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Yves de Kerdrel

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Quinze jours de suspense total
par Yves de Kerdrel

Si, a priori, Emmanuel Macron est le grand favori du premier tour qui se déroulera dans deux semaines, son récent fléchissement dans les sondages rebat les cartes de cette fin de campagne présidentielle. Avec l'incroyable envolée de Jean-Luc Mélenchon.

09/04/2017 - 07:33 Temps Lecture 12 mn.

Une règle non écrite, et simplement justifiée par l’observation des statistiques, veut que celui qui est en tête de tous les sondages à un mois du premier tour soit le candidat finalement désigné par les français à l’issue du second tour. Or à un mois du premier tour, selon l’agrégat de tous les sondages effectués par le Journal Le Point, le favori – ou plutôt la favorite – c’est Marine Le Pen. Comme personne ne pense réellement qu’elle puisse être élue en raison d’un plafond de verre qui l’empêche de franchir les 40 % au second tour (sauf circonstances exceptionnelles) c’est donc Emmanuel Macron qui devrait être élu Président de la République au soir du 7 mai prochain.

Mais le suspense demeure, sinon entier, du moins intense. Car les courbes des sondages, qui semblaient figées depuis la mi-mars se remettent à bouger depuis une semaine. Une enquête Elabe pour BFMTV et L'Express publiée mercredi soir indique que la candidate du Front national et le fondateur d'En Marche! sont crédités du même score (23,5%). Mais par rapport à la dernière enquête du 28 et 29 mars, Emmanuel Macron perd deux points et Marine Le Pen 0,5 point. Derrière eux, François Fillon (19%) gagne un point et Jean-Luc Mélenchon (17%) en gagne deux. Le candidat socialiste Benoît Hamon est lui à la peine avec 9% (-1). Le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan reste stable à 4,5%.

MELENCHON TALONNE LES GRANDS

Des tendances confirmées jeudi par un sondage Harris interactive pour France Télévisions. Là encore, Emmanuel Macron baisse d'un point à 25%. Il est talonné par Marine Le Pen, stable à 24%. Stable lui aussi, François Fillon, à 18%. Il doit se méfier de Jean-Luc Mélenchon, crédité de 17% des voix, en hausse d'un point. Il distance Benoît Hamon (9%), en baisse d'un point. Nicolas Dupont-Aignan est à 3% (-1). Autre indicateur de ce resserrement des courbes des quatre principaux candidats, le rolling Ifop-Fiducial pour CNews, Paris Match et Sud radio. Ce sondage réalisé quotidiennement relevait dans son rapport de mercredi soir un faible écart entre Marine Le Pen (stable à 25 %) et Emmanuel Macron (24,5% en baisse d’un demi-point).

Quant à François Fillon, il était en hausse de 0,5 point à 18%. La stratégie du candidat de la droite, qui s'est lancé dans une offensive anti-Macron, semble payer. Lundi, il y avait 9 points qui les séparaient. Mercredi soir, il n'y en avait plus que 6,5. Toujours selon le rolling Ifop, Jean-Luc Mélenchon (16%) est lui aussi dans une dynamique favorable. Il est quasi-quotidiennement en hausse. Et cela n’est pas terminé, car la violente sortie de François Fillon, jeudi matin sur France Inter pointant du doigt François Hollande comme l’instigateur du complot qui l’a fait trébucher pourrait encore ramener à lui un certain nombre de voix venant du « politiquement incorrect ».

LE VA-TOUT DE FILLON

De même il joue gros aujourd’hui dimanche à 15 h 00 à la Porte de Versailles où il doit à tout prix faire salle comble (20.000 places) pour donner une dynamique aux deux dernières semaines de sa campagne. Après le passage d’Emmanuel Macron à l’Emission Politique de France 2 jeudi dernier. Et surtout au plein milieu des vacances scolaires parisiennes. Le Leader d’En Marche ! aura plus de facilité à remplir Bercy le 17 avril prochain, à seulement six jours du premier tour. Autant dire que le suspense va durer jusqu’à la dernière minute. D’autant qu’une très grande incertitude plane sur le score de Marine Le Pen. Certains l’estiment surcotée à 24 ou 25 %. Mais un sondage réalisé par le SIG pour l’Elysée l’aurait fait ressortir à 31 % … !

