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Yves de Kerdrel
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Le tournant de la campagne a eu lieu
par Yves de Kerdrel
Depuis quelques jours l’inquiétude règne au QG d’Emmanuel Macron où l’on voit avec circonspection les ralliements de troisièmes couteaux. Surtout l’opinion commence à se retourner en faveur de François Fillon depuis l’émission de lynchage de jeudi soir.
Ce ne sont pas moins de 3,3 millions de téléspectateurs qui ont regardé la fameuse Emission Politique de jeudi soir dont l’invité était François Fillon. Il s’agit là d’un chiffre record, puisque c’est le plus gros score fait par cette émission après celui réalisé lorsque Marine Le Pen en était l’invitée. De surcroit lors de son dernier passage, à l’occasion des primaires, François Fillon n’avait attiré que 2 millions de téléspectateurs. Et cette émission avait été le tournant de la primaire. Celle où il s’était imposé face à des interviewers très hostiles.
Il n’est pas impossible que cette émission de jeudi soir, aux allures d’un procès de Moscou, soit, là aussi un tournant dans cette campagne qui réserve chaque jour des surprises. La hargne de Christine Angot, la charge de François Fillon contre le Chef de l’Etat accusé de diriger un cabinet noir, et les questions biaisées de David Pujadas ont fini par faire de l’ancien premier ministre une victime de ce « système » qui tient absolument à le voir disparaître de la scène.
DISCUSSIONS SUR UN REPORT DE L’ELECTION
Selon nos informations des discussions ont d’ailleurs eu lieu entre l’Elysée et le Conseil Constitutionnel afin d’étudier la mise en œuvre de l’article 7 de la constitution qui prévoit un report de la date de l’élection en cas d’empêchement de l’un des candidats. Les constitutionnalistes ne sont pas tous d’accord. Mais il semblerait que les affaires judiciaires qui cernent le candidat de la droite constituent un cas d’empêchement, au sens de cet article 7. Reste à savoir qui doit décider de l’activer, de quelle manière et à quel moment. Mais il n’est pas impossible qu’à l’occasion d’une nouvelle convocation devant la justice, cette hypothèse soit abordée.
En attendant la semaine a été plutôt favorable pour François Fillon. Avec un débat où il est apparu avec la stature d’un homme d’état et où il a pu expliciter de manière claire son programme économique, alors qu’Emmanuel Macron ne savait plus s’en sortir à force de vouloir être d’accord avec tout le monde. Ensuite avec un examen de passage devant l’assemblée des Maires de France où il a été le plus applaudi alors que le projet de suppression de taxe d’habitation a fait d’Emmanuel Macron une cible pour ces prescripteurs de vote. Enfin avec cette émission politique menée avec tant de hargne qu’elle lui a attiré la sympathie d’un nouveau public.
TRAITS D’IMAGE NEGATIFS POUR MACRON
Surtout là où François Fillon a opéré une manoeuvre très subtile, c’est de faire revenir François Hollande dans le jeu en le désignant du doigt comme instigateur du cabinet noir destiné à salir sa candidature. Au moment même où des très proches de François Hollande, comme Bernard Poignant et Jean-Pierre Mignard rejoignent Emmanuel Macron en affirmant qu’ils vont chez En Marche ! afin de poursuivre le travail mené par François Hollande.
Toujours est-il que depuis quelques jours, il règne un climat d’inquiétude au QG d’Emmanuel Macron. Notamment depuis que le sondage commandé à l’Ifop par le Journal du dimanche de la semaine passée a fait ressortir des traits d’image franchement négatifs au favori de la gauche. Avec une majorité de français ne lui faisant pas confiance pour redresser le pays, pour incarner la fonction présidentielle ou pour redresser l’autorité. A cela s’ajoutent ces ralliements qui ressemblent largement à tous ceux dont avait bénéficié Alain Juppé à un mois de la primaire de la droite lorsqu’il était favori. D’une part ils vont de Xavière Tibéri à Robert Hue, c’est-à-dire que leur valeur ajoutée est bien faible D’autre part ils n’apportent pas une image de renouveau tant souhaitée par Emmanuel Macron.
