éditorial / Yves de Kerdrel
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Yves de Kerdrel
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Macron, président virtuel d'une France à cran
par Yves de Kerdrel
Dimanche prochain à 20 heures, Emmanuel Macron devrait devenir le plus jeune président de la République française. Peut-être sera-t-il moins bien élu qu'il l'aurait espéré avec 55 à 57 % des voix, en fonction du taux d'abstention. Mais contrairement à ce qu'essaye de faire croire son équipe, il y a peu de suspense. Et en dépit de quelques ralliements marginaux, Marine Le Pen ne bénéficie pas d'une réserve de voix suffisante pour atteindre la barre fatidique des 15 millions de voix (deux fois son score du premier tour).
Bien sûr, cela conduit le leader d'En Marche à multiplier les maladresses. Comme son discours du 23 avril au soir. Comme la célébration précipitée de sa victoire au Restaurant de La Rotonde avec Attali, Bergé, Arditi et autres symboles de la France d'en-haut. Comme son déplacement raté à Amiens auprès des ouvriers de Whirlpool. Et à n'en pas douter, il y aura d'autres maladresses et fautes de jeunesse au cours de la semaine à venir. Mais pas au point d'inverser le sens du scrutin.
UN RETOUR DE CHRISTINE LAGARDE ?
En revanche l'ancien collaborateur de François Hollande qui n'a toujours avancé jusqu'ici que sur un tapis de roses entouré par les bonnes fées du CAC 40 a bien intérêt à mesurer à quel point la France est à cran. En témoignent les défilés qui ont émaillé la semaine écoulée à Paris, Rennes, Nantes ou Toulouse. À la différence de 2002, il ne s'agissait pas de manifestations de rejet du seul Front National. Mais le slogan le plus repris était : "ni patrie, ni patron". Ce qui laisse envisager cinq années de tension durant lesquelles le nouveau président devra gouverner contre la rue et les mélenchonistes de "Nuit debout".
La principale question qui se pose aujourd'hui est de savoir avec qui Emmanuel Macron va gouverner. Tout dépendra bien sûr des élections législatives. Il n'a pas caché qu'il souhaitait voir une femme à Matignon. Ce qui lui a valu d'avoir la candidature immédiate et un peu déplacée de Laurence Parisot. D'autres pensent plutôt à Christine Lagarde dont l'image est intacte en France en dépit de l'affaire Tapie. Et qui de surcroît pourrait faire un pont avec certaines personnalités de la droite et du centre. Le fidèle Richard Ferrand pourrait être ministre de l'Intérieur. Quant à Jean-Yves Le Drian, il devrait rempiler à La Défense. Le nom de la députée européenne Sylvie Goulard est souvent cité pour le Quai d'Orsay. Et quoi qu'il s'en défende, François Bayrou devrait hériter d'un poste clé.
FRANCOIS BAROIN EN CAS DE COHABITATION ?
Il reste à mener la bataille des législatives. Emmanuel Macron a promis de révéler d'ici la fin de la semaine la plupart de ses candidats à la députation, qui devront affronter à la fois des candidats socialistes - à part quelques exceptions négociées en secret - des candidats des Républicains et des membres du Front National. Ces derniers pourraient obtenir une cinquantaine de sièges en fonction du score définitif de Marine Le Pen au second tour et de la manière dont se dérouleront les triangulaires.
A priori, c'est François Baroin qui devrait prendre la tête de la droite républicaine pour ce combat de la mi-juin. Ce qui fera de lui automatiquement un premier ministre de cohabitation au cas où En Marche ne parvient pas à construire une coalition de gouvernement avec le Parti Socialiste. Laurent Wauquiez devrait, pour sa part, reprendre les rênes du parti de droite ou sinon assumer la présidence de groupe à l'Assemblée Nationale. Pour l'heure, en dépit, de légers différences de vocabulaire sur la conduite à tenir face au Front National, le Parti de la Rue de Vaugirard reste soudé. Quant à François Fillon il ne se présentera ni aux législatives ni aux sénatoriales. Ce qui paraît normal.
