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Yves de Kerdrel
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Alignement des planètes parfait pour le Président Emmanuel Macron
par Yves de Kerdrel
Le Président de la République élu dimanche dernier est officiellement investi aujourd’hui. Jusqu’ici tout se déroule comme il l’avait anticipé avec l’explosion du PS et la fragmentation de la droite. Sur le plan économique aussi, le pire est désormais passé.
C’est donc aujourd’hui qu’Emmanuel Macron est investi officiellement comme huitième Président de la cinquième République, seulement treize mois après avoir lancé son mouvement En Marche. La cérémonie doit débuter vers 10 heures avec l'accueil du président élu par le président sortant sur le perron de l'Élysée. Les deux hommes s'entretiendront alors une quarantaine de minutes, seul à seul, dans le bureau présidentiel. Ils s'échangeront soit des informations relativement banales, soit de véritables secrets d'État et surtout les souhaits de l’ancien Président de voir bien traités un certain nombre de ses collaborateurs proches.
Après cet entretien privé, Emmanuel Macron aura l'occasion de découvrir un des endroits les plus secrets du palais de l'Élysée: la salle Jupiter, un bunker qui sert de commandement militaire. Cette visite se fera en compagnie de l’Amiral Roggel, chef d’état major particulier du Président. Construite dans le sous-sol du palais, elle dispose de plusieurs pièces dont un bureau pour le Président, une salle de réunion ainsi que le système de déclenchement de la force de dissuasion nucléaire française. Emmanuel Macron devrait ensuite, selon le protocole, raccompagner son prédécesseur dans la cour de l'Élysée. Il pourra ensuite prendre possession de son bureau et de ses appartements, 140m² spécialement aménagés et situés dans l'aile Est du palais.
UN PREMIER MINISTRE DES CE SOIR ?
Si la passation de pouvoir officielle a lieu aujourd’hui, dans les faits, elle a déjà débuté. Depuis son élection le 7 mai dernier, Emmanuel Macron a accompagné François Hollande lors des commémorations du 8 mai sur les Champs-Élysées. Une sortie conjointe aux airs de passage de relais. De surcroit depuis une semaine deux personnes de son entourage proche, notamment Alexis Köhler, le futur secrétaire général de l’Elysée et son directeur de campagne et Jean-Marie Girier, appelé à devenir son directeur ou chef de cabinet se sont rendus à plusieurs reprises à l’Elysée afin d’échanger avec leurs homologues et d’assurer une transition fluide.
Très vite, Emmanuel Macron devrait faire connaître le nom de son premier ministre. Le nom le plus cité, ces derniers jours est celui de Sylvie Goulard, député européenne (modem) par ailleurs énarque et spécialiste des questions bruxelloises. Elle coche toutes les cases exigées par le nouveau présidence : une expérience politique, une connaissance de l’appareil d’état, une capacité à élargir la majorité présidentielle, un caractère bien trempé qui peut faire d’elle un chef d’équipe. De surcroit, il s’agit d’une femme venue de la droite. Ce qui serait un signe fort adressé aux français en termes de renouvellement de la vie politique.
L’HYPOTHESE EDOUARD PHILIPPE
L’autre nom cité est celui du Maire du Havre, Edouard Philippe, très proche d’Alain Juppé. Si son nom circule, c’est parce que le but de cette nomination ne serait pas de choisir un bon premier ministre, mais de fracturer la droite en obtenant une scission chez les Républicains et en s’accordant l’alliance des juppéistes. Alain Juppé ayant opposé un démenti à cette hypothèse, le débauchage d’Edouard Philippe resterait un cas isolé, éventuellement suivi de son ami très proche, Gilles Boyer, ex directeur de campagne d’Alain Juppé pendant la primaire. L’avantage d’Edouard Philippe, pour Emmanuel Macron est qu’il ne lui fera pas d’ombre et qu’il pourra s’en séparer sans difficulté après les législatives. Il se peut que cette nomination intervienne dés ce soir
Au plus tard, mardi, la composition du nouveau gouvernement, d’ores et déjà réglée par Emmanuel Macron lui-même, devrait être annoncée, afin que les passations de pouvoirs puissent intervenir très vite. Pour l’instant les seules certitudes portent sur Nicole Notat à la santé ou au logement, Jean-Yves Le Drian à la Défense, à l’Intérieur ou au Quai d’Orsay, et Richard Ferrand, à l’agriculture ou à l’Intérieur. Il est aussi question de la nomination de Claude Chirac à la tête d’un grand ministère de l’éducation et de la culture. Un choix souhaité par Brigitte Macron, ancien professeur de français.
