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Yves de Kerdrel
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La bulle Macron se dégonfle
par Yves de Kerdrel
Tout au long de la semaine les sondages quotidiens ont fait apparaître une baisse légère mais régulière du score potentiel du leader d’En Marche ! Depuis, avec sa bourde à Alger sur la colonisation, il commence à être attaqué par ceux qui l’adulaient.
La magie Macron commence à ne plus opérer comme avant. En l’espace de dix jours le candidat ni de droite ni de gauche a vu son score potentiel perdre 3 points sur le sondage quotidien réalisé par OpinionWay pour les Echos. Alors que, dans le même temps, François Fillon, en dépit du climat détestable dans lequel il fait campagne – voire même ne parvient même plus à faire campagne – est resté étonnamment stable. Si bien que François Fillon et Emmanuel Macron sont désormais au coude à coude dans la plupart des enquêtes d’opinion où la marge d’erreur est de 2,5 %.
Si ce qui a commencé de s’observer cette semaine se prolonge au cours des jours à venir, on pourra dire que le tournant de cette campagne a été une gaffe monumentale faite par Emmanuel Macron à l’occasion d’un entretien, réalisé dans le train, avec la journaliste star du Journal du Dimanche Anna Cabana. Cette gaffe se résume dans cette phrase « La politique c’est mystique… C’est une erreur de penser que le programme est le cœur d’une campagne ». Une phrase qui a choqué certains proches d’Emmanuel Macron lui-même.
MACRON VA CHERCHER UN NOUVEAU SOUFFLE A LONDRES
Car son problème à moins de 70 jours du premier tour reste l’absence complète de programme. Bien sûr l’ex-Ministre de l’économie continue d’annoncer ici ou là des « idées » ou des « mesures éventuelles » mais pas de programme structuré et chiffré, et encore moins un projet de société comme les sociaux-démocrates anglo-saxons auxquels il se réfère savent si bien en produire. Cela ajouté, à l’arrivée massive de proches de l’actuel président dans son équipe, donne de plus en plus le sentiment qu’Emmanuel Macron est un pur produit du « hollandisme » avec le même goût de l’ambiguïté, l’absence de convictions et une ambition sans limite.
Après un déplacement à Alger, destiné à flatter la clientèle musulmane installée en France et à draguer cet électorat spécifique, comme François Hollande l’avait fait, Emmanuel Macron doit se rendre à Londres le 21 février pour y donner un grand meeting avec la communauté française locale. Là-bas il est davantage attendu sur des questions d’ordre économique et sociale voire sur l’adaptation de notre modèle économique à l’émergence des nouvelles technologies et à l’uberisation de nombreux métiers. Cela après un meeting qui s’est tenu hier à Toulon où il a notamment redévelopper quelques micro-mesures dans le domaine régalien, déjà annoncées dans le Figaro de vendredi matin. A cela commencent à s’ajouter un certain nombre d’interrogations sur ses revenus et son patrimoine que le site internet du journal Le Monde a pointées du doigt vendredi sans avoir de réponse de l’entourage du candidat.
CAMPAGNE EMPECHEE POUR FILLON
De son côté François Fillon continue de faire campagne dans un contexte très difficile voire proche de l’impossible. D’un côté il ne risque rien sur le plan judiciaire d’ici au 23 avril. Le parquet national financier, qui a communiqué pour ne rien dire en milieu de semaine a exclu un classement sans suite. Ce que chacun savait déjà. Mais si dans une semaine, dix jours ou plus tard il opte soit pour une citation directe, soit pour l’ouverture d’une information judiciaire, le calendrier est trop court pour faire de François Fillon un coupable. Ce que la plupart des médias ont déjà fait.
Cependant le champion de la droite et du centre a été contraint d’annuler un déplacement à Limoges et à Clermont-Ferrand où les élus locaux lui ont fait comprendre qu’ils auraient du mal à le soutenir. C’est dire la complexité dans laquelle il se trouve et qui l’a conduit à demander un rendez-vous en urgence à Nicolas Sarkozy. Beaucoup y ont vu une espèce de donnant-donnant avec un ancien Président de la République s’engageant à calmer les frondeurs de droite mais exigeant au passage la formation d’un ticket Fillon-Baroin. En fait François Fillon a juste eu un échange classique avec un Nicolas Sarkozy désormais plus occupé à créer le fonds d’investissement qu’il rêve de mener. De la même manière que le matin même il avait eu un long coup de téléphone avec Alain Juppé.
Tout va désormais se jouer dans les deux prochaines semaines. Si Emmanuel Macron continue de décrocher, l’électorat de droite qui l’avait rejoint peut rebasculer aussi facilement vers François Fillon. D’autant plus que la candidature de François Bayrou est désormais imminente. Le président du Modem prendrait immédiatement 2 à 3 points à Emmanuel Macron et seulement 1 point à François Fillon. Mais il faut aussi que la résilience de l’ancien Premier Ministre lui permette de remonter dans les sondages. Car pour gagner un second tour il faut une base électorale plus large que le seul étiage de 20 % au premier tour.
Il reste qu’à droite un grand nombre de hiérarques continuent de plaider pour un changement du candidat. Ils affirment que même si François Fillon est élu, il aura du mal à mettre en place son programme. De surcroit, si lui sera alors couvert par l’immunité présidentielle, il n’en sera pas de même pour son épouse, notamment dans l’affaire de la Revue des Deux Mondes. Un procès éventuel de la Première Dame ferait alors tâche sur le futur quinquennat. Mais selon le Journal du Dimanche de ce jour 70 % des électeurs de droite ne souhaitent pas de changement de candidat.
