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Yves de Kerdrel
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Une dernière semaine à l’arrachée
par Yves de Kerdrel
Pour la première fois depuis le début de la cinquième République quatre candidats sont en mesure d’accéder au second tour de la présidentielle. Avec deux grandes surprises possibles : la non qualification de Marine Le Pen et la qualification de Mélenchon.
Cette dernière semaine de campagne du premier tour va sans doute être la plus intense de toutes celles déjà vécues par le monde politique, tant les quatre principaux candidats se retrouvent aujourd’hui dans un mouchoir de poche. Les sondeurs avouent être perdus, à la fois dans leurs fameuses méthodes de redressement, pour éventuellement faire ressortir un vote caché en faveur de Marine Le Pen, et compte tenu des marges d’erreur qui s’étagent entre 2 et 3 points ; ce qui correspond à l’écart entre Emmanuel Macron et François Fillon ou à celui entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.
La forte ascension du candidat de la France Insoumise, qui flirterait aujourd’hui avec les 20 % d’intentions de vote, selon des enquêtes à venir et qui bénéficie d’un regard bienveillant des médias nuit clairement à Emmanuel Macron. Dans un premier temps il a siphonné les voix de la gauche traditionnelle incarnée par Benoit Hamon. Au point que celui-ci ne sait plus aujourd’hui où il habite. Mais depuis deux à trois semaines, son coté « bobo idéaliste » attire à lui certains sympathisants d’Emmanuel Macron qui commençaient à ne plus se sentir à l’aise avec le coté « héritier de François Hollande ». Et si le leader d’En Marche recule dans les sondages, depuis trois semaines, c’est de manière proportionnelle à l’ascension de Jean-Luc Mélenchon.
ETATS D’AME CHEZ MACRON
Emmanuel Macron a perdu 3 points en une dizaine de jours, soit environ 1 million de voix, analyse Jérôme Sainte-Marie, président de l’institut Polling Vox. Avant d’ajouter : parce qu’elle n’a pas de socle électoral défini, sa candidature est plus vulnérable que les autres à la baisse dans les sondages. » Résultat, ça tire à hue et à dia sur la stratégie à adopter dans la dernière ligne droite. Alors que l’ancien protégé de François Hollande a fait de la présidente du FN sa principale adversaire, multipliant les déclarations contre elle et les déplacements sur ses terres, comme mi-janvier à Hénin-Beaumont, des membres de son entourage plaident pour qu’il réserve désormais ses attaques à François Fillon, qui pourrait l’empêcher d’accéder au second tour s’il poursuivait sa lente remontée.
A contrario, d’autres soutiens d’Emmanuel Macron s’interrogent sur la stratégie à droite toute adoptée par l’ancien ministre de l’économie, qui multiplie les appels du pied aux électeurs conservateurs et repousse par avance certains ralliements, dont celui des hollandais. Preuve que le doute s’est insinué dans les esprits, certains élus plaident pour que l’ancien ministre profite de la dernière semaine de campagne pour ajouter une mesure forte à son programme, comme il l’avait fait fin février avec la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des ménages. Un moyen de reprendre l’avantage et d’occuper les écrans des chaînes d’information. Une réunion politique à ce sujet a eu lieu au QG d’En marche !, mercredi 12 avril, sans qu’un consensus se dégage.
QUAND HOLLANDE S’EN MELE
A l’inverse, d’autres parlementaires estiment qu’il ne faut surtout rien changer. Ce qui n’empêche pas le benjamin des candidats de réfléchir au meilleur moyen de tirer profit de sa dernière semaine de campagne. Un meeting à Charleville-Mézières, prévu mardi, vient ainsi d’être annulé. Il a demandé à ses équipes de mettre le paquet sur sa démonstration de force prévue lundi à Paris, à Bercy. De même, Emmanuel Macron vient d’annoncer à ses fidèles qu’il allait tenter un étonnant sprint vendredi, pour son dernier jour de campagne : il compte tenir trois réunions publiques dans la même journée, à Rouen, Amiens puis Arras.
A ces états d’âme de la semaine au sein du quartier-général d’En Marche ! se sont ajoutés les problèmes liés aux déclarations de François Hollande, qui en attaquant Jean-Luc Mélenchon et Benoit Hamon, soutient de manière implicite Emmanuel Macron. Ce dernier a du appeler au secours les télévisions pour expliquer qu’il avait rompu avec le Chef de l’Etat et qu’il ne communiquait pas avec lui. Un fait démenti par François Hollande, lui-même, qui a révélé à la presse les échanges réguliers de conseils par textos à son ancien Ministre de l’Economie.
