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Fillon parie sur un éclatement <br>de la bulle Macron
par Yves de Kerdrel

François Fillon a décidé, cette semaine, de repartir en campagne en espérant faire table rase de la séquence détestable qui l’a touché. A droite beaucoup doutent encore de sa capacité de rebond. Lui pense que la bulle Macron finira par se dégonfler à temps.

12/02/2017 - 08:11 Temps Lecture 13 mn.

C’est un François Fillon très combatif qui est ressorti dimanche dernier en fin d’après-midi d’une réunion de crise à laquelle participaient ses avocats, ses proches, ses communicants et l’infatigable Thierry Solère, devenu son unique porte-parole. Comme nous le laissions supposer il y a une semaine, François Fillon a considéré qu’il était face à un procès médiatique plus que judiciaire. Il a donc décidé de modifier son dispositif de campagne en contournant une presse et un audiovisuel qui lui sont devenus majoritairement hostiles.

C’est ce qui l’a amené à prendre directement les français à témoins lundi dernier, quelques heures après qu’un grand quotidien ait bafoué le secret de l’instruction en révélant des éléments de son dossier judiciaire. C’est ce qui l’a convaincu de faire une opération transparence sur son patrimoine, ses revenus et ceux de sa famille en publiant tous les éléments nécessaires sur son site internet. C’est enfin ce qui l’a décidé à repartir sur le terrain d’où il avait été assez absent ces derniers jours.

QUITTE OU DOUBLE

Il s’agit d’une sorte de quitte ou double. Soit cela fonctionne, et il a encore le temps de remonter dans le duo des qualifiables au second tour. Soit il verra son score stagner car il bénéficie d’un noyau dur de sympathisants fidèles et qui pour 60 % d’entre eux ont déjà pris la décision irrévocable de voter pour lui. Dans le sondage « rolling » réalisé par Opinion Way pour Les Echos chaque jour en milieu de journée, il n’est qu’à un point d’Emmanuel Macron dont seulement 20 % des sympathisants sont certains d’aller voter pour lui. C’est dire si François Fillon dispose encore de fondamentaux solides, même si certains parlementaires de droite continuent d’affirmer, dans la confidence, qu’il plombe la droite et qu’il risque de lui faire perdre une élection imperdable.

Cette mauvaise séquence lui aura au moins permis de réorganiser son état-major de campagne autour d’un comité très resserré avec trois hommes-clé : Patrick Stefanini son directeur de campagne, Bruno Retailleau, son coordinateur de campagne et Thierry Solère, son unique porte-parole. Moins de place est accordé à Anne Méaux qui a été de très mauvais conseil au cours de ses trois dernières semaines. Et davantage aux vrais proches, à ceux qui n’ont jamais faibli un instant. On remarquera que le nom de Gérard Larcher n’en fait pas partie après le trouble né d’une rumeur selon laquelle le Président du Sénat s’apprêtait, il y a dix jours, à lâcher François Fillon.

LA SEPARATION DES POUVOIRS EN QUESTION

Cette contre-attaque s’est poursuivie en milieu de semaine par une conférence de presse inattendue des deux avocats de François Fillon, Antonin Lévy, fils de BHL, et Pierre Cornut-Gentille, neveu de l’ex-ministre, ambassadeur et préfet Bernard Cornut-Gentille. Une conférence de presse très intéressante qui avait pour but de demander au parquet national financier qui s’était autosaisi de l’affaire Fillon de s’en dessaisir au nom de la séparation des pouvoirs. Car l’utilisation des fonds alloués à chaque député pour rémunérer ses assistants parlementaires ne sont pas considérés comme des deniers publics. Et les investigations judiciaires à l’Assemblée comme au sénat relèvent clairement d’une entrave à la séparation des pouvoirs.

Du côté des ex-Plans B, tout le monde est désormais rentré dans le rang, qu’il s’agisse de François Baroin, piloté par Nicolas Sarkozy, de Xavier Bertrand ou de Laurent Wauquiez. Désormais toute la question est de savoir combien de temps cette unité reformée va tenir. Il faudrait, pour cela, que la presse cesse de feuilletonner avec de nouvelles pseudo-révélations sur l’ex-Premier Ministre et que les sondages repartent à la hausse de manière à valider la stratégie retenue dimanche dernier dans la soirée.