FAIBLE CROISSANCE AU PREMIER TRIMESTRE
Au chapitre économique l'actualité à été dominée par les très mauvais chiffres du chômage pour le mois de mars et par ceux de la croissance pour le premier trimestre. Le produit intérieur brut (PIB) a crû de 0,3 %, a annoncé l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), vendredi 28 avril. Un chiffre conforme à ses prévisions, après une hausse de 0,5 % au quatrième trimestre 2016. Sur les trois premiers mois de l’année, l’activité tricolore a été tirée par l’investissement. Notamment celui des entreprises, en hausse de 1,3 % après + 0,9 % au dernier trimestre 2016, en raison de l’achat de matériels de transport mais aussi de biens d’équipement. Un dynamisme à relier à l’arrêt du dispositif de suramortissement, le 15 avril. L’investissement des ménages, c’est-à-dire les dépenses de logement, a également continué à progresser (+ 0,9 %), ce qui soutient la vitalité retrouvée du secteur de la construction.
La consommation des ménages, pilier de la croissance, s’est en revanche tassée (+ 0,1 %), essentiellement en raison du repli des dépenses d’énergie, qui témoigne d’un hiver doux après un automne 2016 plutôt frais. La progressive remontée de l’inflation, qui risque de grignoter quelque peu le pouvoir d’achat sur l’ensemble de l’année, reste pour l’heure contenue : elle n’a que très légèrement accéléré en avril, à + 1,2 % par rapport à l’année précédente, a également annoncé l’Insee vendredi. La véritable déception demeure le net repli des exportations (– 0,7 %), alors que les importations ont accéléré (+ 1,5 %). Conséquence : le commerce extérieur a pesé sur la croissance, à hauteur de 0,7 point. Un coup dur pour l’économie française, dont ce poste demeure le talon d’Achille : il avait déjà rogné la croissance de 0,8 point en 2016.
PAS D'INQUIETUDE POUR 2017
Autre incertitude : le décalage entre des enquêtes d’opinion menées par l’Insee et les chiffres mensuels de la production tricolore. Le climat des affaires, qui reflète le moral des chefs d’entreprise, est resté stable en avril. Pour le secteur de l’industrie, il a même encore progressé, pour atteindre un plus haut niveau depuis juin 2011. Pourtant, la production de biens a nettement marqué le pas au premier trimestre, principalement du fait de la branche cokéfaction-raffinage. De quoi anticiper un rebond sur la suite de l’année. La France se prépare donc à une année de croissance économique en demi-teinte.
La hausse du PIB devrait toutefois légèrement accélérer par rapport à la performance décevante de 2016 (+ 1,1 %). A fin mars, l’acquis de croissance – c’est-à-dire la progression annuelle du PIB si la croissance était nulle sur les neufs prochains mois – s’établit à 0,7 %. Il faudrait donc 0,5 % de hausse sur chacun des trois derniers trimestres de l’année pour atteindre la prévision de croissance du gouvernement : + 1,5 % en 2017. Un objectif pour l’heure atteignable, mais qui suppose qu’aucun trou d’air ne vienne plus perturber la dynamique tricolore. La Banque de France, elle, prévoit une croissance de 1,3 % en 2017, tandis que la Commission européenne table sur 1,4 %.
FAIBLE CONSOMMATION AMERICAINE
Aux Etats-Unis les premiers chiffres de croissance imputés à Donald Trump s'avèrent décevants. Au premier trimestre, le produit intérieur brut n’a progressé que de 0,7 %, contre 2,1 % au trimestre précédent. Même s’il ne s’agit que d’une première estimation (une seconde, plus précise, sera disponible le 26 mai), ce chiffre marque un net ralentissement, après une progression de 2,1 % en rythme annuel au quatrième trimestre 2016. Alors que les Etats-Unis n’avaient plus connu une expansion aussi faible depuis plus de trois ans, l’objectif du nouveau président de porter le rythme de croissance à 4 % par an paraît plus que jamais une gageure. Cet accès de faiblesse au premier trimestre n’est pas réellement une surprise. En effet, traditionnellement, l’activité connaît un trou d’air entre janvier et mars.