PASCAL LAMY PREMIER MINISTRABLE
Ces troubles constatés à gauche n’entrainent pour autant l’euphorie à droite. François Fillon reste concentré sur ses derniers meetings. Il est, de tous les candidats, celui qui attache le plus d’importance à ce genre d’exercice. A tel point que son état-major de campagne a programmé pas moins de 100 meetings au cours de la prochaine semaine, sont une grande partie sera assurée par des orateurs nationaux comme Eric Woerth, Gérard Longuet, Eric Ciotti, François Baroin ou Xavier Bertrand. Un geste d’Alain Juppé est toujours en cours de négociation, ne serait-ce que sous la forme d’une photo. Il est également question de la présence de Nicolas Sarkozy à l’un des derniers meetings de François Fillon de manière à afficher sa loyauté à la famille gaulliste.
Certains sont déjà dans la préparation du second tour, voire de l’après-élection. Chez Emmanuel Macron, il est de plus en plus question de faire appel à Pascal Lamy comme premier ministre. Mais on réfléchit aussi à faire un geste vers la droite de manière à s’assurer des majorités de circonstance. Le nom de Bruno Le Maire et celui de Xavier Bertrand sont régulièrement cités. Et des émissaires ont pris contact avec l’un et l’autre, sans qu’aucune assurance ait été donnée. Il est également question de François Baroin, même si ce dernier, qui est très engagé dans la campagne de François Fillon, pourrait mener la bataille pour les législatives en cas d’échec du député de Paris à la présidentielle.
CHUTE DE MARINE LE PEN
Le seul élément vraiment certain de ce premier tour c’est la chute vertigineuse de Marine Le Pen qui a déjà perdu 4 à 5 points d’intentions de vote en l’espace de deux mois. Cela au profit de petits candidats antisystème comme Nicolas Dupont Aignan ou Jean Lassalle. La candidate du Front National, qui ne cache pas une très grande fatigue, avoue elle-même, en petit comité avoir fait une mauvaise campagne et redoute même d’afficher un très mauvais score, voire de ne pas figurer au second tour. Ce qui mettrait à plat tous les scénarios des sondeurs qui l’ont toujours placée en tête du premier tour et en piste pour le scrutin du 7 mai.
Au chapitre économique, il faut noter la publication par le gouvernement français de sa trajectoire trisannuelle de finances publiques. Ce programme a été présenté mercredi au conseil des ministres, puis soumis à la commission européenne avant la fin du mois d’avril. Selon les travaux de Bercy, l’objectif de déficit public a été révisé à 2,8 % du produit intérieur brut, contre 2,7 % dans la loi de finances. La révision tient compte, tout d’abord, du fait que le déficit 2016 a atteint finalement 3,4 %, au lieu des 3,3 % prévus. Elle intègre également une série d’ajustements. Ainsi, le résultat des négociations sur l’Unedic, le régime d’assurance-chômage, impose de retirer 1,5 milliard d’euros des économies prévues. En outre, le regain d’inflation et l’évolution des taux d’intérêt devraient accroître de 750 millions d’euros la charge de la dette. Au total, le déficit s’en trouverait alourdi d’environ 3 milliards d’euros.
NOUVELLE TRAJECTOIRE DES FINANCES PUBLIQUES
Pour 2018, 2019 et 2020, les objectifs de croissance, fixés respectivement à 1,5 %, 1,6 % et 1,7 %, ont été légèrement revus à la baisse, avec une cible de déficit de 1,3 % du PIB en 2020. Après avoir considéré comme plausible la prévision de croissance pour 2017, le Haut Conseil des finances publiques estime que la révision à la baisse des hypothèses de croissance du PIB et d’inflation pour les années 2018 à 2020 va dans le sens des observations formulées dans son avis sur le programme de stabilité d’avril 2016. Il estime que « ce scénario, plus prudent, peut constituer une base raisonnable pour la construction de trajectoires de finances publiques ». Toutefois, le HCFP relève, une nouvelle fois, « le caractère peu vraisemblable des estimations d’écart de production et de croissance potentielle présentées par le gouvernement », ce qui a pour effet de réduire artificiellement le déficit structurel.
