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Yves de Kerdrel

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4 semaines pour avoir une majorité
par Yves de Kerdrel

Depuis son intronisation, Emmanuel Macron a fait un parcours sans faute. A la fois en endossant le rôle de Chef des Armées. Mais surtout en présentant un casting séduisant pour son premier gouvernement. Il lui reste à obtenir une majorité le 18 juin prochain.

21/05/2017 - 07:52 Temps Lecture 13 mn.

Personne ne doutait de la capacité d’Emmanuel Macron à tenir compte des critiques. Le nouveau Chef de l’Etat a bien entendu les remarques faites sur sa fête déplacée à la Rotonde le soir du premier tour et sur la vacuité de certaines de ses interventions d’entre-deux tours. Le résultat a été une cérémonie d’intronisation parfaitement réussie du début jusqu’à la fin. Avec un très beau signe envoyé aux armées (la remontée des Champs-Elysées à bord d’une command-car) et un déplacement impromptu au chevet des blessés de guerre hospitalisés à Percy-Clamart.

La deuxième étape décisive de ce parcours sans faute a été la nomination à Matignon d’Edouard Philippe, comme nous le laissions envisager, dans ces colonnes, dés dimanche dernier. Les discussions entre les deux hommes avaient débuté il y a deux semaines. En même temps Emmanuel Macron parlait de la même manière avec Sylvie Goulard. S’il a préféré le Maire du Havre à l’Eurodéputée, c’est pour l’onde de choc que sa nomination provoquerait chez les Républicains. Dés le vendredi 12 mai, Edouard Philippe s’est donc assuré du soutien d’un certain nombre d’élus de droite et a organisé le texte de soutien à sa nomination. Il a tenté d’y inclure son mentor Alain Juppé, qui s’y est, en revanche toujours refusé, déconseillant même à Edouard Philippe d’accepter Matignon.

PRECAUTIONS D’USAGE AVANT LES NOMINATIONS

Si sa nomination a tardé lundi après-midi, alors que le nouveau Chef de l’Etat devait prendre son avion pour rendre visite à Angela Merkel, c’est parce que l’Elysée a tenté d’imposer à Edouard Philippe son directeur de cabinet. Il lui a été successivement proposé le nom de Nicolas Revel, ex binôme d’Emmanuel Macron à l’Elysée au début du quinquennat Hollande, puis celui de Thomas Cazenave, qui occupait le bureau de secrétaire général adjoint de l’Elysée il y a encore quelques jours. Edouard Philippe a finalement tenu bon et imposé son condisciple et major de l’ENA (après avoir fait l’X) Benoit Ribadeau-Dumas. Les deux hommes ont déjà travaillé ensemble dans l’ombre de Jean-Pierre Raffarin.

La composition du gouvernement a également pris plus de temps que prévu. D’abord pour s’assurer auprès des services compétents que les nouveaux ministres ne cachaient pas des « casseroles potentielles ». Et c’est naturellement le cas de François Bayrou, de ses chevaux de course, et de son curieux statut de fermier qui l’exonère d’ISF, qui a posé le plus de tracasseries à la haute autorité pour la transparence. Selon nos informations, chaque nouveau ministre a fait l’objet d’un interrogatoire en tête-à-tête avec un haut magistrat afin de savoir si c’est bien lui qui payait ses vacances, s’il avait reçu des cadeaux importants et si les fonctions occupées par son conjoint posaient ou non un problème.

LA DROITE VA DEVOIR GERER BERCY

L’autre sujet majeur a été le souhait d’Emmanuel Macron et de son secrétaire général de l’Elysée Alexis Kohler de mettre en valeur Jean-Yves Le Drian tout en écartant son directeur de cabinet, Cédric Lewandowski. D’où la nomination de Sylvie Goulard au Ministère des Armées et celle du « guerrier » breton au Quai d’Orsay. Quant à son tout puissant directeur de cabinet, qui rêvait d’être nommé à la tête de la DGSE, il est retourné chez EDF et prépare une biographie de Lucien Bonaparte dont il a occupé le bureau pendant cinq ans.

Emmanuel Macron a montré encore une fois toute sa finesse en confiant les deux ministères de Bercy à deux personnalités de droite, farouchement opposées à son projet d’augmentation de la CSG de 1,9 %. De surcroit au moment où il va falloir imposer une rigueur exigée par Bruxelles et Berlin. Mais le poste le plus compliqué est sans aucun doute celui qui revient à Muriel Pénicaud ex-DRH de Dassault Systèmes et de Danone, dont la compétence est saluée par tous. Car c’est elle qui va devoir expliquer aux partenaires sociaux le sort qui les attend avec les ordonnances. Or la lecture de l’interview accordée en début de semaine par Laurent Berger aux Echos montrait l’inflexibilité du syndicat le plus modéré. C’est dire à quel point elle va devoir faire preuve d’une très grande habileté – dont elle est dotée.