RENVERSEMENT DE SITUATION A GAUCHE
C’est ce qui explique que le rolling quotidien des Echos ait fait ressortir en fin de semaine un score, pour Emmanuel Macron, de seulement 24 %, soit équivalent à celui qu’il arborait le 14 mars. Les sondeurs expliquent que la magie Macron ne fonctionne plus et que désormais une partie des électeurs venus à lui, par hasard, rejoignent des candidats plus clivants. Ils estiment également que la logique du vote utile commence à jouer de manière terrible dans la mesure où le seul candidat capable de faire obstacle à l’élection de Marine Le Pen est Emmanuel Macron.
A gauche, on assiste par ailleurs depuis dix jours à un très net renversement de situation avec un Benoit Hamon qui perd totalement pied et risque désormais de passer sous la barre des 10 % et un Jean-Luc Mélenchon qui se rapproche petit à petit des 15 %. Alors qu’il y a encore deux semaines les deux porte-drapeaux de la gauche de la gauche faisaient encore jeu égal à 13 % chacun. Le fait est que Jean-Luc Mélenchon fait une bonne campagne, moins agressive que la précédente. Et que Benoit Hamon semble nettement dépassé par les évènements plus que les défections de certains ténors du Parti socialiste.
IMPORTANTS INVESTISSEMENTS ETRANGERS EN FRANCE
Il reste le vote Front National qui se maintient à un niveau élevé (27 à 28 % selon les sondages). Demain matin Marine Le Pen sera l’invitée d’Europe 1. Elle va continuer à marteler son discours très anti-européen et se trouve servie par l’actualité récente (attentat d’Orly et de Londres). Selon certaines informations des sondages la placeraient en fait déjà au-dessus de 30 %. Une chose est sûre : à l’étranger c’est la seule candidate dont il est question. Notamment les anglo-saxons qui s’attendent à ce qu’après le Brexit et l’élection de Donald Trump, la France connaisse elle aussi une secousse populiste qui entrainerait de facto un Frexit.
Au chapitre économique, il faut noter les statistiques annuelles sur les investissements étrangers en France. Quelque 1 117 décisions d’investissements physiques ont été prises en 2016 par des opérateurs étrangers, du géant américain de l’e-commerce Amazon au groupe électronique chinois TCL Communication, désireux d’implanter ou d’élargir des activités en France. C’est 16 % de plus que l’année précédente. Pour la première fois, l’Allemagne a dépassé les Etats-Unis pour devenir le premier investisseur étranger en France, avec une progression de 35 % du nombre de projets. Si bien que les groupes allemands ont fait de la France le premier pays d’accueil pour leurs implantations en Europe.
DEFICIT PUBLIC PLUS ELEVE QUE PREVU
Au total quelque 30 108 emplois ont été créés, ou maintenus, grâce aux capitaux étrangers en 2016. Pour autant, cet effet bénéfique représente 10 000 emplois de moins qu’en 2006, pour le double de projets. Cette décrue reflète, certes, la transformation des usines, moins gourmandes en main-d’œuvre que par le passé. Mais elle illustre également le souci des groupes étrangers d’éviter d’employer de gros bataillons dans un pays décrié pour ses règles sociales rigides et imprévisibles. Ainsi en 2016, le nombre d’opérateurs étrangers qui ont choisi de mener une première implantation en France a crû de 32 % : ils génèrent 13 % des projets, mais 4 % seulement des emplois.
Ces bonnes nouvelles ont contrebalancé celles en provenance des comptes publics. Car le résultat du déficit public en 2016, publié vendredi par l’Insee s’établit à 75,9 milliards d’euros, soit 3,4 % du produit intérieur brut (PIB), après 3,6 % en 2015. La loi de finances pour 2016 ainsi que la loi de programmation des finances publiques prévoyaient un résultat légèrement inférieur, à 3,3 % du PIB. L’objectif n’est donc pas tenu, en raison, notamment, de recettes inférieures aux prévisions. La dette publique, quant à elle, est quasiment stabilisée. Fin 2016, elle s’élevait à 2 147 milliards d’euros, en augmentation de 49 milliards d’euros après 60 milliards en 2015. Elle représente 96 % du PIB, contre 95,6 % fin 2015, soit un accroissement de 0,4 point.
