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Yves de Kerdrel
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Manuel Valls et Benoit Hamon <br>bien partis pour le second tour
par Yves de Kerdrel
Les socialistes votent aujourd’hui avec comme probable surprise un bon score à attendre de Benoit Hamon. Mais la marche en avant d’Emmanuel Macron et la forte popularité de jean-Luc Mélenchon enlèvent beaucoup d’intérêt au résultat final de cette primaire
Après avoir regardé le troisième débat de la primaire socialiste depuis la préfecture de Charleville-Mézières, François Hollande est parti vendredi en visite officielle en Amérique Latine pour une durée de quatre jours. Il ne participera donc pas au premier tour de la primaire socialiste qui se déroule aujourd’hui dans toute la France. Mais en coulisses, le chef de l’Etat laisse entrevoir une toute autre tonalité, bien plus ambiguë. Ces derniers jours, en Corrèze puis au Mali, il a confessé à demi-mot tristesse et regrets. Le président de la République, qui espère rester au centre du jeu, jouit de cette ambiguïté. Au Mali, il s’est ainsi amusé de l’exégèse faite de ses propos devant un membre de sa délégation. A l’Elysée, on jure pourtant que le président n’a ni remord ni regret. Et qu’il n’est pas question qu’il revienne dans le jeu politique. Le 15 janvier, François Hollande a d’ailleurs annoncé le lancement d’une fondation destinée à promouvoir des projets citoyens. Selon les informations de WanSquare, il a l’intention de s’y investir quand il aura quitté le pouvoir.
S’il a décidé de ne pas prendre parti jusqu’au second tour, François Hollande exprimera sa préférence une fois les candidats connus, sans doute en février. Plusieurs de ses amis, à l’instar du communiquant Robert Zarader ou de l’avocat Jean-Pierre Mignard, ont déjà choisi Emmanuel Macron. Sans le dire explicitement, Ségolène Royal aussi. D’aucuns tentent de laisser croire que François hollande pourrait lui aussi se résoudre à apporter son soutien à Emmanuel Macron. Mais d’une part ce dernier n’a aucune envie d’un tel « baiser qui tue ». D’autre part, il n’est pas du tout certain que le Chef de l’Etat soutienne un de ces anciens ministres qu’il accuse de l’avoir « tué ». Logiquement et fidèle à son habitude François Hollande fera tout pour ne pas avoir à choisir et ne soutiendra personne.
SONDAGES TRES SERRES MAIS FAVORABLES A VALLS
Concernant le premier tour de la primaire de ce jour le dernier sondage publié (Opinion Way) faisait apparaître largement en tête des intentions de vote avec un score de 37 % devant Benoît Hamon (28%) et Arnaud Montebourg (24%). Même si la plupart des experts s’accordent à dire que le score final de l’ancien Premier Ministre pourrait être plus proche de 33 à 35 %, il reste en bonne place pour l'emporter au premier tour de la primaire à gauche, puis pour transformer l'essai au second tour, d'après un sondage OpinionWay diffusé ce jeudi, malgré tout prudent compte tenu du faible écart entre certains candidats. Mais il ne remporterait le second tour qu'avec 51% des voix face à l'un ou à l'autre. L'institut de sondage précise du coup que l'écart au second tour est inférieur à la marge d'erreur du sondage (1,9 à 4,5 points).
Un autre sondage réalisé par BVA-Salesforce donnait pourtant Manuel Valls en perte de vitesse et prévoyait qu'Arnaud Montebourg le coiffe au poteau au second tour avec 52% des voix contre 48% à l'ex-Premier ministre. Les deux instituts sondage arrivent en tout cas au même diagnostic : Manuel Valls est sur une pente descendante. Par rapport à un sondage OpinionWay des 9-11 janvier, il recule de trois points au premier tour, Benoît Hamon perd un point et Arnaud Montebourg en gagne trois. Testé face à Benoît Hamon au second tour, Manuel Valls perd deux points par rapport au même sondage. Face à Arnaud Montebourg, il en perd trois.
MACRON CHERCHE A EVITER LE SOUTIEN DE HOLLANDE
Il reste qu’étant donné l’importance du phénomène Macron, le résultat de cette primaire socialiste apparaît presque secondaire. Surfant sur la vague qui semble actuellement porter sa candidature présidentielle, l’ancien Ministre de l’Economie a posé cette semaine un nouveau jalon dans la construction de son mouvement en lançant le processus de désignation de candidats aux élections législatives. En Marche ! présentera 577 candidats, dans le but de construire une majorité présidentielle. Le processus d’appel à candidatures a été lancé immédiatement, chacun pouvant dès à présent s’inscrire en ligne. Une commission nationale d’investiture, composée de neuf membres adhérents d’En Marche !, doit être constituée dans les prochains jours.
