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Journée décisive pour Fillon
par Yves de Kerdrel

En organisant une manifestation de soutien , l’équipe de François Fillon joue le tout pour le tout. Un raz de marée le rendrait intouchable. Mais Nicolas Sarkozy, qui a tout fait pour éviter de voir revenir Juppé, devrait prendre une initiative majeure dés demain.

05/03/2017 - 07:56 Temps Lecture 13 mn.

Aucun scénariste de série américaine du type House of Cards n’aurait pu imaginer tous les rebondissements de la campagne électorale de François Fillon. L’acharnement judiciaire et le non respect flagrant des délais de procédure comme l’a révélé Le Monde ou bien l’impossibilité de saisir la chambre de l’instruction. Les manœuvres pour faire apparaître des plans B comme Baroin ou Bertrand ou J comme Juppé. Et surtout les flots de trahison et de désertion qui ont suivi la déclaration de mercredi dernier durant laquelle le député de Paris a décidé de ne pas renoncer en dépit de l’annonce de sa probable mise en examen le 15 mars prochain, deux jours avant la clôture des candidatures pour l’élection présidentielle.

Naturellement, le premier à quitter le navire a été Bruno Le Maire, moins de deux heures après la déclaration de François Fllon. Rappelons que le député d’Évreux a longtemps embauché sa femme Pauline, artiste peintre comme attachée parlementaire. Il a très vite été suivi par la poignée de ses proches comme Laure de la Raudière, dont l’attaché parlementaire est son mari, par ailleurs exploitant forestier… Belle journée des dupes que ce mercredi où les donneurs de leçon de morale auraient pu invoquer les mêmes turpitudes que le candidat Fillon.

SARKOZY FAISEUR DE ROI

Idem quelques heures plus tard avec le départ des juppéistes qui se sont illustrés en passant à la caisse du quartier général récupérer leur lot de tickets-restaurants pour le mois de mars. Depuis que ces ralliés de l’après-primaire ont déserté l’ambiance a totalement changé au QG de François Fillon où tout le monde se retrouve sur la même longueur d’ondes avec le même esprit combatif. Quant au départ de Thierry Solère, épinglé pour des affaires de consulting pat le Canard Enchainé, il a été vécu comme un soulagement.

En fait une grande partie du sort de François Fillon s’est joué toute la semaine Rue de Miromesnil, dans le bureau de Nicolas Sarkozy. Ce dernier, comme Édouard Balladur et Valéry Giscard d’Estaing ont convaincu le candidat de la droite de tenir bon et que chaque jour de ténacité lui feraient marquer des points dans l’opinion. Par ailleurs Nicolas Sarkozy n’avait aucune envie de voir revenir Alain Juppé, avec un autre programme que celui asséné par la droite depuis des semaines. C’est encore ce qu’il a redit à Gérard Larcher et Bernard Accoyer vendredi dernier.

UNE INITIATIVE MAJEURE DES DEMAIN

Néanmoins hier après-midi il a confié à certains caciques des Républicains qu’il prendrait lundi une initiative majeure. Soit la manifestation est un immense succès et il ne lâchera pas Fillon. Soit elle est un pétard mouillé et il appellera à un rassemblement de la famille politique derrière Juppé. Lundi soir le comité politique, instance restreinte composée pour moitié de sarkozystes devra évaluer la situation. C’est-à-dire voire si Alain Juppé peut ou veut reprendre le programme Fillon, ensuite assurer un beau rôle aux fillonistes, et enfin permettre à François Fillon de sauver la face. Tout cela fait beaucoup de bémols qui laissaient hier soir l’entourage proche de François Fillon assez optimiste.

Du côté des sondages ils ont accusé le coup du côté de François Fillon qui garde pourtant un socle solide. Mais l’actualité sondagière a été dominée par les résultats de la société Filteris qui devine les tendances d’opinion par des algorithmes et une multitudes de données glanées notamment sur les réseaux sociaux. Vendredi soir dans son panel Marine Le Pen était en tête avec 24,05 % des intentions de vote devant… François Fillon (20,24 %), Emmanuel Macron (20,15 %), qui n’a pas percé après la publication de son programme, Jean-Luc Mélenchon (16,26 %) et Benoit Hamon (14,43 %). Ces résultats sont très différents des sondages. Mais Filteris avait annoncé, grâce à sa méthode, la victoire de François Fillon à la primaire dés le 12 octobre dernier, le Brexit et l’élection de Donald Trump.

