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LA BULLE MACRON ECLIPSE LA PRIMAIRE SOCIALISTE
par Yves de Kerdrel

Dans deux semaines les sympathisants socialistes votent pour le premier tour de leur primaire où Manuel Valls fait figure de favori. Mais même s’il est choisi les sondages lui donnent peu de chance de figurer parmi les quatre premiers de l’élection présidentielle

08/01/2017 - 08:24 Temps Lecture 13 mn.

A deux semaines du premier tour de la primaire de la gauche, un sondage de l’institut Harris Interactive, commandé par France Télévisions, a placé, l’ex-premier ministre Manuel Valls en tête, avec 43 % des intentions de vote. Suivent ensuite ses deux anciens ministres, Arnaud Montebourg (25 %) et Benoît Hamon (22 %). Il s’agit là du deuxième sondage effectué pour la primaire de la gauche, et même du premier qui tient compte de la liste définitive des candidats à cette primaire. Mais la surprise de cette enquête d’opinion réside dans le très bon score de Benoit Hamon, puisqu’il talonne Arnaud Montebourg. Surtout, ce dernier est en perte de vitesse puisqu'il perd trois points par rapport au sondage Harris Interactive réalisé au début du mois de décembre, quand le second en gagne... onze.

Selon ce même sondage, Manuel Valls l'emporterait au second tour avec 55% des suffrages face à Arnaud Montebourg (45%). S'il se retrouvait face à Benoît Hamon, il recueillerait 57% des voix, contre 43% pour son adversaire. Il bénéficierait d'une déperdition des voix entre ses deux challengers. Ainsi, s'il devait disputer un second tour face à Arnaud Montebourg, 23% des électeurs de Benoît Hamon voteraient pour lui ; s'il devait disputer ce second tour face à Benoît Hamon, il récolterait 27% des suffrages des soutiens d'Arnaud Montebourg. Il faut également retenir de ce sondage que cette primaire n'intéresse pas une majorité des Français interrogés. Seuls 42% des sondés se disent beaucoup et assez intéressés par le scrutin. Les sympathisants de gauche non socialistes sont 58% à avoir de l'intérêt pour la primaire, et les sympathisants socialistes 78%. C'est pourtant sur eux que compte le PS pour participer. Alors que plus de quatre millions de personnes se sont déplacées pour voter à la primaire de la droite et du centre, le parti espère réunir de un à deux millions de votants.

FLOTTEMENT POUR VALLS

En dépit de ce sondage favorable, Manuel Valls semble pour l’instant incapable de se sortir d’un piège classique en politique : comment changer sans se renier ? L’ancien premier ministre est arrivé très tendu, jeudi soir, dans les studios de France Télévisions, pour « l’émission politique ». Ses récents changements de pied sur plusieurs sujets (la suppression du 49.3, la défiscalisation des heures supplémentaires, un nouveau slogan deux semaines seulement après en avoir présenté un premier) sont apparus comme autant de contradictions, voire de reniements. Or, il a été contraint, durant une bonne partie de l’émission, de se justifier sur ses choix du passé, lui qui souhaitait tant au contraire pouvoir parler de ses idées pour l’avenir. Ce flottement, s’il devait perdurer, pourrait se révéler dangereux pour le candidat Valls, alors que la campagne pour la primaire à gauche est très courte, avant le premier tour le 22 janvier.

Parmi les proches de l’ancien premier ministre, on défend une campagne nécessairement tournée vers les électeurs de gauche. Manuel Valls ne veut pas faire la même erreur qu’Alain Juppé, qui a fait une campagne de deuxième tour de présidentielle. Il a bien conscience qu’il y a deux campagnes : avant de parler à tous les Français, il faut gagner la primaire et donc s’adresser à la gauche. Malgré ce début de campagne difficile, le camp Valls reste confiant. Ses soutiens veulent croire que leur champion est le seul doté d’une stature présidentielle qui fera, selon eux, la différence lors des débats télévisés de la primaire.

DURE SEMAINE POUR FILLON

Manuel Valls peut s’enorgueillir de réunir les appuis les plus nombreux parmi les ministres et les parlementaires socialistes. Mais l’ancien premier ministre subit aussi, au sein du gouvernement, les critiques de Ségolène Royal et les silences lourds de sens de Bernard Cazeneuve ou de Stéphane Le Foll, qui refusent pour l’instant de prendre parti. Quand, du côté de M. Hollande, plusieurs proches du chef de l’Etat le qualifient de « traître » et ont plaisir à glisser que le président bat froid son ancien chef du gouvernement. Pour conjurer ce risque, les membres de l’écurie Valls font donc le pari de l’opinion. Le programme des trois prochaines semaines a été bouclé entre Noël et le jour de l’An, et toutes les salles réservées pour les meetings. Manuel Valls tiendra ce dimanche à Liévin sa première réunion publique depuis la rentrée, pour un discours centré sur le travail. Et au moins quatre autres réunions publiques ont été programmées d’ici au premier tour, à Limoges, Toulouse, Rennes et Paris.

