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Yves de Kerdrel
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Plus rien ne semble arrêter Macron
par Yves de Kerdrel
Les proches de Manuel Valls promettaient, il y a encore un mois, de faire éclater la bulle Macron. La multiplication des conflits d’intérêts affectant son équipe risquait d’écorner son image. L’omniprésence de sa femme dans la campagne présidentielle paraissait un obstacle. Malgré cela, après un trou d’air en début de semaine dans les sondages, que nous avions annoncé dimanche dernier, la cote de l’ancien Ministre de l’Economie n’a jamais été aussi élevée. C’est ce qui devrait amener, selon nos informations, Jean-Yves Le Drian, à annoncer dés demain matin son ralliement avec le pire ennemi de son meilleur ami, Manuel Valls.
En fait le leader charismatique d’En Marche ! semble profiter de la fameuse et traditionnelle logique du vote utile. De plus en plus de socialistes, plutôt archaïques et issus de la vieille gauche, assistent avec désarroi aux échanges d’amabilités entre Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon. Alliés, les deux hommes auraient pu permettre au parti socialiste d’être éventuellement présent au second tour de la présidentielle. Mais Benoit Hamon se fiche comme d’une guigne de cette élection, car ce qui l’intéresse c’est de prendre le parti socialiste dés le mois de juin et de devenir le leader de la future opposition. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il a comme principale ambition de détruire le parti socialiste qui l’a longtemps abrité.
MACRON PROFITE DE LA BAISSE DE HAMON
De fait si Emmanuel Macron se maintient à un niveau élevé dans la plupart des sondages publiés ces derniers jours, ce n’est pas à cause de la multiplication des affaires à droite, mais davantage grâce à l’affaissement de Benoit Hamon qui ne peut plus espérer que 11 % (contre 14 % il y a deux semaines) et celui de Jean-Luc Mélenchon qui pourrait bien réaliser, comme en 2012, un score bien inférieur à ce qui était attendu et sans doute sous la barre des 10 %. En revanche, contrairement à ce que le candidat d’En Marche assène, il n’est pas le meilleur rempart contre une élection de Marine Le Pen au second tour. Les enquêtes d’opinion témoignent d’un resserrement progressif de l’écart entre les deux candidats putatifs au second tour.
Pour l’heure, la plupart des Vallsistes restent dans l’expectative. Une rumeur a couru en début de semaine, selon laquelle l’ancien Premier Ministre, refusant de parrainer Benoit Hamon, se jetterait dans les bras d’Emmanuel Macron. Il semble que Manuel Valls ait eu cette tentation. Le mardi 7 mars, il s'était discrètement rendu au ministère de l'Agriculture, rue de Varenne à Paris, pour s'entretenir avec Stéphane le Foll. Valls voulait lui proposer de faire une sortie commune en direction d'Emmanuel Macron. Mais Stéphane le Foll, qui ne veut pas hâter une fracturation du PS, aurait opposé une fin de non-recevoir.
LA MACHINE FILLON TOURNE DANS LE VIDE
A droite la campagne de François Fillon semble patiner. Beaucoup de ses supporters regrettent le manque d’organisation au Quartier Général et l’absence d’une véritable machine de guerre. A cela s’ajoutent les scories des affaires, l’histoire des costumes, la mise en examen avancée d’un jour, mais pour un motif très grave (détournement d’argent public). Sans compter le peu de soutien apporté par les caciques du parti Les Républicains au champion désigné de la droite et du Centre, à l’exception de François Baroin, Xavier Bertrand et d’Eric Woerth qui multiplient les meetings et ne ménagent pas leur peine. François Fillon et Xavier Bertrand qui ont toujours eu des relations de méfiance se sont beaucoup rapprochés au cours de ces dernières semaines.
Malgré cela François Fillon a demandé à ce qu’on lui rajoute des meetings à son agenda. Pour la bonne raison qu’à l’instar de ce qui s’est passé dans la dernière ligne droite de la primaire, à l’automne, les salles où il parle sont de plus en plus pleines à craquer et certains sympathisants ne peuvent pas entrer. A Caen, cette semaine, il y avait 4.000 participants. Et comparé à tous les autres candidats il est celui qui fait se déplacer le plus grand nombre d’électeurs. Après L’émission politique de jeudi il devrait multiplier les meetings, tout en faisant campagne sans passer par les médias.