LA DEFERLANTE LE PEN
La seule constante de ces dernières semaines, c’est le score très élevé de Marine Le Pen qui semble assurée de conquérir 27 à 28 % des voix dés le premier tour. D’autant plus qu’au climat des affaires s’est ajouté le chaos créé par les émeutes en banlieue. De fait, la candidate du Front National n’a pas besoin de faire campagne pour voir son score bondir. C’est ce qui inquiète régulièrement un certain nombre d’investisseurs étrangers et qui entraine un écartement de plus en plus marqué du spread entre le rendement de l’OAT française et du bund allemand.
Justement au chapitre économique, tous les regards sont tournés maintenant vers les Etats-Unis où l’affrontement entre Donald Trump et Janet Yellen, la patronne de la Réserve Fédérale fait la Une de tous les journaux. Cette dernière vient d’être auditionnée par le Sénat puis la Chambre des Représentants. Ce qui permet à la grande prêtresse de la politique monétaire américaine de faire part de son inquiétude sur le manque de clarté du programme économique de Donald Trump, qui risque, selon elle, de faire déraper le budget. En même temps la patronne de la Fed doit parer aux attaques d’une administration républicaine ouvertement hostile à sa personne.
BRAS DE FER ENTRE TRUMP ET LA FED
Il faut dire que pendant sa campagne, Donald Trump a constamment accusé Janet Yellen de maintenir des taux artificiellement bas pour soutenir les démocrates, de favoriser la création de bulles spéculatives, mais aussi de ne rien faire contre le dollar fort. Début février, comme WanSquare l’avait révélé, le sénateur Patrick McHenry l’a également accusée de participer à des forums internationaux de régulation bancaire, non conformes selon lui aux intérêts américains. D’autant que le 3 février, Donald Trump a signé deux décrets visant à détricoter la fameuse loi Dodd-Frank, adoptée sous Barack Obama pour mieux réguler la finance, et dont la Fed fut l’un des artisans.
Si Donald Trump ne peut pas réduire l’autonomie de la Fed qui est une pierre angulaire de l’économie américaine, en revanche, il peut considérablement en modifier le visage par le jeu des nominations. A la suite de la démission le 9 février de Daniel Tarullo, l’un des artisans des régulations bancaires prises après 2008, trois des sept sièges de gouverneurs de l’institution sont désormais ouverts. Le président américain en profitera à coup sûr pour nommer des candidats favorables à une réglementation financière édulcorée. Mais il ne peut pas révoquer Janet Yellen, dont le mandat prendra fin en février 2018. De même, le mandat de son vice-président, Stanley Fischer, se terminera en juin 2018. Dans les deux cas, Donald Trump nommera probablement à leur place des personnalités proches des républicains qui sont en général plutôt favorables à un resserrement monétaire rapide. Ce qui a tendance à pousser le dollar à la hausse.
LA SURPRISE PSA-OPEL
En cette période de vacances scolaires où la plupart des patrons du CAC 40 sont à Val d’Isère ou à Courchevel, la principale actualité en matière de business se résume au projet d’acquisition d’Opel par PSA. Mardi dernier, le constructeur a indiqué examiner avec General Motors de nombreuses initiatives stratégiques « y compris une acquisition potentielle d’Opel ». Le constructeur français lorgne donc la division Europe de General Motors, à savoir la marque Opel (Vauxhall au Royaume-Uni). Une telle acquisition permettrait à PSA d’ajouter à ses 3,15 millions de voitures vendues en 2016 (dont 1,9 million en Europe) près de 1,2 million de véhicules, faisant de lui le deuxième constructeur sur le Vieux Continent derrière Volkswagen (3,6 millions en Europe) et devant Renault Nissan (2,2 millions).
Du côté des deux constructeurs la prudence reste de rigueur. Pourtant, les discussions semblent bien avancées. Elles porteraient essentiellement sur le prix et le périmètre de l’acquisition et figuraient au menu d’un comité stratégique qui s’est tenu jeudi dernier. Si mariage il y a, il ne se fera pas entre inconnus. Fin 2011, l’idée d’un vaste rapprochement GM-PSA avait déjà fait son chemin. Elle sera concrétisée en 2012 par la création d’une « alliance mondiale » qui ne dure que quelques mois. Cette courte union aura tout de même porté quelques fruits. Elle débouche sur une coopération dans des programmes ponctuels mais surtout permet de tisser des liens durables entre les équipes. Des projets concrets sont d’ailleurs en cours.
Mais depuis 2013, la trajectoire des uns et des autres aura été bien différente. PSA, recapitalisé par l’Etat et par le chinois Dongfeng, et avec un nouveau patron à sa tête, démarre un spectaculaire redressement. Les résultats financiers dévoilés la semaine prochaine pourraient bien constituer un record et confirmer que l’entreprise a désormais près de 7 milliards d’euros de cash à sa disposition (sans compter la part de 47 % que détient PSA dans Faurecia valorisée à 2,5 milliards d’euros). De l’autre côté, Opel a continué sa descente aux enfers. En 2016, la branche européenne de GM aura connu sa seizième perte opérationnelle consécutive.
Le principal argument des partisans de ce deal réside dans la possibilité rapide et concrète d’augmenter de 40 % le volume de PSA, et donc de le faire se rapprocher de la fameuse taille critique indispensable aujourd’hui à un constructeur pour maintenir une capacité minimale d’investissement. L’Etat français a fait d’ailleurs connaître son soutien dans les efforts de l’entreprise à devenir un leader mondial. Mais l’acquisition d’Opel ne résoudrait en rien l’un des problèmes de PSA : la faiblesse de ses ventes hors Europe. Beaucoup dépendra donc du prix. Nombreux sont les analystes à considérer que 3 milliards d’euros constituent un maximum, coût des restructurations compris.
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