Du coté des Etats-Unis, le climat s’améliore entre la Réserve fédérale et la Maison Blanche. Depuis sa nomination à la tête de la banque centrale en février 2014, Janet Yellen a maintenu les taux d'intérêt à un très bas niveau et elle n'entend les relever que progressivement même si le taux de chômage, à 4,5%, est au plus bas depuis près de 10 ans. En promettant de réduire les impôts, de lancer un plan d'investissement dans les infrastructures et de déréguler la finance, Trump de son côté a contribué à propulser la confiance du consommateur américain à son meilleur niveau depuis l'éclatement de la bulle internet il y a 16 ans, selon l'indice établi par l'organisation patronale Conference Board.
POSSIBLE RECONDUCTION DE JANET YELLEN
D'anciens fonctionnaires de la Fed ou collègues de Janet Yellen ne trouvent pas si incongrus que cela les propos de Donald Trump qui, dans une interview au Wall Street Journal, n'a pas exclu de la nommer à un nouveau mandat de quatre ans l'année prochaine. Et ils ajoutent qu'ils ne seraient pas surpris que la présidente de la Fed accepte de rempiler, en dépit des critiques répétées du candidat républicain pendant la campagne électorale l'an dernier. De surcroit, si Trump nomme des personnes compatibles avec Janet Yellen aux trois postes actuellement vacants au conseil des gouverneurs de la Fed, il sera difficile de lui refuser un nouveau mandat en février 2018.
La reconduction de Janet Yellen ne romprait pas avec la tradition puisque ses trois prédécesseurs, Paul Volcker, Alan Greenspan et Ben Bernanke, ont tous accompli au moins deux mandats de quatre ans et ont été nommés ou reconduits à la fois par des présidents républicains ou démocrates. Mais pour Trump cela pourrait quand même revenir à manger son chapeau. Durant la campagne électorale de 2016, le candidat républicain l'avait accusée d'être aux ordres du président Barack Obama, de maintenir les taux bas pour des raisons de basse politique.
BOLLORE PRES DU BUT CHEZ TELECOM ITALIA
Coté business, il semble que les discussions entre Orange et Bouygues Telecom qui s’étaient toujours maintenues de manière informelles depuis un an sont désormais au ralenti. Stéphane Richard surveille en revanche de très près les opérations italiennes de Vincent Bolloré. Si l’industriel breton parvient à prendre le contrôle de Telecom Italia, il pourrait lui racheter ainsi que Canal moyennant un échange d’actions Orange. Ce qui ne pourrait être fait qu’à la faveur de l’élection d’un candidat disposé à ce type d’opérations, comme François Fillon.
L’autre sujet du moment concerne LagargeHolcim après la démission de Bruno Lafont du conseil d’administration. Désormais, c’est le CEO, Eric Olsen, qui est sur la sellette. A deux reprises, le conseil d’administration du numéro un mondial du ciment s’est réuni pour examiner les suites à donner au dossier syrien, cette affaire dans laquelle le groupe aurait financé l’organisation terroriste Etat islamique en 2013 et en 2014. A chaque réunion, le directeur général a tenu bon face à des actionnaires parfois très critiques, et il est sorti soulagé. Le conseil n’a, cependant, pas dit son dernier mot. Une nouvelle réunion est attendue sous peu.
RIFIFI AU SOMMET DE LAFARGE HOLCIM
Sur le papier, le nouveau groupe, leader international incontesté, s’affiche en grande forme. Mais au sommet, deux ans après la finalisation de ce laborieux rapprochement, les règlements de comptes sont violents. Les ex-Lafarge semblent particulièrement visés. En s’appuyant sur le pré rapport d’audit sur l’affaire syrienne, le conseil s’est aussi penché sur le rôle d’Eric Olsen. A l’époque, le PDG de Lafarge Syrie avait des contacts quotidiens avec Paris, racontait, l’ancien gestionnaire des risques pour la filiale locale, en précisant qu’Eric Olsen, directeur des ressources humaines du groupe jusqu’en 2013, participait parfois à ces conférences téléphoniques.
Le dernier conseil, le 4 avril, a demandé aux avocats, chargés d’un audit sur ce dossier, de préciser certains points, sous l’étroite surveillance de quelques administrateurs. Qui était responsable, à quel moment ? C’est le sujet-clé que devra examiner le prochain conseil. Charge ensuite à Eric Olsen de proposer des sanctions, à moins qu’il ne soit lui-même sanctionné. Prochain rendez-vous public : l’assemblée générale du 3 mai, marquée par le départ de deux anciens administrateurs de Lafarge et l’arrivée au conseil de l’ex-PDG d’Alstom, Patrick Kron. Elle sera largement suivie à travers le monde.
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02/04/2017 - 06:03

