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Yves de Kerdrel
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Panique à droite et euphorie chez Macron
par Yves de Kerdrel
Au moment où la primaire de la gauche s’apprête à investir Benoit Hamon pour la présidentielle, François Fillon doit faire face au lancer de boules puantes. Son grand meeting d’aujourd’hui à la Villette prend, du coup, des allures de « quitte ou double ».
A trois mois exactement du premier tour de l’élection présidentielle, le Canard Enchaîné a frappé fort contre François Fillon en l’accusant d’avoir procuré un emploi fictif à son épouse pendant plusieurs années en tant qu’attachée parlementaire, puis entre 2012 et 2013 en suspectant Marc de Lacharrière d’avoir fait de même en rémunérant Pénélope Fillon à hauteur de 5.000 euros par mois pour une collaboration assez difficile à définir. Curieusement dans un premier temps le candidat de la droite a balayé ces attaques d’un revers de la main en se défendant très mal en mettant en avant la misogynie du Canard Enchaîné.
Il a fallu que son état-major resserré lui fasse comprendre l’effet dévastateur de ces révélations pour qu’il se décide, jeudi soir seulement, à répondre aux attaques lors d’un 20 heures de TF1. Ce qu’il a fait avec le calme et la fermeté nécessaires. Le problème c’est qu’entre temps, le parquet national financier avait ouvert une enquête préliminaire, obligeant l’équipe du candidat à produire des preuves du caractère réel du travail d’attaché parlementaire fait par Pénélope Fillon. Des auditions ont déjà commencé, notamment de la biographe de François Fillon ou de l’ancien directeur de la Revue des deux Mondes, appartenant à Marc de Lacharrière, et qui tous deux contestent que l’épouse de François Fillon ait réellement travaillé. Des perquisitions seraient également programmées par un parquet qui souhaite aller très vite.
L’HYPOTHESE D’UN RETRAIT SOULEVEE PAR JUPPE
Comme François Fillon l’a dit lui même, il n’est pas question qu’il se retire de la candidature. Hypothèse largement envisagée à droite au point qu’Alain Juppé ait déclaré vendredi qu’il n’entendait pas être un candidat de substitution. Mais si le député de Paris doit être mis en examen, alors il renoncera à la candidature. Il va donc y avoir maintenant une course de la justice afin de faire en sorte que l’instruction conduise vite soit à une convocation de l’intéressé et à son éventuelle mise en examen, soit à une audition sans conséquence.
Tout cela produit déjà des dégâts considérables à droite. Puisque selon un sondage Odoxa pour France info réalisé jeudi 26 janvier, 61% des sondés ont une opinion L"mauvaise" ou "plutôt mauvaise" de François Fillon. En novembre, le candidat récoltait 54% d'opinions positives d'après un sondage Ifop. D'après le sondage Odoxa, la tendance à l'opinion négative se retrouve chez les sympathisants de gauche comme ce de droite. De surcroit, 76 % des personnes interrogées estiment par ailleurs qu'il faudrait interdire aux parlementaires d'embaucher des membres de leur famille comme collaborateurs, selon ce même sondage.
DROITE CHERCHE PLAN B
A droite, et même au sein de la trop grande et trop disparate équipe de campagne de François Fillon, cette affaire sème le trouble. D’abord parce que certains proches du candidat expliquent que le Canard Enchainé a pu être informé par des personnalités de droite, même s’il est plus probable que les informations proviennent des services fiscaux. Ensuite parce que les premières heures qui ont suivi les révélations de l’hebdomadaire satirique ont donné lieu à des tiraillements sur la manière de défendre François Fillon. C’est la ligne Anne Méaux qui l’a emporté au grand désespoir de communicants plus politiques.
En fait il est clair qu’un certain nombre de membre des Républicains proches de Nicolas Sarkozy, comme Christian Estrosi, Laurent Wauquiez, voire même Eric Ciotti estiment que la campagne de François Fillon patine. Que son état-major de campagne n’a rien d’une machine de guerre, et que le candidat doit élargir son discours et son programme en parlant davantage aux classes moyennes qui vont devoir subir dés l’été prochain une hausse de points de la TVA. Si Nicolas Sarkozy se tient au courant des évolutions de la campagne à droite, il ne manœuvre pas directement. Il a même reçu à déjeuner François Fillon il y a une semaine, dans un climat de grande sérénité.