LE SUSPENSE BAYROU

Reste bien sûr l’inconnue Bayrou, qui devrait dévoiler ses intentions dans les jours qui viennent. Lorsqu’on lit son dernier ouvrage « résolution française » on n’a pas de doute sur la volonté du président du Modem de partir en campagne. Il a d’ailleurs multiplié les interventions tout au long des derniers jours afin de faire monter le suspense. Selon le rolling Ifop-Fiducial de Paris-Match, il est actuellement crédité de 5,5 % d’intentions de vote. Et son électorat proviendrait pour 40 % d’électeurs de Hollande en 2012 et pour 40 % d’électeurs de la droite. Bien entendu, s’il décide d’aller jusqu’au bout il a la capacité d’empêcher François Fillon d’être au second tour. Et par ailleurs, rien dans ses propos récents ne laisse envisager un rapprochement avec le champion de la droite.

A gauche, tous les observateurs attendent maintenant qu’Emmanuel Macron sorte de l’ambiguïté qu’il a lui même choisie pour faire sa campagne. Son dernier meeting, s’il a été un succès de foule, a laissé apparaître plus que jamais la vacuité de son programme. Il est donc aujourd’hui au pied du mur comme le démontre la baisse de 2 points qu’il a subie en deux jours cette semaine sur le rolling opinionway des Echos. C’est la raison pour laquelle il a décidé de déflorer certaines parties de son projet. Avec le risque de dévoiler qu’il n’est finalement que l’hologramme de François Hollande.

LE DOUBLE DISCOURS DE MACRON

Puisqu’après avoir dit tout le mal qu’il pensait de l’ISF, il a décidé de garder cet impôt et de le modifier dans un sens où il est déjà modifié grâce aux pactes Dutreil. Il devrait en être de même des 35 heures qu’il a raillées ouvertement lorsqu’il était ministre de l’économie. Dans un premier temps il avait évoquer une modulation des 35 heures conservées pour les salariés les plus âgés seulement. Désormais il serait question de ne plus y toucher. Faut-il vraiment s’étonner de la normalisation du projet d’Emmanuel Macron, dans la mesure où il est conçu par Jean Pisani-Ferry qui était l’un des économistes du programme de François Hollande en 2012.

A la gauche de cette gauche là il faut noter la solidité du socle constitué par Benoit Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot. Ce dernier a déjà entamé des discussions avec Benoit Hamon. Et Jean-Luc Mélenchon n’exclut plus complètement de parler avec Benoit Hamon, dans une vieille logique PS-PC qui lui permettrait d’obtenir une forte présence aux législatives. Dans ce cas là le vrai rival de la droite serait là et non plus dans une bulle Macron que beaucoup, y compris à gauche, cherchent à dégonfler.

TRUMP S’ATELLE AUX IMPÔTS

François Hollande, qui avait d’ailleurs décidé de tout faire pour aider Emmanuel Macron, avec lequel il continue d’entretenir des liens étroits, par l’intermédiaire de son fils Thomas, de Ségolène Royal ou tout simplement du téléphone, a désormais renoué de manière plus étroite avec Benoit Hamon, dans la mesure où à la suite de l’échec de Manuel Valls on n’a pas observé de vraie scission au sein du Parti Socialiste. Beaucoup des ténors du parti, et de nombreux ministres en exercice étaient d’ailleurs présents dimanche dernier à sa cérémonie d’investiture. Ce qui oblige le Président de la République à plus de neutralité entre ses deux anciens ministres, aujourd’hui candidats.

Au chapitre économique, l’actualité est toujours marquée par les annonces fracassantes de Donald Trump. Jeudi dernier, celui-ci a promis des annonces phénoménales sur la fiscalité dans les prochaines semaines, en dépit de doutes sur le calendrier apparus au Congrès ces derniers jours. Le président américain, qui s'était engagé à ramener le taux de l'impôt sur les sociétés de 35% à 15% durant la campagne électorale l'an dernier, n'a fourni aucune précision sur les mesures à venir mais sa petite phrase a fait monter Wall Street et le dollar. Le porte-parole de la présidence, a simplement déclaré lors de son point de presse quotidien que la réforme fiscale serait la plus importante aux Etats-Unis depuis 1986, sous Ronald Reagan, et qu'elle viserait à stimuler l'emploi et la croissance économique.