Pendant ce temps là, François Fillon n'est pas à la fête. Dans un sondage d'intentions de vote au premier tour de la présidentielle réalisé par Elabe pour Les Echos et Radio classique, le candidat de la droite enregistre un fort recul par rapport à la fin novembre. Il perd 7 à 8 points, avec 23 % à 25 % des voix selon les hypothèses à gauche et avec François Bayrou candidat. Sans candidature du président du Modem, François Fillon recueillerait de 26 % à 28 % des voix. Certes le vainqueur de la primaire de la droite sort toujours en tête du premier tour, mais son avance sur Marine Le Pen a fondu.

MACRON CONTINUE DE GRIMPER

La dynamique aujourd’hui est clairement du côté d'Emmanuel Macron, qui, avec de 16 % à 24 % des voix, conforte sa place de troisième homme et s'approche même d'une qualification pour le second tour. Loin derrière, la gauche, divisée, voit toutefois Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la France insoumise, poursuivre sa progression, avec 13 % à 15 % des intentions de vote, surfant sur le rejet de François Hollande et de la politique gouvernementale. Cela signifie, si les choses restent en l’état que même si Manuel Valls est qualifié par la primaire socialiste il n’arriverait qu’en cinquième position à l’issue du premier tour de la présidentielle, loin, très loin, derrière Emmanuel Macron.

Pour François Fillon, ces chiffres sont un sérieux avertissement. Selon les sondeurs, il n'y a pas seulement un trou d'air post-primaire, il y a aussi une forte crispation sur la Sécurité sociale. Dans l'électorat féminin, très sensible à ce sujet, François Fillon a chuté de 15 points, à 21 %. Pire, chez les plus de 65 ans - le coeur de son électorat - il a dévissé de 17 points. C’est ce qui a amené François Bayrou à multiplier les interventions cette semaine et à démentir l’hypothèse d’un accord secret avec François Fillon. L’hypothèse de sa propre candidature enfle en même temps que ses tensions avec le camp Fillon. La lumière devrait être faite autour du 1 er février prochain en même temps que la publication d’un livre de sa part.

LE RETOUR DE L’INFLATION

Avant de reprendre la parole dans les médias et d’être adoubé par le Conseil National des Républicains, François Fillon est allé soutenir les entreprises françaises présentes au Consumer Electronic Show de Las Vegas. À ses côtés, unité retrouvée oblige, on pouvait voir Nathalie Kosciusko-Morizet et Virginie Calmels, qui avaient toutes deux soutenu Alain Juppé au second tour de la primaire de la droite et du centre. On pouvait aussi croiser, au fil des allées, aussi bien Laurent Wauquiez que Michel Sapin, étonnamment esseulé. Plus concrètement, François Fillon a profité de cette visite express aux États-Unis pour dévoiler quelques mesures de son programme en faveur des entrepreneurs et des investisseurs. Il a ainsi assuré que toutes les réformes structurelles qui provoqueront l'envie d'investir, d'embaucher et d'innover en France seront prises avant la fin de l'année 2017. Il s'agit en particulier de l'allègement des rigidités du droit du travail et de la levée des freins à l'embauche.

Sur le plan économique le début d’année se déroule en douceur. Avec comme première publication d’un indicateur significatif, celle de l’inflation. Il y a un an l’atonie des prix en zone euro laissait craindre le scénario du pire : celui d’une longue et douloureuse spirale déflationniste, laminant la croissance et les salaires. Douze mois plus tard, c’est désormais la possible flambée des étiquettes qui inquiète. Selon les chiffres publiés par Eurostat mercredi, l’inflation de la zone euro a progressé de 1,1 % sur un an en décembre, contre 0,6 % en novembre. Il s’agit du plus haut niveau enregistré depuis septembre 2013. Dans le détail, les prix ont augmenté de 0,8 % en France, 1,4 % en Espagne et même, de 1,7 % en Allemagne.