AGENDA CHARGE POUR MACRON
D’ici aux élections législatives des 11 et 18 juin, dont le résultat est encore très aléatoire, le nouveau Président de la République va consacrer son temps à trois activités principales. D’abord la rencontre de chefs d’état étrangers. Notamment à l’occasion du sommet de l’Otan et du G7 de Traormine d’ici deux semaines. Ensuite les discussions avec les partenaires sociaux : aussi bien le patronat que les différentes organisations syndicales. Laurent Berger, le patron de la CFDT a d’ailleurs récemment avoué qu’il avait parlé à plusieurs reprises avec Emmanuel Macron pendant l’entre-deux tours. Enfin, Emmanuel Macron, qui de par ses anciennes fonctions de secrétaire général adjoint à l’Elysée, connaît bien le fonctionnement de la machine étatique, devrait procéder à de nombreuses nominations à la tête des principales administrations. De manière à avoir les mains libres pour mettre en œuvre son programme.
A droite, on tente de faire contre mauvaise fortune bon cœur. François Baroin a clairement pris en main et avec une vigueur qu’on ne lui connaissait pas le combat pour les législatives. Même s’il y a peu de chance, a priori, pour que la droite obtienne les 289 sièges qui lui permettent d’avoir un gouvernement de cohabitation, les Républicains seraient déjà très heureux de compter 200 à 210 députés comme certains sondages semblent l’escompter. Pour cela il faut éviter les désertions vers le camp Macron. François Baroin, Christian Jacob et Gérard Larcher s’emploient à décourager tous ceux qui seraient tentés par le fait « d’aller à la soupe »
WAUQUIEZ PREPARE LE CONGRES DE LA RENTREE
De son côté Laurent Wauquiez se démène comme un diable pour cette campagne en faisant plusieurs meetings par jour. Son ambition personnelle est la présidence du parti Les Républicains, qui pourrait faire de lui, de facto, le chef de l’opposition, en cas de défaite aux législatives. Un congrès est prévu en octobre prochain pour reconstruire le parti après la défaite cinglante de François Fillon. Son but est d’éviter que le parti ne devienne un robinet d’eau tiède aux mains de personnalités comme Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, Gérald Darmanin ou Christian Estrosi. Il est donc probable que l’été sera chaud à droite, avec les préparatifs de ce congrès.
Au chapitre économique, il faut retenir de la semaine écoulée le satisfecit de la commission européenne sur les perspectives économiques de la zone euro. Selon celles-ci, la hausse du PIB pour les 19 pays de la zone euro devrait être de 1,7 % en 2017 et de 1,8 % en 2018. La croissance est donc de retour en zone euro et dans toute l’Union. Une croissance modeste mais solide. A en croire ces prévisions l’économie de l’Union est entrée dans sa cinquième année de redressement, une tendance qui concerne désormais tous ses Etats membres. Les économies européennes sont notamment tirées par une meilleure conjoncture internationale et par une consommation intérieure, toujours vigoureuse, même si elle commence à donner des signes de ralentissement.
UN DEFICIT PUBLIC TOUJOURS EXCESSIF
Les taux de chômage devraient continuer de diminuer, à 9,4 % de la population active en 2017 et à 8,9 % en 2018 en zone euro, rejoignant les niveaux de 2009, juste après le début de la crise financière. Ils tombent à 8 % en 2017 et à 7,7 % en 2018 dans l’Union. Les finances publiques s’améliorent aussi tendanciellement. En zone euro, les déficits publics glissent à 1,4 % du PIB en moyenne en 2017 (et à 1,3 % en 2018). Quant aux dettes publiques, elles se dégonflent lentement, à 90,3 % du PIB pour 2017 et à 89 % en 2018. En revanche, des divergences, considérables, fragilisent toujours une zone euro politiquement incomplète. Les dettes de l’Italie, de la Grèce, du Portugal ou de la Belgique dépassent largement les 100 % de leur PIB. Le chômage devrait rester en moyenne en 2017 à 22,8 % de la population active en Grèce, à 17,6 % en Espagne ou à 9,9 % en France.
C’est dire si Emmanuel Macron arrive à l’Elysée au moment où l’alignement des planètes économiques n’a jamais paru aussi favorable depuis au moins dix ans. Le seul point noir est celui du déficit public. Selon Bruxelles celui-ci serait à 3 % en 2017 mais à 3,2 % en 2018. Ce qui fait que la France devrait continuer à rester dans le cadre de la procédure – désagréable - des « déficits publics excessifs » dans laquelle le pays est placé depuis 2009. D’autant que Pierre Moscovici, qui est chargé de cela, n’a jamais été en très bons termes avec Emmanuel Macron et n’est pas disposé à faire de cadeaux.
LA PORTE ETROITE DE MACRON A BRUXELLES
Le nouveau chef de l’état ne dispose donc d’aucune marge de manœuvre budgétaire pour dérouler ses promesses de campagne. Pour respecter la règle des 3 %, il va devoir proposer un budget 2018 sous contrôle. A priori cela paraît illusoire d’obtenir un nouveau délai de la part de Bruxelles. En 2015, la France n’avait échappé à la sanction pour non-respect du pacte (et obtenu deux ans supplémentaires de rallonge) que grâce à l’intervention de M. Juncker. Cette faveur a créé un très fort ressentiment chez les partenaires européens de la France. Emmanuel Macron le sait, lui qui a fait du respect des 3 % de déficit la clé de voûte de sa stratégie européenne.