La plus grosse déconvenue concerne la consommation, qui représente près de 70 % de l’activité économique aux Etats-Unis. Les dépenses des ménages n’ont progressé que de 0,3 %, à comparer à une hausse de 3,5 % au trimestre précédent. Pour retrouver un chiffre aussi faible, il faut remonter à 2009, alors que le pays sortait tout juste de la récession. En revanche, la situation du côté des entreprises s’améliore, avec notamment une forte hausse des investissements non résidentiels, qui ont contribué au PIB à hauteur de 1,12 %. Ils ont été tirés notamment par le secteur de l’exploration pétrolière. Il s’agit pour l’essentiel d’un phénomène de rattrapage, après le fort ralentissement qui avait suivi la chute des prix du pétrole. La question est de savoir si ce rebond est durable, alors que les cours du baril commencent à redescendre.
STATU QUO POUR LA BCE
Sur le front monétaire, la Banque centrale européenne a décidé, jeudi, de ne pas toucher à son taux directeur. Elle a choisi de laisser son taux directeur inchangé (0 %) et de ne pas modifier le volume de ses rachats de dettes publiques et privées (60 milliards d’euros par mois). Pendant sa conférence de presse, Mario Draghi, le président de la BCE, a souligné que la reprise de la zone euro est de plus en plus solide et va continuer de se généraliser, tandis que les risques baissiers ont diminué. Un tableau plutôt optimiste, qu’il a étayé en évoquant la vigueur des indices de sentiment économique, les 4 millions d’emplois créés depuis trois ans et demi dans la zone euro et la baisse du taux de chômage (9,5 %), désormais au plus bas depuis mai 2009.
En dépit de cette embellie de la conjoncture européenne, les gouverneurs de la BCE ont néanmoins décidé, à l’unanimité, de ne pas modifier leur stratégie : les rachats de dette se poursuivront au moins jusqu’en décembre 2017. Motif ? L’inflation, elle, est toujours trop faible. En mars, elle s’est en effet établie à 1,5 % dans la zone euro, loin de la cible de 2 % que s’est fixée l’institution. Et pour cause : les salaires, eux, restent désespérément atones. Le secteur bancaire n’est pas totalement remis sur pied. Notamment en Grèce et en Italie, où le niveau des créances douteuses, ces prêts aux ménages ou entreprises risquant de ne jamais être remboursés, est encore élevé. S’ajoute à cela la faible productivité. Mario Draghi en dira-t-il plus sur la stratégie monétaire à venir lors de la prochaine réunion de l’institution, le 8 juin, à Tallinn ? Les experts et analystes prennent déjà les paris. Selon eux, la BCE pourrait alors modifier avec prudence le vocabulaire employé dans son communiqué. Mais elle devrait attendre le mois de septembre avant d’ouvrir la porte, doucement, à la baisse de ses rachats de dettes, courant 2018.
FIN DE PARTIE POUR ZARROUATI
Du côté du business il faut noter les très bons résultats trimestriels du groupe Scor et la reconduction pour 4 ans du mandat de Pdg de Denis Kessler avec un très fort taux d'approbation des actionnaires. L'assemblée de Vivendi que certains annonçaient comme turbulente s'est très bien déroulée avec la reconduction facile du mandat de Vincent Bolloré. Ce qui ouvre la voie à une future opération de rapprochement entre le groupe de médias et le publicitaire Havas que contrôle l'industriel breton.
En revanche rien ne va plus pour Zodiac qui devait fusionner avec Safran. L'équipementier pour l’aéronautique a été contraint d’annoncer, vendredi une perte de 24 millions d’euros à l’occasion de la publication de ses résultats du premier semestre achevé le 31 mars. Une onzième contre-performance d’affilée en trois ans. Ces mauvais résultats ont fait tomber de son siège Olivier Zarrouati, le président du directoire de Zodiac. Le patron du groupe a remis son mandat. Il conserve ses fonctions le temps de boucler les négociations autour de la vente de Zodiac au motoriste Safran. Le patron du directoire a reconnu qu’elles affrontaient « quelques vents contraires ». Pour y faire face, Zodiac a recruté Yann Delabrière, ancien PDG de l’équipementier automobile Faurecia comme « conseiller spécial ». Sa mission sera de mener à bien la restructuration en cours de l’équipementier. Il aura aussi pour tâche de travailler à un « scénario alternatif » au rachat de Zodiac par Safran.
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