L’objectif est clair : ceux qui veulent s’inscrire dans le mouvement doivent se décider sans tarder. Emmanuel Macron se dit prêt à accueillir les candidatures de parlementaires de toutes les formations républicaines, socialistes, radicaux, écologistes, centristes et républicains. En revanche, il récuse par avance tout accord d’appareil, avec quelque parti que ce soit. L’ancien ministre de l’économie ne néglige pas pour autant les marques d’attention ou de sympathie qui lui sont prodiguées. Surtout quand elles viennent d’une ancienne candidate à l’élection présidentielle comme Ségolène Royal, qui a indiqué ne pas exclure un soutien à sa candidature. En revanche, il s’est montré beaucoup moins empressé concernant un éventuel geste de François Hollande en sa faveur.
FILLON JOUE UN MATCH VALLS-MACRON
Aujourd’hui, Emmanuel Macron est crédité de 17 % des suffrages au premier tour de la présidentielle dans un scénario où Manuel Valls remporterait la primaire à gauche, et de 19 % à 21 % en cas de victoire d’Arnaud Montebourg ou de Benoît Hamon. Surtout, il apparait qu’entre septembre 2016 et janvier 2017, 40 % des électeurs ont maintenu leur choix sur la candidature d’Emmanuel Macron. S’agissant des 60 % de nouveaux électeurs, ils viennent de divers horizons. En effet, à l’automne, 13 % d’entre eux avaient déclaré voter François Bayrou, 11 % François Hollande, 7,5 % Nicolas Sarkozy, 3,5 % Jean-Luc Mélenchon, et 11 % s’abstenir.
Sans le dire trop fort, les ténors de la droite rêvent de voir Manuel Valls l’emporter nettement dés ce soir. Les proches de François Fillon ont plusieurs raisons de vouloir affronter l’ancien premier ministre à la présidentielle. Celle qui paraît la plus évidente est que l’ancien chef du gouvernement sera directement comptable du quinquennat. Manuel Valls leur offrirait à nouveau une cible de choix pour critiquer les années Hollande. Une cible plus facile qu’Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, qui se sont détachés dès 2014 du président de la République. Mais la raison principale de cette préférence est à chercher ailleurs. La poussée récente d’Emmanuel Macron dans les sondages commence à échauffer les esprits. Selon eux, la présence de Manuel Valls au premier tour de la présidentielle pourrait amoindrir le score de l’ancien ministre de l’économie.
LE FMI PARIE SUR LES ETATS-UNIS
De son côté, François Fillon se refuse à participer à ces calculs. Il a cependant ironisé plusieurs fois sur les propositions des différents candidats. La droite semble attendre avec impatience le dénouement de ce scrutin pour passer à une autre étape. Pendant des semaines, François Fillon a en effet été la cible privilégiée de tous les candidats de la primaire à gauche. Et même s’il minimise la portée de ces polémiques, notamment sur son projet de réforme de la Sécurité sociale, l’ancien premier ministre commence doucement à riposter. Son prochain grand meeting aura lieu le 29 janvier, en fin d’après-midi, quelques heures avant les résultats du second tour. Une façon d’occuper l’espace juste avant de connaître son adversaire socialiste.
Au chapitre économique, la principale actualité de la semaine réside dans les dernières prévisions publiées par le FMI. Si l’institution de Washington évoque un paysage économique mondial plus mouvant que jamais elle maintient son pronostic annoncé en octobre 2016 d’un produit intérieur brut mondial en hausse de 3,4 % en 2017 et 3,6 % en 2018. Le FMI a donc légèrement revu à la hausse ses prévisions pour les pays avancés : après 1,6 % en 2016, leur croissance devrait accélérer à 1,9 % cette année et 2 % en 2018 (soit une hausse respectivement de + 0,1 point et + 0,2 point par rapport aux prévisions d’octobre).
L’essentiel du rebond tient à l’amélioration des perspectives chez certains grands pays émergents. Mais le principal fait nouveau est la prévision d’une croissance plus robuste aux Etats-Unis, dans le sillage de l’élection du républicain Donald Trump. Alors que le milliardaire a fait campagne sur la promesse de réductions d’impôts et d’un plan de relance massif dans les infrastructures, cette politique budgétaire plus expansionniste devrait tirer l’activité : le FMI a révisé à la hausse son scénario pour la croissance américaine à + 2,3 % en 2017 et + 2,5 % l’année suivante.