LE PATCHWORK DE MACRON

Tout cela n’empêchera pas Patrick Stefanini, le directeur de campagne de François Fillon de démissionner ce soir en fin de journée. Ses motifs sont plus qu’obscurs. Il va donc retrouver sa place auprès de Valérie Pécresse au Conseil Régional et sera immédiatement remplacé par Vincent Chiriqui, jusqu’ici responsable des aspects administratifs et financiers. Si tout se passe bien et que François Fillon tient le coup, il ne restera alors que 10 jours à tenir avant la proclamation des candidatures par le conseil constitutionnel.

A gauche l’évènement de la semaine a été la publication tant attendue de ce qui tient lieu de programme pour Emmanuel Macron et qui ressemble davantage à un patchwork de mesures. Le candidat du mouvement En marche ! veut changer en profondeur le fonctionnement de l’assurance-chômage et du système de retraites. Son approche s’inspire des réformes conduites dans certains pays nordiques adeptes de la « flexisécurité ». Le programme d’Emmanuel Macron pour les demandeurs d’emploi passe, tout d’abord, par une reprise en main de l’Unedic : le système d’indemnisation des chômeurs, jusqu’alors cogéré par le patronat et les syndicats, serait confié aux pouvoirs publics. Il serait, en outre, étendu à l’ensemble des travailleurs ayant cotisé : artisans, commerçants, entrepreneurs, mais aussi – autre nouveauté de taille – aux salariés qui démissionnent de leur poste. Mais pas plus d’une fois tous les cinq ans.

UNE FLEXIBILITE EN POINTILLE

Le coût d’une telle mesure inquiète certains économistes, même s’il s’avère compliqué à établir tant le comportement des futurs assurés est imprévisible. L’équipe du candidat, elle, le chiffre à deux milliards d’euros par an. Plusieurs pistes sont à l’étude pour financer le surcroît de dépenses : entre autres en reculant l’âge à partir duquel un senior au chômage peut prétendre jusqu’à trois années d’indemnisation (aujourd’hui, il est de 50 ans). Autre levier : la relance de l’économie qui aboutirait, en fin de quinquennat, à une baisse significative du chômage, dont le taux atteindrait 7 % ; ainsi, 10 milliards d’euros seraient économisés.

La flexibilité, elle, se niche dans les obligations pesant sur les demandeurs d’emploi. Ceux-ci seraient soumis à un contrôle plus strict et pourraient être passibles de sanctions s’ils refusent deux offres d’emploi, décentes selon les critères de salaires et de qualifications. En fait, un tel système existe déjà. Mais il est très difficile à mettre en œuvre d’un point de vue opérationnel. L’entourage d’Emmanuel Macron assure que tout va fonctionner autrement, avec un renforcement du corps de contrôleurs. Les vérifications porteront sur un faisceau d’indices comme l’assiduité aux rendez-vous, les réponses aux offres d’emploi, l’envoi de CV. Les sanctions seraient graduées : d’abord un avertissement pour changer les comportements, puis une baisse de l’allocation avant sa suppression.

L’INCONNUE DE LA MAJORITE PARLEMENTAIRE

S’agissant des retraites, les transformations préconisées sont de grande ampleur. Il s’agit d’aller vers un dispositif universel qui mettrait fin aux régimes spéciaux – et au sentiment d’inégalité qu’ils suscitent, étant jugés plus avantageux par rapport au privé. Dans cette optique, un euro cotisé donnera les mêmes droits, quel que soit le moment où il a été versé, et quel que soit le statut de celui qui a cotisé. L’âge légal du départ à la retraite reste inchangé (62 ans) et la pénibilité sera toujours prise en compte. La situation des personnes qui prévoient de partir à la retraite dans les cinq prochaines années ne sera pas modifiée ; pour les autres, il y aura une transition sur une décennie.

Sur le papier, tout cela est bien beau. Mais subsistent plusieurs inconnues, dont l’une a trait à l’acceptabilité de tels bouleversements. Le fait de toucher aux régimes spéciaux va-t-il provoquer de fortes mobilisations, comme en 1995 ou, à un degré moindre, en 2007 ? Surtout Emmanuel Macron est sans doute le candidat le moins capable de réunir une majorité parlementaire afin de faire voter une telle mesure.