UN DILEMME POUR LA BCE

Le rebond de décembre tient pour beaucoup à la remontée des cours du pétrole. Tombé à 30 dollars début 2016, le prix du baril de brent est aujourd’hui repassé au-dessus de la barre des 50 dollars. Résultat : les tarifs moyens de l’énergie ont rebondi de 2,5 % en décembre dans la zone euro, alors qu’ils plongeaient encore de 1,1 % en novembre. Si les prix de l’alimentaire ont également augmenté, les autres, notamment ceux des services, sont en revanche restés stables. L’inflation dite sous-jacente, qui exclut les prix des produits les plus volatils, comme ceux de l’énergie, évolue autour de 0,8 % depuis des mois. Or, cette inflation-là ne redémarre vraiment que lorsqu’elle est alimentée par la hausse des salaires : c’est ce que l’on observe depuis quelques mois aux Etats-Unis et, dans une moindre mesure, en Allemagne.

Pour la Banque centrale européenne, la situation est plutôt complexe. D’un côté, elle peut se réjouir : l’inflation commence doucement à se rapprocher de la cible de 2 % qu’elle s’est fixée. Selon ses prévisions, elle devrait attendre 1,3 % en moyenne sur 2017 (après 0,2 % en 2016), 1,5 % en 2018 et 1,7 % en 2019. En théorie, la BCE peut donc poursuivre comme prévu ses soutiens à l’économie (taux bas et rachats de dettes publiques) pendant plusieurs mois encore, avant de les réduire progressivement. Le problème, c’est que l’indice des prix atteindra cette cible bien plus rapidement en Allemagne, où une partie des économistes est déjà vent debout contre les rachats de dettes, jugeant qu’ils encouragent les gouvernements au laxisme budgétaire. Et réclament que la BCE en réduise la voilure dès que possible.

UN AVOCAT D’AFFAIRES A LA SEC

Du coté des Etats-Unis, il faut noter la nomination de Jay Clayton à la présidence de la Securities and Exchange Commission, le gendarme de la Bourse américaine. Après le feu vert du Sénat, il devrait succéder à Mary Jo White, qui avait annoncé le 14 novembre 2016 qu’elle quitterait son poste en même temps que Barack Obama, le 20 janvier. Associé au sein du cabinet Sullivan & Cromwell, il s’est imposé comme un spécialiste des fusions acquisitions et des introductions en Bourse. Il a notamment conseillé le géant chinois de l’Internet, Alibaba, pour sa cotation à New York. Parmi ses clients, on trouve également Goldman Sachs, qu’il avait accompagné lors de la crise de l’automne 2008 pour négocier les 10 milliards de dollars d’aides consenties par le gouvernement américain dans le cadre du plan de sauvetage du système bancaire.

Le nom de Jay Clayton s’ajoute ainsi à la cohorte de dirigeants qui ont entretenu des liens étroits avec Wall Street avant d’accepter de rejoindre l’administration Trump. Après avoir critiqué son adversaire pendant la campagne présidentielle, Hillary Clinton, pour les relations qu’elle entretenait avec la haute finance, le magnat de l’immobilier n’a pas hésité à recruter deux anciens dirigeants de Goldman Sachs : Steven Mnuchin au secrétariat au Trésor et Gary Cohn à la direction du Conseil national économique, tandis que Wilbur Ross a été choisi pour diriger le Département du commerce. Enfin, il a fait du milliardaire et investisseur activiste Carl Icahn son conseiller personnel en charge de la régulation économique.

LA BONNE ANNEE DE ROTHSCHILD

Du coté du business il faut noter que le record de 2015 n’est pas tombé. Les fusions-acquisitions annoncées dans le monde ont reculé de 21 % en 2016, totalisant 3 700 milliards de dollars (3 530 milliards d’euros), selon les chiffres compilés par le cabinet Dealogic. En fer de lance, la plus importante transaction lancée l’an dernier concerne l’acquisition pour 108 milliards de dollars du géant des médias américain Time Warner par l’opérateur télécoms AT&T, conclue le 22 octobre. La France n’a pas échappé à cette tendance baissière. Les transactions impliquant un groupe français se sont effritées de 9 % en 2016, pour s’élever à 155,7 milliards de dollars selon les données publiées fin décembre par Thomson Reuters.

C’est Rothschild & Cie qui tire le mieux son épingle du jeu comme banque conseil en France. La maison a bénéficié d'une moindre pugnacité de Lazard, mais aussi de la concurrence plus mesurée des grandes banques anglo-saxonnes. Sa principale opération a été la restructuration du capital de Crédit agricole SA, comptabilisée pour 18 milliards de dollars, dont certains jugent qu'elle ne devrait pas apparaître dans les League Tables même si elle a demandé autant de travail que toute autre opération aux banquiers conseils.

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