légion d’honneur, et Bruno Tertrais directeur de la Fondation pour la recherche stratégique.Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
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Éditorial / Macron en bonne voie pour avoir une majorité
28/05/2017 - 07:02