PAS D’ETAT DE GRACE

Malgré tout ce bon démarrage, la fracture provoquée chez les français par la dureté de la campagne présidentielle ne semble pas laisser d’état de grâce au Président de la République et au couple exécutif. La veille du second tour, Emmanuel Macron avait reconnu que s'il était élu, il n'aurait pas d'état de grâce. C'est effectivement le cas. Car avec 45 % de cote de confiance dans le baromètre de l'exécutif d'Elabe pour Les Echos et Radio Classique, le nouveau Chef de l’Etat n'obtient pas de chèque en blanc de la part des Français. Même chose pour son Premier ministre, crédité de 36 % de confiance. Bien sûr Emmanuel Macron obtient bien davantage que François Hollande à la fin de son quinquennat (26 %). Mais avec une cote inférieure à tous ses prédécesseurs à l'aube de son mandat : 58 % pour François Hollande en 2012, 59 % pour Nicolas Sarkozy en 2007, 61 % pour Jacques Chirac en 1995 et 53 % pour lui également en 2002.

En revanche, et c'est un signal plutôt positif pour Emmanuel Macron dans la perspective des législatives, ses premiers pas de président ont pu séduire y compris des Français qui n'avaient pas voté pour lui au second tour. Car si 92 % de Français ayant voté pour lui au premier tour lui font confiance, ce sont jusqu'à 56 % des électeurs de Benoît Hamon qui lui donnent aussi la leur et quasiment la moitié (49 %) de ceux de François Fillon. Quant à Edouard Philippe, cette première mesure de confiance - 36 % des Français interrogés déclarent donc lui faire confiance contre 43 % qui ne lui font pas confiance - elle indique surtout, que le nouveau Premier ministre est encore largement inconnu du grand public.

EN ROUTE POUR UNE MAJORITE ABSOLUE

Désormais, la principale préoccupation du couple exécutif est de s’assurer sinon la majorité absolue à l’assemblée nationale, du moins la plus large majorité relative, avec un Parti socialiste très diminué et des Républicains en pleine fragmentation. A trois semaines du premier tour des législatives, la dynamique se confirme en faveur du mouvement du président, dans LégiTrack, le sondage hebdomadaire OpinionWay-ORPI réalisé pour Les Echos et Radio classique. Cette enquête crédite la République en marche de 27 % des intentions de vote au niveau national, contre 20 % pour la droite comme pour le FN, loin devant La France insoumise (14 %) et le PS (11 %). Le nouvel exécutif obtiendrait, dans ce cas de figure, 280 à 300 députés, sans tenir compte de l'Outre-Mer, de la Corse et des Français de l'étranger, territoires qui n'ont pas été pris en compte par l'institut.

Il existe bien une dynamique favorable au nouveau Chef de l’Etat comme le veut la tradition républicaine. A la veille du second tour de la présidentielle, En Marche recueillait 249 à 286 élus. Ses candidats se qualifieraient au second tour dans plus de 400 circonscriptions, contre près de 300 pour ceux de la droite et 240 pour ceux du FN. Son pronostic de victoire aux législatives progresse lui aussi fortement : il atteint 45 %, contre 30 % il y a deux semaines. Une poussée liée à la victoire d'Emmanuel Macron (son mouvement est 3 points au dessus de son score au premier tour de la présidentielle), mais aussi à la nomination d'un Premier ministre issu de la droite. Ainsi 16 % des électeurs de François Fillon disent voter pour un candidat de la République en marche et 40 % souhaitent même que le nouveau chef de l'Etat dispose d'une majorité. C’est la position notamment exprimée par Luc Ferry, jeudi dernier, dans le Figaro.

LE MAIRE EN VISITE A BERLIN

Si les législatives se déroulaient ce dimanche, la droite obtiendrait 150 à 170 sièges, soit moins que dans l'Assemblée sortante (199 en incluant les apparentés). Elle pâtit notamment d'une baisse du nombre de circonscriptions dans lesquelles le second tour opposerait aujourd'hui LR et le FN, au profit de duels LR-La République En Marche plus difficiles pour elle. L'extrême-droite, confronté à un plafond de verre dans les scrutins majoritaires à deux tours, est créditée de 10 à 15 élus, le minimum pour disposer d'un groupe et donc d'une tribune. La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon pourrait réaliser une petite percée avec la perspective de 20 à 25 députés. Le Parti socialiste, lui, en obtiendrait aujourd'hui entre 40 et 50. C'est certes un peu mieux qu'il y a deux semaines (28 à 43) mais le recul serait considérable par rapport à ses 284 élus dans l'Assemblée sortante.