LA SOLUTION DE L’EMPECHEMENT
Et puis surtout il y a le débat organisé demain soir par TF1 avec les cinq principaux candidats : Marine Le Pen, Emmanuel Macron, François Fillon, Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon. Chacun aura environ 24 minutes de temps de parole cumulé. C’est la première fois qu’un débat d’avant premier-tour a lieu à la télévision en France et l’on s’attend à une très forte audience. En principe c’est le type d’exercice où François Fillon est très à l’aise. C’est aussi le type d’exercice où l’emportent de manière générale ceux qui clivent à la différence de ceux qui veulent rassembler. Autant dire qu’Emmanuel Macron est le candidat qui a le plus à perdre dans ce débat.
Il reste que certains proches de Nicolas Sarkozy continuent de penser que Fillon va dans le mur et emmène avec lui toute la droite. Certains, lassés de la multiplication des affaires, estiment que la droite devrait arguer de l’article 7 de la constitution qui prévoit un report de l’élection présidentielle lorsque l’un des candidats déclarés se trouve empêché. Mais compte tenu de l’état de crispation du pays, c’est une solution qui pourrait créer plus de problèmes que de solutions.
UN BON ACQUIS DE CROISSANCE
Au chapitre économique, le fait le plus important est la bonne tenue de l’économie française en ce premier trimestre. C’est ce qu’a souligné l’Insee, jeudi, à l’occasion de la présentation de ses prévisions pour le premier semestre 2017. De quoi rehausser les prévisions des statisticiens, qui attendent une augmentation du produit intérieur brut de 0,3 % au premier trimestre et de 0,5 % (autant qu’en Allemagne et dans la zone euro) au deuxième trimestre, contre + 0,3 % et + 0,4 % attendus auparavant. Si bien qu’à fin juin l’acquis de croissance s’élèvera à + 1,1 %. Soit autant que la croissance française enregistrée sur la totalité de l’année 2016. Sans être aussi optimiste, la Banque de France a dit, le 9 mars, tabler sur une hausse de 1,3 % du PIB cette année.
Si la machine tricolore reprend du poil de la bête, c’est d’abord en raison de la bonne santé de l’économie mondiale. Le commerce extérieur, qui avait rogné la croissance de 0,8 point en 2016, ne pèsera quasiment plus cette année (– 0,2 point), à la faveur d’un triple retournement : celui de la production céréalière, qui avait connu une annus horribilis en raison de mauvaises conditions météorologiques ; celui des exportations d’électricité, qui ont pâti de l’arrêt de centrales en fin d’année ; et celui du tourisme, qui devrait connaître un rebond selon l’Insee.
L’INVESTISSEMENT EST BIEN REPARTI
Autre point positif, les dépenses des ménages en logement. Elles étaient enfin reparties à la hausse en 2016 après huit années de crise, et devraient poursuivre leur progression à un rythme solide cette année. En revanche, la consommation des ménages progressera moins vite qu’en 2016. En cause, le regain d’inflation lié à la remontée des prix du pétrole, qui devrait limiter le pouvoir d’achat. La consommation restera néanmoins le principal moteur de la croissance tricolore, selon l’Insee. En effet, aussi étonnant que cela puisse paraître, la confiance des ménages dans la situation économique n’est pas entamée. Ils se disent prêts à renouveler des achats importants.
Du côté des entreprises, l’investissement, qui vient de connaître une année record (+ 4 %) devrait rester soutenu, en raison de taux d’intérêt encore bas, de marges au plus haut depuis la crise (31,9 % attendus à la mi-année), mais aussi du prolongement du dispositif fiscal de sur amortissement jusqu’au 15 avril. Enfin, les perspectives de demande semblent bien orientées : le climat des affaires dans l’industrie a atteint en février un pic depuis la mi-2011. Les perspectives de production y sont au plus haut depuis 2008. Et ce, même si l’activité industrielle et les exportations ont peiné en tout début d’année, d’après l’Insee, en raison de fermetures de raffineries pour maintenance et d’un calendrier de livraisons aéronautiques plus erratique.