EUPHORIE SUR LES MARCHES

Au chapitre économique, il faut noter que le vent d’optimisme qui souffle sur les Bourses mondiales a profité aussi au marché parisien, qui a franchi brièvement, vendredi, en séance, le seuil symbolique des 5 000 points. En début d’après-midi, le CAC 40 est monté jusqu’à 5 002,92 points, un niveau qu’il n’avait pas atteint depuis août 2015, juste avant que le krach des marchés chinois ne fasse chuter les indices mondiaux. Le CAC 40 est largement tiré depuis le mois de novembre par Wall Street. Euphorique, la Bourse de Paris a d’ailleurs bondi de 2,10 % mercredi, dans la foulée du premier discours de Donald Trump devant le Congrès.

Depuis l’élection du nouveau président américain, ses promesses de relance fiscale galvanisent les marchés. Wall Street parie sur une baisse massive des taxes pour les entreprises et sur une hausse des dépenses d’infrastructures, alors que les investissements dans les réseaux électriques, hydriques ou autoroutiers sont au plus bas depuis de nombreuses années. Une politique « pro business » propre à accélérer l’activité et la croissance. La dynamique du marché parisien, comme celle des autres indices européens, est aussi soutenue par le rebond assez solide de l’économie mondiale dans son ensemble. En outre, les profits dégagés par les entreprises, souvent supérieurs aux attentes des analystes, constituent autant de signaux de cette reprise. Les multinationales françaises ont réalisé l’an dernier plus de 75 milliards d’euros de bénéfices. Un montant en hausse de 32 % par rapport à 2015.

HAUSSE DES TAUX IMMINENTE AUX US

Il reste à savoir si cette tendance va se poursuivre car les choses sont visiblement en train de s’accélérer concernant la hausse des taux d’intérêt aux États-Unis. Vendredi, la présidente de la Réserve fédérale, Janet Yellen, a non seulement donné un signal clair pour un resserrement monétaire lors de la prochaine réunion du Comité de politique monétaire (FOMC) des 14 et 15 mars, mais elle a également laissé entendre que d’autres relèvements seront sans doute nécessaires cette année si l’économie américaine restait sur le rythme actuel. Janet Yellen a souligné que les objectifs que s’était fixés la banque centrale pour relever ses taux, à savoir une situation de plein-emploi et une inflation de 2 % étaient atteints ou en voie d’être atteints pour l’essentiel. Le marché du travail américain reste en effet dynamique. En janvier 227 000 emplois ont été créés, tandis que le taux de chômage est tombé à 4,8 %.

Il s’agirait ainsi de la troisième hausse des taux d’intérêt depuis le début de la reprise économique après un premier relèvement en décembre 2015 et un second en décembre 2016. Le loyer de l’argent oscille désormais entre 0,50 % et 0,75 %. Ce ne serait d’ailleurs qu’un début, car Janet Yellen a déclaré que cette année serait sans doute marquée par un rythme de resserrement monétaire beaucoup plus vigoureux qu’au cours des deux dernières années.

LE DEAL PSA-OPEL SE CONCRETISE

Du coté du business, selon nos informations, un conseil de surveillance extraordinaire a eu lieu vendredi après-midi chez PSA, avenue de la Grande Armée, à Paris. Il a donné son feu vert au rachat d'Opel. Sauf surprise, une annonce devrait intervenir lundi. Soit juste avant le début des journées presse du Salon automobile de Genève, en terrain neutre. De son côté, le vendeur, General Motors, n'a pas besoin de réunir ses instances de gouvernance. L'opération devrait conduite à une légère diminution des actionnaires existant, suite à l'attribution de Bons de souscriptions d'actions. Au niveau opérationnel, l'opération doit permettre de donner naissance à un groupe de 4,3 millions de véhicules, dont 3 millions en Europe, et de générer 2 milliards d'euros de synergies par an grâce à la convergence progressive des plateformes et des moteurs.

Les négociations ont été menées tambour battant. Au fil des jours, les deux groupes ont convergé sur deux points clefs : les retraites des salariés d'Opel (7 milliards d'euros en Allemagne et Royaume-Uni) et la R&D (Opel paie des royalties à General Motors). Des deux côtés, l'envie d'aboutir est forte. Après seize années consécutives de pertes pour Opel en Europe, GM a décidé d'arrêter les frais. Côté PSA, l'accord doit permettre de gagner en taille et en économies d'échelles, ce qui faisait cruellement défaut au groupe français.

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