Reuters a compilé les anticipations de plusieurs banques en fonction de la victoire de tel ou tel candidat. Les actions de la zone euro, les obligations et l’euro pourraient largement pâtir d’une élection de Marine Le Pen. Ainsi, pour La Française AM, c’est un scénario catastrophe qui s’annonce si Marine Le Pen venait à gagner. Même si cette probabilité est relativement faible pour les équipes de la société de gestion, cela ferait plonger les actions de plus de 20%, l'euro de 10% tandis que les taux à 10 ans grimperaient à 3%. Et l’impact serait même européen, puisque selon elles, les actions du vieux continent pourraient baisser de 15% et les actifs italiens chuter de 20%.

DES SCENARIIS BANCAIRES TRES DIVERS

Chez Citi, la probabilité pour que le Front National l'emporte est de 20% et de 40% pour que ce soit le candidat des Républicains avec un impact sur les marchés bien différent. Dans le cas d’une victoire de l’extrême droite, Citi anticipe une baisse très nette de l’euro, des OAT 10 ans en hausse de 200 points de base et des actions en recul de 5 à 10 % d’ici à la fin juin. En cas de victoire de François Fillon, l’OAT baisserait de 35 à 40 points de base pendant que l’euro grimperait.

De son coté, UBS considère que Marine Le Pen a 40% de chance d’être élue. Dans ce cas, les actions de la zone euro chuteraient de plus de 35%, l’euro de 10% et les obligations high yield européennes déclineraient de 17%. Si Emmanuel Macron venait à l'emporter, les actions de la zone euro pourraient, au contraire, profiter d’un « substantiel » rallye, tout comme l'euro (avec un gain de 2%). Un scénario proche de celui de Deutsche Bank qui voit une baisse de 15% des actions si Marine Le Pen devait gagner et un regain d'intérêt sur les actions si c'est son concurrent "d'En Marche!" qui lui grillait la priorité. Engouement toutefois relativement modéré compte tenu de la valorisation actuelle de cette classe d'actifs.

JP Morgan quant à elle chiffre à 25% les chances de victoire de la candidate du Front National. Dans ce cas, la chute des actions françaises serait à deux chiffres, les obligations d’Etat grimperaient de 200 à 300 points de base et l’euro reviendrait à 0,98 dollar. En revanche, en cas de victoire du candidat Macron, les actions de la zone euro bénéficieraient d'un retour en force des investisseurs, avec un gain de 10% des actifs sous gestion. Enfin, pour Morgan Stanley, les banques françaises seraient les grandes gagnantes d’une victoire d’Emmanuel Macron, Société Générale et BNP Paribas en tête puisqu'elles pourraient alors grimper de 15 à 20%. A l’inverse, avec 15% de chance de gagner, la victoire de Marine Le Pen entraînerait une baisse à deux chiffres des actions européennes et de l’euro.

LES MANŒUVRES D’APRES PRESIDENTIELLE

Il est tout de même intéressant de noter qu'aujourd'hui, l'éventualité d'une victoire de la candidate du Front National, est dans les scénarios de tous les professionnels de la finance. Même s'ils ne lui accordent que peu de chance de gagner, on voit bien à quel point elle fait peur et pourrait bouleverser les fragiles équilibres actuels. En même temps ces mêmes financiers viennent de démontrer leur incroyable capacité à digérer coup sur coup le Brexit comme la victoire de Donald Trump.

D’ores et déjà à droite comme à gauche, on prépare aussi l’après présidentielle. Au Parti socialiste, les « éléphants » reconnaissent pour beaucoup, en privé, que les chances de leur candidat, Benoît Hamon, d’être élu le 7 mai sont désormais largement compromises. Pas question d’attendre la défaite annoncée sans agir. Surtout si l’hypothèse d’une victoire d’Emmanuel Macron devait se vérifier, hautement dangereuse pour la survie, à terme, de la Rue de Solferino. C’est pourquoi jeudi, le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a lancé un appel à l’unité et à la loyauté. De surcroit Anne Hidalgo se tient prête pour incarner la relève de la gauche en 2022, depuis son bastion de l’Hôtel de Ville.