LA FED DROITE DANS SES BOTTES
A l’international, le fait marquant est la nouvelle hausse d’un quart de point de la fourchette du taux interbancaire décrétée par la Fed. Celui-ci évoluera désormais entre 0,75 % et 1 %. Conformément aux attentes des analystes, la Réserve Fédérale a donc relevé le coût du crédit aux Etats-Unis pour la troisième fois depuis l’éclatement de la crise financière de 2008, qui l’avait contrainte à mettre en place une politique sans précédent de taux zéro pour stimuler la reprise. Dans son communiqué, elle a justifié cette décision en se félicitant que le marché du travail a continué à se renforcer au cours des dernières semaines et que l’activité économique dans son ensemble connaît toujours une expansion à un rythme modéré. La Fed souligne également que la consommation des ménages, moteur de la croissance, a continué à progresser et relève que l’investissement des entreprises, point noir de l’économie américaine ces derniers mois, semble s’être quelque peu raffermi.
Contrairement aux attentes de certains analystes, la Fed ne table pas sur une accélération du nombre de hausses de taux cette année qui aurait pour but de prévenir une surchauffe de l’économie. Les dirigeants de la Réserve fédérale continuent ainsi à s’attendre à deux nouvelles hausses d’ici à la fin de l’année. Dans ses nouvelles prévisions publiées mercredi, la Fed se montre beaucoup moins optimiste que l’administration Trump sur les futures performances de l’économie américaine. Elle a ainsi laissé inchangées ses prévisions de croissance pour cette année (2,1 %) et les a légèrement relevés pour 2018 (2,1 % également), bien loin des objectifs de l’exécutif américain. Le secrétaire au Trésor, Steve Mnuchin, a récemment assuré que l’économie des Etats-Unis pourrait croître de 3 % dès 2018, soit près du double du rythme atteint en 2016, tandis que le président Trump a lui évoqué un chiffre de 4 %.
LE DEAL SAFRAN ZODIAC EST A REVOIR
Du côté du business, l’un des évènements marquants de la semaine a été la chute du titre Zodiac en Bourse après son « profit warning ». Cet avertissement renforce le fonds spéculatif britannique TCI dans son opposition à la fusion avec Safran. Dans une lettre adressée au président de Safran, Ross McInnes, The Children's Investment Fund, actionnaire de Safran à hauteur de 4 %, les derniers résultats de Zodiac ne font que renforcer son analyse selon laquelle l'acquisition de Zodiac est largement surévaluée. L'avertissement sur résultat équivaut, selon TCI à une révision à la baisse de 25 % des prévisions de profits. Autrement dit, le ratio d'endettement ne respecterait plus les engagements pris avec les créanciers, fait valoir l'activiste.
Autre grief : Zodiac justifie sa contre-performance par des difficultés rencontrées au Royaume-Uni à la fin 2016, souligne TCI, qui regrette que l'équipementier n'ait pas mentionné ces problèmes plus tôt, alors que les négociations avec Safran avaient déjà commencé. Le fonds de l'influent Chris Hohn met directement en garde le président du conseil de Safran, Ross McInnes : « Si vous n'annulez pas l'opération, nous aurons la preuve évidente que vous n'êtes pas compétent pour rester au poste de président de Safran, et nous demanderons aux actionnaires de Safran de vous destituer du Conseil d'administration lors de l'assemblée générale en juin ». Et le fonds TCI n’est pas isolé dans cette fronde contre Ross McInnes.
En matière financière l’événement important est l’annonce du lancement d’Orange Bank à la mi-mai. C’est le directeur général de Groupama qui l’a révélé vendredi, car Orange a pris 65% du capital de Groupama Banque pour créer Orange Bank avec l'ambition d'atteindre plus de deux millions de clients en France. La banque mobile d'Orange sera dirigée par André Coisne, l'ancien directeur général de Bforbank, la banque en ligne du Crédit agricole et précédemment d’ING Bank. Orange avait dit fin février anticiper que le lancement de son projet de banque mobile en France lui coûterait 100 millions d'euros en 2017, avec l'objectif d'atteindre l'équilibre d'ici cinq ans.
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