EUPHORIE CHEZ MACRON
A gauche la primaire socialiste qui prend fin ce soir devrait voit la victoire de Bruno Hamon. Pas seulement parce qu’il a bénéficié du soutien d’Arnaud Montebourg, mais aussi parce qu’il a fait une bonne campagne et un bon débat d’entre deux-tours, face à un Manuel Valls qui semblait un peu perdu. Les intentions de vote concernant l’un ou l’autre évoluent entre 7 et 9 % au premier tour de la présidentielle. Ce qui montre bien que leur enjeu n’est pas d’être au second tour, mais de savoir qui mettra la main sur le Parti Socialiste après les élections pour le reconstruire.
S’agissant du second tour, il y en a qui s’y voit maintenant ou du moins qui commence à y croire. C’est Emmanuel Macron. D’une part parce que l’élimination de Manuel Valls lui dégage du terrain du côté de la gauche réformiste. D’autre part, car les problèmes rencontrés par la campagne de François Fillon détournent du candidat officiel de la droite des juppéistes qui préfèrent l’ancien Ministre de l’Economie, même s’il n’a toujours pas de programme articulé et même s’il s’est regauchi en décidant de conserver les 35 heures et de ne pas abroger l’ISF.
LE CANDIDAT DU SIECLE
Il doit réunir de très nombreux soutiens de son mouvement En Marche ! samedi prochain à Lyon où son équipe s’attelle à faire de ce rendez-vous un grand succès, comme si le premier tour de la présidentielle était en train de se jouer en l’espace de quelques jours. Désormais il reste donc trois hypothèses pour le second tour. Soit un duel Macron-Fillon avec un mauvais score de Marine Le Pen et l’avantage serait pour Emmanuel Macron. Soit un duel Fillon-Le Pen et François Fillon garde ses chances d’être élu, à condition que sa candidature soit toujours d’actualité en avril prochain. Soit un duel Macron-Le Pen et Macron est certain d’être élu. Ce qui donne aujourd’hui à ce dernier 66 % de chances de devenir Président.
C’est ce qui justifie la flopée des ralliements dont il est l’objet. Aussi bien à gauche avec de plus en plus de parlementaires, et notamment dés lundi de proches de Valls, ou encore le soutien franc et massif de Ségolène Royal, mandatée par François Hollande. Aussi bien à droite avec des personnalités comme Anne-Marie Idrac ou des déclarations ambigües comme celle de Jean-Pierre Raffarin. Cependant tous ces soutiens ne font pas un vote populaire, d’autant plus qu’ils s’apparentent de plus en plus à l’annuaire du Siècle.
L’ACCORD TRUMP MAY SEME LE TROUBLE
C’est enfin la semaine prochaine que l’on devrait commencer à en savoir davantage sur une éventuelle candidature de François Bayrou. Dans le climat actuel à droite, il n’est pas impossible que le patron du Modem soit tenté de porter l’estocade à François Fillon en se présentant, et en espérant ramener à lui certaines voix de l’ancienne démocratie chrétienne ou des juppéistes tourmentés par les derniers évènements.
Au chapitre économique les regards sont principalement tournés vers les Etats-Unis où Donald Trump fait preuve d’un activisme forcené, huit jours seulement après avoir pris possession du Bureau Ovale. Ce vendredi il recevait Theresa May alors que celle-ci s’apprête à préciser les conditions de mise en œuvre du Brexit. Pour réussir ce Brexit, Londres doit renégocier le plus vite possible une nouvelle relation spéciale avec une Union Européenne qui absorbe près de 50 % de ses exportations. Les brexiters ont aussi promis de libérer le pays, en multipliant les discussions avec le reste du monde : les Etats-Unis, bien sûr, l’Inde, le Japon…
Ce que les européens reprochent à Theresa May, c’est de mettre la charrue avant les bœufs en cherchant à négocier un accord de libre-échange avec les américains alors que le Brexit n’a pas encore eu formellement lieu. Certes, Bruxelles ne peut interdire à une capitale de discuter avec des tiers. A condition que les contacts restent informels. La difficulté, c’est évidemment de parvenir à distinguer l’officiel de l’officieux. Même s’ils sont sur leurs gardes et effarés par les propos de Donald Trump, qui pense que le Brexit sera une chose fantastique, les Vingt-Sept restent à ce stade confiants dans leur capacité à tenir Londres. En expliquant que si leur partenaire ne respecte pas les règles du jeu, la négociation qui s’engagera après l’activation de l’article 50 risque d’être encore plus âpre que prévu.