LA BCE DROITE DANS SES BOTTES
Jeudi dernier, lors de la réunion du conseil des gouverneurs, la BCE a laissé ses taux directeurs (0 %) et de dépôt (-0,4 %) inchangés. Elle a également choisi de maintenir le cap de ses rachats de dettes publiques et privées. Et ce, à hauteur de 80 milliards d’euros mensuels jusqu’en mars, puis de 60 milliards d’euros jusqu’en décembre. La BCE compte donc soutenir la croissance européenne aussi longtemps qu’il le faudra, estimant qu’il est trop tôt pour que celle-ci puisse se passer de la béquille monétaire.
Mario Draghi a lui-même souligné que les indicateurs d’activité se sont nettement redressés en zone euro. De même, le risque de déflation qui menaçait l’union monétaire depuis des mois a largement disparu. L’inflation s’est ainsi établie à 1,1 % en décembre, au plus haut depuis septembre 2013. Elle se rapproche ainsi doucement de la cible de 2 % de l’institution. Mais contrairement à ce que l’on observe aux Etats-Unis, les salaires, eux, ne se redressent toujours pas dans la plupart de pays membres. Dans ces conditions, la hausse des cours de l’or noir risque plutôt de pénaliser le pouvoir d’achat des ménages, notamment en France, en Italie ou au Portugal. Préoccupée, la BCE entend surveiller ces évolutions comme le lait sur le feu tout au long de 2017.
LE BELLE OPERATION DE SAFRAN
Au moment même ou Theresa May affirmait qu’elle comptait mettre en œuvre un « hard Brexit » Stuart Gulliver, le directeur général de la banque britannique HSBC, a indiqué qu’il allait relocaliser à Paris une partie de ses équipes de marché implantées à Londres. C’est une bonne nouvelle pour la place parisienne. Surtout après que Goldman Sachs ait laissé envisager le transfert de 1 000 salariés de Londres à Francfort, selon le quotidien économique allemand Handelsblatt. Stuart Gulliver a précisé mercredi que les équipes devant déménager de ce côté-ci de la Manche généraient 20 % des revenus dégagés à Londres dans ses salles de marché.
Justement, en ce début d’année, la Place de Paris fait preuve d’une activité impressionnante. Puisque le groupe Safran a annoncé jeudi le lancement d’une offre publique d’achat amicale sur l’équipementier Zodiac Aerospace. Cette opération valorise le fabricant français de sièges d’avion à hauteur de 8,3 milliards d’euros, alors que sa capitalisation boursière s’élevait, mercredi, à 6,7 milliards. C’est un joli coup pour Safran. La fusion avec Zodiac donne naissance à un leader mondial du secteur qui pèse 21 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Après avoir avalé Zodiac, le motoriste sera même à touche-touche avec ses principaux rivaux et partenaires, les deux groupes américains United technologies Corporation et General Electric.
LA PLACE DE PARIS HYPER-ACTIVE
Fragilisé, Zodiac était devenu une proie plus facile pour Safran. De plus, le motoriste a les poches pleines après la cession de Morpho, son activité de sécurité, qui lui a rapporté plus de 2,4 milliards d’euros. Pour preuve, Safran a d’ailleurs choisi de faire une offre en cash sur la totalité du capital de Zodiac. A l’issue de l’opération de fusion, il est prévu que les actionnaires de référence de Zodiac, les familles Domange et Maréchal, ainsi que des fonds de pension et l’Etat qui détient 14 % du capital de Safran, restent au tour de table du nouveau groupe avec une participation de 22 %. Ils signeront aussi un pacte d’actionnaires avec une clause d’incessibilité de deux ans. A noter que Safran a été conseillé par Lazard et Bank of America-Merrill Lynch et Zodiac par BNP Paribas et Rothschild.
Autre bonne nouvelle pour la Place de Paris : le projet de rapprochement entre Essilor et Luxottica. Si tout se passe comme prévu, le numéro un mondial des verres correcteurs et le leader des montures fusionneront d’ici à la fin de 2017. C’est l’une des plus grandes fusions-acquisitions engagées en Europe depuis des années. Le projet, officialisé lundi dernier, a été immédiatement plébiscité par les investisseurs. Cette alliance dans l’optique doit permettre de constituer le champion mondial des lunettes, un groupe à forte coloration française, qui compterait 140 000 salariés, et dont le poids en Bourse devrait frôler les 50 milliards d’euros. Ce qui en ferait, aujourd’hui, la septième capitalisation boursière de Paris.
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