DES PRELEVEMENTS TOUJOURS AU PLUS HAUT
En cinq ans, le déficit public, qui était de 5,1 % du PIB en 2011, a diminué de 1,7 point. Le rythme d’augmentation de la dépense publique en valeur s’est ralenti : +1,6 % en 2013, +1,7 % en 2014, +1,4 % en 2015, +1,1 % en 2016, aidé il est vrai par la diminution de la charge d’intérêt de la dette sous l’effet de la baisse des taux d’intérêt. Du fait de cette maîtrise accrue des dépenses, leur part dans le PIB (hors crédits d’impôts) est en recul depuis trois ans, passant de 56,2 % en 2013 à 54,8 % en 2016. Bien que le déficit budgétaire de l’Etat se dégrade de 2,5 milliards d’euros, à 74,1 milliards d’euros, il aura diminué de plus de 15 milliards d’euros en cinq ans.
Globalement, les prélèvements obligatoires baissent pour la troisième année consécutive. Après trois années de fortes hausses ils ont recommencé à refluer très légèrement : 44,6 % en 2014, 44,4 % en 2015, 44,3 % en 2016. Les recettes de l’Etat ont, de fait, connu une décélération en 2016, en progression de 1,4 % après +2 % en 2015. Les impôts sur le revenu et le patrimoine ralentissent (+0,6 % après +1,3 %), tandis que les prélèvements sociaux, dont la CSG, bénéficient de l’accroissement de la masse salariale. Les recettes de TVA sont en hausse de 2,5 milliards d’euros. Celles de la taxe intérieure de consommation de produits énergétiques augmentent de 1,7 milliard, du fait de la montée en charge de la taxe carbone.
HERMES SURPREND ENCORE UNE FOIS
Du côté des entreprises, le redressement est notable. Le taux de marge, qui était de 30,5 % début 2012, est repassé à 31,7 %, soit une amélioration de 1,2 point. L’investissement des entreprises a connu un net redémarrage. Alors qu’il était quasiment au point mort durant les deux premières années du quinquennat, il a progressé de 1,4 % en 2014, de 2,7 % en 2015 et s’établit à 4 % en 2016, au fil de la montée en charge du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, du pacte de responsabilité et du plan de soutien à l’investissement. Au total, les mesures en faveur des entreprises auront représenté 36 milliards d’euros en 2016.
Du coté du business il faut noter, encore une fois, les très bons résultats d’Hermès. Le pôle maroquinerie du groupe de luxe, a tiré l'activité en 2016, avec un bond de 14 % des ventes. Ce qui a compensé une croissance en panne pour les autres métiers, sauf les parfums. Au final, dans un contexte chahuté pour le luxe, ce succès inattendu a dopé le chiffre d'affaires et la rentabilité d’Hermès en 2016. Le groupe familial franchit les 5 milliards d'euros de ventes (+7,4 %), tandis que le résultat opérationnel grimpe de 10 % à 1,7 milliard, avec une marge record de 32,6 %. Le résultat net lui passe la barre du milliard (+13 %).
Côté dépenses, le sellier, qui avait serré la bride en 2015, est resté prudent. Les investissements sont restés stables à 262 millions, avec quatre ouvertures de magasins et des agrandissements. Pour 2017, ce budget restera constant, avec trois ouvertures à São Paulo, Istanbul et en Chine, où Hermès va inaugurer son 24e point de vente. Surtout, son nouveau site d'e-commerce sera testé dans un pays, avant une extension aux Etats-Unis. Pionnier sur le digital en 2001, il a pris du retard. A Noël, son site a toutefois été son premier magasin mondial pour ses célèbres cravates.
MERCATO EN VUE A LA SOCGEN
Au chapitre bancaire, Frédéric Oudéa a présenté mardi en interne les grandes lignes d'une réorganisation de la gouvernance exécutive de Société générale afin de simplifier la structure de la direction et de mieux l'organiser autour des besoins de ses clients. La nouvelle organisation simplifiée serait articulée autour d'une quinzaine de lignes de métiers et une dizaine de fonctions support directement rattachées à la direction générale. Cette nouvelle structure devrait être annoncée avant fin avril.
Si le groupe entend notamment supprimer le niveau hiérarchique des trois piliers d'activité du groupe - banque de détail en France, banque de détail et services financiers à l'international et banque d'investissement - ces trois pôles continueront à structurer sa communication financière. Le patron de Socgen avait décrit la promotion en janvier au poste de directeur général délégué de Didier Valet, patron de la banque de financement, comme une première étape vers un nouveau mode de gouvernance du groupe plus agile afin d'adapter l'organisation aux ambitions stratégiques et aux enjeux de transformation du groupe.
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