LE DOUBLE JEU DE BAROIN

A droite aussi, les représentants de la nouvelle génération se positionnent pour jouer les premiers rôles après la présidentielle. Et comme François Fillon garde une chance de l’emporter, sans être favori, ceux que l’on appelle « les quadras » préparent les deux scénarios : l’un pour la victoire, l’autre pour la défaite. François Baroin est de ceux-là. Après avoir formé un ticket avec Nicolas Sarkozy pendant la primaire de la droite, qui lui garantissait d’atterrir à Matignon en cas de retour à l’Elysée de l’ex-président, le maire de Troyes a noué une alliance de circonstance avec François Fillon pour atteindre le même objectif. Un rapprochement symbolisé par la présence du premier, le 5 mars au Trocadéro, aux côtés du second.

Ces dernières semaines, le chiraquien a manœuvré avec prudence. Il ne s’est jamais montré déloyal avec François Fillon en public, tout en se positionnant en coulisses comme un éventuel recours pour le remplacer. Il a finalement décidé de soutenir le vainqueur de la primaire dans l’espoir de devenir premier ministre en cas de victoire. Si François Fillon n’a jamais formalisé ce pacte, il présente son nouvel allié comme son futur chef de gouvernement. En cas de défaite, François Baroin souhaite mener la campagne de la droite pour les législatives. Chez Les Républicains, beaucoup lui prêtent également l’ambition de devenir premier ministre de cohabitation du candidat d’Emmanuel Macron, en cas d’accession de ce dernier à l’Elysée.

LES INTRIGANTES MINUTES DE LA FED

De son coté, Laurent Wauquiez, lui, entend à tout prix s’emparer du parti après le scrutin présidentiel – quel que soit le résultat de François Fillon – afin d’en faire un tremplin vers une candidature à l’Elysée en 2022. Actuellement vice-président délégué, sous la tutelle du secrétaire général Bernard Accoyer, il a prévu de briguer la présidence du parti lors d’un congrès, qui devrait avoir lieu à l’automne. Il aurait également l’intention de briguer la présidence du groupe Républicains à l’Assemblée. Dans cette optique, Laurent Wauquiez n’exclut pas de quitter la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes pour redevenir député. Ces dernières semaines, il a affiché un soutien critique envers François Fillon.

Au chapitre économique il faut retenir la publication, du côté de la Fed, des minutes de sa réunion des 14 et 15 mars qui a révélé que la Réserve Fédérale songe à réduire la masse des actifs financiers qu’elle a acheté pendant la crise. Un tel changement, appelé réduction de la taille du bilan par les experts, serait probablement approprié plus tard cette année, estiment ses membres. Si la Fed ne précise pas de date, elle juge en revanche que l’économie américaine est suffisamment solide pour supporter la fin de ce soutien monétaire. Plusieurs membres de la Fed estiment désormais que l’économie américaine, au plein-emploi, est suffisamment solide pour supporter une réduction progressive du bilan. Le plus simple serait de cesser de racheter les titres et bons arrivant à échéance. L’autre option est de les revendre sur les marchés sans attendre.

STATU QUO POUR LA BCE

De ce coté ci de l’Atlantique, Mario Draghi a réaffirmé jeudi sa politique de taux bas, malgré une inflation qui repart. Le gouverneur de la Banque Centrale Européenne a souhaité mettre fin aux supputations sur les orientations de sa politique monétaire. Une mise au point attendue depuis plusieurs semaines par les marchés alors que l’inflation dans la zone euro s’est installée en février à 2% avant de revenir à 1,5% en mars. Il était en effet prévu que le seuil de 2% d’inflation dans la zone euro soit le point déclencheur d’une remontée des taux. Mais la BCE avait tout de même affirmé lors de sa réunion en mars dernier que les taux resteraient à leurs niveaux actuels ou à des niveaux plus bas sur une période prolongée, c’est-à-dire au moins jusqu’à la fin décembre 2017.

Mais Mario Draghi, sans remettre en cause le cycle vertueux entre hausse de la consommation, croissance de l'emploi et revenus du travail de l’économie en zone euro, a tempéré en ajoutant qu’il était trop tôt pour crier victoire. En ligne de mire, les risques géopolitiques toujours très présents en Europe qui continuent à peser sur la reprise fragile et l’inflation. En d’autres mots, il est inimaginable de penser que le patron de l’institution européenne se lance dans une nouvelle politique monétaire avant les différentes échéances électorales, d’abord en France d'ici l'été, puis en septembre en Allemagne.

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