LES MARCHES AMERICAINS APPLAUDISSENT TRUMP
Toujours est-il que l’indice Dow Jones a franchi, la semaine passée la barre symbolique des 20.000 points. Et surtout les valeurs technologiques américaines ont repris leur incroyable marche en avant. Mercredi, le Nasdaq, sur lequel est cotée la majorité des sociétés high-tech, a ainsi terminé la séance sur un nouveau plus haut historique, bien au-delà de la barre des 5 600 points franchit la veille pour la première fois. Depuis le début de l’année, c’est déjà la huitième fois que le Nasdaq établit un nouveau record. Le retour en forme des valeurs technologiques est symbolisé par les performances des FANG, le nouvel acronyme en vogue à Wall Street pour désigner les géants américains du Web. Facebook, qui est coté sur le New Stock Exchange, affiche un gain de 14 % depuis le 1er janvier, Amazon de 11,6 %, Netflix de 12,7 % et Google (désormais officiellement appelé Alphabet) de 8,3 %.
Derrière ces quatre locomotives, quasiment tous les titres sont dans le vert. Apple progresse de 5,2 %, Microsoft gagne 2,5 %, IBM s’adjuge 7,4 % et Salesforce bondit de 14,6 %. Pourtant, en novembre dernier, le sentiment autour des entreprises high-tech était bien moins euphorique. Les investisseurs redoutaient les conséquences du succès de Donald Trump lors de l’élection présidentielle. Le nouveau locataire de la Maison blanche s’était en effet plusieurs fois attaqué à Apple et à Amazon durant la campagne. Et certaines de ses positions – sur les visas de travail, la neutralité du Net ou encore le chiffrement des données – étaient considérées comme de potentiels freins pour la croissance de leur activité.
LA TRES BELLE PERFORMANCE DE LVMH
En France la saison des résultats a démarré jeudi soir avec ceux de LVMH dont le résultat opérationnel a franchi la barre des 7 milliards d’euros. Si 2016 se révèle assez contrastée, les bonnes performances du second semestre ont contredit les prévisions pessimistes sur la morosité du marché du luxe : au quatrième trimestre, les ventes ont connu une croissance organique de 8 %, à 10,37 milliards d’euros.
L’activité mode et maroquinerie reste un moteur pour le groupe, avec un chiffre d’affaires annuel de 12,77 milliards d’euros (+ 3 %) et un résultat opérationnel courant en hausse de 10 %. Moins connu des Français, Fendi dépasse le milliard d’euros et, dans une moindre mesure, Kenzo, Céline et Loewe affichent de belles progressions. Après la cession de Donna Karan, le groupe a investi, en octobre 2016, dans Rimowa et acheté 80 % de la marque allemande de valises pour 640 millions d’euros. Bernard Arnault inaugurait à Paris, jeudi, le premier magasin de la marque en présence de son fils, Alexandre, devenu cogérant de la pépite allemande à 24 ans et qui s’est installé à Cologne pour marquer sa présence.
ARTHUR SADOUN ENFIN CALIFE CHEZ PUBLICIS
Enfin comme cela était attendu, le conseil de surveillance de Publicis a indiqué cette semaine que c’est bien Arthur Sadoun, actuellement à la tête de Publicis Communications, les réseaux d’agences créatives du groupe qui va devenir à la place de Maurice Lévy le nouveau président du directoire du groupe. Ce dernier deviendra, après l’assemblée générale des actionnaires du 31 mai, président du conseil de surveillance. En effet, Elisabeth Badinter, fille de Marcel Bleustein-Blanchet et toujours première actionnaire du groupe avec 7,5 % du capital, lui cédera sa place.
Alors que les observateurs pensaient que le PDG de Sapient, Alan Herrick, pourrait être appelé à de très hautes fonctions, il se voit préférer Arthur Sadoun et n’intègre même pas le directoire, contrairement à Steve King, autre dauphin potentiel et actuel patron de Publicis Média, qui regroupe l’achat d’espace. Ces mouvements, ainsi que le choix d’un Français plutôt créatif comme Arthur Sadoun, suggèrent un renforcement de l’identité publicitaire du groupe. Contrairement à Maurice Lévy, informaticien d’origine, Arthur Sadoun est un pur publicitaire. Jeune, il est parti fonder une agence au Chili, avant de la revendre et de reprendre ses études à l’Institut européen d’administration des affaires. Entré à TBWA, il y gravit rapidement les échelons en collectionnant les récompenses. Jusqu’à ce que Publicis le débauche en 2007. Il est aussi le mari de la journaliste Anne-Sophie Lapix.Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
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