De surcroit, appliquer à la lettre le Pacte de stabilité est la condition pour récupérer au Conseil l’aura que la France y a perdue. C’est surtout un préalable pour regagner la confiance des Allemands. Le populaire et très rigoriste ministre des finances, Wolfgang Schäuble, a certes déclaré, mardi qu’il fera tout pour soutenir Emmanuel Macron. Mais personne ne s’attend, à Bruxelles, que Berlin accepte, sans conditions, de suivre le nouveau président français dans son projet d’une zone euro plus intégrée (avec un budget propre, un contrôle parlementaire et un super-ministre de la zone euro).
LE TRES BEAU COUP DE BOLLORE
Selon les informations obtenues par WanSquare, pour éviter un dérapage prévisible du déficit, Emmanuel Macron souhaite négocier avec la Commission une sorte de passe-droit ponctuel afin que l’institution ne comptabilise pas les 20 milliards d’euros de dépenses (liés à la transformation du CICE en baisse de charges) dans le budget tricolore 2018. Les équipes du nouveau président admettent qu’il faudra négocier ce dispositif non-automatique avec la Commission. Surtout avec Jean-Claude Juncker, qui veut aider Macron et est en accord parfait avec sa vision d’une Europe qui protège.
Du côté du business, comme nous le laissions envisager il y a deux semaines Vivendi a donc entrepris de racheter Havas. Son président du directoire, Arnaud de Puyfontaine, a obtenu, l’accord du conseil de surveillance pour proposer au Groupe Bolloré de lui racheter la participation de 60 % que celui-ci détient dans le capital d’Havas. L’opération va rapprocher deux sociétés qui ont comme actionnaire principal le groupe de Vincent Bolloré. Elle se fonde sur une valorisation du groupe publicitaire de 4 milliards d’euros. Le Groupe Bolloré, qui détient 60 % d’Havas, toucherait donc 2,4 milliards d’euros, en cash, pour ses titres.
DRAHI A SORTI SON CHEQUIER
L’opération devrait être finalisée fin juin. Devrait suivre une offre publique d’achat (OPA) simplifiée de Vivendi pour rafler les parts des actionnaires minoritaires d’Havas. Pour une opération observée à la loupe par les actionnaires minoritaires le directoire de Vivendi s’est fait conseiller par les banques BNP et Natixis, et son conseil de surveillance par la banque Rothschild. Selon plusieurs analystes, l’opération améliorera la performance de l’action du groupe même s’ils pointent déjà du doigt un risque de décote de holding pour l’action Vivendi. D’où la hausse de 5 % du titre Vivendi lors de la séance de vendredi.
Cette annonce est intervenue le jour même où tombait une mauvaise nouvelle pour Canal+. Car à partir de 2018, les matchs des grandes équipes européennes seront diffusés sur SFR Sport. Montant du chèque annuel : entre 350 et 370 millions d’euros, soit plus du double des sommes déboursées aujourd’hui. Patrick Drahi n’a donc pas lésiné pour apporter le plus de contenus possibles chez SFR. Il lui faudra cependant aller chercher presque deux millions d’abonnés fixes supplémentaires pour compenser un tel impact à moins de relever aussi les tarifs des clients existants ou réussir à vendre ce bouquet en masse par les autres opérateurs.
EFFETS SECONDAIRES SUR ORANGE ET CANAL+
Le lancement en septembre 2016 de SFR Sport n’a pas encore permis de retenir les abonnés. Au premier trimestre, l’opérateur, qui espère fidéliser grâce au foot ses 18 millions de clients, a perdu 35 000 abonnés dans le fixe, et en a gagné 46 000 à peine dans le mobile. Le groupe, qui va supprimer 5 000 postes, soit un tiers de ses effectifs, économisera environ 400 millions d’euros par an. En parallèle, SFR nourrit toujours l’espoir de distribuer son bouquet Sport chez ses concurrents.
En attendant, l’offensive de SFR ne sera pas sans conséquence pour ses concurrents. A commencer par Orange et Canal+, qui avaient prévu de nouer un accord de distribution privilégié. Celui-ci devait permettre au groupe de télévision payante de disposer de moyens financiers supplémentaires pour affronter l’opérateur de Patrick Drahi. Des mois de discussions n’ont pas permis d’aboutir. Orange fait aussi partie des victimes collatérales de SFR. L’opérateur se voit réduit au rang de simple distributeur face à un nouveau diffuseur de télévision payante devenu incontournable, qui aura en outre de nouveaux arguments commerciaux à faire valoir.
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