Au chapitre économique, il faut souligner que les deux nouveaux ministres – de l’économie et des finances pour le premier, de l’action et des comptes publics pour le second – à la tête des finances de l’Etat ont donné le ton de leur action future, quelques heures après leur nomination dans le gouvernement d’Edouard Philippe. Comme Emmanuel Macron en début de semaine, le ministre de l’économie Bruno Le Maire a annoncé que son premier déplacement serait à Berlin lundi, pour des entretiens avec son homologue allemand, Wolfgang Schäuble, avec qui il se rendra dans la foulée à Bruxelles pour une réunion de l’Eurogroupe. La visite en Allemagne a pour objet de discuter de l’avenir de la construction européenne et des moyens de donner une véritable impulsion, concrète, nouvelle, à l’intégration de la zone euro. Le ministre de l’action et des comptes publics, Gérald Darmanin, a déclaré de son côté que la feuille de route des nouveaux locataires de Bercy était de rassurer nos partenaires européens.

L’INVESTISSEMENT TIENT BON

Comme nous le rappelions dimanche dernier, Emmanuel Macron arrive au pouvoir au moment où l’alignement des planètes économiques semble redevenir plus favorable. En témoigne une étude de l’assureur-crédit Euler Hermes, parue mercredi dernier qui explique qu’en 2017, deux entreprises sur trois comptent investir au moins autant qu’en 2016. Mieux, 53 % du millier de PME et d’ETI sondées privilégient un investissement offensif, c’est-à-dire une augmentation des capacités de production, un lancement d’une nouvelle activité, des dépenses de recherche et développement ou une opération de croissance externe.

Selon l’Insee, l’investissement total en France a crû de 2,7 % en 2016, après une hausse de 0,9 % en 2015. Il a même bondi de 4 % pour les entreprises l’an passé, un record. Le taux d’utilisation des capacités de production s’est établi à 83,6 % en avril, au plus haut depuis mi-2008. L’Insee anticipe toutefois un ralentissement cette année, en raison de l’arrêt, le 15 février, de la mesure de suramortissement fiscal, plébiscitée par les entreprises. Mais c’est sans compter le programme d’Emmanuel Macron qui prévoit la substitution des cotisations employés par une hausse de la contribution sociale généralisée avec en parallèle une baisse de l’impôt sur les sociétés et un recul de six points des cotisations sociales employeurs en remplacement du CICE.

UNE ISSUE DE SECOURS POUR ENGIE ?

Le seul bémol du moment : alors que la visibilité s’améliore sur le carnet de commandes – soit 6,4 mois en 2016 contre 5 mois en 2015 –, 51 % des PME-ETI tricolores se plaignent de la pression sur les prix. Avec une croissance attendue entre + 1,3 % et + 1,5 % cette année, la dynamique d’investissement peine toutefois à se traduire dans l’économie. Un paradoxe résumé dans une autre étude, intitulée « L’énigme de l’investissement », publiée mardi par La Fabrique de l’industrie, un groupe de réflexion d’industriels. Ce laboratoire d’idées rappelle aussi que 3 000 entreprises, dont la moitié de grands groupes, réalisent 70 % des dépenses d’investissement et le taux d’investissement des PME reste nettement en deçà de la moyenne.

A noter, sur le front du business, qu’au moment où Isabelle Kocher, la patronne d’Engie est en position très instable son groupe et RWE étudient chacun avec leurs banques conseil respectives le scénario d'une alliance. Selon l'un des schémas envisagés, un échange d'actifs aurait lieu par lequel Engie prendrait une participation dans Innogy, la filiale cotée de RWE, et ce dernier deviendrait actionnaire d'Engie. Cette opération s'accompagnerait d'une diminution de la part de l'Etat français, qui contrôle actuellement 28,65% d'Engie. Alors que la capitalisation boursière d'Engie avoisine 33 milliards d'euros et celle d'Innogy 18,6 milliards, la participation de 76,79% de RWE dans sa filiale, évaluée à 14,3 milliards, lui permettrait d'obtenir environ un tiers d'une entité fusionnée Engie-Innogy.

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