VERS UN PREMIER TRIMESTRE MOU

S’agissant de la France, pour sa première estimation de PIB pour le premier trimestre de l'année, la Banque de France est sur la même ligne que l'Insee. Pour les experts de l'Institut d'émission comme pour les statisticiens publics, le PIB devrait afficher une hausse de 0,3% au cours des trois premiers mois de l'année. Une estimation qui confirme que le début de l'année manquera de dynamisme puisque la hausse constatée au première trimestre serait très légèrement inférieure au niveau constaté en fin d'année 2016. Publiée le 31 janvier par l'Insee, en effet, la première estimation du PIB pour le quatrième trimestre de 2016, fait état d'une hausse du PIB de 0,4%.

La relative faiblesse de cette première prévision s'appuie en grande partie sur les résultats mitigés de l'enquête mensuelle de conjoncture faite par la Banque de France auprès des chefs d'entreprises. Dans l'ensemble, hormis dans les services où la Banque de France note une accélération en particulier dans les activités de conseil et le travail intérimaire, le mois de janvier est plutôt caractérisé par un ralentissement de l'activité dans l'industrie - après, il est vrai, une fin d'année 2016 particulièrement bien orientée. En janvier, la production industrielle baisse légèrement dans de nombreux secteurs, notent les experts de la Banque de France. Pour autant, l'accès de faiblesse constaté en janvier pourrait n'être qu'un à-coup. Dans l'industrie, les chefs d'entreprises prévoient en effet une hausse de la production en février, tandis que dans les services, l'activité devrait progresser à nouveau en février.

LA PROUESSE DE RENAULT

Une bonne nouvelle à noter du côté de l’emploi. L’économie française a créé, en net, 191 700 postes dans le secteur marchand en 2016, soit la meilleure performance sur le front de l’emploi privé depuis 2007, selon une estimation de l’Insee publiée vendredi. Cela constitue une forte accélération sur le marché de l’emploi, après une année 2015 qui avait vu 99 000 postes se créer. La France avait détruit des emplois lors des trois années précédentes. Avec ces créations de poste, les effectifs du secteur marchand ont atteint 16,16 millions de personnes fin 2016, un niveau inédit depuis 2008. L’embellie, l’année dernière a notamment concerné les services et l’intérim, tandis que l’industrie et la construction ont continué de détruire des emplois.

Dans le domaine du business, il faut souligner les très bons résultats enregistrés par Renault. L’ex régie a atteint des records de chiffre d'affaires et de marge opérationnelle en 2016 grâce notamment à l'impact de ses nouveaux modèles sur ses volumes et ses prix, dépassant les objectifs du plan stratégique qui s'achève. Le constructeur automobile, qui a également annoncé un nouveau plan pour 2017-2022, a vu son titre grimper à de nouveaux sommets. Renault a réalisé l'an dernier un chiffre d'affaires de 51,2 milliards d'euros (+13,1%), supérieur à l'objectif de 50 milliards qu'il s'était fixé à l'horizon 2017. La marge opérationnelle du groupe a atteint 6,4%, alors qu'il visait plus de 5%.

DUFOURCQ AU BOARD D’ORANGE

Les résultats 2016 dépassent aussi un consensus réalisé par Inquiry Financial pour Reuters, selon lequel les analystes anticipaient un chiffre d'affaires de 50,8 milliards d'euros et un bénéfice net, part du groupe, de 3,38 milliards qui est en fait ressorti à 3,42 milliards d'euros, en progression de 21,1%. Le groupe, dirigé par Carlos Ghosn, présentera en octobre un nouveau plan stratégique en coordination avec ses partenaires de l'alliance, Nissan mais aussi maintenant Mitsubishi, accompagné d'objectifs à nouveau ambitieux : un chiffre d'affaires de 70 milliards d'euros, soit une croissance de 40% en six ans, et une marge opérationnelle minimale de 7% à la fin du plan.

Selon les informations de WanSquare, le directeur général de Bpifrance, Nicolas Dufourcq, va faire son entrée chez Orange pour représenter la banque publique d’investissement. Il y remplacera Jean-Yves Gilet, ancien directeur exécutif de Bpifrance, qui a quitté ses fonctions il y a six mois. L’annonce doit être officialisée à l’occasion de la publication des résultats annuels de l’opérateur Télécoms, le 23 février, avant d’être votée lors de la prochaine assemblée générale des actionnaires. Même si cette nomination est logique sur le papier, elle va forcément relancer les spéculations sur la succession de Stéphane Richard. D’autant qu’il est entré chez France Telecom en 1994 avant d’y créer Wanadoo et de faire coter cette filiale.

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